_Céliante se donne la torture pour mettre son gant trop étro

Note de transcription:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.

Il y a une note plus détaillée à la fin de ce livre.

DICTIONNAIRE

ÉROTIQUE

Édition imprimée exclusivement pour les membres de la

_Biblio-Aphrodiphile Société_, et non mis dans le commerce.

[Illustration: frontispice]

DICTIONNAIRE ÉROTIQUE

MODERNE

PAR

UN PROFESSEUR DE LANGUE VERTE

(Alfred Delvau)

_Nouvelle édition, revue, corrigée

considérablement augmentée par l’auteur

et enrichie de nombreuses citation_

[Illustration]

BALE

IMPRIMERIE DE KARL SCHMIDT

[Illustration]

AUX ESPRITS LIBRES

_Quand nous sommes entre nous, en petit comité, nous n’avons pas

besoin de nous gêner; aussi arrive-t-il souvent, comme dit Gresset

dans son_ Vert-Vert, _que les_ f., _les_ b. _voltigent sur notre bec.

Quand quelqu’un nous ennuie, nous lui disons_: Tu m’entrouducutes,

va te faire foutre. _Quand nous voulons dire qu’un individu

témoignait le désir de se comporter avec une femme de la manière la

plus satisfaisante pour elle, au lieu de faire toute cette longue

périphrase, nous disons_: Il bandait comme un carme. _Quand nous

voulons exprimer tout le contraire, nous disons que c’est_ un vit

mollet, un bande-à-l’aise. _Un homme qui a du courage est_ un homme qui

a des couilles au cul, _etc._

_Pour un étranger, tout cela est de l’hébreu. Il faut un dictionnaire

pour comprendre les mots en usage; mais ne comptez pas sur celui de

l’Académie, 6me et dernière édition; MM. les académiciens n’ont pas

assez de couille pour avouer de pareils termes. Il faut quelques hommes

d’esprit supérieur qui se dévouent._

_Pour la langue française, nous avions déjà le dictionnaire intitulé:_

Erotica verba _de M. de L’Aulnaye; ce dictionnaire se trouve à la

suite de l’édition de Rabelais publiée par Desoer en 1820. Il est

certainement très utile, mais il ne donne pas beaucoup d’expressions

contenues dans d’autres auteurs contemporains de Rabelais ou plus

modernes que lui. M. Auguste Scheler, l’érudit distingué, le savant

bibliothécaire du roi des Belges, crut devoir, pour ce motif, refaire

à nouveau ce dictionnaire, et il publia en 1861, sous le pseudonyme

de Louis De Landes, son_ Glossaire érotique de la langue française

(_Bruxelles, pet. in-8o de XII 396 p._).—_Notre excellent et spirituel

ami Alfred Delvau voulut aussi refaire à nouveau ce travail; car

lui, il avait eu le courage de descendre dans les bas-fonds sociaux,

dans les bordels, dans les bastringues, dans les halles. Là, il

avait recueilli nombre d’expressions pittoresques inconnues à ses

devanciers. Il publia la première édition de son Dictionnaire en 1864.

Tirée à petit nombre, elle fut promptement enlevée. Elle donna lieu à

de nombreuses contrefaçons et à de fort mauvaises imitations. Delvau

cependant avait préparé une seconde édition de son œuvre, plus châtiée

et plus complète que la première, lorsque la mort nous l’enleva, en

1867. Nous recueillîmes ses épaves avec soin, et nous en faisons faire

aujourd’hui, à petit nombre, une impression soignée pour les esprits

libres et éclairés._

_Delvau n’a pas eu le temps de faire une nouvelle préface pour sa

nouvelle édition; nous allons, en conséquence, reproduire simplement

la judicieuse_ Introduction _de sa première édition. Nous la ferons

suivre du remarquable_ Avant-propos _placé par M. Auguste Scheler à la

tête de son_ Glossaire érotique. _Enfin, nous ajouterons, rivalisant

avec les deux précédentes, la préface placée par Moncrif à la tête

du_ Recueil du Cosmopolite; _c’est l’une des plus spirituelles pièces

de cet ingénieux écrivain, et en même temps une des plus rares et qui

a rapport au sujet dont nous nous occupons: la petite révolte de la

liberté de l’esprit contre les préjugés plus encore que contre les

conventions sociales_.

_Un mot encore, et nous terminons. Dans la nouvelle édition, on

remarquera que l’auteur s’est réellement borné cette fois au langage

moderne et qu’il n’est pas remonté plus haut que Marot et Rabelais._

_Il a négligé beaucoup de fantaisies niaises, prétentieuses et

inusitées de quelques auteurs modernes, comme Nerciat, Rétif, la_ Tour

du Bordel, _ou d’argots de voleurs, de chiffonniers, etc.; par exemple,

les mots_ inir (_de Nerciat_) hubir (_de la Tour_), pante, sinve (_qui

se trouvent dans le dictionnaire d’argot de Larchey_), _etc._

_Enfin, il a supprimé quelques mots qui se retrouvent dans les

dictionnaires français usuels:_ libidineux, lascif, impudicités,

tendron, autel de la volupté, calice, _etc. C’était superflu à

répéter._

INTRODUCTION

(1re édition du _Dictionnaire érotique_.)

_Aucun écrivain, jusqu’à ce jour, ne s’est senti assez franc du collier

ni assez ferme des rognons pour entreprendre la publication d’un_

Dictionnaire érotique _complet; publication jugée nécessaire cependant

par tout le monde, par les gourmets aussi bien que par les goinfres,

par les lettrés aussi bien que par les simples curieux_.

_Ce que nous avons sur la matière est bien peu de chose: le_ Glossarium

eroticum linguæ latinæ _de Pierrugues, le_ Dictionnaire françois

contenant les mots et les choses _de Richelet, le_ Dictionnaire d’amour

_de Dreux du Radier, celui de Sylvain Maréchal, celui de Girard de

Propiac, et enfin le_ Glossaire érotique de la langue française _de

M.***_ (_dit Louis De Landes_). _En apprenant, il y a trois ans, la

publication de ce dernier ouvrage, j’allais renoncer à continuer

le mien, que je supposais dès lors inutile; une rapide lecture me

détrompa: le_ Glossaire érotique _de M.*** n’est autre chose que les_

Erotica verba _du 3e volume de Rabelais, édition Desoer,—avec cette

différence que les_ Erotica verba _tiennent dans une trentaine de

pages et que M.*** les a délayés dans un fort volume in-12. Mais les

expressions modernes, mais les mots pittoresques, nés d’hier, qui

servent d’étiquettes aux choses de la coucherie, de l’amour et de

la polissonnerie, qui a eu la patience de les colliger et le courage

de les nomenclaturer? Personne. La littérature contemporaine compte

assurément nombre d’excellents esprits très dignes de mener à heureuse

fin une œuvre de l’importance et de la nature de celle-ci: il n’en est

pas un seul qui ait osé emboucher le clairon de l’émancipation, pas un

qui soit parvenu à se démailloter, à se débarrasser de ses langes et de

ses lisières. Ce sont en effet de si grands seigneurs que les préjugés!

