Gaspard nous diguet quàouqueis mots[26]

Eici coumençoun leis sanglots

Dé l’espétatour un peu tendré...

Cépendant, vous lou fan estendré,

Sènso qué changé, su la croux.

Espéro lou moumen hurous

Qué dúou lou léva d’aquéou moundé,

Se ves roumpré senso qué boundé,

Ni senso murmura ùn moumen...

Et leis Messiés, leis belleis Damos,

Chascùn si sente ùn mouvamen

Dé tendresso per sa bello âmo!

[26] Gaspard nous dit quelques paroles...--Ici commencent les

sanglots--Du spectateur un peu tendre.--Cependant on le fait

s’étendre,--Sans qu’il change de visage, sur la croix.--Il espère

l’heureux moment--Qui doit lui faire quitter ce monde.--Il se voit

«rompre» sans faire un sursaut--Et sans murmurer un seul

instant.--Et les Messieurs et les belles Dames,--Chacun se sent un

mouvement--De tendresse pour sa belle âme!

«Chacun se sent un mouvement de tendresse pour sa belle âme!» Sur ce

dernier mot, le récitant étouffait un sanglot. Et les femmes, les

enfants, les vieux, les jeunes gens, tous essuyaient des larmes.

Puis toutes les mains se tendaient vers le marchand. On achetait la

complainte un sou. Il la vendait en silence. Elle avait été imprimée au

lendemain même du jour où fut exécuté le bandit célèbre, qu’on peut

appeler historique, puisque l’exemplaire conservé à la Méjane, est rangé

dans _le Recueil des pièces historiques_, et matriculé: _F. 884_.--Là

est le tombeau de Gaspard, mais plus durable encore est-il dans le cœur

des bonnes gens.

La distribution faite, le pauvre gain réalisé, le colporteur se mettait

en posture de refaire sa balle qui, ouverte à terre devant lui, montrait

pêle-mêle toute la pacotille, «rubans, fil, aiguilles... _Almanachs et

Légendes_...» La balle refaite, carrée, bien enveloppée et serrée

solidement dans un prélart épais, il la soulevait par les courroies, la

balançait un peu, puis, d’un bras resté puissant, il la lançait sur son

dos courbé qui se redressait pour en recevoir le choc...

Enfance et jeunesse accompagnaient l’homme, gentiment, affectueusement,

jusqu’aux dernières maisons du village. Là, on lui criait: «A si

réveiré!» et tous le suivaient longtemps du regard...

* * * * *

Longtemps, longtemps, là-bas, on voyait s’éloigner, à travers pinèdes et

bruyères, le dos voûté et bombé, sur lequel le vieux, souvent,--d’un

mouvement machinal de la main, et d’un coup d’épaule,--remontait la

balle trop lourde,--_La légende du Juif errant_,--_Les Quatre fils

Aymon_,--_La Sagesse des Nations_,--_Gaspard de Besse_,... et tant

d’années, tant de souvenirs, tant de misère... tant de siècles!

_Solliès-le-Vieux_, Mai 1919.

Le fameux chevalier Gaspard de Besse · 第 49 / 50 题