1912
_A STRATONICE_
_De tous mes livres, voici, je pense, celui qui me vaudra le plus
d'injures, celui qui soulèvera contre moi le plus d'indignations
hypocrites ou sincères, celui dont tous mes ennemis se réjouiront,
celui que beaucoup de mes amis renieront. C'est un livre malencontreux
et malhabile. Je n'y ai point gardé mesure ni prudence, et j'y ai mis
ma pensée crue. C'est un livre extravagant et invraisemblable. Peu de
gens l'admettront, car les personnages dont je l'ai peuplé diffèrent
essentiellement de tout ce qu'on rencontre entre Auteuil et Montmartre,
bornes raisonnables du monde. Peu de gens le toléreront, car la morale
conventionnelle n'y a point trouvé place. Les femmes, surtout, lui
seront sévères; je veux dire les femmes qui, par droit de mariage, sont
appelées honnêtes femmes, les autres ne comptant pas._
_Ce livre d'avance détesté et honni, ce livre qui sera tant attaqué, et
que je ne défendrai point, je désire le dédier à toi. J'en mets à tes
pieds l'offrande, avec mon respect religieux. Daigne accepter._
_C. F._