«Il y a plus. Quand on suit attentivement la série des formes

analogues, qui se succèdent pendant la durée de longues

périodes paléontologiques, et jusqu'à la période actuelle, on

constate que les différences qui existent entre ces formes ne

dépassent nullement les limites de celles qu'on observe

aujourd'hui entre les races d'une même espèce.

«C'est, en particulier, ce qui résulte invinciblement des

belles recherches de M. Albert Gaudry et de M. Filhel, sur les

mammifères tertiaires. _Les faits constatés_ n'autorisent donc

pas à admettre dans la science une autre doctrine que celle du

transformisme, que celle de Lamarck»[104].

[104] _Lamarck et le transformisme actuel_, in _le Centenaire de

la fondation du Muséum d'Histoire naturelle_: 1893; p. 516.

A vrai dire, ces notions scientifiques doivent, désormais, faire

partie des connaissances élémentaires de tout homme éclairé; elles

sont indispensables pour apprécier sainement la nature humaine; et,

comme le dit Haeckel, pour familiariser l'esprit avec l'infini de la

durée, de même que la contemplation du ciel étoilé le familiarise

avec l'infini de l'espace. On ne saurait donc trop féliciter le

gouvernement de la République française d'avoir reconnu leur valeur

éducative générale, en introduisant leur enseignement, dans les

programmes de l'instruction secondaire, sous forme de conférences de

Paléontologie.

_Confirmation des théories de Lamarck par l'embryologie._

Les théories de Lamarck, concernant l'évolution des êtres organisés,

n'ont pas été seulement confirmées par les faits paléontologiques:

elles trouvent encore un point d'appui solide, dans les faits

embryologiques.

Rapprochant ces deux ordres de faits et frappés par le parallélisme

existant entre le développement embryologique et le développement

paléontologique, quelques savants se sont même crus autorisés à

conclure que, dans chaque espèce, l'évolution embryonnaire de

l'individu n'est que la répétition rapide et raccourcie de l'évolution

paléontologique de tout le rameau dont son espèce est la terminaison.

C'est d'après ces données qu'Haeckel a formulé ce qu'il a nommé _la

loi fondamentale biogénétique_.

«L'ontologie, dit-il, ou l'histoire du développement de l'individu,

est simplement une récapitulation courte, rapide, conforme aux lois de

l'hérédité et de l'adaptation, de la _phylogénie_, c'est-à-dire de

l'évolution paléontologique de toute la tribu organique ou _phylum_ à

laquelle appartient l'individu considéré».

Faisant application de cette loi générale au cas particulier de

l'homme, Haeckel a soutenu que les diverses phases de son évolution

intra-utérine correspondent à vingt-deux stades paléontologiques,

consécutifs, qu'il s'est efforcé de préciser.

Les documents paléontologiques n'ont pas, jusqu'ici, fourni toutes les

preuves rigoureuses qu'une théorie aussi formelle exigerait; mais il

est indéniable que chaque individu, dans son évolution propre,

repasse, graduellement, par les principaux degrés de la série animale,

placés au-dessous de celui qu'il doit atteindre.

Les Invertébrés et les Vertébrés ne se distinguent pas, les uns des

autres, durant la première phase de l'évolution intra-ovulaire, et

l'embryon des Vertébrés, selon les remarques d'Haeckel, se présente:

d'abord, sous la forme d'une simple cellule; puis, comme un amas

cellulaire, provenant de la segmentation de la cellule primitive;

ensuite, comme un sac, à ouverture unique, essentiellement constitué

par un feuillet externe, ou épidermique, et un feuillet interne ou

intestinal, invaginé; plus tard, comme un tube à deux ouvertures,

semblable aux Vers; enfin, comme un de ces Vertébrés acrâniens, dont

l'Amphioxus, qui n'a qu'un squelette rudimentaire, constitué par une

corde dorsale, est le dernier représentant vivant.

