_Est-il aux Grands Jours venu

Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le

typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée

et n'a pas été harmonisée.

LA PUCE

DE

MME DESROCHES

[Logo]

PARIS

_Cabinet du Bibliophile_

M DCCC LXVIII

LA PUCE

DE

MME DESROCHES

_CABINET DU BIBLIOPHILE_

No III

TIRAGE.

300 exemplaires sur papier vergé.

15 » sur papier Whatman.

15 » sur papier de Chine.

2 » sur parchemin.

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332 exemplaires numérotés.

No ***

LA PUCE

DE

MME DESROCHES

PUBLIÉE PAR D. JOUAUST

[Ornement]

_A PARIS_

CHEZ D. JOUAUST, IMPRIMEUR

RUE SAINT-HONORÉ, 338

MDCCCLXVIII

[Ornement]

AVANT-PROPOS

Le seizième siècle a été par excellence l'époque de la poésie. Le

mouvement littéraire qui se produisit alors entraîna tous les esprits

cultivés; la mode fut de faire des vers, et l'on versifia, comme on

aurait fait toute autre chose. Tous, poëtes, savants, magistrats,

furent pris de l'ardeur de rimer, et chacun voulut enfourcher son

Pégase. Combien restèrent en route dans cette course effrénée vers le

sommet du Parnasse, nul ne pourrait les compter, l'ingrate histoire ne

nous ayant pas transmis leurs noms. Mais, à côté de ceux dont elle a

pris soin de nous conserver les écrits, il en est bon nombre dont

elle a laissé survivre les essais, et souvent il peut y avoir profit

et plaisir à s'arrêter à ceux-là.

Une autre cause vient encore expliquer la profusion de rimeurs éclos à

cette époque. On ne voyait pas alors, comme aujourd'hui, les talents

se localiser dans une spécialité littéraire ou scientifique; souvent

le poëte était un savant, et le savant un poëte; il n'y avait pas

entre les différentes branches des connaissances humaines cette

séparation profonde qui existe aujourd'hui, et qui souvent se trouve

accentuée par des aversions réciproques. L'homme instruit ne voyait

rien d'indigne de lui dans tout ce qui pouvait exercer son

intelligence. Il en fut ainsi pendant longtemps encore; Descartes et

Pascal sont deux exemples merveilleux de cette union des sciences et

des lettres. Nous aurons encore de très-grands écrivains et de

très-remarquables savants, mais il est peu probable qu'il s'en

rencontre encore qui soient l'un et l'autre à un degré aussi élevé.

On devra donc moins s'étonner de voir toutes les pièces que nous

réimprimons dans ce volume signées par des personnages connus comme

magistrats, mais fort ignorés comme poëtes. Voici, du reste, en

quelques mots, dans quelles circonstances elles virent le jour.

La haute société du pays poitevin s'honorait alors de deux dames

appartenant à la lignée des _précieuses_ de Molière et des _bas-bleus_

de nos jours: c'étaient Madelène Neveu, épouse du sieur Desroches, et

Catherine, sa fille. Poëtes elles-mêmes, mais dans une mesure

très-restreinte, Mmes Desroches réunissaient autour d'elles une

société de poëtes; c'était à elles que revenait de droit la primeur du

sonnet nouvellement éclos: l'auteur accourait dans le cénacle, à

l'heure dite, pour débiter ses _petits vers_ devant un auditoire dont

les applaudissements lui étaient assurés, car dans chacun de ses juges

il avait un complice en poésie dont il devait être le juge à son tour.

Si l'on était attiré chez ces dames par l'amour des vers, on l'était

aussi par les charmes de demoiselle Catherine, qui, du reste, ne les

dérobait pas trop aux regards, comme nous l'apprend l'aventure de la

puce. Mais Catherine est aussi sage que belle; c'est, au dire de ceux

qui chantent sa beauté, une _roche_ contre laquelle viennent

s'émousser les traits les mieux aiguisés de l'_Archerot idalien_.

Aucun de ses soupirants ne se vante, en effet, d'avoir obtenu d'elle

la moindre faveur, et si parfois, dans la description de ses charmes,

ils s'égarent au delà de la limite qu'elle a elle-même assignée à

leurs regards, ils se reprennent de leur témérité, et se hâtent, en

honnêtes rimeurs qu'ils sont, de rentrer dans le devoir:

_Car la mesme pudeur honneste

Doit voiler le front du poëte

Comme l'habit couvre le cors._

Conseil excellent pour certains poëtes de notre temps!

Les Grands-Jours tenus à Poitiers en 1579 furent une nouvelle occasion

de faire briller le mérite de Mmes Desroches; c'est dans leur salon

que se rencontraient tous les magistrats appelés dans la ville par

cette solennité. Un jour qu'on était réuni, Étienne Pasquier,

apercevant une puce qui s'était «parquée au beau milieu du sein» de

Mlle Desroches, fit remarquer la témérité de l'animal. Il s'ensuivit

quelques propos badins, et l'incident se termina par l'échange de deux

pièces de vers entre Pasquier et Catherine Desroches.

Il n'en fallut pas davantage pour mettre en mouvement l'humeur

poétique de tous ces honnêtes magistrats, qui se prirent à célébrer

la puce en français, en espagnol, en latin, voire même en grec.

Étienne Pasquier recueillit les différentes pièces qui se produisirent

dans ce tournoi poétique, et c'est leur réunion qui constitue le

recueil connu sous le titre de _Puce de Mme Desroches_. Le vrai titre

eût été _la Puce de Mlle Desroches_, puisque c'est Catherine qui fut

l'héroïne de l'aventure.

On se demanderait volontiers comment des hommes aussi graves que

l'étaient les Pasquier, les du Harlay, et tant d'autres, purent

s'exercer sur un sujet aussi frivole. Mais qu'on ne l'oublie pas,

quelque influence que les grands esprits exercent sur les pensées et

les opinions de leur temps, ils reflètent toujours en eux cette teinte

générale qui caractérise une époque et qui est le résultat de la

marche forcée des événements. Or le badinage était alors le ton de la

société; on savait _desipere in loco_, et les choses n'en allaient pas

plus mal. Les esprits ne trouvaient pas dans la lecture des journaux

cet aliment que la presse quotidienne nous fournit aujourd'hui avec

tant de libéralité; on n'avait pour s'occuper ni le jeu, ni les

courses de chevaux, ces nobles amusements de la haute vie que nous

devons à la civilisation moderne. Au lieu de parier sur un cheval, on

rimait sur une puce. C'était bien naïf sans doute, mais, si l'esprit

ne gagnait pas beaucoup à ce délassement puéril, il en sortait reposé,

sans y rien laisser de sa vigueur ni de sa dignité.

Ces productions légères n'ont pas une telle importance littéraire

qu'il y ait lieu de leur consacrer une étude. Nous les donnons donc

sans aucun commentaire, les abandonnant à l'appréciation des lecteurs

qui seront curieux de se faire une idée du bel esprit au XVIe siècle.

Nous ne leur offrirons pas, pour les éclairer, l'opinion de Pasquier,

juge et partie dans la question, puisqu'il figure en tête des

chanteurs de la puce, et qu'il qualifie hardiment de _braves poëtes_

ses confrères en Apollon.