de si grandes dames, les conventions! Songez donc: appeler les choses

par leur nom,—la grosse affaire!_

_Pour moi, qui n’ai pas la vaine superstition du langage, et qui, au

contraire, possède au suprême degré la haine, presque le dégoût de la

feuille de vigne que les hypocrites placent sur leurs discours—comme

les vieilles femmes un couvercle sur leur pot de chambre,—j’aborde

résolûment le taureau par les cornes, et j’essaie de faire, à mes

risques et périls, ce que personne jusqu’ici n’a eu le courage de

tenter. Car il est bien entendu que je compte pour rien le prétendu_

Glossaire érotique de la langue française _de M.***, à qui une pudeur

inexplicable a fait prendre la précaution—inutile—de s’abriter derrière

un pseudonyme_.

_Ce qui m’a guidé dans cette intéressante besogne, à laquelle j’ai

consacré de nombreuses veilles et pour laquelle je ne demande aucune

récompense,—m’en étant déjà décerné une à moi-même,—ce n’a pas été de

donner satisfaction aux curiosités malsaines des libertins, vieux ou

jeunes, qui se jettent sur les livres obscènes comme les mouches sur

des rayons de miel: j’ai trop le respect de moi-même pour descendre

à une aussi puérile infamie, quelque haut prix qu’elle rapporte à

son auteur. Le métier de masturbateur intellectuel peut avoir des

avantages précieux pour les gens qui croient, avec Vespasien, que

l’argent ne pue point; mais comme je ne me sens pas le moins du monde

porté à l’exercer, je ne l’exerce pas. Mes visées sont plus hautes et

mes habitudes d’esprit moins malpropres. J’ai le style gaillard, mais

l’intelligence chaste._

_La langue française étant, de l’avis de Voltaire, «une gueuse fière

à qui il faut faire l’aumône malgré elle,» j’ai voulu essayer de

glisser dans la poche de son Dictionnaire légal, si pauvre, la plupart

des expressions du Dictionnaire interlope, si riche, que je publie

aujourd’hui, malgré ses imperfections involontaires et ses omissions

inévitables. Je me suis fait le saint Vincent de Paul des nombreux mots

orphelins qui grouillent dans le ruisseau, des nombreuses expressions

vagabondes qui se morfondent depuis si longtemps à la porte du

Dictionnaire de l’Académie, et je leur ai construit, à mes frais, un

petit hospice en attendant qu’on songe à les admettre dans le grand._

_Ce qui se parle doit s’écrire, et tout doit se parler—même devant

les jeunes filles. Les mots ne sont pas ordes, ce sont les pensées

qui sont sales. La lecture de l’Arêtin et la vue des priapées du Musée

secret de Naples sont moins corruptrices que beaucoup de romans que je

pourrais citer, et je serais même disposé à absoudre le marquis de Sade

(assuré que je suis de la parfaite innocuité de sa_ Justine_) si ce

misérable avait écrit en meilleur français: les livres dangereux sont

les livres mal faits. Le libre langage de nos pères, qui effarouche

tant de ridicules pudeurs, vaut cent fois mieux que notre phraséologie

bégueule—et en même temps embrenée d’équivoques obscènes—dont ils se

seraient si justement crevés de rire. Langue châtrée, peuple castrat.

Où sont nos couilles du temps jadis? Qu’a-t-on fait du français

médullaire, si substantiel et si savoureux, de Mathurin Régnier,

d’Agrippa d’Aubigné, d’Amyot, de Rabelais, de Montaigne, de Brantôme,

et de tant d’autres écrivains qui besognaient fort et dru? On l’a

remplacé par le petit français d’un tas de petits écrivassiers, les

uns membres—émasculés—de l’Académie, les autres dignes de le devenir.

Et voilà pourquoi notre langue est muette, d’éloquente qu’elle était

autrefois!_

_C’est à ne s’y pas reconnaître dans cette tour de Babel moderne, où

l’on est arrivé, par le bégueulisme, à la confusion du langage. Jamais

on n’a aussi mal écrit, ni aussi mal parlé. L’hôtel de Rambouillet,

qu’on pouvait croire exproprié et démoli pour cause de clarté publique,

existe avec plus de locataires que du temps de la_ Guirlande de

Julie; _il y en a depuis le sous-sol jusqu’aux combles, maîtres et

domestiques mêlés, Houssaye sur Lamartine, Musset sur Murger, Mérimée

sur Aubryet, Janin sur Sainte-Beuve. Ces_ Précieuses _mâles—du moins

du sexe masculin, car mâles emporte avec soi une idée de vigueur que

je ne veux pas attacher au nom de ces péronnelles en culottes,—ces

Précieuses, à l’exemple de leurs aînées en jupons, fessées à tour de

bras par Molière, ont frappé de proscription tous les mots virils de

notre langue, toutes les expressions bien bâties, qui avaient jadis

droit au respect général et qui en sont réduites aujourd’hui à faire le

trottoir, comme de vulgaires prostituées._

_Ah! que cette horreur du mot propre est bête, dangereuse—et

inutile! Qu’est indécent et saugrenu cet amour de la périphrase et

du sous-entendu qui joue dans la conversation le rôle d’énigme dont

tout le monde finit toujours par trouver la clef! «Vilains hypocrites!

s’écrie Denis Diderot avec une indignation sincère; foutez comme

des ânes débâtés, mais permettez-moi de dire foutre. Je vous passe

l’action, passez-moi le mot. Vous prononcez hardiment_ tuer, voler,

trahir, _et l’autre, vous ne l’oseriez qu’entre les dents!... Il est

bon que les expressions les moins usitées, les moins écrites, les

mieux tues, soient les mieux sues et les plus généralement connues.

