Schoenbrunn, le 29 juin 1809, midi.
«L'Empereur, monsieur le duc, a reçu votre lettre du 27 au soir, par
laquelle vous lui annoncez que le général Giulay a fait sa retraite sur
Rachesbourg, et que vous marchez, le lendemain, 28, à sa poursuite. Sa
Majesté me charge de vous dire qu'elle est mécontente de ce que vous
ayez perdu une seule heure pour marcher à sa poursuite, ce qui vous
aurait mis dans le cas d'attaquer au moins son arrière-garde. Il parait
que vous ne vous êtes mis en mouvement que vingt-quatre heures après
qu'il a effectué sa retraite, et c'est vous mettre hors de la main de
l'Empereur, sans avoir l'espoir d'entamer ce corps ennemi.
«Vous ne devez pas ignorer, général, que le destin des armées et celui
des plus grands événements dépend d'une heure. Ainsi vous manquez le
corps du général Giulay comme vous manquez celui du général Chasteler.
«L'Empereur, général, ordonne que vous dirigiez sur-le-champ le général
Broussier, avec les troupes à ses ordres, par la route la plus courte
sur Vienne. L'intention de Sa Majesté est que, avec votre corps d'armée,
vous reveniez à grandes journées sur Vienne, aussitôt que vous aurez
éloigné le corps du général Giulay. Si vous pouvez prendre le château de
Gratz, vous y laisserez une garnison, ce qui serait fort avantageux pour
maintenir nos communications. Si vous ne le pouvez pas, vous laisserez
une arrière-garde pour bloquer le château, et vous donnerez pour
instruction au commandant de n'évacuer la ville qu'un ou deux jours
après votre départ. Il faut, général, que vous marchiez à grandes
journées, afin d'arriver à Vienne dans quatre à cinq jours; il est
essentiel que vous soyez rendu à six lieues de cette ville le 4 juillet.
Vous aurez soin de faire toutes les démonstrations comme si vous
marchiez en avant, afin d'en imposer le plus que vous pourrez à
l'ennemi. Dans cet intervalle, vous ferez vos efforts pour prendre le
château de Gratz. Vous aurez soin de prévenir le général Garrau, à
Bruck, de votre mouvement, afin qu'il protége autant qu'il pourra la
route de Bruck à Klagenfurth. Je n'ai pas besoin de vous recommander de
faire évacuer les hôpitaux de Gratz sur Bruck, et de ne laisser dans
cette ville aucun embarras.
«Le vice-roi a envoyé le général Macdonald pour couper au général
Chasteler la route entre Wesperin et Bude. Il paraît que, quant à
Giulay, il se dirige sur la Croatie.
«La ligne de communication de votre corps d'armée doit être sur Vienne,
et tout ce que vous aurez laissé sur vos derrières doit rejoindre
Klagenfurth ou Vienne, de manière que, si l'ennemi s'emparait de la
Styrie et de la Carniole, vous ne puissiez rien y perdre. Klagenfurth et
Laybach conserveront seuls des garnisons.»