Mais ce qui est peut-être curieux, c'est de rapprocher de cet éloge,

nécessairement exagéré, ce que Pasquier dit ailleurs, se plaignant du

trop grand nombre de poëtes éclos de son temps.

«On ne vit jamais en la France, écrit-il quelque part, telle foison de

poëtes; je crains qu'à la longue le peuple ne s'en lasse. Mais c'est

un vice qui nous est propre, que, soudain que nous voyons quelque

chose succéder heureusement à quelqu'un, chacun veut être de la

partie.»

Quoi qu'il en soit, le recueil de la _Puce de Mme Desroches_ a son

intérêt, en ce qu'il donne un échantillon du savoir-faire poétique des

gens du monde au XVIe siècle. Il porte en lui, ainsi que toutes les

poésies secondaires de cette époque, comme un écho affaibli des

accents éclatants du chef de la Pléiade. L'uniformité du sujet donne à

toutes ces pièces une certaine teinte de monotonie, mais la forme en

est toujours agréable, et elles offrent de gracieux détails.

Nous avons réuni dans cette réimpression les deux éditions de la Puce

de Mme Desroches, de 1583, in-4º, et de 1610, in-8º; mais c'est le

texte de cette dernière que nous avons suivi. Nous avons adopté pour

chaque pièce la place qu'il nous a paru le plus logique de lui

laisser. Des titres courants placés en haut des pages nous ont servi à

classer plus clairement les poésies par noms d'auteurs.

Quant aux variantes, nous n'avons relevé que les principales, laissant

de côté celles qui ne consistaient qu'en de simples mots. On les

trouvera à la fin du volume, page 117, avec la description des deux

éditions.

Nous n'avons pas reproduit les pièces latines, grecques et

espagnoles: notre publication ne peut être intéressante que pour

l'étude de la poésie française, et des vers en langue étrangère n'ont

pas de raison d'y figurer.

La _Puce de Mme Desroches_ est devenue un livre rare; elle atteint

toujours dans les ventes un prix assez élevé. Nous croyons donc être

agréable aux littérateurs et aux bibliophiles en donnant aujourd'hui

une réimpression de ce recueil.

D. JOUAUST.

[Illustration: page titre d'origine]

[Ornement]

AU LECTEUR

Tu en riras, je m'asseure (Lecteur); aussi n'a esté fait ce petit

Poëme que pour te donner plaisir, et en riras d'avantage, quand tu

entendras le motif. M'estant transporté en la ville de Poictiers, pour

me trouver aux Grands Jours qui se devoient tenir sous la banniere de

Monsieur le President de Harlay, je voulu visiter mes Dames des

Roches, mere et fille, et apres avoir longuement gouverné la fille,

l'une des plus belles et sages de nostre France, j'aperceu une Puce

qui s'estoit parquee au beau meillieu de son sein. Au moyen dequoy,

par forme de rizée, je luy dy que vrayment j'estimois cette Puce

tres-prudente et tres-hardie: prudente d'avoir sceu entre toutes les

parties de son corps choisir cette belle place pour ce rafraichir,

mais tres-hardie de s'estre mise en si beau jour, parce que, jalouz de

son heur, peu s'en falloit que je ne meisse la main sur elle, en

deliberation de luy faire un mauvais tour, et bien luy prenoit

qu'elle estoit en lieu de franchise. Et estant ce propos rejetté d'une

bouche à autre par une contention mignarde, finalement ayant esté

l'Autheur de la noise, je luy dy que, puisque cette Puce avoit receu

tant d'heur de se repaistre de son sang et d'estre reciproquement

honoree de nos propos, elle meritoit encores d'estre enchassee dedans

nos papiers, et que tres-volontiers je m'y emploierois, si cette Dame

vouloit de sa part faire le semblable, chose qu'elle m'accorda

liberalement. Cette parole du commencement sembloit avoir esté jettee

à coup perdu, toutesfois soigneusement par nous recueillie, meismes la

main à la plume en mesme temps, pensant toutesfois chacun de nous à

part soy que son compagnon eust mis en oubly, ou nonchaloir sa

promesse, et parachevasmes nostre tasche en mesme heure, tombants en

quelques rencontres de mots les plus signalez pour le subject. Et

comme un Dimanche matin, pensant la prendre à l'impourveu, je luy

eusse envoyé mon ouvrage, elle, n'aiant encores fait mettre le sien au

net, le meist entre les mains de mon homme, afin que je ne pensasse

qu'elle se fust enrichie du mien. Heureuse certes rencontre et

jouyssance de deux esprits, qui passe d'un long entregét toutes ces

opinions follastres et vulgaires d'amour. Que si en cecy tu me permets

d'y apporter quelque chose de mon jugement, je te diray qu'en l'un tu

trouveras les discours d'une sage fille, en l'autre les discours d'un

homme qui n'est pas trop fol: ayants l'un et l'autre par une

bienseance de nos sexes joué tels roolles que devions. Or voy, je te

prie, quel fruict nous a produit cette belle altercation, ou, pour

mieux dire, symbolization de deux ames. Ces deux petits Jeus poëtiques

commencerent à courir par les mains de plusieurs, et se trouverent si

agreables que, sur leur modelle, quelques personnages de marque

voulurent estre de la partie, et s'emploierent sur mesme subject à qui

mieux mieux, les uns en Latin, les autres en François, et quelques uns

en l'une et l'autre langue. Ayant chacun si bien exploité en son

endroict qu'à chacun doit demourer la victoire. Pour memorial de

laquelle j'ay voulu dresser ce trophee, qui est la publication de

leurs vers, laquelle je te prie vouloir recevoir d'aussi bon cœur

qu'elle t'est par moy presentee. De Paris le dixiesme septembre 1582.

[Ornement]

[Ornement]

SUR LA PUCE.

_Ne nous trompetez plus vostre Troyen Cheval,

Dont vindrent tant de Ducs, ô trompeuses trompettes!

Vos superbes discours n'ont rien à nous d'egal,

Puisque une Puce esclost tant de braves Poëtes._

E. PASQUIER.

A SCEVOLE DE SAINTE MARTHE.

(Traduit du latin.)

_Quand je feis ceste Puce en langage François,

Comme œuvre d'une nuit, mocquer je me pensois.

Va, Puce, pren ton vol, mais aux ans ne te fie:

Tu mourras aussi-tost que tost tu pris ta vie._

E. PASQUIER.

A UN ENVIEUX.

(Traduit du latin.)

_Peut-estre adviendra-il qu'un babouin d'envieux

Rongnonnera nos vers: tay toy, sot, ou fay mieux._

E. PASQUIER.

A MESSIRE ACHILLES DE HARLAY,

Seigneur de Beaumont, Conseiller d'Estat, et President en la grand

Chambre au Parlement de Paris.

