CHAPITRE XXVI

Cette charmante femme dont il vient d'être question paraissait si

aimable aux gens que, quand elle passait quelque part, on accourait

pour la voir ce qui me comblait de joie, Et, quand elle s'approchait de

quelqu'un, il venait au coeur de celui-ci un sentiment d'humilité tel

qu'il n'osait pas lever les yeux ni répondre à son salut. Et ceux qui

l'ont éprouvé peuvent en porter témoignage à ceux qui ne le croiraient

pas. Elle s'en allait couronnée et vêtue de modestie, ne tirant aucune

vanité de ce qu'elle voyait ou entendait dire. Beaucoup répétaient,

quand elle était passée: «Ce n'est pas une femme, c'est un des plus

beaux anges de Dieu.» D'autres disaient: «C'est une merveille; béni soit

Dieu qui a fait une oeuvre aussi admirable».

Je dis qu'elle se montrait si aimable et ornée de toutes sortes de

beautés que ceux qui la regardaient ressentaient au coeur une douceur

candide et suave telle qu'ils ne sauraient le redire. Et on ne peut la

regarder sans soupirer aussitôt. Tout ceci et bien d'autres choses

admirables émanent d'elle merveilleusement et efficacement. Aussi,

pensant à tout cela, et voulant reprendre le style de sa louange, je

voulus dire tout ce qu'elle répandait d'excellent et d'admirable, afin

que non seulement ceux qui peuvent la voir, mais les autres aussi,

connaissent tout ce que les mots peuvent exprimer.

Ma Dame se montre si aimable[1]

Et si modeste quand elle vous salue

Que la langue vous devient muette et tremblante,

Et les yeux n'osent la regarder.

Elle s'en va revêtue de bonté et de modestie

En entendant les louanges qu'on lui adresse.

Elle semble être une chose descendue du ciel

Sur la terre pour y faire voir un miracle.

Elle est si plaisante à qui la regarde

Que les yeux en transmettent au coeur une douceur

Que ne peut comprendre qui ne l'a pas éprouvée.

Il semble que de son visage émane

Un esprit suave et plein d'amour

Qui va disant à l'âme: soupire![2]

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 65 / 170 题