Aussi, cela est: aussi, le mot_ futuo _n’est-il pas moins familier que

le mot_ pain; _nul âge ne l’ignore, nul idiome n’en est privé; il a

mille synonymes dans toutes les langues, il s’imprime en chacune sans

être exprimé... et le sexe qui le fait le plus, a usage de le taire le

plus.»_

_Que répondraient à cela nos Précieuses—si on les consultait? Que

Diderot était un écrivain ordurier, qui aimait les vilains mots comme

certaines gens aiment les mauvaises odeurs, et qu’aujourd’hui on le

condamnerait à deux ou trois années de prison pour «outrage à la morale

publique et aux bonnes mœurs,»—sans compter deux ou trois autres années

pour «outrage à la religion catholique.»_

_J’y consens—pour un instant. Mais Michel de Montaigne? Oserez-vous,

pécores, dire de ce gentilhomme périgourdin ce que vous avez niaisement

reproché au fils de l’ouvrier coutelier de Langres? Montaigne a écrit

la même chose, pourtant, et tout aussi clairement: «Qu’a fait l’action

génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour

n’en oser parler sans vergongne, et pour l’exclure des propos sérieux

et règlez? Nous prononçons hardiment_ tuer, desrobber, trahir; _et

cela, nous n’oserions qu’entre les dents. Est-ce à dire que moins

nous en exhalons en paroles, d’autant nous avons loy d’en grossir la

pensée? Car il est bon que les mots qui sont le moins en usage, moins

escripts, et mieulx teus, soient les mieux sceus et plus generalement

cogneus...»_

Vous les appelez des ordures

Tous ces mots qui, ruisseaux de miel,

Coulent avec de doux murmures

Des lèvres en quête du ciel!

Vous vous signez lorsqu’on raconte

Ce que signifie _Être heureux!_

Vous vous cachez le front de honte

D’avoir joui comme des dieux!

Vous rougissez de vos ivresses

Lorsque vous êtes dégrisés,

Et vous reniez vos maîtresses

Lorsque repus de leurs baisers!

Quel mal trouvez-vous donc à dire

Ce qu’à faire vous trouvez bon?

Pourquoi crime un charmant délire?

Comment _caca_ votre _bonbon_?

Ah! libertins de sacristie

Dont le cœur à la bouche ment,

Pourquoi recrachez-vous l’hostie

Gobée à deux si goulûment?

_Ce_ cant _que nous reprochons si maladroitement aux Anglais, nous

l’avons au même degré qu’eux; nous rougissons pudiquement, jeunes

vierges à barbe, des grossièretés de notre Rabelais, comme ils

rougissent, ces pucelles à favoris rouges, de leur Shakespeare. Et

plus nous allons, et plus notre cant s’aggrave—avec nos vices. Je me

rappelle encore l’émotion générale qui accueillit, il y a deux ans,

le chapitre des_ Misérables _de Victor Hugo où s’étale superbement

la réponse énergique de Cambronne à Waterloo. C’était un scandale à

nul autre pareil. On ne voulait pas croire à tant d’audace, et, le

nez même sur la page où cette shockinerie se trouve déposée, avec des

commentaires aggravants tout autour, on se refusait encore à y croire.

Des cris de paon étaient poussés dans les salons et dans les cafés à

propos de cette incongruité littéraire. Les académiciens se cachaient

la face et se couvraient de cendres. Arsène Houssaye mettait un crêpe à

sa houlette de berger en chambre. Madame Louise Colet prenait le voile.

Champfleury allumait des lampions sur sa fenêtre, au grand ébahissement

des habitants de Montmartre—qui se croyaient déjà au 15 août..._

_Victor Hugo avait écrit_ MERDE!

_Sans doute. Après? et pourquoi toutes ces clameurs de pies en délire?

Que prouve cette sainte—et ridicule—indignation? Rien, sinon que depuis

Boileau les lecteurs français veulent être respectés quoiqu’ils ne se

respectent pas eux-mêmes. Rien, sinon que la chasteté de notre langage

témoigne surabondamment du libertinage de nos mœurs. Rien, sinon que

nous ne trouvons les mots ordes et puants que parce que nos actions

sont malsaines et nidoreuses. Rien, sinon que notre âme est un fumier

sur lequel poussent les fleurs—de rhétorique. Rien, sinon qu’au lieu

de laisser aux femmes le bégueulisme des paroles, nous l’affichons

comme la feuille de vigne de l’impudicité, faisant ainsi semblant

d’ignorer que jamais la pureté de l’âme humaine n’a été entamée par

les familiarités les plus stercoréennes du langage humain. Il ne nous

manquait que cette hypocrisie-là pour être complets!_

_Les questions morales que cela soulève sont de la plus haute

importance, et j’aurais grande joie à les examiner ici avec détails,

afin de vider une bonne fois sur la tête d’un public béotien le panier

de mes colères et de mes ironies. Mais, par malheur, la place me

manque, mon cadre me force à me borner: à peine me reste-t-il quelques

lignes._

_J’abrège donc, ne voulant d’ailleurs prouver rien autre que mon

droit à réunir en corps de livre une cohue d’expressions pittoresques

auxquelles le Dictionnaire de l’Académie fera faire éternellement le

pied de grue, sans daigner même entrebâiller un de ses feuillets pour

en laisser entrer quelques-unes chez lui. «Toutes les langues roulent

de l’or,» a dit Joubert,—et l’argot d’un peuple entier est une langue,

spécialement l’argot érotique; s’il vit en marge du Dictionnaire

officiel, comme les gens qui le parlent vivent en marge de la société

officielle, il n’en finira pas moins, à un moment donné, par se

confondre comme eux dans la circulation générale._

_Au reste, peu me chaut! C’est déterminément que j’ai composé le

recueil pornographique que je publie aujourd’hui, sans arrière-pensée

mauvaise; non pour tenter mes contemporains du gaillard péché de

luxure,—comme le diable de Papefiguière les nobles nonnains de

Pettesec,—mais à titre seul de documents pour l’histoire de la langue

et celle des mœurs au XIXe siècle, et avec cette conviction, solidement

ancrée dans ma conscience, que s’il n’est utile à personne, à personne

non plus il ne sera nuisible. Les lecteurs vraiment chastes ne s’en

sentiront pas corrompus; les lecteurs corrompus n’en deviendront pas

plus libertins._

_Je n’aurai jamais à me couper le poignet par remords de l’avoir

écrit._

AVANT-PROPOS

(du Glossaire érotique)