_Pendant que du HARLAY, de Themis la lumiere,

Pour bannir de Poitou l'espouventable mal,

Exerçant la Justice à tous de pois égal,

Restablissoit l'Astrée en sa chaire premiere,_

_Quelques nobles esprits, pour se donner carriere,

Voulurent exalter un petit animal,

Et luy coler aux flancs les aisles du cheval

Qui prend jusques au Ciel sa course coutumiere._

HARLAY, _mon_ ACHILLES, _relasche tes espris,

Sousguigne d'un bon œil tant soit peu ces escris:

Ils attendent de toy ou la mort ou la vie:_

_Si tu pers à les lire un seul point de ton temps,

Ils vivront immortels dans le temple des ans,

Malgré l'oubly, la mort, le mesdire et l'envie._

E. PASQUIER.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE CATHERINE DES ROCHES

PETITE _Puce fretillarde,

Qui d'une bouchette mignarde

Sucçotes le sang incarnat

Qui colore un sein delicat,

Vous pourroit-on dire friande

Pour desirer telle viande?

Vrayment nenni, car ce n'est poinct

La friandise qui vous poingt,

Et si n'allez à l'adventure

Pour chercher vostre nourriture,

Mais, pleine de discretion,

D'une plus sage affection,

Vous choisissez place honorable

Pour prendre un repas agreable:

Ce repas seulement est pris

Du sang le siege des espris.

Car, desirant estre subtile,

Vive, gaye, prompte et agile,

Vous prenez d'un seul aliment,

Nourriture et enseignement.

On le voit par vostre allegresse

Et vos petits tours de finesse,

Quand vous sautelez en un sein,

Fuyant la rigueur d'une main._

_Quelquesfois vous faites la morte,

Puis, d'une ruse plus accorte,

Vous fraudez le doigt poursuivant,

Qui pour vous ne prent que du vent.

O mon Dieu! de quelle maniere

Vous fuiez cette main meurtriere

Et vous cachez aux cheveux longs

Comme Syringue entre les joncs!

Ah! que je crain pour vous, mignonne,

Ceste main superbe et felonne!

Hé! pourquoi ne veut-elle pas

Que vous preniez vostre repas?

Vostre blesseure n'est cruelle,

Vostre pointure n'est mortelle,

Car, en blessant pour vous guerir,

Vous ne tuez pour vous nourrir.

Vous estes de petite vie,

Mais, aymant la Geometrie,

En ceux que vous avez espoint

Vous tracez seulement un point,

Où les lignes se viennent rendre.

Encor avez vous sceu apprendre

Comment en Sparte les plus fins

Ne se laissoient prendre aux larcins.

Vous ne voulez estre surprise:

Quand vous avez fait quelque prise,

Vous vous cachez subtilement

Aux replis de l'acoutrement.

Puce, si ma plume estoit digne,

Je descrirois vostre origine,

Et comment le plus grand des Dieux,

Pour la terre quittant les Cieux,

Vous fit naitre, comme il me semble,

Orion et vous tout ensemble.

Mais il faudra que tel escrit

Vienne d'un plus gentil esprit;

De moy je veux seulement dire

Voz beautez et le grand martire

Que Pan souffrit en vous aymant,

Avant qu'on vit ce changement

Et que vostre face divine

Prit cette couleur ebenine,

Et que vos blancs pieds de Thetis

Fussent si gresles et petis.

Puce, quand vous estiez pucelle,

Gentille, sage, douce et belle,

Vous mouvant d'un pied si leger,

A sauter et à voltiger,

Que vous eussiez peu d'Atalante

Devancer la course trop lente,

Pan, voyant voz perfections,

Sentit un feu d'affections,

Desirant vostre mariage.

Mais quoy? vostre vierge courage

Aima mieux vous faire changer

En Puce, à fin de l'etranger,

Et que, perdant toute esperance,

Il rompit sa perseverance.

Diane sçeut vostre souhait;

Vous le voulustes, il fut fait:

Elle voila vostre figure

Sous une noire couverture.

Depuis, fuyant tousjours ce Dieu,

Petite vous cherchez un lieu

Qui vous serve de sauvegarde,

Et craignez que Pan vous regarde.

Bien souvent la timidité

Fait voir vostre dexterité;

Vous sautelez à l'impourveuë,

Quand vous soupçonnez d'estre veuë,

Et de vous ne reste, sinon

La crainte, l'adresse et le nom._

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE EST. PASQUIER,

Advocat en Parlement.

PUCE _qui te viens percher

Dessus cette tendre chair,

Au milieu des deux mammelles

De la plus belle des belles;

Qui la picques, qui la poingts,

Qui la mors à tes bons poincts,

Qui, t'enyvrant sous son voile

Du sang, ains du nectar d'elle,

Chancelles et fais maint sault

Du haut en bas, puis en haut;

O que je porte d'envie

A l'heur fatal de ta vie.

Ainsi que dedans le pré,

D'un vert émail diapré,

On voit que la blonde avette

Sur les belles fleurs volette,

Pillant la manne du Ciel,

Dont elle forme son miel,

Ainsi, petite Pucette

Ainsi, Puce pucelette,

Tu volettes à taton

Sur l'un et l'autre teton,

Puis tout à coup te recelles

Sous l'abri de ses aisselles;

Or, panchée sur son flanc,

Humes à longs traits son sang;

Or, ayant pris ta pasture,

Tu t'en viens à l'adventure

Soudain apres heberger

Au millieu d'un beau verger,

Ains d'un Paradis terrestre,

D'un Paradis qui fait naitre

Mille fleurs en mes espris,

Dont elle emporte le pris,

Paradis qui me reveille

Lors que plus elle sommeille:

Là, prenant ton bel esbat,

Tu lui livres un combat,

Combat qui aussi l'esveille

Lors que plus elle sommeille._

_Las voulut Dieu que pour moy

Elle fut en tel esmoy!

Toy seule par ton approche

Fais esmouvoir cette Roche,

Que mes pleurs, ains mes ruisseaux,

Que mes soupirs à monceaux,

Quelque veu que je remue,

N'ont jamais en elle esmeue._

_Ha! mechante, bien je voy

Que j'ay ce malheur par toy.

Car, quand folle tu te joues

Maintenant dessus ses joues,

Puis, par un nouveau dessein,

Tu furettes en son sein,

Et que tu la tiens en transe,

Madame en toy seule pense,

Et luy ostes le loisir

De soigner à son plaisir;

Ou cette mesaventure

Pour laquelle tant j'endure,

Ce mal où suis confiné,

Vient d'un astre infortuné

Qui est entre toy et elle,

Entre la Puce et pucelle,

Ayans par un mesme accort

Toutes deux juré ma mort.

En toi seule elle se fie

Comme garde de sa vie.

Car, si en faisant tes jeux

Tu la piques, et je veux

Te tuer, fascheuse puce,

Au lieu où tu fais ta musse,

Ell' craint, pour ne rien celer,

Que c'est la depuceler,

Et bannir à jamais d'elle

Ce cruel nom de pucelle.

Ainsi, par commun concours,

Vous jouez en moy voz tours,

Et faut que pour un tel vice

Mon ame à jamais languisse._

_Mais toy, Puce, cependant

Te vas, grasse, respandant

Dessus le Ciel de Madame;

Et de là tirant ton ame,

Tout autant que tu la poins,

Autant tu luy fais de poins;

Ains graves autant d'estoilles

En la plus belle des belles.

Je ne veux ni du Taureau,

Ni du Cyne blanc oiseau,

Ni d'Amphitrion la forme,

Ni qu'en pluie on me transforme,

Puis que Madame se paist

Sans plus de ce qu'il te plaist.

