I
A
_Sur le rapport cité à la page 204 et attribué par nous au comte
Alexandre de Laborde._
Le rapport n'est pas signé, mais il est incontestablement de M. de
Laborde. Ce qui le prouve, c'est en premier lieu l'écriture, comparée à
celle des pièces émanées du même personnage et conservées tant aux
Archives nationales, AF, IV, 1675, qu'aux Archives des affaires
étrangères, Vienne, 383. De plus, dans une dépêche à Schwartzenberg en
date du 25 décembre 1810, Metternich rend compte de la conversation, en
citant le nom de Laborde (_Mémoires de Metternich_, II, 313-314).
Seulement, le ministre autrichien prétend que c'est le Français qui a
parlé le premier de mariage. Cette assertion n'est guère admissible. En
effet, il est peu croyable que Laborde ait entamé un tel sujet sans
ordre de son gouvernement, et d'autre part, s'il avait reçu des
instructions, il n'aurait eu aucune raison pour se cacher dans son
rapport d'avoir provoqué les confidences de Metternich. M. Wertheimer
(_Archiv für OEsterreichische Geschichte, Vierundsechzigster Band, Erste
Hälfte_, 509) a donné en allemand quelques passages de la pièce.
B
P. 211.--_En présence des démarches ordonnées ailleurs (en Russie) et
expressément maintenues..._
Il est vrai que, le 22 décembre, Cambacérès, demandant aux membres de
l'officialité de Paris l'annulation du lien religieux, leur disait: «Il
(l'Empereur) est dans l'intention de se marier et veut épouser une
catholique.» (Welschinger, 84-85.) Mais, en présence de la lettre écrite
à Caulaincourt le 13 et confirmée le 17, il est impossible de croire à
la sincérité de ces paroles. D'ailleurs, le 22, on était loin encore
d'être sûr de l'Autriche; les pourparlers avec Schwartzenberg ne
commencèrent qu'à la «fin de décembre 1809», d'après la mention portée
sur le manuscrit qui en rend compte aux Archives nationales (AF, IV,
1675). Il est, au contraire, très naturel de supposer que Napoléon ou
Cambacérès, demandant aux membres de l'officialité une décision qui
embarrassait leur conscience, engageait leur responsabilité, ait voulu
leur faire croire que la fin justifierait les moyens, et qu'ils
contribueraient, par leur docilité, à placer une catholique sur le trône
de France: c'était un argument _ad homines_.
Toutefois, l'annulation du mariage religieux, utile dans tous les cas
(la Russie exprima formellement des scrupules à cet égard), l'était
particulièrement en vue de l'éventualité autrichienne; aussi fut-ce
lorsque l'Empereur commença à s'occuper plus sérieusement de cette
dernière, à partir du milieu de décembre, qu'il fit entamer et presser
vivement la procédure devant l'officialité.
C
_Sur la date du premier conseil tenu par Napoléon au sujet de son
mariage._
Thiers, suivi par divers auteurs, place le premier conseil à la date du
21 janvier; Helfert, d'après les dépêches de Schwartzenberg, le place à
la date du 28. Cette dernière nous paraît seule admissible. D'abord, les
dépêches de Schwartzenberg constituent un témoignage contemporain,
opposé aux récits faits après coup où ont puisé les historiens français.
De plus, le mémoire de Pellenc, conservé aux Archives nationales, cité
dans le cours du chap. VII et écrit le 1er février, parle de l'émotion
que le conseil tenu aux Tuileries répand dans la société «depuis trois
jours», ce qui correspond à la date du 28 janvier. Enfin, dans une
lettre du 6 février (_Corr._, n° 16210), Napoléon parle du conseil tenu
«il y a peu de jours», ce qui s'appliquerait difficilement à la date
déjà éloignée du 21 janvier. Ce fait a son importance: il prouve que
l'Empereur n'a laissé mettre en discussion le mariage autrichien
qu'après la réception des premières nouvelles de Russie, arrivées le 25.
D
_Sur la date et l'ordre des événements qui se sont succédé du_ 5 _au_ 8
_février_ 1810.
M. Helfert, p. 90, place à la date du 6 l'arrivée du courrier de Russie,
dans l'après-midi du 7 la tenue du conseil aux Tuileries, puis la
démarche d'Eugène auprès de Schwartzenberg, suivie immédiatement de la
signature du contrat entre l'ambassadeur et le ministre des relations
extérieures. Or, par son billet à l'Empereur cité p. 253, Champagny nous
apprend que les lettres de Caulaincourt sont arrivées le 5. Par une
dépêche du 8, il fait savoir que le conseil s'est tenu «dans la nuit du
6 au 7», qu'à l'issue il a écrit au prince de Schwartzenberg pour
l'engager à se rendre chez lui, et qu'il vient de signer avec lui le
contrat; enfin, dans une dépêche subséquente à Caulaincourt du 17 mars,
il rappelle qu'il s'est rencontré pour la première fois avec
l'ambassadeur d'Autriche «dans la matinée du 7». Dans ces conditions,
comme il est matériellement impossible que la démarche d'Eugène, qui a
incontestablement précédé la rencontre entre le ministre et
l'ambassadeur, ait eu lieu entre la fin du conseil, terminé le 6 fort
tard, et la matinée du 7, c'est-à-dire en pleine nuit (plusieurs
témoignages s'accordent d'ailleurs pour la placer à six heures du soir),
il faut admettre qu'elle s'est passée antérieurement au conseil, et que
Napoléon, avant de faire ratifier son choix en consulte solennelle,
avait eu soin de s'assurer du consentement définitif de l'Autriche.
D'ailleurs, la lettre de Dalberg portant la date du 6, citée par
Helfert, qui l'attribue par erreur à Laborde et qui est obligé de la
supposer mal datée, place au jour même où elle a été écrite,
c'est-à-dire au 6, l'avis donné à Schwartzenberg pendant la chasse et
qui a précédé immédiatement la visite d'Eugène. Étant donnés ces divers
témoignages, nous avons cru pouvoir établir l'ordre des faits de la
manière suivante: le 5, arrivée du courrier de Russie; dans l'après-midi
du 6, démarche d'Eugène, puis, dans la soirée, conseil et délibération
fictive; enfin, le 7 au matin, entrevue entre Schwartzenberg et
Champagny au sujet du contrat, qui est établi séance tenante et expédié
à Vienne le lendemain.