A ce moment, nul ne peut dire, avec certitude, si cet embryon de

vertébré deviendra poisson, reptile, oiseau ou mammifère, et le

créateur de l'embryologie, de Baer, traduisait la perplexité dans

laquelle les savants se trouvent, à cet égard, en disant que s'il

omettait d'«étiqueter» les bocaux, dans lesquels il renfermait les

très jeunes embryons de Vertébrés qu'il recevait, il ne pouvait

ensuite distinguer la classe à laquelle chacun d'eux appartenait.

«Les embryons de l'homme, du chien, de la tortue, et l'embryon du

poulet, au quatrième jour de l'incubation, diffèrent si peu l'un de

l'autre, qu'on ne saurait les distinguer: c'est seulement au bout de

six ou huit semaines, pour les trois premiers, au bout de sept jours,

pour le dernier, que les traits distinctifs apparaissent et

s'accentuent, à mesure que l'animal se développe»[105].

[105] MATHIAS DUVAL: _Le Darwinisme_; p. 48.

Cette succession d'états transitoires, images fugitives de

constitutions demeurées permanentes pour les êtres inférieurs des

temps paléontologiques ou présents, ne s'observe pas seulement dans la

morphologie et l'organisation générale de l'embryon des Invertébrés

supérieurs et des Vertébrés; la formation de chacun des organes de cet

embryon, qui évoluent tous, aussi, tandis qu'il se développe, est

subordonnée à la même loi naturelle.

Par exemple, chez l'homme, le tube digestif ne présente d'abord aucune

démarcation; l'estomac et le gros intestin ne se différencient du

canal intestinal qu'ultérieurement. Les cavités buccale et nasale sont

confondues. Le foie débute par des tubes cylindriques qui rappellent

le foie des insectes.

Les reins sont primitivement réduits à un uretère; puis cet organe

rudimentaire se complique de tubes rectilignes, pourvus d'un

glomérule, comme chez les Poissons cyclostomes et le rein se divise en

lobes, comme chez les Reptiles et les Oiseaux. Ce sont ces lobes qui

se fusionnent pour former le rein humain.

L'appareil respiratoire prend naissance, sous forme de bourgeons de la

cavité pharyngienne, comme celui des Poissons; puis il consiste,

momentanément, en poches peu ramifiées, analogues aux poumons des

Reptiles.

Les organes sexuels n'ont, originellement, qu'une forme indifférente,

et, même après avoir évolué nettement vers leur destination

définitive, les organes mâles restent longtemps inclus dans l'abdomen,

comme ceux des Oiseaux, tandis que l'utérus du sexe féminin traverse

une phase d'utérus à cornes, qui l'assimile aux oviductes des animaux

ovipares.

Le cœur n'est, d'abord, qu'un _punctum saliens_ qui rappelle

l'appareil circulatoire des Vers; puis il présente les deux dilations

qui persistent chez les Mollusques; enfin, avec le trou de Botal, il

reste, jusqu'à la naissance et à la respiration aérienne, à l'état de

cœur à trois cavités; il reproduit ainsi le cœur des Reptiles,

auxquels nous assimilent encore les arcs aortiques qui entrent

primitivement dans la composition de notre appareil circulatoire

périphérique.

Les mêmes analogies, avec les animaux inférieurs, se produisent,

passagèrement, durant l'évolution embryonnaire, dans les appareils de

la vie de relation.

Le système nerveux est, au début, réduit à la moelle épinière, formée

par l'adossement de cordons distincts, comme chez les Invertébrés, et

la moelle rachidienne descend très bas, dans la gouttière qui la

renferme, comme chez les Poissons et les Oiseaux. L'encéphale apparaît

sous la forme des vésicules cérébrales qui restent stationnaires dans

les Poissons. Le cerveau, lorsqu'il commence à se spécialiser, est

dépourvu de circonvolutions; celles-ci ne se dessinent que vers le

milieu de la vie embryonnaire.

Enfin, l'apparition du système osseux est postérieure aux autres; elle

débute par une corde dorsale et la formation des vertèbres crâniennes,

de même que celle des corps vertébraux, d'abord cartilagineux, est

inaugurée par une dissociation des diverses parties de ces os, qui

reproduit l'état squelettique des Vertébrés primaires.