Pleust or à Dieu que je pusse

Seulement devenir Puce:

Tantost je prendrois mon vol

Tout au plus beau de ton col,

Ou d'une douce rapine

Je succerois ta poitrine,

Ou lentement, pas à pas,

Je me glisserois plus bas,

Et d'un muselin folastre

Je serois Puce idolatre,

Pinçottant je ne sçay quoy

Que j'ayme trop plus que moy.

Mais las! malheureux Poëte,

Qu'est ce qu'en vain je souhaite?

Cest eschange affiert à ceux

Qui font leur sejour aux Cieux.

Et partant, Puce pucette,

Partant, Puce pucelette,

Petite Puce, je veus

Adresser vers toi mes veus.

Quelque chose que je chante,

Mignonne, tu n'es méchante,

Et moins fascheuse, et je veus

Pourtant t'adresser mes veus.

Si tu piques les plus belles,

Si tu as aussi des ailes,

Tout ainsi que Cupidon,

Je te requiers un seul don

Pour ma pauvre ame alterée:

O Puce, ô ma Cytherée,

C'est que Madame par toy

Se puisse esveiller pour moy,

Que pour moy elle s'esveille

Et ayt la Puce en l'oreille._

A CATHERINE DES ROCHES.

(Traduit du latin.)

_Soit que des vers Latins ou des François je trace,

Tu les chantes partout, ores qu'ils soient sans grace,

Et si ne puis sçavoir d'où me provient cet heur,

Si ce n'est que tu veus qu'ils vivent par ta bouche._

_Je le croy; mais, helas! ô fortune farouche!

Tu fais vivre mes vers et mourir leur autheur._

E. PASQUIER.

A E. PASQUIER.

_Vostre encre est de ce just qui change l'homme en Dieu

Dont Glauque se nourrist quand il quitta son lieu

Pour les ondes, laissant nostre terre fleurie;

Comme le clair flambeau de ce grand univers

Ternit les moindres feus, la grace de vos vers

Fait mourir mes escris et me donne la vie._

C. DES ROCHES.

LA MESME DES ROCHES

AU MESME PASQUIER.

_O second Apollon, je n'eus jamais l'audace

De penser honorer vostre excellente grace,

Je sçay que vostre honneur est hors d'accroissement.

De vostre beau Soleil je suis l'obscure nue,

Qui, au lieu d'exprimer vostre gloire cogneue,

Meurtris de vostre los le plus digne ornement._

A E. PASQUIER.

_Tu dis, Pasquier, qu'en consultant,

Sur la puce tu fais des vers;

Ne plain point le temps que tu pers,

Puis qu'en perdant tu gagnes tant._

ACH. D. H.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE BRISSON.

(Traduit du latin.)

VOUS, _grenouilles et souris,

Animées des escris

Du grand Prince des Poëtes,

Heureuses vrayment vous estes._

_Toy, Passereau fretillard,

Caressé du vers mignard

De Catulle, ô que ta vie

Est à jamais annoblie!_

_En cas semblable voit-on,

Petit Coussin, ton renom

Eternisé par le stile

Du grave-docte Virgile._

_Et toi, Puce, dont la main

De quelque autheur incertain

Immortalisa la gloire

Dans le temple de memoire._

_Mais cela n'esgalle point

Nostre Pucette, qui poingt

Ceste charnure marbrine

De la docte Catherine._

_Si ton heur tu cognoissois,

Qu'heureuse, Puce, serois,

De voir à l'envi ta vie

Par deux braves mains cherie!_

_Que si l'on marque les tours

Que tu brasses tous les jours,

Et ta petite pointure,

Seul moien de ta pasture,_

_Soudain l'on sent dans ses os

Une flamme, ains un Chaos,

On sent son ame envahie

D'envieuse jalousie,_

_Voyant, Puce, que tu peus

En mille beaus petits lieux,

Bannis de nostre lumiere,

Seule t'y donner carriere,_

_Qu'à toy il loist seulement,

S'il te plaist, impunement

Prendre folle ton adresse

Dans le sein de ma maistresse,_

_O que tu as de beaus traicts

De plaisir dont tu te pais,

Et dont se diversifie

Le doux apas de ta vie,_

_Car, s'il te vient à propos,

Tu vas prendre ton repos,

Ainçois te mets en dommage

Dessus son tendre visage._

_Là tu piques son œil rond,

Voltiges sur son beau front,

Sur ses levres tu te poses,

Pareilles aux belles roses;_

_Ou, s'il te vient à desir,

Tu vas tes esbas choisir

Dessus sa gorge albastrine

Ou sur sa large poictrine._

_De là tu viens suçoter

Deux tetons pour t'alaicter,

Et là, petite friande,

Se trouve aussi ta viande._

_Soulée d'un bon repas,

Tu prens ton deduit plus bas,

La part qui m'est, helas! close,

Et que nommer je ne t'ose._

_Bref, Pucette, s'il te plaist,

Rien d'elle caché ne t'est;

Quelque endroit où tu te porte,

Là t'est ouverte la porte._

_Tu peus exercer tes tours

Par tout où tu prens ton cours:

Il n'y a voile ni robe

Qui tes plaisirs te desrobe._

_Tu peus estancher sans fin

La soif et la longue faim

Dont tu te trouves saisie

De Nectar et d'Ambrosie._

_Voila, Puce, les presens

De fortune que tu sens;

Mais tu as pris en partage

Un bien plus grand advantage:_

_Estant celebré ton nom

D'un Phebus, d'une Clion,

Et que chacun d'eux te pousse

Au ciel, de sa plume douce;_

_Estant celebré ton nom

Du Palatin Apollon,

D'un vers gaillard dont il louë

Les tours que l'Amour lui jouë;_

_Estant celebré ton nom

D'une vierge de renom,

Qui merite d'avoir place

Au haut sommet de Parnasse._

_Ainsi, Puce, à qui mieux mieux

Ils te trompettent tous deux,

Se faisant chacun à croire

D'en rapporter la victoire._

_Un homme chante ton heur,

Une vierge ton honneur;

Les Roches encor te sonnent,

Et les palais pour toy tonnent,_

_Et font courir jour et nuit

Par cet univers ton bruit,

Pour voir une belle vierge

Qui te serve de concierge._

_Est-il aux Grands Jours venu

Quelqu'un qui ne t'ayt cogneu

Par les douces chansonnettes

De ces renommez Poëtes?_

_C'est pourquoy chacun de nous

T'estime heureuse sur tous;

Mais il y a bien encore

Un point qui plus te decore:_

_C'est que doux t'est le plaisir

Soit de vivre ou de mourir;

O point qui vraiment surpasse

Tout autre de long espace!_

_Car, si le sort inhumain

Te fait mourir de la main

De nostre gente pucelle,

Veus-tu une mort plus belle?_

_Et si, par un autre sort,

Tu meurs de ta belle mort,

Y a-t'il tombe plus belle

Que le sein d'une pucelle?_

_Quand les Parques de mes jours

Auront devidé le cours,

Vueillez, ô dieux, que je tombe

Sous une si noble tombe._

E. PASQUIER.

[Ornement]

A UN ENVIEUX.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Je ne doute, envieux, que d'une dent maligne

Tu mordras nos escrits comme une chose indigne,

Et diras que ces jeuz feurent pris pour object

Par nous, dedans Poictiers, par faute de subject.

