Il arriva ensuite que, partout où cette femme me voyait, son visage se
recouvrait d'une expression compatissante, et prenait comme une couleur
d'amour, ce qui me rappelait ma très noble dame à qui j'avais vu cette
même pâleur. Et il est certain que souvent, quand je ne pouvais plus
pleurer ni décharger mon coeur angoissé, j'allais voir cette femme
compatissante, dont l'aspect tirait des larmes de mes yeux. Aussi, ai-je
voulu m'adressera elle dans le sonnet suivant:
Couleur d'amour et signes de compassion[1]
Ne se sont jamais imprimés aussi merveilleusement
Sur le visage d'une femme,
Avec de doux regards et des pleurs douloureux,
Comme sur le vôtre quand vous voyez devant vous
Ma figure affligée.
Si bien que par vous me revient à l'esprit
Une frayeur telle que je crains que le coeur m'en éclate
Je ne puis empêcher mes yeux obscurcis
De vous regarder, souvent,
Quand ils ont envie de pleurer.
Et vous accroissez tellement ce désir
Qu'ils s'y consument tout entiers.
Mais devant vous ils ne savent plus pleurer.[2]