SCENE IV.

Diocletian. Aquillin. Rutile. Genest. Anthenor. Aristide.

Luciane. & les Gardes.

RUTILE, _à l'Empereur_.

Seigneur elle a sans doute emporté la victoire,

Une visible joye esclatte dans ses yeux.

DIOCLETIAN, _à Pamphilie_.

He bien! qu'avez vous faict en faveur de nos Dieux.

PAMPHILIE.

Plus que je ne devois.

DIOCLETIAN.

C'est orgueilleux peut estre,

À peine de fleschir & de se reconnoistre.

Et d'autant que vos voeux ne sont pas achevez,

Vous dites avoir faict plus que vous ne devez.

Il est vray qu'on fait trop pour un esprit coupable,

Alors qu'il ne veut pas se rendre raisonnable,

Et qu'au mesme moment qu'il refuse à ceder,

Une extréme rigueur le doit persuader:

Mais quoy que vos raisons combattans ce rebelle,

N'ayent pas rendu son coeur plus humble ou plus fidelle,

Je ne veux point pourtant vous desrober le prix

Que nous devons aux soins que vous en avez pris,

Comme vous, Anthenor, Luciane, Aristide,

Ont fait de vains efforts aupres de ce perfide,

Et j'ay rendu pourtant leur sort si glorieux

Qu'ils ne se plaindront pas ny de moy ny des Dieux.

ARISTIDE.

Non, Seigneur, le haut rang où nous met ta puissance

Tesmoigne ta grandeur & ta magnificence,

Et nous serions ingrats envers les Dieux & toy

Si nous manquions jamais ou de zele ou de foy:

Ouy, commande, Cesar, nous suivrons ton envie,

Fallust-il mille fois exposer nostre vie,

Et chercher au plus fort des plus aspres combas

Parmy tes ennemis un glorieux trespas.

Admire avecque nous, admire Pamphilie,

Les adorables noeuds dont l'Empereur nous lie,

Son Espargne est pour nous prodigue de presens,

Nous sommes honorez parmi ses Courtisans,

Et par une bonté qu'à peine je puis croire

Nous passons du neant au faiste de la gloire.

PAMPHILIE.

Esclave volontaire, & timide flateur,

Qui mesme des deffauts te rends adorateur,

J'ay honte de penser à la bassesse infame

Qui pour un faux bonheur te fait trahir ton ame,

Au lieu de te flatter d'un credit si puissant

N'avance qu'avec peur dans un pas si glissant,

Aux pieds des grands Rochers sont les grands precipices,

Et souvent le regret suit de prés les delices.

Plaints au lieu d'admirer ces presents criminels,

Qui te vont procurer des malheurs eternels,

Et d'un coeur genereux rejette cette pompe

Dont le funeste esclat vous seduit & vous trompe,

Ou si tu ne peux pas detacher tes desirs

De ces honteux honneurs, de ces lasches plaisirs,

Adore si tu veux la chaine qui te lie,

Mais voicy les liens que cherit Pamphilie.

Liens que tu devrois comme moy desirer,

Et soubs qui nous serions trop heureux d'expirer.

Ouy, voila mon espoir, voila ma recompence,

Accorde les, Cesar, à mon impatience,

Et par ce beau present que tu dois à mes voeux

Tu feras plus pour moy que tu n'as fait pour eux.

Je suis Chrestienne.

LUCIANE.

Helas!

ANTHENOR.

Le traistre l'a charmée.

DIOCLETIAN.

De quelle rage, ô Dieux, est mon ame enflammée!

Quoy? loing de nous servir on se mocque de nous?

On nous joue? on nous brave? ha! c'est trop, mon couroux,

C'est trop se retenir, lance, lance la foudre,

Frappe ces insolens, & les reduits en poudre

Va, Rutile.

RUTILE.

Où, Seigneur?

DIOCLETIAN.

Emmener ce mutin,

Tu sçais mon ordre.

RUTILE.

Allons.

GENEST.

Ô trop heureux destin!

Ma Pamphilie, Adieu.

L'illustre comédien, ou Le martyre de Sainct Genest · 第 3 / 4 章