_Il faut avoir un certain courage pour faire un livre comme

celui-ci; car, tout d’abord, la plupart des personnes qui l’ouvriront

s’empresseront de le rejeter comme un tissu d’obscénités, qu’un homme

qui se respecte n’aurait jamais dû mettre au jour. Pour beaucoup de

gens, sans doute, la première impression sera telle; mais pour ceux

qui voudront un peu réfléchir, ils reconnaîtront bientôt qu’il y a un

but utile dans cette publication; qui n’est faite ni pour les jeunes

filles, ni pour les écoliers._

_Pendant plusieurs siècles, on n’attacha aucune idée malhonnête à une

multitude de mots et d’expressions qui sont actuellement bannis de la

bonne compagnie, et les hommes les plus graves les employaient sans que

personne y trouvât à redire. Peu à peu, on a trouvé que certains mots

devaient être bannis de la langue, et on les a remplacés par d’autres,

ou bien par des périphrases qui expriment, il est vrai, la même idée,

mais en bannissant le scandale. C’est sans doute une singulière manière

de voir que de regarder un mot comme obscène, et non pas ce qu’il veut

dire; car il semblerait raisonnable de ne blâmer dans un écrit que

les pensées qui y sont reproduites, et de ne taxer qu’elles seules

d’immoralité, sans s’attacher aux mots, qui ne sont que le moyen de

rendre les idées palpables. Mais, enfin, la coutume est ainsi établie,

et il faut s’y soumettre, sous peine d’être honni. Un auteur qui ne se

conformerait pas à cet usage ne serait pas lu, et, de plus, il irait

faire un tour en police correctionnelle. Aussi n’avons-nous point le

projet de vouloir réformer le monde et de changer sa manière de voir

sur un sujet qui a été traité par Bayle beaucoup mieux que nous ne le

pourrions faire._

_La manière actuelle d’écrire ne doit cependant pas faire proscrire

la littérature du XIIe au XVIIe siècle, et empêcher de lire des

écrivains distingués, qui n’ont commis d’autres fautes que d’employer

dans leurs écrits des mots dont on se servait dans toutes les classes

de la société. Tous les dictionnaires ayant soin de bannir de leurs

colonnes les mots réprouvés, il arrive que bon nombre d’expressions

employées autrefois deviennent inintelligibles pour les lecteurs,

qui ne les entendent pas dans la conversation. Cet inconvénient se

fait surtout sentir pour les étrangers, car les nationaux ont parfois

occasion de les entendre employés par le peuple. Il semble donc que la

publication d’un glossaire érotique doit être accueillie favorablement

par tous ceux qui veulent lire notre ancienne littérature, et qui sont

désireux de bien comprendre les écrivains qui n’ont eu d’autre tort

que d’appeler un chat un chat, et qui, sous des obscénités apparentes,

ont souvent caché des leçons de morale et de philosophie, que les

persécutions religieuses les empêchaient de publier ouvertement._

_C’est donc à la partie sérieuse des gens lettrés que nous nous

adressons, notre unique but étant de rendre plus familière la lecture

d’écrivains d’un grand mérite. Certains d’entre eux, il est vrai, ont

été publiés avec un glossaire spécial; mais, en général, il est fort

incomplet, surtout en ce qui regarde les termes érotiques. Et puis ces

explications manquent presque toujours dans les anciennes éditions, qui

sont actuellement fort recherchées._

_Dans cet ouvrage, tous les mots sont imprimés en entier, aucune

lettre n’étant remplacée par des points; car cette coutume semble

s’éloigner tout à fait du but qu’elle se propose. Que veut-on, en

effet? Que l’attention ne se fixe pas sur des mots qu’on regarde

comme déshonnêtes. Et, de bonne foi, est-il meilleur moyen de l’y

fixer que de ne pas imprimer le mot tout entier, puisqu’alors on est

forcé de faire des efforts d’imagination pour retrouver ce qui a été

omis, tandis que s’il en était autrement on n’y ferait que fort peu

d’attention, l’examen ne se portant que sur la pensée exprimée dans la

phrase qu’on lit. On croirait vraiment que ce moyen a été inventé par

quelque libertin._

_Quant à l’orthographe, nous avons suivi en général celle qui est

adoptée actuellement, celle des temps anciens étant si variable, même

dans le même auteur, que nous n’aurions su laquelle choisir. Seulement,

nous avons indiqué toutes les manières diverses d’orthographier le même

mot, en renvoyant pour les explications et les citations à celui qui

est écrit à la moderne._

L’AUTEUR

PRÉFACE

(du Recueil du Cosmopolite)

_Il semble que la philosophie ne fasse qu’à regret (pour ainsi dire)

des progrès dans l’esprit de l’homme; si elle gagne à quelques égards

aujourd’hui, elle perd si considérablement par d’autres côtés, que la

compensation n’est pas égale. Les connaissances physiques prennent, il

est vrai, de jour en jour, un essor plus rapide, mais combien l’esprit

de morale n’a-t-il pas dégénéré?_

_Tandis que nos philosophes s’occupent de cette attraction qui

entretient le jeu des différentes parties de l’univers, l’impression

conséquente que doivent leur faire les mots les plus estimables de

notre langue leur échappe, ou se métamorphose dans leur imagination,

et ces mêmes mots ne présentent presque plus, pour la plupart, le vrai

sens auquel ils avoient été attachés._

_Faut-il chercher d’autre cause de la différence des mœurs de ce

siècle-ci à celles des siècles passés? Sans doute, la naïveté avec

laquelle nos pères s’énonçoient, et qu’on a depuis si injustement

qualifiée du nom de langage libre, étoit la base et le garant de la

pureté de leurs mœurs._

_Leur façon de vivre étoit aussi simple que leur langage; parmi eux,

_oui_ vouloit dire effectivement _oui_, et _non_ exprimoit exactement

_non_. Point de ces subterfuges qui sont autant de ressources pour la

mauvaise foi, et d’écueils de la solidité de l’esprit._

_La malignité des termes équivoques, d’autant plus dangereuse qu’elle

fait les délices des petits esprits, et par conséquent du plus grand

nombre, n’étoit point encore connue._

_Quelle contrainte ces fausses idées qu’on attache aujourd’hui à un

grand nombre de manières de s’exprimer, n’apportent-elles pas dans la

société? Il faut en exposer ici quelques exemples._

_Qu’une femme à qui vous parlerez d’un voyage agréable et curieux que

vous aurez fait, vous dise: Je meurs d’envie de le faire, les sots

éclatent de rire, et les fausses prudes rougissent._

_Céliante se donne la torture pour mettre son gant trop étroit pour sa

main; vous n’oseriez jamais lui dire: Madame, voulez-vous que je vous

le mette? ni même: que je vous l’ôte? parce que notre esprit corrompu

va plus loin que les termes propres ne signifient, et qu’il suppose

que, pour l’ôter, il faut l’avoir mis, et qu’il soit dedans._

_Si vous vous servez de ces termes simples, vous passez pour un sot, ou

du moins pour un mauvais plaisant._

_A peine est-il permis de dire que la Marne se décharge dans la Seine,

ou qu’un fusil est chargé._

_Nos dévots, même de la première classe, avoient voulu faire passer

cette réformation prétendue de style jusque dans la manière de faire

des enfants à sa femme, et trouvant une idée trop libertine, et une

façon trop peu décente de se mettre dessus à nu, ils avoient imaginé

de faire un trou chacun à leur chemise, pour opérer, disoient-ils, plus

modestement et plus convenablement le grand œuvre de la propagation du

genre humain._

_Je laisse à juger si ceux qui en agissent ainsi n’ont pas

l’imagination plus déréglée que ceux qui tout uniment se mettent

dessus, dans la simple nudité que la sage nature nous a donnée._

_Avec quelque pureté d’intention que vous employiez les mots d’enfiler,

remuer, branler, large, étroit, se retirer et cent autres, ils

réveillent à présent des idées licencieuses. Personne n’ignore le rire

scandaleux qu’ont excité, dans les derniers temps, ces quatre vers du

grand Corneille:_

Dis-moi donc, lorsqu’Othon s’est offert à Camille,

A-t-il paru contraint? A-t-elle été facile?

