NÉCROLOGIE FRANÇAISE

Parmi les décès survenus récemment en France, nous avons le regret de

relever les noms des personnalités suivantes.

M. Arthur Chuquet, historien et critique, membre de l'Académie

française, né à Rocroi en 1853, professeur de littérature allemande à

l'Ecole normale supérieure, dont il avait été élève.

C'était un écrivain net et précis et un critique d'une sagacité

remarquable. Il est l'auteur de nombreux ouvrages historiques appréciés,

portant principalement sur la guerre de 1870. Il dirigeait la Revue

critique d'histoire et de la littérature.

M. Augustin Filon, historien et critique, Professeur de rhétorique dans

l'Université, il avait été nommé en 1867, précepteur du Prince impérial,

qu'il accompagna en 1870, en Angleterre, où il séjourna plusieurs

années. Il a publié des ouvrages historiques et critiques appréciés,

ainsi que des romans. Il fut pendant longtemps feuilletonniste

littéraire _Aux Débats_.

M. Emile Faguet, célèbre critique et écrivain de très libre allure,

ingénieux, fin et subtil à l'excès. Né en 1847, sorti, comme les

précédents, de l'Ecole Normale supérieure, il appartint pendant quelque

temps à l'Université, en qualité de professeur de Lycée, puis occupa la

chaire de poésie française à la Sorbonne. Il collabora à la Revue des

Deux Mondes, à la Revue bleue, à la Revue encyclopédique.

M. Jules Lemaître a dit de lui que «c'est un des cerveaux par qui les

choses sont le plus profondément comprises et le moins déformées. Rien

ne dépasse la netteté subtile de son argumentation, sa logique perce à

jour avec esprit, mais sans pitié, les sophismes les plus spécieux.»

Il fut, pendant longtemps critique dramatique _Aux Débats_, où il avait

succédé à Jules Lemaître. Quand il quitta à son tour ce poste, pour

raison de santé, son successeur, M. Henri de Régnier, fit de celui qui

partait cet éloge bien senti: «M. Emile Faguet est le critique par

excellence. Il apporte à son art le goût passionné qu'il en a. Il a la

vaste intelligence, la vivacité d'esprit, l'érudition minutieuse, la

curiosité qu'il faut. Il a, poussée à un point unique, la faculté de

comprendre et l'habileté de faire comprendre. Du passé et du présent,

des livres et des hommes, des idées et des faits, il est le commentateur

le plus érudit, le plus sagace, le plus amusant, car cet homme qui a

tant lu, tant écrit et tant vu, a conservé de la bonne humeur et de la

bonhomie. Si le travail énorme qu'il a accompli est parvenu à fatiguer

momentanément son corps, rien n'a lassé son esprit. Après 40 ans de

labeur, labeur de plume, labeur de parole, il est toujours plein de

verve, d'entrain, d'indulgence et de sagesse.»

M. Emile Faguet qui avait fait, il y a quelques années, au collège de

France, des cours remarquables et extrêmement suivis de littérature

française, faisait partie de l'Académie française depuis 1900.

M. Emile Faguet a voulu des obsèques très simples et sa volonté a été

respectée. Cette simplicité a eu plus de grandeur que l'apparat des

discours.

Madame Dieulafoy, femme de lettres et archéologue, qui partagea les

travaux et les dangers de son mari dans les fouilles archéologiques que

celui-ci fit en Perse, de 1881 à 1886. Ils en rapportèrent une riche

collection qui fait l'ornement et l'attrait de toute une salle du Musée

du Louvre, qui porte leur nom. Madame Dieulafoy a publié: La Perse, la

Chaldée et la Susiane et des romans: Parysatis, Voltaire, Déchéance,

etc. Elle était une des rares femmes autorisées, en France, à porter le

costume masculin. Au commencement de la guerre, son mari, ancien

officier du génie, reprit du service dans l'armée, au Maroc, bien

qu'ayant dépassé la soixantaine. Madame Dieulafoy l'y accompagna, mais

ne put résister au climat, qui terrassa cette femme vaillante et

distinguée.

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Bulletin de Lille, 1916.06 publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 115 / 150 题