CHAPITRE XLII

Puis deux nobles dames me firent prier de leur envoyer quelques-uns de

mes vers. Et moi, voyant qui elles étaient, je me proposai de le faire

et de leur envoyer quelque chose de nouveau que je leur adresserais pour

répondre d'une manière honorable à leur prière. Je fis donc un sonnet

qui exprimait l'état de mon esprit, accompagné du précédent, avec un

autre qui commençait par _Venite a intendere_[1]. Voici ce sonnet.

Bien au delà de la sphère qui parcourt la plus large évolution[2]

Monte le soupir qui sort de mon coeur.

Une intelligence nouvelle que l'Amour

En pleurant met en loi le pousse tout en haut.

Quand il est arrivé là où il aspire

Il voit une femme qui est l'objet de tant d'honneur

Et brille d'une telle lumière

Qu'elle fascine et attire ce souffle errant.

Il la voit si grande que, lorsqu'il me le redit,

Je ne le comprends pas, tant il parie subtilement

Au coeur souffrant qui le fait parler.

Mais je sais, moi, que c'est de cette charmante créature qu'il parle,

Car il me rappelle souvent le nom de Béatrice,

De sorte, chères Dames, que je le comprends alors.[3]

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 97 / 170 题