Son hommage auprès d’elle, a-t-il eu plein effet?

Comment l’a-t-elle pris? Et comment l’a-t-il fait?

_La saine raison, lorsqu’elle conduisoit les hommes, ne leur avoit

point appris à faire une distinction imaginaire d’une expression

supposée gratuitement malhonnête, avec une autre qui ne blesse point la

pudeur._

_On prononce le mot crime sans remords, comme celui de vertu sans

édification; on croit avec justice n’être point garant des idées

opposées que l’un et l’autre présentent. Par quel égarement va-t-on

déshonorer d’autres termes, qui ont le même droit d’être au rang de

ceux qui composent la langue? Pourquoi les exclure de la conversation

et des ouvrages littéraires, où souvent ils seraient si naturellement

amenés?_

[Illustration]

[Illustration]

DICTIONNAIRE EROTIQUE

PAR

UN PROFESSEUR DE LANGUE VERTE

A

ABANDONNER (S’). Se livrer complétement à un homme, lui ouvrir bras et

cuisses, lui laisser faire tout ce que lui conseillent son amour et sa

lubricité.

_Ce n’est pas le droit naturel

A fille de s’abandonner._

_(Farces et Moralités.)_

Si ma femme, impatiente de ma langueur, à autrui se abandonne.

RABELAIS.

_Lise, qui partout s’abandonne,

Ne fait qu’en flatter son mari._

THÉOPHILE.

ABATTEUR DE BOIS. Fouteur,—son outil étant considéré comme une cognée,

et la nature de la femme, à cause de son poil, comme une forêt.

Il n’étoit pas grand abatteur de bois, aussi étoit-il toujours

cocu.

TALLEMANT DES RÉAUX.

Les beaux abatteurs de bois sont, comme les rois et les poëtes,

des _raræ aves_.

Baron WODEL.

Ce Jacques était un grand abatteur de bois remuant.

(_Moyen de parvenir._)

Il lui présenta cent mille choses que ces abatteurs de femmes

savent tout courant et par cœur.

(_Les Cent Nouvelles nouvelles._)

_Je me connais en gens;

Vous êtes, je le vois, grand abatteur de quilles._

RÉGNIER.

ABBAYE DE CLUNIS (L’). Le cul,—de _clunis_, fesse, croupe,—une abbaye

qui ne chômera jamais faute de moines.

ABBAYE DE S’OFFRE À TOUS. Bordel, dont les victimes cloîtrées s’offrent

volontiers à tout venant qui tient à communiquer avec elles sur l’autel

de leur dieu des jardins.

ABBESSE. Grosse dame qui tient un pensionnat de petites dames à qui on

n’enseigne que les œuvres d’Ovide et de Gentil-Bernard: autrement dit

Maîtresse de bordel,—le bordel étant une sorte de maison conventuelle

habitée par d’aimables nonnains vouées, toutes au dieu de Lampsaque.

_Lorsque tu vas rentrer, ton abbesse en courroux

Te recevra bien mal et te foutra des coups._

LOUIS PROTAT.

ABEILARD. Nom qu’on donne à tout homme qui se trouve dans le cas de cet

abbé, dont il est question dans les _Contes d’Eutrapel_, lequel en ses

jeunes ans «avoit perdu ses deux témoins instrumentaires.»

ABEILARDISER. Rendre un homme impuissant en le châtrant, comme fit le

chanoine Fulbert à l’amant d’Héloïse.

_D’un colonel vous courtisez la femme;

Surpris, il vous abeilardisera._

POMMEREUL.

ABOUCHER (S’). Avoir trouvé chaussure à son pied, et mettre son pied—à

moelle—dedans.

_On veut chercher

A s’aboucher._

COLLÉ.

ABOULER DE LA BRAISE. Payer une fille, lui donner le salaire du plaisir

qu’elle va vous donner—avec la vérole ou la chaude-pisse.

Ça me semble tout drôle d’avoir à abouler d’la braise au lieu

d’en recevoir.

LEMERCIER DE NEUVILLE.

_—Ange! murmurai-je, plein d’aise

Comme un amoureux innocent.

—Il faut abouler de la braise,

Me dit-elle en me repoussant._

A. DELVAU.

ABRICOT DE LA JARDINIÈRE (L’). La nature de la femme,—qu’elle soit

jardinière ou princesse.

ABRICOT FENDU. La nature de la femme, qui ressemble, en effet, à

ce fruit,—ce qui permet de supposer, vu l’absence de toutes preuves

contraires, que le Paradis terrestre était un immense abricotier.

ABUSER D’UNE FEMME. En jouir charnellement, soit de gré, soit de

force,—mais le plus souvent de gré, les femmes se plaisant à être ainsi

abusées.

Vous êtes un infâme, vous avez lâchement abusé de moi pendant

mon sommeil...—Vous m’en voulez donc?...—Oui, parce qu’il fallait

attendre que je fusse réveillée.

Baron WODEL.

ACADÉMIE D’AMOUR. Lieu où on va pour jouer au jeu de Vénus—et de

Mercure: en bon français, Bordel.—Le mot se trouve dans le _Francion_

de Ch. Sorel et dans les _Aventures burlesques_ de Dassoucy.

Allons-nous à l’Académie, ce soir?—Non, je ne suis pas en queue.

J. LE VALLOIS.

ACCIDENT. Manque d’haleine dans le discours amoureux; hasard

malencontreux qui fait tomber (_accidere, ad cadere_) le membre viril

au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête

chauve.

_La malheureuse Hortense

Vient de perdre, à Paphos,

Un procès d’importance

Qu’on jugeait à huis-clos;

Son avocat, dit-elle,

Resta court en plaidant:

Voilà ce qui s’appelle

Un accident._

COLLÉ.

ACCIDENT FÉMININ. Avoir ses règles. Événement _prévu_ qui arrive juste

quand une femme, ayant un ou plusieurs bons coups à tirer, donnerait

tout pour qu’il y eût retard.

Nul autre que Pinange ne m’avait enfilée; peu de jours avant de

le rendre heureux, j’avais eu mon accident féminin; il était donc

bien avéré que ce qui allait se développer dans mes flancs était

son paternel ouvrage.

A. DE NERCIAT.

ACHETER UNE CONDUITE. Se ranger après avoir été très dérangée par les

michés; épouser un seul homme après avoir été mariée au genre humain.

Les filles qui ont fait des économies en suant le plus possible

du con, peuvent seules s’acheter une conduite; il y a des

messieurs qui ne sont pas plus délicats que Vespasien et qui,

comme cet empereur, prétendent que l’argent n’a pas d’odeur.

