Après mon retour, je me mis à la recherche de cette femme que mon
Seigneur m'avait nommée sur le chemin des soupirs. Et, afin que mon
discours soit plus bref, je dirai qu'en peu de temps j'en fis ma
protection, si bien que trop de gens en parlèrent, en dépassant les
limites de la discrétion et de la courtoisie, ce qui me fut souvent fort
pénible. Et il résulta de ces bavardages, qui semblaient m'accuser
d'infamie, que cette merveille, qui fut la destructrice de tous les
vices et la reine de toutes les vertus, passant quelque part, me refusa
ce si doux salut dans lequel résidait toute ma béatitude. Et ici
j'interromprai mon récit pour faire comprendre l'effet que son salut
exerçait sur moi.