_Que diray-je, ô_ ESPRIT ORNÉ DE BEAUTÉ DINE,

_De vos vers doux-coulans, sinon que les neuf Sœurs

Ont versé dedans eux leurs mielleuses douceurs

Pour attirer au Ciel la Puce Poitevine._

_Celuy qui la reprend d'estre injuste et cruelle

L'honore en la blasmant; il ne fait voir sinon

Qu'elle est Puce fameuse et digne de renom,

Et la faisant mourir il la rend immortelle._

_Ell' a pour son flambeau l'agreable lumiere

Des deux freres germains par les Muses élus,

Plus divins mille fois que Castor et Pollus,

Car ils ne changent point leur lampe journaliere._

_Cet excellent rameau de la noble racine

Qui commandoit Verone a voulu prendre soin

De la petite Puce: aussi elle a besoin,

Pour monter dans les Cieux, d'une_ ESCALE _divine_.

_Ainsi qu'elle approchoit du throne de sa gloire,

Amour la vint saisir. Ce petit affeté

En vain en est jaloux: car il est arresté

Que les vers de_ BINET _luy donnent la victoire_.

_Qui seroit negligent à si loüable peine

Pour donner à la Puce un gentil ornement?

Le sçavant_ LA COUDRAYE _l'habille proprement,

Ores à la Françoise et or' à la Romaine._

_Courage, ma mignonne, il faut prendre la place

Du meurtrier d'Orion, il faut prendre ce lieu

Qui vous est préparé d'un homme, mais d'un Dieu

Qui vous y fait guider par les mains de la Grace._

_L'oyseau favorisé de l'archer du tonnerre,

OEilladant cette Puce avec un doux regard,

Luy veut prester son dos pour luy servir de chart,

Et de ses ailerons mignardement l'enserre._

_Elle est placée au Ciel, et le fourier Hygine

N'a marqué son logis; mais cest oyseau sacré

Qui fait entre les Dieux ce qui luy vient à gré

A voulu qu'elle fut un favorable signe._

_Bien-heureux qui l'aura au point de sa naissance

Pour son astre ascendant, et bien-heureux aussi

De qui elle prendra un gracieux soucy,

Faisant couler sur luy sa celeste influence._

_Mais qui luy a donné cette chesne dorée?

Vrayment cest_ LE CLAIR OR, _qui par l'eclair luysant

De ses beaux vers dorez luy a fait ce present,

Et par l'honneur de luy la Puce est honorée._

C. DES ROCHES.

TRADUCTION DU LATIN.

_Ne t'estonne d'Ossan endossé sur l'Olympe,

Ny du Gean qui, fol, vers les estoilles grimpe,

Puis qu'on voit une Puce escheler le Rocher

Qui peut de Jupiter la hauteur approcher.

Pareils faits, non effetz: la terre enclost Typhée,

La Puce piafant fait des astres trophée,

Grands parreins les Geans bouleversez des Dieux,

Puce qui par Pasquier prend son vol jusqu'aux cieux._

E. PASQUIER.

A PASQUIER.

_Sur le teton jumeau je vy la Puce prendre

Et, riant, depucer la pucelle de pris.

Puce et pucelle ensemble, en tes divins escris,

Pasquier, tu veux et peux immortelles les rendre._

FR. D'AMBOISE, ADVOCAT.

RESPONSE.

_Tu t'abuzes, amy, la Puce ne feut prise,

Et pourquoy doncq'? D'autant que, sage, elle sautoit

Sur le sein de Madame, et là le suçotoit

Sans crainte, comme estant en un lieu de franchise._

E. PASQUIER.

_Ce n'est point par ma main que la sage pucelle

De Poictiers doit atteindre à l'immortalité:

Son sçavoir, sa vertu, ses meurs et sa beauté

La rendront à jamais de soy mesme immortelle._

E. PASQUIER.

VOEU PASTORAL

EN FAVEUR DES POÈTES CHANTE-PUCES.

_Celuy qui du_ PASCAGE _emprunte le surnom,

Celle qui aux_ ROCHERS _donne tant de renom,

Furent premiers motifs de cette Puce gaye.

Celuy qui à la Puce encor' a bonne part,

Et qui d'Amaryllis chante le sainct regard,

Trouva dans les forests le nom de la_ COULDRAIE.