A. FRANÇOIS.

ACCOINTANCES (avoir des). Commercer charnellement avec un homme

lorsqu’on est femme, avec une femme lorsqu’on est homme.

Je supposai qu’elle avait eu des accointances avec le baron ou

avec son laquais.

A. LIREUX.

_De quelque valet l’accointance

Serait-ce bien votre désir?_

THÉOPHILE.

_C’est qu’à l’ombre du crucifix,

Souvent faites filles ou fils,

En accointant les belles-mères._

G. COQUILLART.

Il faut que quelqu’un se soit accointé que notre ménage a ainsi

renforcé.

(_Les Cent Nouvelles nouvelles._)

ACCOLADE. Baiser qui engendre l’envie de baiser,—à ce point que le même

mot sert aux deux actions, la chaste et la libertine.

_Une catin s’offrant à l’accolade,

A quarante ans il dit son introït._

PIRON.

ACCOLER. Faire l’acte vénérien,—dont le début est presque toujours une

accolade mutuelle.

_Quand le jeune et charmant champion

Accola la charmante Armide,

Notre morpion se hâta

De gagner la forêt humide

Qui devant lui se présenta._

B. DE MAURICE.

C’était un adieu que lui disaient toutes les femmes, filles et

garces qu’il avait accolées.

(_Moyen de parvenir._)

ACCOMMODER UNE FEMME. La baiser convenablement de manière qu’elle ne

réclame pas—à moins qu’elle ne soit trop gourmande.

Mon drôle met pied à terre, descend la demoiselle, et l’accommode

de toutes pièces.

D’OUVILLE.

ACCOMPLIR SON DÉSIR. Faire l’acte copulatif, qui est et sera

l’éternelle _desiderium_ de l’humanité—mâle et femelle.

Il disait à ses gens de la tenir par les bras, tandis que Robin

accompliroit son désir.

CH. SOREL.

ACCORDER SA FLÛTE. Se préparer à l’acte vénérien; bander,—la pine

de l’homme étant l’instrument dont les femmes connaissent le mieux

l’embouchure et dont elles jouent le plus savamment, soit avec la

langue, soit avec les doigts, soit avec le cul.

Allons, mon bel ami, accordez votre jolie petite flûte.

DURAND.

_Mais Jeannot plus se délectait

D’accorder sa flûte avec elle._

THÉOPHILE.

ACCORDER SES FAVEURS. Se dit d’une femme qui ouvre son cœur, ses bras

et ses cuisses à un homme pour qu’il use et abuse de cette ouverture.

Ne sera-ce qu’une déclaration de sentiment? Faudra-t-il lui

accorder les faveurs?

LA POPELINIÈRE.

ACCOUPLEMENT (L’). L’acte copulatif, qui accouple souvent un jeune

homme avec une vieille femme, un vieillard avec une jeune fille, un

libertin avec une presque pucelle, une bête avec un homme d’esprit.

_A tout prix je voulus la renvoyer chez elle;

Mais elle résista,—ce fut mon châtiment,

Et jusqu’au rayon bleu de l’aurore nouvelle,

J’ai dû subir l’horreur de notre accouplement._

HENRI MURGER.

ACCOUPLER (S’). Faire l’œuvre de chair, qui consiste dans une

conjonction de deux créatures de sexes différents.

Il en est de certains hommes comme des animaux; ils n’aiment

pas, ils s’accouplent aux femmes, qui pour eux ne sont que des

femelles.

Baron WODEL.

ACCROC AU MARIAGE (Faire un). Faire son mari cocu; donner une rivale à

sa femme.

_Mais quand tu s’ras dans ton ménage,

Faut pas pour ça t’ priver d’amant,

Car les accrocs faits au mariage,

C’est du nanan._

E. DEBRAUX.

ACCROCHE-CŒURS. Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur

les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et

d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche—dans leur pantalon.

_Sur nos nombreux admirateurs

Dirigeons nos accroche-cœurs._

LOUIS FESTEAU.

ACCROCHER. Faire l’acte vénérien—pendant lequel l’homme est accroché à

la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques

minutes.

Et elle rit quand on parle d’accrocher.

(_Moyen de parvenir._)

Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la

mousse.

EM. DURAND.

ACHEVER UN HOMME. Le sucer, ou le branler, ou le faire piner tellement,

dans la même soirée, qu’il tombe épuisé sur le flanc comme un

lapin.—Les anciens avaient le même verbe; ils disaient, soit: _peragere

viros_; soit: _exhaurire crebro concubitu_.

Tu l’as éreinté, ton homme; encore un coup, et tu l’achèveras.

LEMERCIER DE NEUVILLE.

ACTE. Coup tiré avec une femme,—par allusion sans doute à la chemise

qu’on lève et qu’on abaisse, comme le rideau d’un théâtre, avant et

après chaque acte. Plus il y a d’actes, plus le vaudeville amuse la

femme—qui se garde bien de siffler.

Quand nous en arriverons à l’acte, je te prouverai, carogne, que

les petits en ont plus gros que les grands.

EM. DURAND.

ACTÉONISER. Tromper son mari.

Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son

mari.

(_Les Caquets de l’accouchée._)

ACTEUR (L’). L’homme qui joue le rôle d’amoureux dans la comédie à deux

personnages dont l’auteur a désiré garder l’anonyme, et qui porte pour

titre: _La Fouterie_.

Lui, un acteur! dit la dame, qui savait à quoi s’en tenir sur le

jeu secret du sire. C’est un cabotin vulgaire, plutôt, qui s’est

usé en jouant avec des drôlesses.

LÉON SERMET.

_A peine fut cette scène achevée,

Que l’autre acteur par sa prompte arrivée,

Jeta la dame en quelque étonnement._

LA FONTAINE.

ACTION (L’). Le jeu de la pine et du con,—qui est l’action par

excellence.

Arrivons tout de suite à l’action, veux-tu?

LA POPELINIÈRE.

_Et puis l’action ordinaire

Est si sale après la façon._

THÉOPHILE.

ACTION FRÉQUENTE (L’). La fouterie, qui est la chose que l’on fait le

plus souvent quand on est jeune, vigoureux et bien membré.

Il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre

de nature, de corps véreux que la débilité de l’âge ou l’action

fréquente causera.

MILILOT.

ACTION HONTEUSE (L’). La fouterie, dont rougissent le plus en public

les gens qui la font le plus sans vergogne en particulier.

L’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive et

représenter à la personne aimée l’image du plaisir de son âme...

MILILOT.

ADMINISTRER UNE DOUCHE—Faire pleuvoir le sperme dans le cul brûlant de

la femme,—cette adorable folle dont nous sommes tous fous.

