On a pu remarquer, dans maint passage de la _Vita nuova_, comment Dante
s'arrête au nombre 9, toutes les fois qu'il le rencontre.
Les anciens philosophes Grecs supposaient que l'univers avait été réglé
par les Nombres, et ils attachaient à certains nombres des propriétés
mystérieuses. C'est ce qu'on a appelé la _Doctrine des Nombres_.
Nous ne sommes pas encore tout à fait affranchis, sinon de cette
doctrine, du moins de cette croyance à la propriété des nombres, «que
l'on a respectée, dit Voltaire, précisément parce qu'on n'y comprenait
rien».
On voit que sur ce point Dante n'était pas en avance sur son temps.
Comment l'aurait-il été, alors qu'il s'appuyait sur ce qu'enseignaient,
après Ptolémée, l'astrologie (astronomie), et la philosophie, sur la
Vulgate «c'est-à-dire sur la vérité chrétienne, ce qui équivaut à vérité
infaillible.»[1]
Cela ne doit pas nous surprendre puisque, en dépit des progrès de la
science et de l'expérience, de telles idées ont, pendant des siècles
encore, exercé une certaine domination non seulement sur le vulgaire,
mais aussi sur les représentants les plus éclairés de la Société
moderne, et ne sont pas encore entièrement oubliées.