_Icy maint bon pasteur diversement voit on

Graver dans le sainct Roch sous l'a_ BRY SON _sainct nom;

Icy le bel_ OYSEL _degoiser son ramage,

Et le pastre_ TOURNEUR _chanter mil beaux couplés,

Et tous abandonner la Deesse Palés

Pour faire à qui mieux mieux à une Puce hommage._

_Icy voit-on le mont de Parnasse_ ESCHELER,

_Icy le forgeron sainctement_ MARTELER,

_Icy pour, bien_ BINER, _les riches fruicts renaistre

Au dessous des_ CHAUX PINS, _et le jeune berger,

Et_ AMBOISE _des Dieux l'ambrosie_ MANGER

_Et du mielleux nectar souëfvement se paistre._

_Vous qui hantez les Rochz, les pastiz, les forez,

Satyres chevrepieds et Faunes, quand orrez

De voz humbles pasteurs la devote musique,

Recevez dans vos monts, dans vos prés, dans vos bois,

D'un favorable accueil, leurs doux sonantes voix,

Mais gardez que comme eux la Puce ne vous picque._

E. PASQUIER.

TRADUCTION DU LATIN.

(Voir les Notes.)

_Sur la Puce maint manœuvre

S'est joué: Loisel icy

En fin sur ton nom descœuvre

Une couronne, et ainsi

La fin couronne ton œuvre._

[Ornement]

[Ornement]

DESCRIPTION DES DEUX ÉDITIONS

(In-4º, 1583, et in-8º, 1610)

QUI ONT SERVI A LA PRÉSENTE RÉIMPRESSION

_ET VARIANTES PRINCIPALES_

_Page 1._--Notre titre est celui de l'édition in-8º. Le titre de

l'édition in-4º est ainsi conçu: _La Puce de Mme Desroches, qui est un

recueil de divers poëmes grecs, latins et françois, composez par

plusieurs doctes personnages aux Grands Jours tenus à Poitiers l'an

MDLXXIX.--A Paris, pour Abel l'Angelier, au premier pillier de la

grande salle du Palais. MDLXXXIII. Avec privilege du Roy._--A la suite

de ce titre, l'in-8º donne un _Extrait du privilege_, et une dédicace

de Jacques de Sourdrai _à noble et vertueux seigneur Ant. de la P.,

gentilhomme poictevin_, que nous n'avons pas reproduite.

_Page 3._--La préface _au lecteur_ donnée par l'in-4º est tellement

différente de celle-ci qu'il est impossible d'en indiquer les

variantes. Pasquier ne s'y met pas lui-même en scène, mais il raconte

l'aventure comme étant arrivée à _quelque personnage assez cognu_.

_Pages 6 et 7._--Les deux pièces, _Quand je feis_, et _Peut-estre

adviendra-il_, se trouvent, dans l'in-8º, après la _Puce_ de Pasquier.

_Pages 29 et 30._--Les quatre pièces contenues dans ces deux pages ne

sont pas traduites dans l'in-4º. Mais il donne après elles une pièce

en grec, [Grec: Psullês enchhômion], qui ne se trouve pas dans

l'in-8º.

Puis viennent ici deux pièces non traduites, données par les deux

éditions: 1º _Jo. Bineti Bellovaci. J. C. Amatoris et Pulicis

Colloquutio. Cl. Binetus, fratris filius, restituit._--2º _Ren.

Chopini I. C. et in sup. curia advocati Pulex._

_Page 37, vers 16 à 18._--Variante de l'in-4º:

Ja void on dans Poictiers ce Poëte divin

Celebrer Apollon comme vray Poictevin,

Qui quitte le surnom pour Poitou de Pythie.

_Page 39, vers 6 et suivants._--La pièce finit ainsi dans l'in-4º:

Ou, si c'est une Puce, elle ne s'engendra

D'une ordure, mais bien de ce beau chien celeste

Tellement que la vierge et la Puce s'apreste

De reparer les cieux de deux astres tous neufs,

Lorsque les Dieux puissans, vaincus de tant de vœus

Des Poëtes, mettront au ciel une autre vierge,

Et qu'ils voudront encor que la Puce y heberge,

Astres vrayment trois fois et quatre fois heureux

D'estre honorez ça bas et aux celestes lieux.

_Page 40._--La chanson n'est pas traduite dans l'in-4º, non plus que

la pièce suivante.

Vient ensuite la pièce intitulée: _Jacobi Mangotii, in senatu

Parisiensi advocati, Pulex_, qui n'est traduite dans aucune des deux

éditions.

_Page 74._--Ici viennent deux pièces non traduites: _Ad consultissimos

supremi senatus Gallici patronos in Rupeæ Pulicem ludentes_,--et

_Raphael Gallodonius in curia Paris. Advocatus_.

_Page 79._--Ce sonnet de Macefer a été supprimé dans l'in-8º; c'est

pourtant une des pièces les mieux tournées. Peut-être a-t-il dû cette

exclusion à la vivacité du dernier tercet; mais alors l'éditeur aurait

fait preuve d'une pruderie qui n'était guère de son temps.

