«Je l'avoue, Messieurs, dit-il gravement; cet intéressant mammifère a
été l'objet de mes observations spéciales, et, quoi qu'aient pu en dire
mes adversaires, je crois avoir découvert le premier la véritable nature
du lait dont il nourrit ses petits!...
La baleine, Messieurs, est un cétacé, nom qui vient du mot grec _kêtos_;
il appartient à la famille du narval, du cachalot, du dauphin. C'est un
grand mammifère plagiure, vivipare, pisciforme, portant deux pieds
appelés nageoires, et respirant par des poumons...»
Il fut interrompu par un soubresaut inattendu. Les propulseurs du
bateau-poisson, qui continuaient à se mouvoir, venaient d'effleurer les
parois de l'estomac de la baleine, et y avaient déterminé une
contraction qui ramena la dorade vers le canal alimentaire. Le
mécanicien, voulant profiter de ce mouvement, lâcha toute sa vapeur,
afin de forcer le passage, ce qui occasionna chez le monstre une
nouvelle nausée, suivie d'un vomissement au milieu duquel le bateau se
trouva rejeté au dehors.
Mais l'effort avait été si violent que la dorade alla frapper un rocher,
où elle se brisa. Tous les voyageurs qui se trouvaient à l'avant furent
broyés du choc, noyés dans la mer ou brûlés par les éclats de la
machine.
Heureusement que l'arrière, où se tenaient Marthe et Maurice, eut moins
à souffrir. La plupart des passagers échappèrent au désastre et furent
recueillis par les habitants de la côte, accourus au bruit de
l'explosion.
Enfin, lorsqu'ils eurent assez repris leurs sens pour regarder autour
d'eux, ils reconnurent que le cétacé avait eu la délicate attention de
ne les point détourner de leur route, et qu'ils se trouvaient dans les
faubourgs mêmes de Sans-Pair, c'est-à-dire seulement à quinze lieues de
la ville.
Le fonctionnaire chargé du registre de l'état civil des machines fut
aussitôt averti. Il arriva pour constater le désastre, et dressa l'acte
suivant, imprimé d'avance, et dont il n'eut qu'à remplir les blancs.