Loin de contredire l'évolution paléontologique, l'embryologie tend

donc à corroborer sa doctrine; elle met en relief de nombreux traits

de ressemblance entre les êtres supérieurs et récents et les êtres les

plus inférieurs et les plus anciens, et, comme ces traits ne peuvent

provenir que de l'hérédité, l'embryologie fortifie l'hypothèse de la

filiation de tous les êtres organisés.

_Confirmation des théories de Lamarck par l'anatomie comparée._

D'ailleurs, ce n'est pas seulement au début de leur vie que les

animaux Invertébrés et Vertébrés passent par l'état cellulaire,

réduction de l'organisation biologique à sa plus simple expression; à

vrai dire, ils ne sont jamais qu'une agrégation d'éléments

anatomiques, microscopiques.

«Tout être vivant, quelque peu compliqué, n'est qu'une accumulation

d'éléments dont chacun est exactement comparable, pour sa

constitution, ses propriétés physiologiques, et souvent même les

détails de sa forme, aux êtres vivants les plus simples que nous

connaissons. Ces êtres vivants les plus simples forment la grande

division des Protozoaires. Nous pouvons donc dire brièvement

aujourd'hui ce que Lamarck ne pouvait deviner: Tout être vivant,

d'organisation tant soit peu compliquée, n'est qu'une association de

protozoaires»[106].

[106] PERRIER: _loco citato_; p. 495.

Or, les protozoaires sont des êtres aquatiques; il en est de même de

tous les éléments anatomiques des animaux supérieurs, qui sont soumis

à la loi de constance du milieu des Océans primitifs, découverte par

Quinton, soit que les animaux qu'ils constituent séjournent dans le

milieu marin, soit qu'ils vivent dans l'eau douce ou dans l'air.

Ainsi se trouve confirmée la vue de Lamarck, relative à l'origine

Océanique de la vie.

D'autre part, l'anatomie comparée a découvert, et découvre tous les

jours, des liens nombreux qui rattachent les espèces, actuellement

existantes, à des espèces éteintes, et qui rattachent celles-ci, les

unes aux autres, au travers de l'immensité des temps géologiques.

Grâce à elle, des enchaînements sont maintenant établis entre des

animaux d'espèces différentes, de genre différents, de familles

différentes, d'ordres différents[107], et des séries de formes qui se

prolongent pendant plusieurs époques ont pu être reconstituées dans

quelques ordres d'Invertébrés et de la classe des Mammifères, des

Reptiles et des Poissons[108].

[107] V. ALBERT GAUDRY: _Les enchaînements du monde animal dans

les temps géologiques_, III; résumé.

[108] CHARLES DÉPÉRET: _Les transformations du monde animal_; pp.

160 et suiv.

A défaut de ces formes, l'anatomie comparée peut invoquer _les organes

rudimentaires_, ou plus exactement atrophiés, correspondant, dans

certaines catégories d'animaux, à des organes qui sont très

fonctionnels chez d'autres.

Ces organes se remarquent dans tous les groupes du règne animal, chez

les Spongiaires, les Échinodermes, les Mollusques, les Arthropodes,

les Insectes, les Poissons, les Reptiles, les Oiseaux, les Cétacés,

les Ruminants, les Solipèdes, les Carnassiers et l'Homme; ils

attestent un même type d'organisation dans les groupes auxquels

appartiennent les animaux qui les présentent et ils sont absolument

inexplicables, sans le secours de la théorie de la modificabilité[109].