La troupe qui battit par plaisir ceste enclume

Consulte, et, pour autruy, met la main à la plume,

Quand ta langue est muette et que tu n'as le don

D'escrire, de plaider et faire rien de bon._

AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Ne mesdy, nous lisant, ou je veux que tu sçaches

Que Puce deviendras et rat, si tu nous fasches._

AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Toy qui n'as main ny langue, es-tu bien si osé

De mordre cil qui mesle à son estat ces jeus?

Le mesdire de nous absens t'est bien aisé:

Si nous ne te plaisons, fay quelque œuvre de mieux._

AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Je me veux gouverner d'un folastre caquet,

Et non estre un Caton sourcilleux au banquet;

Que dedans nos repas la gaillarde franchise,

La rencontre à propos, soit entre nous permise.

Maintenant, me jouant sur la Puce, je viens

M'esjouir à ta table avecq' toy et les tiens.

Je te veux mal, Lecteur sobre, qui ne t'esgayes,

Et me mocque de toy par escrits pleins de bayes._

[Ornement]

LA PUCE DE JOSEPH DE L'ESCALE.

(Traduit du latin.)

PUCELETTE _noirelette,

Noirelette pucelette,

Plus mignarde mille fois

Qu'un aignelet de deux mois,

Et mille fois plus mignonne

Que l'oisillon de Veronne,

Comme pourra mon fredon

Immortaliser ton nom?_

_Pucelette noirelette,

Noirelette pucelette,

Diray-je que nostre bien

Est petit au pris du tien,

Lors que quand tu veux tu baise

La bouche de ma mauvaise,

Et moy je ne sçaurois pas

En avoir aucun soulas,

Sans plus je nourris ma vie

D'une impatiente envie?_

_Diray-je que nostre bien

Est petit au pris du tien,

Quand, cachée sous l'enflure

De ceste belle vouture

Qui éleve en rond son sein,

Tu rassasies ta faim,

Mordillant, audatieuse,

Sa gorge delicieuse;

Puis, sautelant tout autour

De ce beau palais d'amour,

Plaine de delicatesses,

Plaine de douces liesses,

Tu fais mille et mille jeus

Dessus son sein amoureux;

Et elle, sentant ta playe,

Tousjours en embusche essaye

De te prendre, et va jurant

Ta mort si elle te prent.

Mais d'un saut promt et agile

Tu trompes sa main subtile,

Et tu t'enfuys droit au lieu

Où Amour, ce petit Dieu,

Asseuré fait sa retraicte,

Sa retraicte plus secrette,

Et où un autre ne peut

Arriver s'il ne le veut;

Qu'oncques la main ny la veuë

N'ont ny touchée ny veuë,

Et dont le penser sans plus

Me fait devenir perclus._

_Pucelette noirelette,

Noirelette pucelette,

Diray-je que nostre bien

Est petit au pris du tien,

Quand, lors qu'un doux somme presse

Les beaux yeux de ma maistresse,

Seule tu cognois combien

L'archerot Idalien

Lui fait endurer de peine,

De peine douce inhumaine;

Seule tu sçais ses desirs,

Seule tu oys les soupirs

Dont seule, sous la nuit brune,

Les astres elle importune.

Puis, deçà de là, courant

Et sautelant, et errant

Dessus les rares merveilles

De ses beautez nompareilles,

Tu cueille un heur dont les dieux

S'estimeroient bien heureux.

Lasse en fin tu te reposes

Sur ceste gorge de rozes,

Et entre cent mille appas

Tu goustes un tel soulas

Qu'yvre de sa mignardise,

Tu mourrois soudain éprise,

Si ma belle, te sentant,

Ne t'alloit point poursuivant.

Bien heureuse sera l'heure

Quand il faudra que je meure,

Si, comme toy, je me meurs

Entre ces douces douceurs._

_Pucelette noirelette,

Noirelette pucelette,

Si d'aventure je veux

Baiser sa bouche ou ses yeux

Pendant que le sommeil flate

Sa paupiere delicate,

Garde de la mordiller,

De peur de ne l'esveiller.

Ainsi, pucette noirette,

Noirelette pucelette,

Puisse tu dedans les Cieux

Luire entre les moindres feux,

Estoille guide asseurée

Des soldats de Cytherée._

COURTIN DE CISSE.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE D'ANTHOINE LOISEL.

(Traduit du latin.)

J'ESCOUTE _ja pieça, et si lis à part moy

La Puce qu'à l'envy trompeter je vous voy,

Enjalouzez du los de l'incertain Poëte.

Quoy me tairay-je seul? mon Beaumont je souhaite,

Si tu le trouves bon, abandonner le frein,

Puis qu'ainsi le permet le bon Pere Martin:

Il n'y a nul si fier, ou si dur qui retive._

_Je voy ce grand torrent de l'elloquence vive,

Cest azile commun de l'ancienne loy,

Au milieu du public se desrober à soy,

Pour corner en tous lieux de la Puce la gloire;

Je voy ce deux fois né, RENÉ fils de memoire,

Quittant le triple droit dont il s'est annobly,

Mettre de son Anjou la coustume en oubly,

Et faire d'une Puce un bien grand orateur

Et Poëte. Car quant à toy, premier auteur,

Qui as fait que voions la Puce sauterelle,

Toy dis-je qui premier dressas cette querelle,

Ce n'est rien de nouveau: d'autant que des neuf seurs

Et Graces en naissant tu suças les douceurs,

Ayant du saint Laurier la temple couronnée,

Si qu'arrivant icy comme un nouvel Orfée,

Tu flechis les rochers, fais que ta dame ainsi

Qu'un Echo te respond, tu luy respons aussi.

Dont chacun estonné choisit ce mesme titre,

Mangot, Rapin, Tournebe, et ce nouvel arbitre,

Et celuy qui de Marthe emprunta le saint nom,

Celuy qui de l'Escale a encor le surnom,

Auquel Dieu octroya et l'esprit et l'usage

De s'expliquer en trois manieres de langage.

Ja void on dans Poictiers Apollon le divin

De tous estre chanté comme vray Poitevin,

Et prendre ce surnom quittant c'il de Pythie._

_Je me trompe: une image en mes sens mal bastie

D'un object fantastic vainement me repaist:

Ce n'est point, croyez-m'en, une Puce, ce n'est,

Si de bien augurer j'ay le nom de mon pere._

_Cette saffre Sapphon du monde l'impropere.

Vilaine, infame, duite à tremousser son corps

Ingenieusement en mil honteux accors,

Jalouse des vertus qui logent en la belle,

Qui les hommes en meurs et doctrine precelle,

Non fille vrayement, mais un Dieu Poitevin,

Envoya de Lesbos son Demon sur le Clin,

Qui se voulut voiler d'une noire vesture,

De la Puce empruntant l'habit et la figure,

Pour d'elle practiquer quelque folastre amour.

Habile il obeit, et sans aucun sejour

Se fait leger et noir tout ainsi qu'une Puce,

Et sous ce masque là dedans son sein se musse,

La prend à l'impourveu, et d'un doux aiguillon

La pique doucement, ores sur le teton,

Or' sur tous les endroits de son beau corps voltige.

