Le jour qui complétait l'année où cette femme était devenue citoyenne de
la vie éternelle, je me trouvais assis dans un endroit où, en mémoire
d'elle, je dessinais un ange sur une tablette.[1] Pendant que je
dessinais, comme je tournai les yeux, je vis près de moi plusieurs
personnages qu'il convenait que je saluasse. Ils regardaient ce que je
faisais et, d'après ce qui m'a été dit plus tard, ils étaient là depuis
quelque temps avant que je ne les eusse aperçus. Quand je les vis, je me
levai et je leur dis en les saluant[2]: «Il y avait là quelqu'un avec
moi, et c'est pour cela que j'étais tout à ma pensée.» Et, quand ils
furent partis, je me remis à mon oeuvre, c'est-à-dire à dessiner des
figures d'anges. Et, tout en le faisant, il me vint à l'idée d'écrire
quelques vers comme pour son anniversaire, et de les adresser à ceux qui
étaient venus là près de moi.
_Premier commencement_.
A mon esprit était venue[3]
La gracieuse femme qui, à cause de son mérite,
Fut placée par le Seigneur
Dans le ciel de la paix où est Marie.
_Second commencement_.
A mon esprit était venue[4]
La gracieuse femme que l'amour pleure,
Au moment même où sa vertu secrète
Vous engagea à regarder ce que je faisais.
L'Amour qui la sentait dans mon esprit esprit
S'était réveillé dans mon coeur détruit,
Et disait à mes soupirs: sortez,
Et chacun sortait en gémissant.
Ils sortaient de mon sein en pleurant,
Avec une voix qui ramène souvent
Des larmes amères dans mes yeux attristés.
Mais ceux qui en sortaient le plus douloureusement
Étaient ceux qui disaient: ô âme noble,
Il y a un an que tu es montée au ciel.[5]