[109] V. WIEDERSHEIM: _La structure de l'homme, témoignage de son

passé._

A plus forte raison en est-il ainsi des _anomalies régressives_ qui se

traduisent par la réapparition fortuite, chez un individu, d'organes

ou de rudiments d'organes, disparus dans les types normaux de son

espèce, mais ayant fait partie de l'organisation d'espèces

antérieures. Tels sont: les germes de dents dans la mâchoire de

quelques jeunes oiseaux; les stylets, ou doigts latéraux, que

possèdent certains chevaux; et, chez l'homme: la cloison

interstomacale qui sépare quelquefois le grand cul-de-sac du petit

cul-de-sac de l'estomac; la mobilité du pavillon auriculaire; un

appendice caudal; et le _stermalis brutorum_, dont j'ai,

personnellement, pu voir, en 1879, un spécimen, sur un sujet, au

laboratoire de la Société d'Anthropologie de Paris, lorsque je suivais

les cours si remarquables du professeur Broca, sur l'anatomie comparée

de l'homme et des animaux supérieurs.

* * * * *

En résumé, la philosophie paléontologique, la philosophie anatomique,

convergent vers un même but: la démonstration de l'évolution des êtres

organisés.

En présence de la multiplicité de ces faits concordants, cette

hypothèse s'impose. Quelles que soient les difficultés, les lacunes et

les énigmes que sa vérification présente encore, c'est la plus

conforme à l'ensemble des renseignements obtenus; il est de plus en

plus irrationnel de la repousser. Tous les savants, dignes de ce nom,

l'ont adoptée et ses adversaires ont perdu toute autorité. Ce n'est

certainement pas dans les rangs des véritables philosophes

positivistes que ces adversaires trouveront leur dernier refuge.

_Tentatives d'explication de la modificabilité. Supériorité des

raisons invoquées par Lamarck._

Le fait et le principe de la modificabilité des espèces étant mis hors

de contestation, la science se trouve en face d'un nouveau problème.

Quelles sont les causes déterminantes de ce phénomène?

Cet autre aspect de la question n'a pas échappé à la perspicacité de

Lamarck; il l'a, le premier, scientifiquement envisagé.

Considérant l'organisme comme actif dans son évolution, il émit

l'hypothèse que les changements de milieu et de circonstances

provoquent de nouveaux besoins physiologiques, de nouvelles habitudes,

et que, par suite des efforts continus que ces changements suscitent,

les organes subissent des modifications que l'hérédité fixe, de telle

manière que, progressivement, l'organisme se transforme pour s'adapter

aux nouvelles conditions d'existence qui lui sont imposées.

J'ai, plus haut, exposé sa thèse, à ce sujet; je me borne, en

conséquence, à la rappeler ici.

«Ce ne sont pas les organes, dit-il, c'est-à-dire la nature et la

forme des parties du corps d'un animal qui ont donné lieu à ses

habitudes et à ses facultés particulières; mais ce sont, au contraire,

ses habitudes, sa manière de vivre et les circonstances dans

lesquelles se sont rencontrés les individus dont il provient, qui ont,

avec le temps, constitué la forme de son corps, le nombre et l'état de

ses organes, enfin les facultés dont il jouit»[110].

[110] _Philosophie zoologique_, I; p. 237.

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire considérait, au contraire, l'organisme

comme passivement soumis à l'action du milieu ambiant.

Darwin enfin a soutenu que la lutte perpétuelle, pour l'existence et

pour la reproduction, à laquelle les animaux se livrent, a pour

résultats une sélection qui aboutit à la survivance des mieux

organisés et à la conservation des formes qui sont le plus en harmonie

avec les conditions du milieu.

Mais les influences, signalées par Darwin, si réelles qu'elles soient,

ne s'exercent que dans des limites très circonscrites; elles

contribuent à l'intelligence des variétés qui se produisent dans des

espèces déjà formées; elles ne rendent pas compte de l'origine des

formes nouvelles. «La survivance du plus apte, comme dit Cope, n'est

pas l'origine du plus apte».

D'autre part, les raisons de Darwin n'expliquent pas davantage

l'extinction de certaines espèces, merveilleusement douées au point de

vue de la concurrence vitale, et, de plus, très disséminées. Or, la

paléontologie nous apprend qu'à diverses époques géologiques, et dans

des classes très différentes, des espèces de ce genre ont précisément

disparu brusquement, et cédé la place à des espèces chétives: tel est

le cas des Trilobites, à la fin des temps Primaires; des Ammonites et

des Dinosauriens, à la fin des temps Secondaires; des Mammifères

colossaux de la fin de l'époque Tertiaire et du début du Quaternaire.