Et peut estre se perche au plus pres du beau tige

(Que nul n'osa jamais, tant fut-il chaste, voir)

Pensant par ses attraicts la vierge decevoir._

_Je le sçay, je l'ay veu sans offenser ma veue,

La fille fut espointe, et doucement esmeuë,

D'un feu tout virginal, dout les traces je vis.

Elle ne s'oubliant recourt aux doux devis

De Pallas, à sa plume, ensemble à sa quenouille:

Ne permets, ô Pallas (dit-ell'), que je me souille.

Ce dit, ses pensements restent aussi entiers

Comme font ces grands rocs, ou Roches de Poictiers.

Ainsi sur les papiers veillant et sur la laine,

Ell' vainquit le Demon de Sapphon la vilaine,

Et la Puce-Demon en l'air s'esvapora._

_Ou si c'est une Puce, elle ne s'engendra,

Comme les autres font, d'une vilaine ordure,

Ains est du chien d'en haut la vraie creature,

Descendue du ciel avec Astrée icy,

Astrée de Poictiers et Poictou le soucy,

Laquelle avecq' Harlay par un commun office,

Desirant restablir l'ancienne justice,

Tout soudain le logis du grand Harlay a pris,

Et la Puce le sein d'une sage Cypris.

L'une et l'autre jouant diversement son roolle,

A fait aux beaux esprits, renaistre la parolle,

Qui trompettent d'un ton et chant au ciel ravy

La Puce, la Pucelle, et l'Astrée à l'envy,

Tellement que la Puce et Pucelle sont prestes

D'estre au ciel, par nos vers, deux beaux Astres celestes._

E. PASQUIER.

CHANSON.

_Io! belle pepiniere,

La fidelle jardiniere

Des fleurs et fruits d'Helicon,

Chantons, brigade, la gloire

Des neuf filles de memoire

Et de leur frere Apollon._

_Ainçois plustost de l'Astrée

Dedans le Poictou r'entrée

Sous Harlay, le grand guerrier,

Lequel, armé de justice,

A exterminé le vice,

Ceignant son front de laurier._

_Chantons encor' la Pucelle

Qui toutes autres precelle,

Des vertus le parangon,

Et cette Puce bien née

Qui, sage, s'est obstinée

De fureter son teton._

_Pucelle en qui la nature,

Aux autres avare et dure,

A prodigué tout son beau,

Pour puis apres, l'ayant faicte

Une Pandore parfaicte,

En faire un Astre nouveau,_

_Jusques à ce qu'elle meure,

Fay, Astrée, ta demeure

En France au meillieu de nous.

Si sa mort te donne envie

De reprendre au ciel ta vie,

Nous te prions à genous_

_Que ceste vierge etherée

Soit un Astre aveq' Astrée,

Et que tu loges aux cieux,

Pres l'estoille Poussiniere,

Une estoille Puciniere

Par un soin devotieux._

E. PASQUIER.

TRADUCTION

De cinq vers latins signés _Petrus Pithæus_.

_D'une continue concorde

Phebus avecq' ses sœurs s'accorde:

Ny la Puce ne nous a fait,

Tant de Poetes, mais la Roche,

Qui du Roch d'Helicon est proche,

A produit cest œuvre parfait._

E. PASQUIER.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE CLAUDE BINET,

Advocat en la Cour de Parlement.

MIGNARDE, _vous avez grand tort

D'appeller Hercule à la mort,

A la mort d'une pucelette,

Qui tant mignardement furette,

Comme un petit surion d'Essain

Sur les roses de vostre sein.

Je veux, je veux qu'on vous appelle

Du nom de belle et de cruelle,

Qui pour si petit animal

Invoquez Hercul chasse-mal;

Animal dont la petitesse

Passe des autres la grandesse,

Soit qu'on fasse comparaison

Des parcelles de la raison,

De la souplesse ou de l'astuce

Qui recommande cette Puce._

_Belle, si vous aimez le beau,_

_Voyez quelle gentille peau:

Ne diriez-vous pas qu'elle est teinte

Ou des couleurs de l'Hyacinthe

(Hyacinthe honneur des beaux mois),

Ou de pourpre, couleur de Roys?_

_Vrayment si la trouvez gentille,

Sa proportion plus subtile

Vous doit inciter à pitié,

Pour luy porter quelque amitié,

Si comme vous mignardelette,

Elle est prompte, polie et nette._

_Laissez vous picquer un petit,

Sus, la voila en appetit,

Voyez, belle, voyez, mignarde,

Comme un éguillon elle darde,

Eguillon en long eguisé,

Et qui pourtant est pertuisé,

Pour couler la douce ambrosie,

Qu'en vostre sein elle a ravie.

Je ne la sçaurois accuser,

Sinon d'avoir l'heur de baiser

Si long temps ceste peau tendrette,

Qui un tel bon-heur ne me prette._

_Mais, Puce, je t'excuse bien,

Car par toy nous goustons le bien

De mille amoureuses delices,

Quand dans un beau sein tu te glisses,

Et sçais les premiers fruits ravir

Des filles neuves au plaisir,

Tantost en baisottant leur face,

Or sucçotant en autre place,

Aprenant à l'homme grossier

Comme il faut l'amour varier._

_Encore que Venus s'en fache,

Je veux que tout le monde sache

Que la Puce eut l'honneur premier

D'inventer le mignard baiser,

Baiser qu'encor Amour farouche

N'alloit sucçant dessus la bouche,

Et que Venus n'eut sçeu sucrer,

S'elle n'eut veu la Puce encrer

Sa petite bouche ebenine

Sur la moitte jouë Adonine.

Depuis la gentille Cypris,

Ayant le glout baiser appris

D'une larronnesse languette,

Languette mutuelle et moëtte,_

_Sceut bien à l'envie du Ciel

Coler deux bouchettes de miel._

_Que diray-je de sa saignee

Qui par elle fut enseignee?

N'en déplaise à l'antiquité,

La Puce a l'honneur merité,

Et non le cheval qui se treuve

Aux bras de l'Egiptien fleuve:

Car la Puce, tant seulement

Avec un doux chatoüillement,

Tire sans aucune ouverture

Le sang ennemy de nature._

_O petit animant heureux,

Utile aux hommes et aux Dieux,

Si or je t'ay sauvé la vie

Des mains de ma douce ennemie,

Et si je t'ay fait tant d'honneur

D'estre de deux biens inventeur,

Succe de ma maistresse belle

Ce gros sang qui la rend rebelle,

Si qu'ayant rapuré son sang

D'un courage amoureux et franc,

D'un œil semonneur elle attise_

_Le doux feu de ma convoitise,

Et qui ne se puisse appaiser

Que par la langueur d'un baiser._

A E. PASQUIER.

(Traduit du latin de Claude Binet.)

_Pourquoy louëz-vous tant Orphee?

Pourquoy d'un si brave trophee

Honorez-vous, Poëtes saincts,

Le bruit de sa lyre sonante,

La voix aussi douce-coulante

Que le miel des picquans essains?_

_Pourquoy vostre chanson sacree,

Qui aux Rois et aux Dieux agree,

Sonne tant le loz d'Arion?

