«14 juillet 1809.
«Monseigneur, quoique mes rapports journaliers vous aient fait connaître
dans le plus grand détail les événements qui viennent d'avoir lieu, je
crois de mon devoir de vous rendre un compte qui en présente l'ensemble.
«Le 7, je reçus l'ordre de me porter en avant avec mon corps d'armée,
augmenté de la division bavaroise et de la cavalerie légère du général
Montbrun, pour marcher à la recherche de l'ennemi par la route de
Nikolsbourg. Arrivé à Wüllersdorf, j'y acquis la certitude que très-peu
de troupes ennemies y avaient passé, et qu'au contraire la masse de ses
forces était dirigée sur Znaïm. Je me mis en marche pour me porter sur
cette ville, à une lieue et demie de laquelle j'arrivai le 10, à onze
heures du matin. Tous les rapports qui m'avaient été faits s'accordaient
à m'annoncer que l'armée ennemie avait dépassé cette ville, et que je
n'y trouverais plus qu'une arrière-garde.
«Je vis bientôt paraître, sur les hauteurs qui couvrent le bassin de
Znaïm, six à sept mille hommes d'infanterie qui voulaient m'en disputer
la possession. Je les fis immédiatement attaquer par la division
Clausel, soutenue par la division bavaroise, ayant en réserve la
division Claparède.
«Le 8e régiment d'infanterie légère, soutenu du 23e, chargea avec tant
de vigueur et de confiance l'ennemi, que, dans peu d'instants, il fut
forcé à la retraite. Le général Delzons conduisait cette charge avec son
habileté ordinaire. La cavalerie du général Montbrun culbuta toute la
cavalerie ennemie qui était sur la gauche, et nous arrivâmes bientôt sur
les bords du ravin qui borde la plaine.
«J'aperçus alors bien distinctement dix à douze mille hommes de troupes
autrichiennes dans le bassin, et un corps de vingt à vingt-cinq mille
sur la rive droite de la Taya, qui n'avait pas eu le temps de passer
cette rivière. Déjà différents indices me faisaient soupçonner le
voisinage du maréchal Masséna par la route de Stokerau.
«Je pensai que la fortune m'offrait la plus belle occasion possible, et
que je pouvais détruire l'armée ennemie en battant ce que j'avais devant
moi, en coupant les ponts, et livrant tout ce qui était de l'autre côté
de la rivière au maréchal Masséna.
«Je fis mes dispositions d'attaque; mais, avant de les faire exécuter,
je crus utile de bien faire éclairer ma droite, et j'ordonnai un
mouvement offensif à la cavalerie du général Montbrun. Ce mouvement nous
découvrit près de quarante mille hommes de l'armée ennemie, avec tout le
parc d'artillerie qui était en avant de Znaïm. La présence d'une force
aussi considérable me fit renoncer à attaquer l'ennemi; mais, fort de
l'opinion qui soutient les armées victorieuses, assuré de l'ignorance de
l'ennemi sur mes véritables forces, je pris avec sécurité position sur
les bords du ravin. Je fis retrancher deux fermes qui servaient d'appui
à ma droite, couvraient ma cavalerie, et j'occupai le village de
Tisevich, qui était en avant de mon front et me donnait action sur les
ponts de la Taya, et je fis garnir d'une nombreuse artillerie toutes les
hauteurs.
«L'ennemi voulut bientôt nous faire évacuer le village, et l'attaqua
avec beaucoup de vigueur. Il fut défendu avec opiniâtreté par le général
bavarois Becker, commandant la deuxième brigade. Mais, après un certain
temps, de nouveaux secours lui furent nécessaires pour conserver une
partie du village dont l'autre lui avait été prise par l'ennemi. Le
combat se soutint avec des alternatives de revers et de succès, et la
moitié du village fut prise et reprise trois fois de suite; mais la
fortune fut fixée quand le 81e régiment marcha au secours du général
Becker.
«Je dois beaucoup d'éloges à la manière vigoureuse dont ce général s'est
conduit, et je dois beaucoup de louanges au colonel Bonté à la défense
qu'il a faite pendant ces événements.
«L'ennemi, après de fréquentes charges sur le village, se trouvant en
désordre, j'ordonnai au général comte Preiken, qui commande les chevaux
bavarois, de déboucher et de charger l'ennemi. Cette charge, faite avec
beaucoup de vigueur, eut pour résultat ce que je devais en attendre, et
l'ennemi perdit un bon nombre de prisonniers.
«L'ennemi dirigea plusieurs colonnes sur d'autres points de ma ligne,
mais sans succès; et, après un combat de neuf heures, nous restâmes
maîtres des positions dont nous nous étions emparés.
«Le lendemain, l'ennemi se disposa à la retraite. Lorsque je vis
déboucher sur les bords de la Taya l'avant-garde du maréchal Masséna, je
me portai en toute hâte sur les flancs de l'armée ennemie, espérant
pouvoir l'entraver dans son mouvement. La disproportion de mes forces
avec celles de l'ennemi m'obligeait à attendre que, d'un côté, le corps
du maréchal Masséna eût fait des progrès, et que, de l'autre, celui du
maréchal Davoust fût en liaison avec moi. L'ennemi, qui s'aperçut de mon
projet, vint m'attaquer, et il en résulta un combat où l'ennemi, malgré
les avantages du nombre, ne put nous faire céder le terrain. Mais Votre
Altesse Sérénissime en est aussi bien instruite que moi, puisqu'elle y a
assisté sur le soir.
«Sa Majesté m'ordonna de marcher sur Znaïm, afin d'aider au mouvement du
maréchal Masséna, et nous allions entrer dans cette ville lorsque je
reçus l'ordre de faire cesser le feu.
«Les résultats de cette journée sont d'avoir pris deux drapeaux, deux
mille hommes à l'ennemi; d'avoir retardé sa marche, de manière à ce
qu'elle aurait pu être combattue avec avantage si la générosité de
l'Empereur n'eût fait accorder une suspension d'armes à l'ennemi.
«L'ennemi a perdu plus de trois mille hommes tués ou blessés dans ces
deux journées. Nous avons eu seize cents hommes hors de combat. Parmi
les blessés se trouvent le général de division Claparède, les généraux
de brigade Delzons et Bertrand. C'est la deuxième fois dans la campagne
que le général Delzons est blessé.
«Je ne saurais trop me louer des généraux, officiers et soldats. Mais je
dois particulièrement des éloges aux généraux Clausel et Delzons.»