Il semble donc que la concurrence vitale n'a jamais eu qu'une

efficacité modificatrice secondaire et restreinte.

L'influence des milieux est, au contraire, générale et permanente, et

la nature, l'industrie humaine nous rendent, chaque jour, témoins des

effets que leurs variations produisent sur les plantes et sur les

animaux.

Les plantes d'une même espèce sont très différentes, selon qu'elles

vivent dans un sol humide ou sec, dans les régions tempérées ou

équatoriales, dans les plaines ou sur les altitudes. Il en est de même

des animaux.

La vie s'éteint sous les pôles; elle jaillit de toutes parts, avec une

irrésistible intensité, sous les tropiques.

Or, nous sommes assurés que les milieux ont maintes fois changé, dans

le cours des âges géologiques.

La composition et la température de l'atmosphère, celles des Océans se

sont modifiées.

La terre fut, d'abord, tout entière recouverte par les eaux et le

climat tropical était universel, puisqu'on retrouve, sous les pôles,

des fossiles appartenant à des espèces qui ne vivent plus que dans des

régions chaudes.

En outre, il n'y a que des restes fossiles d'animaux aquatiques dans

les terrains Cambrien, Silurien et Devonien.

La flore et la faune continentales n'apparaissent qu'à l'époque

Permo-carbonifère, où les végétaux commencent à purger l'atmosphère

saturée d'acide carbonique et d'humidité.

La période secondaire est caractérisée par une stabilité relative,

révélée par l'absence de roches volcaniques; mais il n'en est pas de

même de l'époque tertiaire où, plus particulièrement, l'émersion des

grandes chaînes de montagnes, des îles et des continents, a créé des

bassins maritimes et des compartiments terrestres divers, dans

lesquels les êtres vivants ont été soumis à des régimes spéciaux.

C'est pendant cette dernière époque encore que les saisons se sont

diversifiées et que les graminées ont couvert le sol de prairies

luxuriantes et de steppes immenses. Cette circonstance sans doute a

favorisé le développement des Mammifères herbivores, qui a lui-même

précédé celui des Carnassiers de la même classe.

Enfin l'ère glaciaire, pendant les temps Quaternaires, fut

contemporaine de grands Mammifères, parfaitement adaptés à sa nature,

et qui ne lui ont pas survécu.

Pour toutes ces raisons, les naturalistes inclinent à considérer,

comme prépondérantes, les raisons invoquées par Lamarck pour justifier

la mutabilité des espèces.

Néanmoins, il convient de maintenir une distinction entre le fait même

de l'évolution des êtres organisés et l'explication de ce fait.

Le fait repose sur une multiplicité d'observations convergentes qui,

toutes, fortifient la doctrine de la modificabilité. Les causes

génératrices de ce fait restent obscures et problématiques jusqu'ici;

mais cette situation ne peut nullement ébranler l'autorité que les

faits eux-mêmes ont acquise.

V

Conclusion.

En résumé:

Lamarck a conçu la biologie générale et créé sa dénomination;

Il a produit d'énormes travaux d'histoire naturelle, en botanique et

en zoologie;

Il a, le premier, introduit l'ordre dans la multitude, jusque-là

chaotique, des Invertébrés;

Il a jeté les bases de la théorie des classifications;

Il a, le premier, entrepris, d'une manière vraiment scientifique, la

construction de la série animale;

Il est le promoteur de la physiologie générale; il a fortement

consolidé ce principe philosophique «qu'il n'y a pas de fonction sans

organe»; il a généralisé la loi de l'exercice et du perfectionnement;

il a mis en relief l'importance universelle des lois de l'hérédité;

Enfin, il est le fondateur de la théorie des milieux, de la théorie de

la modificabilité, et, le premier, il a tenté d'arracher aux ténèbres

du passé le secret des origines et de l'évolution des êtres vivants.