Pourquoy vantez-vous le miracle

De l'Ogygien habitacle

Basti par la voix d'Amphion?_

_Et toy_, PASQUIER, _qui par tes carmes

Coulans de Permesse nous charmes,

Arrosez du Nectar des Dieux,

Pourquoy d'une docte faconde

Vas tu chantant à tout le monde

Saphon l'honneur des siecles vieux?_

_Hé! pourquoy dis-tu que sa grace

Toutes autres dames surpasse

En beauté, vertu et sçavoir:

Puis qu'en cette belle_ ROCHETTE,

_Ainçois cette belle Rosette,

Le Ciel ses tresors nous fait veoir?_

_Cette Claniene Naiade,

Cette montaignere Oreade

En sagesse, en grace, en beauté,

En vertus, en mœurs, en doctrine

Surpasse la troupe plus digne

Du mont des neuf sœurs frequenté._

_Ha! mon Dieu! le teint de sa joüe

Et la tresse d'or qui se joüe

Sur son sein en flots ondoyans,

Et ses yeux deux flames jumelles,_

_Me font prendre dans leurs cordelles,

Et ardre en leurs rais flamboyans._

_Voy ses cheveux que l'Arabie,

Ny le baume de l'Assyrie,

N'egalent en bonnes odeurs;

Cheveux dont Venus la doree

Voudroit sa teste estre honoree,

Et non des primeraines fleurs._

_O beaux filets d'or de Minerve,

Mon ame se plaist d'estre serve

De vos nœuds mignardement tors:

Il luy plaist bien d'estre contrainte

Par vous d'une si douce estrainte

Quittant la prison de son corps._

_Sur tout la neige blanchissante

Sur son front bien poly m'enchante,

Et ce beau pourpre Tyrien

Qui fait vermeiller son visage,

Et ce double flambeau volage

Du petit Dieu Cytherien._

_Or si ces deux levres vermeilles,

Plus douces que n'est des abeilles_

_Le miel, et le thim Hyblean,

Me permettoient un baiser prendre

Plus sucré que la rose tendre

Qui croist au champ Pestanean,_

_Incontinant je rendroy l'ame

Dedans le beau sein de Madame,

Et par l'air de ce baiser pris,

Pasmé sur sa levre jumelle,

Nous ferions, moy et ma rebelle,

Un doux change de nos esprits._

_Mais que diray-je de la Grace

Du reste de sa belle face,

Et de son fourchelu menton

Resemblant une poire franche

Qui va meurissant sur la branche

Sous l'abry d'un jeune bouton?_

_Ce beau col de marbre, où Zephire

Entre mille rameaux soupire,

Un sang chaudement amoureux,

Par une volontaire force

Desrobe mon cueur, et l'amorce

Sous l'apast d'un mal doucereux,_

_Et fait que je porte une envie,

O Puce, au bon heur de ta vie,

Mais non plus Puce, à mon advis,

Ains Amour, qui par fine astuce

Dessous le teint noir d'une Puce

N'agueres admirer te fis,_

_Quand d'une subtile cautelle

Tu vins au sein de la Pucelle,

Qui d'un ingenieux conseil

Te permit d'y faire retraite,

Afin que ta couleur noirette

Donnast lustre à son blanc vermeil._

_Et par cette blanche campaigne,

Où poingt une double montaigne

D'Agathe blanchement douillet,

Folastrement tu te promenes

Entre les beautez sur humaines

De ce sein blanc et vermeillet._

_Ore d'un plein saut tu te jettes

Sous les amoureuses cachettes

De ses esselles mignotant,

Et entre mille fleurs escloses_

_Tu flaires ces boutons de roses

Que tu mordilles sucçottant._

_Puis d'une mignarde secousse

Ce lait qu'un Zephire entrepousse

Tu humes à longs traits goulus.

O Puce, que tu fus heureuse

Lors que d'un tel bien desireuse

Loger en ce sein tu voulus!_

_Ha Dieux! un enfant de sa mere

Ne peut avoir chose plus chere

Que le lait de ses deux tetins.

Jamais Venus dedans Gargaphe

N'en fit plus au mutin de Paphe

En ses tendres mois enfantins._

_Mais puis que d'une pudeur vierge,

De ses chastes beautez concierge,

La robe ne doit à nos yeux

Permettre de voir, ny qu'on sache

Ce que jalouse elle nous cache,

Compaigne du bon heur des Dieux,_

_Il ne faut_, PASQUIER, _que la plume

Represente dans ce volume

Ce que l'habit ne laisse hors:

Car la mesme pudeur honneste

Doit voiler le front du Poete

Comme l'habit couvre le cors._

_Quant à moy, brulant de la flame

Dont son bel œil mon cœur entame,

Je n'en puis longuement parler;

Mais toy en qui le Ciel assemble

Les Graces et vertus ensemble

Pour les Dieux mesmes esgaller,_

_Tu peux mieux les Graces connoistre

D'elle, que Minerve a fait naistre

Merveille unique de ce temps:

Il suffit, pourveu qu'elle entende

Que, mourant d'une amour trop grande,

Je n'ay peu alonger mes chans._

FRANÇOIS DE LA COULDROVE.

C. DES ROCHES A CL. BINET,

Sur ses vers latins.

_Dy moy, Rochette, que fais tu?

Ha, tu rougis: c'est de la honte

De voir un portraict qui surmonte

Ta foible et debile vertu._

BINET _a voulu dextrement

Representer une peinture,

Qui est de celeste nature,

Et la nommer humainement._

_Ayant pillé dedans les Cieux

Le pourtraict d'une belle idee,

Ne voulant comme Promethee

Irriter le courroux des Dieux,_

_D'un artifice nompareil

Il a voilé son beau visage

D'un nom obscur, comme un nuage

Qui cache les rais du Soleil._

_C'est afin de n'estre repris,

Rendant aux hommes manifeste

Une beauté toute celeste,

Digne des immortels espris._

ROCHE, _tu ne sçaurois user

D'un autre plus evident signe,

D'estre de tant d'honneurs indigne,

Que ne pouvoir t'en excuser._

C. DES ROCHES.

MACEFER A CL. BINET.

SONET.

_Ne croy pas, mon_ BINET, _qu'un baiser de Charite

Face que son esprit, laissant si beau sejour,

Se place dedans toy, et que d'un mesme tour

Ton ame s'envolant, dedans son cors habite;_

_Mais crain que ton esprit, par une sage eslite

Amorcé du baiser nourrisson de l'amour,_

_Choisissant ce beau cors, sans espoir de retour,

Pour mieux s'habituer sa demeure ne quitte._

_Ou bien crain que l'esprit de l'une des neuf Sœurs,

L'esprit de ma Charite aymé de tant de cueurs

N'attire à sa beauté ton ame enamouree:_

_Ainsi, mon cher_ BINET, _l'aimant Magnesien

Attire à soy le fer d'invisible lien,

Qui le suit amoureux de sa force admiree._

MACEFER.

AMOUR PIQUÉ.