_Le dieu des jardins en ce lieu

Une heureuse douche administre._

_(Le Cabinet satyrique.)_

Je lui administrai une douche qui l’inonda et lui fit crier comme

à Panurge: Je _naye_, je _naye_, je _naye_!

Baron WODEL.

ADROITE EN AMOUR (Être). Se dit d’une femme ou d’une fille qui connaît

sur le bout du doigt et de la langue l’art de faire jouir les hommes.

_Adroite en amour,

Elle y sait plus d’un tour.

C’est une aisance!

Une indécence!

L’on croit voir une femme de cour!_

COLLÉ.

AFFAIRE. L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la

femme.

Le grand cordelier ayant achevé son affaire.

(_Moyen de parvenir._)

_Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire

Femme qui vous surpasse en traits d’agilité._

(_Cabinet satyrique._)

_Pense que peut en cela faire

Qui se plaît à l’affaire._

JODELLE.

Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que

quand elle était à demi forcée et abattue.

BRANTÔME.

_Dites-vous que l’amour parfait

Consiste en l’amoureuse affaire._

THÉOPHILE.

_Le jeune homme puceau l’appelle son affaire._

PROTAT.

_Mon cher ami, j’ai l’habitude

De me couvrir, en me baignant,

D’un sac qui me cache et me serre

Des pieds jusques à l’estomac...

—Parbleu! c’est prudent, dit Voltaire,

Et votre affaire est dans le sac._

C. FOURNIER.

Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un

poil de votre affaire?

D’OUVILLE.

AFFAIRE AVEC QUOI L’HOMME PISSE (L’). La pine,—un mot que n’osent pas

avoir à la bouche les femmes qui ont le plus au cul la chose qu’il

représente.

N’en as-tu pas vu quelqu’un qui pissât, et cette affaire avec

quoi il pisse?

MILILOT.

AFFAIRE DE CŒUR. Coucherie,—_cœur_ étant mis là pour _cunnus_.

Vous êtes en affaire? me cria-t-il à travers la porte, pendant

que j’accolais ma drôlesse et la suppéditais avec énergie.—Oui,

répondis-je en précipitant mes coups, je suis en affaire... de

cœur.

J. LE VALLOIS.

AFFAIRES (Avoir ses). Avoir ses menstrues, qui sont toute une affaire,

en effet.

_Ce n’est pas le jour des affaires

Qu’il paraît le plus affairé._

EUGÈNE VACHETTE.

AFFILER LE BANDAGE. Bander,—_arrigere_.

Ainsi que des amants temporels pigeonnaient la mignotise d’amour,

affilant le bandage.

(_Moyen de parvenir._)

AFFRIANDER UN HOMME. Le tenter du gaillard péché de luxure en lui

montrant un mollet bien tourné, une gorge bien ferme, des fesses bien

blanches, etc.

Serais-je étonnée de te voir un caprice pour ces princesses-là

(des fesses)? Va, va, mon cher, elles en ont affriandé bien

d’autres.

A. DE NERCIAT.

AFFRONT (Faire un). Débander juste au moment où il faut bander le plus

roide,—seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.

_Tournez en ridicule

Ceux qui n’avancent pas

Plus d’un pas,

Ou qui font

Un affront

Au second._

COLLÉ.

AGACER LE SOUS-PRÉFET. Se masturber.—L’expression est tout à fait

moderne, et fréquemment employée, quoique d’une étymologie difficile.

AGENT. Celui qui agit: le doigt, le vit ou le fouteur. Ce mot s’emploie

aussi pour les sodomites; le nom d’agent appartient à celui qui encule

par opposition au mot _patient_, donné à celui qui se fait enculer.

Mais en un mot, si Monrose, agent de plein gré, ne devint pas

patient avec autant de résignation que le père, c’est que...

(_Félicia._)

AGIR. Faire l’acte vénérien,—celui qui exige la plus grande dépense

d’activité: _Res, non verba!_

Les poètes chantent la femme, les goujats la baisent; les uns

agissent pendant que les autres pensent: les goujats sont plus

heureux que les poètes.

Baron WODEL.

AGNÈS.—Jeune fille embarrassée de son pucelage; fausse ingénue qui

affecte de croire que les enfants se font par l’oreille, bien que son

petit cousin lui ait appris par quel autre endroit ils s’improvisent.

Je n’aime pas ces Agnès-là, je leur préfère des garces

franchement déclarées.

LIREUX.

AGRÉMENTS NATURELS. Le membre viril.

Il arrive de province ce matin, et la fatigue du voyage fait un

peu de tort à ses agréments naturels.

(_Les Aphrodites._)

AIDE-MARI. Amant,—qui aide en effet l’époux dans sa besogne conjugale,

mais à son insu, bien entendu.

Il est assez égal que les enfants qu’elle pourra donner à son

époux soient de lui ou du plus fécond des aide-mari qu’elle

favorise.

A. DE NERCIAT.

AIGRETTE CONJUGALE. Au figuré: ornement de tête de MM. les cocus; les

cornes que leur font porter mesdames leurs épouses.

X... a couché avec madame Z...? Encore un fleuron à ajouter à

l’aigrette conjugale de son mari.

(_Diable au corps._)

AIGUILLE. Le membre viril, avec lequel on _pique_ les femmes,—qui en

enflent pendant neuf mois.

_Mariette est femme très honnête,

Et si ce n’est un jour de fête,

Elle a toujours l’aiguille en main._

THÉOPHILE.

Un vieil homme est comme une vieille horloge, plus elle va avant,

plus l’aiguille se raccourcit.

TABARIN.

AIGUILLON. Le membre viril, avec lequel on pique les femmes pour les

réveiller quand elles sont endormies.

_Et profitant d’un moment de faiblesse,

Il lui glissa son fringant aiguillon._

PIRON.

AIGUILLONNER. Travailler du bout de la langue sur un vit, ou sur un

clitoris.

... Dès lors, il a le nez sur la céleste mappemonde, et sa langue

amoureuse aiguillonne le brûlant bijou.

(_Aphrodites._)

AIMANT. Ce qui attire l’homme à la femme, et _vice versa_.

Quand mes baisers passionnés lui coupent la parole, quand mes

téméraires mains et le reste ont mis le feu partout... nos

aimants se joignent, s’attirent, s’unifient... L’univers est

oublié!...

MONROSE.

AIMER. Synonyme élégant et pudique de _foutre_. Quand un homme dit

à une femme: «Je vous aime,» il veut lui dire et elle comprend

parfaitement qu’il lui dit: «Je bande comme un carme, j’ai un

litre de sperme dans les couilles, et je brûle de l’envie de te le

décharger dans le con.» Il n’y a que les poètes, les impuissants et

les mélancoliques qui aient osé jusqu’ici donner à ce verbe éminemment

actif un sens passif—et ridicule.

_... La fille entretenue

Dit: Aimons!!!..._

PROTAT.