Sous ce dernier aspect, l'œuvre de Lamarck défie maintenant tous les

assauts de la critique.

Edmond Perrier, qui a repris, une à une, toutes les propositions

essentielles que cette œuvre renferme, et consciencieusement cherché

ce que la science moderne doit penser d'elles, a montré que, le plus

souvent, «la théorie positive n'a fait que mettre des faits observés à

la place où Lamarck avait mis des suppositions; elle s'est bornée à

remplacer, dans l'édifice demeuré debout, une pierre altérée par une

autre, d'apparence plus solide»[111].

[111] _Lamarck et le transformisme actuel_, in _le Centenaire du

Muséum_; p. 498.

«Rien de semblable n'avait jamais été tenté, dit le même savant.

Personne, soit par respect des textes hébraïques, soit par un

sentiment exagéré de l'impuissance de l'homme, n'avait osé demander à

la seule science l'explication de la vie, l'explication de la

naissance des êtres vivants, celle de leurs transformations, affirmées

pour la première fois, avec cette énergie, par un homme vraiment

familier avec toutes les productions naturelles; on peut dire qu'au

temps où vivait Lamarck, avec les faits dont il disposait, il était

difficile d'aller au-delà du terme qu'il atteignit du premier coup. Sa

théorie avait d'ailleurs une portée bien plus grande que celles qui

ont été proposées depuis et notamment que la fameuse théorie de

Darwin. Lamarck, en effet, ne laisse derrière lui aucun _postulatum_;

il essaye d'abord d'expliquer l'origine des êtres vivants que d'autres

supposeront tout créés, avec des formes seulement différentes de

celles qui florissent aujourd'hui; il recherche ensuite comment les

formes simples, spontanément engendrées, se sont graduellement

compliquées, perfectionnées, adaptées aux circonstances dans

lesquelles elles vivent, de manière à constituer ces formes qui se

transmettent longtemps, sans altération sensible, et qu'on nomme les

_espèces_. Ces espèces, pour lui, ne sont que des abstractions;

l'hérédité suffit pour expliquer leur permanence, et Lamarck,

cherchant surtout à relier les espèces actuelles aux espèces fossiles,

n'a pas trop à se préoccuper des hiatus qui existent actuellement

entre elles»[112].

[112] _Ibid._; p. 490.

En outre, les conceptions de Lamarck sont douées d'une inépuisable

fécondité; toutes les études de philosophie biologique et même

sociologique, sont maintenant inspirées par elles.

Bref, Lamarck joue, en biologie, le rôle qu'ont joué Descartes en

philosophie générale, Newton en mathématiques et en mécanique céleste,

Lavoisier en chimie, Auguste Comte en sociologie; il a dévoilé de

nouveaux horizons aux yeux de l'Humanité; il a livré de nouveaux

domaines à ses investigations; il mérite d'être glorifié comme l'un

des rénovateurs de la pensée et des méthodes scientifiques.

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

=La vie de Lamarck.= 3

=La philosophie générale de Lamarck.= 18

=Appréciation des principaux travaux de Lamarck.= 24

I. TRAVAUX COSMOLOGIQUES 24

II. TRAVAUX BIOLOGIQUES 29

Biologie générale. 29

Anatomie générale.--Anatomie descriptive.--Histoire

naturelle. 35

Biotaxie. 37

Physiologie générale. 41

Physiologie spéciale du système nerveux périphérique et du

système nerveux central. 43

Théorie des milieux et de la modificabilité.--Généalogie des

animaux et de l'homme. 47

=Appréciation des théories philosophiques de Lamarck.= 59

Confirmation des théories de Lamarck par les faits

paléontologiques. 64

Confirmation des théories de Lamarck par l'embryologie. 73

Confirmation des théories de Lamarck par l'anatomie

comparée. 77

Tentatives d'explication de la modificabilité.--Supériorité

des raisons invoquées par Lamarck. 79

=Conclusion.= 83

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Lamarck et son OEuvre · 第 5 / 5 段