_Amour, ce méchant petit Dieu,

Un jour s'en vint aupres du lieu

Où les Poitevines Nymphettes

Aux rives du Clain doux-coulant

Chantoient de l'Amour nonchalant

Les presque inutiles sagettes._

_Si tost que Cupidon entend

Des Nymphes le plaintif accent,

Ha, dict-il, voicy belle prise:

Ainsi d'un amoureux desir

La bergere de trop dormir

Son amy reprend et mesprise:_

_Alors l'oiseau Cytherien,

Oubliant son vol ancien,

Se vint parquer au milieu d'elles.

C'est icy, dict-il, où il faut

Esprouver si le cœur me faut

Et l'effet à mes estincelles._

_Les Nymphes l'aiant aperceu,

Comme un enfançon l'ont receu,

Egaré de sa triste mere.

Ne cognoissant pas qu'il estoit,

Chacune à tour le baisottoit

D'une faveur non coutumiere._

_Amour s'apprivoise, et soudain

Il cache en sa petite main

Une flamme vive et segrette,

Il se mire au sein le plus beau

Et range son petit flambeau

En vain sur le cœur de Rochette._

_De fortune, entre le destour

De son teton franc de l'amour

Une Puce faisoit son giste,

Qui pour son hostesse vanger

Piqua le bras porte danger,

Y traçant sa marque petite._

_Soudain Amour, remply de dueil,

La plaie au bras, la larme à l'œil,

S'envolle au secour de sa mere,

Disant, un petit chose noir

M'a piqué, vous y pouvez voir

La flamme et la place meurtriere._

_C'est, dict-il, c'est un Serpenteau

Qui va sautellant sur la peau,

Puce est nommé par les Pucelles.

Las! je n'eusse jamais pensé

D'un si petit estre offensé

Si pres de mes flammes mortelles._

_Lors Venus, souriant, voy-tu,

Vois-tu, dit-elle, sa vertu

A la tienne du tout semblable?

Sinon que petit, aux grans dieux

Et aux humains dardant tes feux,

Tu fais une plaie incurable._

CL. BINET.

A ANTHOINE LOISEL.

_J'ay dit que c'est Amour, le plus rusé des Dieux,

Qui, surpris des beautez de ma belle Charite,

Se vint loger au sein, où la chaleur subite

Brula ses ailerons et son cœur Amoureux._

_De fait sentant griller ses plumes et cheveux,

Et voyant basaner sa peau à demi cuite,

Petit Puceau prent forme en la Puce petite,

Par la mesme couleur voulant tromper nos yeux._

_Las il estoit à nous, sous un ongle severe

Je me fusse vangé de ma longue misere:

Mais le finet sauta sur toy, Docte_ LOISEL.

_Ainsi que Ganymede eslevé dessus l'aile

De l'aigle genereux, par ta plume immortelle,_

SOLEIL, _tu l'as conduit avec toy dans le Ciel._

CL. BINET.

A MADAME DES ROCHES.

_Je ne m'esbahi plus des murs de la Rochelle

Obstinez contre un Roy, ni du Roc Melusin,

Puisque contre Amour mesme au pays Poitevin

Une autre Roche encor se declare rebelle._

_La Rochelle à son Roy se monstre ore fidelle,

Lusignan a ployé sous le joug du destin:

Et vous osez tenir encontre un Roy divin,

Deffiant jusqu'icy sa puissance immortelle._

_Amour ayant en vain vostre Roc assiegé,

Ainsi qu'un espion en Puce s'est changé,

Pour surprendre le fort de vostre tour jumelle._

_Mais il fut descouvert par maints doctes esprits._

ROCHE, _ne craignez plus que vostre fort soit pris,

Quand les enfans des Dieux font pour vous sentinelle._

CL. BINET.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE D'ODET TOURNEBUS,

Advocat en la Cour de Parlement.

PUCE, _qui se fut advisé

Que tu deusse estre tant redite

Par un vers si favorisé

Du troupeau qui Parnasse habite?

Et qu'un animal si petit

Eut peu espoindre les courages

De tant de sçavans personnages

Quy de toy ont si bien escrit?_

_C'est à bon droit que l'on peut croire

Que Poictiers est le vray sejour

Des doctes filles de Memoire,

Du jeu, des Graces et d'Amour.

Si quelqu'un ne le croit, qu'il voye

Ces deux_ ROCHES _qui jusqu'aux Cieux

Elevent leur chef sourcilleux,

Qui comme deux astres flamboye._

_Qu'il oye l'armonieux chant

De leurs poësies divines,

Et il cognoistra à l'instant

Que les Muses sont Poetevines.

Il verra que les vers chantez

Des Muses qui Poictiers habitent

Plus que ceux la des Grecs meritent

Estre par dessus tous vantez._

_Il cognoistra que ceste troupe

De deux Muses vaut beaucoup mieux

Que celle qui loge en la croupe

De ce mont qui se fend en deux.

Que donques plus on ne s'estonne

Si l'on te chante volontiers,

Puisque dans tes murs de Poictiers

Les Muses logent en personne._

_Je sçay bien que quelque envieux

Voudra incontinant reprendre

Les Poëmes ingenieux

Par lesquels on a fait entendre

Tes plaisirs et tes passetemps,

Disant que chose si petite

Comme une Puce ne merite

Que l'on employe tant de temps._

_Ce n'est d'aujourd'huy que l'envie

Vomit sur les bons son venin:

Elle fit bien perdre la vie

A ce grand Socrate divin:

Quand d'une semblable imposture

Elle disoit qu'il employoit

Tout son temps lors qu'il mesuroit

Tes sauts et cherchoit ta nature._

_Virgile l'ame, le soleil

Et l'honneur de la Poësie,

Auquel n'y a rien de pareil,

Des mouches chanta bien la vie.

Belleau chanta le papillon,

Et Ronsard, ce divin Poëte,

A chanté l'huitre, l'alouëtte,

Le fourmy, le chat, le freslon._

_Petite Puce, ta fortune

Surpasse celle des oyseaux,

Des troupeaux nageans de Neptune

Et des terrestres animaux,

Pour avoir eu des Cieux la grace

De te loger en si beau lieu,

En ce sein le temple d'un Dieu,

Ce sein qui tous les seins surpasse._

_As-tu bien peu sans te brusler

Fureter entre ses mamelles?

As-tu bien osé te couler

Dessus ces deux fraises jumelles

Qui, comme charbons allumez,

Pourroient soudain reduire en cendre

La main qui voudroit entreprendre

De taster ses doux bouts aymez?_

_As tu bien esté si osée

De te pendre à ses beaux cheveux,

Sans t'y prendre et estre enlacée

De mille las, de mille neus?

Veu que le plus brave courage,

S'il veut tant soit peu s'hazarder

De les vouloir bien regarder,

S'empestre en un si beau cordage?_

_As-tu approché de ses yeux,

Dedans lesquels amour se jouë,

Et dont il emprunte ses feux?

As tu peu baiser ceste joue,

Sans sentir une vive ardeur

Approchant ses flammes cruelles,

Qui de leurs vives estincelles

Consument le plus brave cœur?_

_Ha vrayment tu es amoureuse,

Car toujours tu cherches les lieux

Que cache la vierge honteuse,

Et qu'elle ne monstre à nos yeux.

Tu as ce bon heur que de boire

Du sang de ces membres polis,

De ce ventre plus blanc que lis,

De ces cuisses et flancs d'ivoire._

La Puce de Mme Desroches · 第 1 / 3 段