AIMER ÇA. Avoir un goût fort vif pour les choses de la fouterie et pour

la fouterie elle-même.

_Monsieur, tout ce qu’il vous plaira.

J’aime assez ça,

J’aime bien ça._

COLLÉ.

AIMER LA FEMME. Avoir le tempérament amoureux, aimer à aimer—quelque

femme que ce soit.

Que voulez-vous, mon père? j’aime la femme et je le lui prouve le

plus souvent que je peux.

J. DU BOYS.

AIMER LA MARÉE. Aimer à gamahucher une femme, se dit par allusion à

l’odeur _sui generis_ qu’exhale son vagin.—L’expression date seulement

du XVIIIe siècle, et elle vient de l’académicien Saint-Aulaire, le même

qui avait fait sur la duchesse du Maine le fameux quatrain où il est

déjà question de Téthys. Il serait dommage de priver la postérité de ce

second quatrain, qui méritait de devenir aussi fameux que le premier:

_De l’écume des mers, dit-on,

Naquit la belle Cythérée:

C’est depuis ce temps que le con

Sent toujours un peu la marée._

AIMER LE COTILLON. Aimer la femme—surtout quand elle est déshabillée.

Vous aimez trop le cotillon, mon cher, il vous en cuira.

E. DURAND.

AIMER LE GOUDRON. Aimer à enculer, soit les femmes, soit les hommes,—ce

qui embrène la queue.

_Pour Jupiter, façon vraiment divine,

Le con lui pue, il aime le goudron._

(_Chanson anonyme moderne._)

AIMER L’HOMME. Avoir du goût pour la pine, s’en servir le plus souvent

possible; jouer franchement des fesses lorsqu’on est sous l’homme.

Les femmes qui aiment l’homme sont assez rares, aujourd’hui que

les femmes aiment si volontiers la femme et que les tribades ont

remplacé les jouisseuses.

A. FRANÇOIS.

AIMEUSE. Petite dame—galante,—qui fait profession d’aimer.—Synonymes:

putain, lorette, cocotte, grue, catin, vache, etc., etc.

_Les Juifs avaient leurs Madeleines;

Les fils d’Homère leurs Phrynés.

Délaçons pour tous les baleines

De nos corsets capitonnés.

Rousses, blondes, brunes ou noires,

Sous tous les poils, sous tous les teints...,

Qu’il pourrait raconter d’histoires,

Le cercle de nos yeux éteints!

Folâtres ou rêveuses,

Nous charmons;

Nous sommes les aimeuses:

Aimons!_

EUG. IMBERT.

AIR COCHON (Avoir un). Avoir un visage provoquant, qui appelle l’homme,

qui le convie à manquer de respect à la femme qui a ce visage; avoir

les yeux égrillards, la bouche voluptueuse, etc.

Je vous ai un petit air cochon comme tout.

LEMERCIER DE NEUVILLE.

AJUSTER UNE FEMME. La baiser,—ce qui est ajuster le membre viril dans

son vagin avec la raideur d’une flèche lancée d’une main sûre.

ALCIBIADISER. Agir en pédéraste passif, se laisser enculer—comme

Alcibiade par Socrate.

ALLER À CYTHÈRE. Ce que les délicats appellent _Ad summam voluptatem

pervenire_, et les voyous, _Aller au bonheur_,—le seul voyage que l’on

ne puisse faire seul, et que l’on fait toujours à cheval sur une belle

jument.

_J’aime, dit Ros’, quand on m’mène à Cythère,

Qu’on se promèn’ pendant plusieurs instants;

Dès qu’on r’ssort, ça n’ m’amuse guère._

DIDA.

ALLER À DAME. Baiser; coucher avec une femme.—Cette expression,

empruntée au jeu de dames, a été inventée par un _pion_ de

l’institution Sainte-Barbe.

ALLER À LA VISITE. Se dit des filles publiques qui, au jour fixé par

les règlements de police, doivent se rendre au Dispensaire pour subir

un examen de santé de la part de médecins _ad hoc_, qui les renvoient

si elles sont saines et les retiennent si elles sont malades.

_C’est demain, ô mes sœurs, le jour de la visite._

ALBERT GLATIGNY.

ALLER À PINADA.—Faire l’acte vénérien,—à _dada_—sur une _pine_.

ALLER AU BEURRE. Baiser une femme, dont le con ne tarde pas à devenir

ainsi une baratte.

Zut! je veux aller au persil pour aller au beurre, moi, na!

LEMERCIER DE NEUVILLE.

ALLER AU BONHEUR. Jouir en baisant, parvenir à la félicité

suprême.—Cette expression, une des plus justes de la langue érotique

moderne, est précisément celle qui se lisait comme enseigne sur les

bordels de Pompéï: _Hic habitat felicitas_.

Tu as donc envie d’aller au bonheur, mon petit homme!

LEMERCIER DE NEUVILLE.

ALLER AU CAFÉ. Gamahucher une femme. On dit aussi: _prendre sa

demi-tasse_ au café des Deux-Colonnes.

ALLER AU GRATIN. Baiser une femme publique,—à l’œil,—ce qui est une

gourmandise pour certains _travailleurs_. Allusion au gratin que laisse

un mets au fond de la casserole et qui trouve toujours un amateur—quand

_tout le monde_ est servi.

ALLER AU PERSIL. Se dit des femmes autorisées qui se promènent le soir

dans les rues, sur les trottoirs, et qui ne cessent de se promener que

lorsqu’un galant homme, un peu gris, les prie de se reposer—pour tirer

un coup avec lui, dans une chambre de bordel ou dans un arrière-cabinet

de marchand de vins.—_Voy._ ALLER AU BEURRE.

ALLER AU VICE. Aller au bordel.

ALLER CHEZ LE VOISIN. Enculer une femme; se tromper, volontairement ou

involontairement, d’endroit.

Tiens... me voilà... Pas comme ça, donc! Tu va chez le voisin...

Laisse-moi te conduire.

H. MONNIER.

ALLER D’ATTAQUE (Y). Baiser avec énergie, sur l’herbe ou sur une

chaise, sous le ciel du lit ou sous le ciel de Dieu, sans se préoccuper

des passants et des enfants.

La limace... là, bien blanche, avec ses creux et ses montagnes,

ça m’met sens sus d’sous... Allons-y d’attaque!

LEMERCIER DE NEUVILLE.

ALLER DE SON BEURRE. Jouir copieusement, lorsqu’on est sous l’homme,

sans craindre la vérole et les enfants, et décharger deux ou trois fois

sans qu’il ait déconné.

Tu m’as fait crânement jouir, cochon! Voilà la première fois que

j’y vas de mon beurre aussi franchement.

LEMERCIER DE NEUVILLE.

Dictionnaire érotique moderne · 第 1 / 23 段