CHAPITRE XXVIII

Après cela, je me mis un jour à songer à ce que j'avais dit de ma Dame,

c'est-à-dire dans les deux sonnets précédents, et, voyant dans ma

pensée que je n'avais rien dit de l'influence qu'elle exerçait

présentement sur moi, il me parut qu'il manquait quelque chose à ce que

j'avais dit d'elle, et je me proposai d'exprimer comment je me sentais

soumis à son influence, et ce que celle-ci me faisait éprouver.

L'amour m'a possédé si longtemps[1]

Et m'a tellement habitué à sa domination

Qu'après avoir été d'abord douloureux à supporter

Il est devenu d'une grande douceur pour mon coeur.

Aussi quand j'ai perdu tout mon courage

Et que mes esprits semblent m'abandonner,

Alors mon âme débile sent

Une telle douceur que mon visage pâlit.

Puis l'amour prend un tel pouvoir sur moi

Que mes soupirs se mêlent à mes paroles,

Et en sortant implorent

Ma Dame pour qu'elle me rende à moi-même.

Cela m'arrive toutes les fois qu'elle me voit,

Et à un point tel qu'on aurait de la peine à le croire.

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 69 / 170 题