Cette place tire son nom du palais et de l'église des Chevaliers de
l'Ordre militaire de Saint-Etienne, à présent supprimé, et qui avait son
siège principal à Pise. Autrefois c'était la place des Anciens,
c'est-à-dire des Anciens de la République, qui y avaient leur palais
devenu par la suite l'Ecole militaire des Chevaliers ou la _Carovana_,
aujourd'hui _Ecole Normale Supérieure_. Au-dessus de la façade de ce
palais se trouvent les bustes de six grands maîtres. La statue qui est
devant représente Cosme Ier, fondateur de l'Ordre de Saint-Etienne. La
statue, ainsi que la fontaine qui est à sa base, sont l'oeuvre de
_Francavilla_.
L'église de Saint-Etienne, dite des _Cavalieri_ (Chevaliers) (pl. 18, D
3), s'élève avec sa belle façade de marbre sur une spacieuse place. On
voit sur l'architrave de la porte une croix en agate qui porte cette
inscription: _In hoc signo vinces_ (avec ce signe tu vaincras).
Elle n'a qu'une nef et un seul autel en porphyre.
Sur cet autel est la statue du saint titulaire, sous laquelle se trouve
un riche siége en bronze renfermant une partie d'un autre siége qui a
appartenu au saint et plus bas, dans un reliquaire, se trouvent ses os.
Les trophées suspendus aux parois, enlevés aux Turcs, rappellent les
exploits des Chevaliers de l'ordre. Le riche plafond de l'église des
Cavalieri mérite d'être observé. On y admire les précieuses peintures
qui représentent la prise d'habit de Cosme Ier, par _Ludovic Cardi_, dit
le Cigoli; le retour de la bataille de Lépante, de _Jacopo Ligozzi_;
l'embarquement à Livourne de Marie de Médicis, par _Christophe Allori_;
la conquête de 4 navires turcs, de _Jacopo d'Empoli_; la prise de la
Prevesa, ou bataille de Nicopolis, de _Ligozzi_; et enfin la prise de
Bone, du même _Jacopo d'Empoli_. Dans les chapelles latérales on voit la
lapidation de saint Etienne, du _Vasari_; la multiplication des pains,
par _Ludovic de Buti_; la Nativité de J.-C., par Alexandre Allori, dit
le _Bronzino_.
Cette église possède deux orgues, dont l'un à gauche est excellent. Il
faut l'entendre pour Noël, à la messe de minuit, quand il est touché par
l'habile organiste Henri Barsanti.
La place des Cavalieri est renommée à cause de la fameuse _Tour de la
Muda_, dite aussi de la _Faim_, dans laquelle on fit mourir de faim le
malheureux comte Ugolin de la Gherardesca avec ses enfants et ses
neveux, comme le décrit le Dante dans le 33e chant de son Enfer. Elle
était située sur l'aile droite du palais appelé aujourd'hui
Finocchietti, lequel présente dans sa façade seulement quelques restes
des belles fresques du _Paladini_ et du _Maruscelli_.
A côté du petit oratoire de Saint-Roch, est le _Collège Puteano_, fondé
par l'archevêque C. Ant. del Pozzo, pour 8 jeunes Piémontais qui y sont
entretenus pendant leurs études universitaires. A l'angle, est situé le
_palais du Conseil Provincial_. Entre l'ancien palais, qui était jadis
le siège du _Conseil des Chevaliers_, et la _Maison Canoniale_, s'ouvre
la rue _S. Frediano_, par laquelle on va à l'_Académie des Beaux-Arts_,
(no. 972), (pl. I, D 3) fondée en 1812 par Napoléon Ier, où se trouvent
une galerie de tableaux antiques et des livres ecclésiastiques d'un
grand prix en parchemin enluminé. En continuant de suivre ce chemin, on
passe devant l'ancienne église de S. Frediano (pl. 23, D 3), et l'on
arrive, non loin du Lungarno, à la R. Université, (pl. 50, CD 4), qui
est une des plus anciennes d'Italie et qui contient la Bibliothèque
publique. Cette Université, fondée par _Bonifacio della Gherardesca_ en
1340, et en 1542 réorganisée par Cosme Ier, se compose de 4 facultés
avec plus de 70 chaires. Faculté de Jurisprudence, Faculté de
Philosophie et Lettres, Faculté de Médecine et Chirurgie, Faculté de
Sciences physiques, Mathématiques et Sciences naturelles. Elle est et a
été illustrée par les savants les plus éclairés, qui, en diverses
époques, y instruisirent la jeunesse; l'un des plus renommés est
Galilée, dont la statue, placée d'abord dans la cour, en 1839, à
l'occasion de la première assemblée des _Savants Italiens_, a été
ensuite transportée dans l'Aula Magna (grande salle). La Bibliothèque
(pl. 58, CD 4), qui fut ouverte au public en 1742, possède plus de cent
mille volumes. Elle s'est formée en grande partie par la générosité des
citoyens qui l'ont peu à peu augmentée. Je citerai parmi les dons les
plus récents In partie nommée la Bibliothèque Carrara composée de 4.000
volumes de Jurisprudence sur le Droit civil et criminel, donnés en 1880
par M. Carrara, professeur de Droit criminel et l'une des célébrités de
notre époque.
La famille du professeur Ferrucci, notre regretté Bibliothécaire que
nous venons de perdre, a fait cadeau récemment d'environ 6.000 volumes
sur l'Histoire, l'Archéologie et la Littérature.
La bibliothèque Carrara est ouverte au public le lundi, le mercredi et
le vendredi.
A côté de l'église de Saint-Frediano, se trouve la résidence de
l'Archiconfraternité de la Miséricorde, institution dont le but est de
porter des secours en cas d'accidents, de transporter les malades à
l'hôpital, et souvent d'accompagner les morts au cimetière.
Revenant à la place des Cavalieri, on s'achemine vers le Duomo (la
cathédrale), en passant à côté de Saint-Sixte (pl. 36, C 3), église
élevée par les Pisans en mémoire de plusieurs victoires remportées sur
leurs ennemis le jour de la fête du dit saint (6 août).
Le presbytère de Saint-Sixte renferme le tombeau d'un Bonaparte, qui
était professeur de médecine à Pise en 1744.
Puis, par Sainte-Euphrasie, on arrive sur la place du _Stellino_, et
l'on peut, en prenant à droite, aller directement à la cathédrale, ou,
si l'on préfère, par le côté opposé, au _Musée d'Histoire naturelle_ et
au _Jardin Botanique_ (pl. 37, C 3), situés dans la belle rue
Sainte-Marie.
Ce musée, un des plus anciens d'Italie, fut fondé en 1544; en 1563 il
fut réorganisé par Incèlebre Cesalpino. Le jardin a été créé, en 1595,
par Joseph Benincasa.
En allant par la rue Sainte-Marie, vers le N., on trouve à droite
l'ancien collège Ferdinand, fondé par Ferdinand I'er, l'an 1595, en
faveur de quelques jeunes gens. Près de là est l'_Hospice des Enfants
trouvés_ (pl. 56, C 2).