_Page 89._--L'in-8º ne donne pas non plus ce sonnet de la Guérinière;

mais cette fois l'oubli n'était pas regrettable, et, n'eût été le

désir d'exactitude, nous aurions bien laissé ce fatras poétique dans

l'obscurité à laquelle l'avait condamné l'éditeur de 1610.--Cette

pièce est suivie d'un distique latin du même, _Ad Pleiada et

Erigonem_, que l'in-8º n'a pas non plus reproduit.

Avant la Puce de Lommeaud se trouve une pièce latine, _Pulex ad

Claudium Binetum_, signée _L. Bochellus_.

_Page 93._--Après le premier quatrain de Pierre Soulfour vient une

pièce latine, _Quid magni peperere dies_.

_Page 100._--Avant la _Contre-Puce_ viennent deux pièces, également

de Rapin: _De pulice Pictavii decantato_, et _De eodem_.

_Page 107._--_La Contre-Puce_ est suivie des quatre pièces latines

suivantes: _Nicol. Rapini ad Paschasium epig._,--_Steph. Paschasii ad

Nicolaum Rapinum_,--_Jul. Cæsaris Bulengeri Juliodunensis in Pulicem

Catharinæ Rupeæ Pictaviensis_,--et _F. Coldraii propempticon carmen_.

Les deux dernières seulement sont données par l'in-4º.

C'est ici que vient dans l'in-4º la _Louange de la Puce_, une assez

longue pièce en prose, que nous n'avions pas à reproduire ici, vu

qu'elle n'a aucun rapport à l'aventure de Catherine Desroches.

L'in-4º finit ici, sans donner les pièces suivantes, à l'exception des

_Quatrains de Catherine des Roches_, qu'il met après le sonnet de la

Guérinière, page 90, et du _Vœu de Pasquier_, qu'il fait venir après

le sonnet de Macefer. Ces deux pièces sont bien mieux à leur place

dans l'in-8º.

Entre le _Vœu_ et la dernière pièce se trouve une pièce latine

intitulée: _In Stephani Paschasii Stephanoplocon_.

[Ornement]

[Ornement]

NOTES

_Page 36._--Après le vers 14e devraient venir deux vers à rimes

féminines, mais ils ne se trouvent dans aucune des deux éditions.

_Page 39, vers 10._--Supprimer la virgule qui se trouve après

_Poictiers_.

_Page 64, vers 18._--_Le_ fourmy. _Fourmi_ a été du masculin, et

comme tel il s'est écrit _fourmis_. La Fontaine l'a encore écrit

ainsi deux fois de suite, pour le besoin du vers, quand il a dit,

dans la fable _La Colombe et la Fourmis_:

L'autre exemple est tiré d'animaux plus petits.

Le long d'un clair ruisseau beuvait une Colombe,

Quand, sur l'eau se panchant, une Fourmis y tombe,

Et dans cet Océan l'on eust vû la Fourmis,

Etc...

Ici les arrangeurs d'éditions à la moderne ont le choix ou de

faire deux vers faux, ou d'abandonner leur système.

_Page 101, vers 15._--Le vers manque d'un pied; il les a tous

dans l'édition in-4º, qui le donne ainsi:

Pour belle qu'ils t'ayent descrite.

_Page 115._--Le dernier quatrain fait allusion à une pièce latine

d'Antoine Loisel, qui joue sur le mot grec [Grec: Ztephanos],

signifiant également _couronne_ et _Etienne_ (prénom de

Pasquier). Voici la pièce en question:

IN STEPHANI PASCHASII STEPHANOPLOCON

_Pausiæ, ut et Glyceræ tabulas, variasque coronas,

Ardorumque jocos secula prisca canunt:

Sic Stephani et castos Catharinæ Rupis amores,

Puliceosque sales, postera suspicient;

Quos tanta Stephanus noster contexuit arte,

Ut Stephanoplocon hunc dicere jure queas._

_Stephanoplocon_ veut dire «couronne de fleurs».

[Ornement]

TABLE DES MATIÈRES

Pages

Avant-Propos v

_La Puce, ou jeus poetiques françois et latins. Paris,

M.DC.X_ 1

Catherine Desroches 9

Etienne Pasquier 14

Brisson 22

Joseph de l'Escale 31

Anthoine Loisel 37

Etienne Pasquier 40

Claude Binet 43

Odet Tournebus 62

Macefer 75

Raoul Cailler 80

De la Guérinière 89

Lommeaud 91

Pierre Soulfour 93

Rapin 100

Pièces diverses 108

Description des deux éditions in-4º, 1587, et in-8º, 1610

et variantes principales 117

Notes 121

_Imprimé par D. JOUAUST_

POUR LA COLLECTION

DU CABINET DU BIBLIOPHILE

NOVEMBRE 1868

[Ornement]

La Puce de Mme Desroches · 第 3 / 3 段