«Chère tante Sophie, si vous n’avez pas d’argent, passez chez le
notaire, prenez en mon nom ce qu’il vous faut, et venez vite, avec
Marie. Pierre court un danger. Pas un danger physique, rassurez-vous;
un de ces dangers qui menacent toujours les hommes, du côté du cœur.
Vous seules, vous deux, pouvez le conjurer. Vous devinez? Vous
comprendrez, je vous expliquerai. Mais arrivez d’abord, sans perdre un
jour.
«Ne dites rien de tout ceci à Marie, inutile de l’effrayer. Dites-lui,
ce qui est vrai, que son père est repris d’une forte attaque de goutte
et ne pourra pas de sitôt se mettre en route pour Eauze. Je suis allé
relancer notre écervelé d’oncle Sénauvert; il baisse visiblement et
demande à revoir sa fille. Il est convenable que Marie se rende à ce
vœu. Amenez-la sous ce prétexte, vite, chère tante. Venez repêcher
votre Pierre, aider votre Jacquot.»
Il alla jeter cette lettre à la poste, il rentra plus confiant, plus
tranquille, comme on l’est quand on a fait acte de raison et de
sacrifice.