EMBLÊME VIVANT DE THOTH LE SECOND HERMÈS.

L'INSTITUTEUR des sciences et des arts, le Dieu qui civilisa l'espèce

humaine, avait pour emblème l'_Ibis_, oiseau dont les archéologues

et les naturalistes modernes ont eu beaucoup de peine à reconnaître

le genre et l'espèce, puisqu'on le confondit d'abord avec le _Héron_

et la _Cigogne_, malgré le nombre immense de ses images gravées sur

les monuments égyptiens existants en Europe. Bruce et les savants de

l'expédition française en Égypte ont, depuis, retrouvé ce même oiseau

vivant, en Éthiopie comme en Égypte. M. Cuvier lui a conservé le nom

d'_Ibis_, et l'a rangé dans le genre _Numenius_.

Les Égyptiens connurent deux espèces d'Ibis qui, toutes deux, jouaient

un rôle important dans les mythes sacrés. La première, l'_Ibis blanc_,

connu en Éthiopie sous le nom d'_Abou-Hannès_, et en Égypte sous celui

d'_Abou-Mengel_, a une partie de la tête et toute la gorge dénuées

de grandes plumes; son plumage est blanc, à l'exception de la tête,

du cou, de l'extrémité des ailes et de la queue, qui sont de couleur

noire. Celui de la seconde espèce, l'_Ibis noir_ appelé _Hareiz_ par

les habitants actuels de l'Égypte, est d'un noir à reflets très-riches,

verts et violets; le dessous du corps est d'un noir cendré qui devient

marron foncé dans les vieux individus[438]. L'_Ibis blanc_ était

consacré à Thoth ainsi qu'à _la Lune_[439], astre dont ce Dieu paraît

avoir été considéré comme le régulateur: car, suivant le dire des

Égyptiens, cet oiseau s'occupe de ses œufs pendant toute la durée de la

croissance et de la décroissance de la lune. Il accommodait son régime

d'après ses phases; on ajoutait même que ses intestins se resserraient

toujours au déclin de l'astre, et reprenaient toutes leurs dimensions

lorsque la lune reparaissait brillante de toute sa lumière[440].

Comme le Dieu _Thoth_, l'Ibis affectionnait particulièrement

l'_Égypte_; il habitait de préférence cette contrée, la plus humide

de toutes, de la même manière que Thoth avait fixé sa demeure dans

la lune, la plus humide des planètes, suivant les Égyptiens. Selon

Ælien, si quelqu'un emportait de force ou par surprise un Ibis hors

de l'Égypte, cet oiseau se laissait mourir de faim, et se vengeait

ainsi de ses ravisseurs, en leur montrant l'inutilité de leurs efforts

pour l'éloigner du pays qu'il aime exclusivement. Du reste, l'Ibis

représentait convenablement le plus sage et le plus savant des Dieux,

s'il est vrai, comme le disaient les Égyptiens, que les Ibis marchent

d'une manière grave et posée, comme une jeune vierge, ne cheminant que

pas à pas[441].

C'est principalement la première espèce d'_Ibis_, l'_Ibis blanc_, qui

fut vénérée et nourrie avec soin par l'Égypte entière: c'est celle,

du moins, dont l'image est la plus fréquente dans les peintures et

les sculptures de style égyptien. Presque toutes les momies d'Ibis,

ouvertes et observées avec soin, ne présentent que l'espèce blanche;

d'où il résulte que l'_Ibis blanc_ était l'oiseau favori de Thoth, son

symbole et celui de la lune sur la terre. Le Dieu et l'oiseau étaient

tellement identifiés dans les idées égyptiennes, qu'on attribuait

le principe de la connaissance des nombres et des mesures à l'Ibis

même[442], et que son pas était devenu un étalon métrique.

Les récits populaires attribuaient surtout à l'_Ibis noir_ la

destruction des serpents ailés. Ces serpents venaient de l'Arabie;

les Ibis noirs se postaient, dit-on, sur les frontières de l'Égypte,

combattaient ces redoutables ennemis, et les empêchaient de pénétrer

dans l'intérieur du pays[443]. Hérodote prétend avoir vu des amas

immenses d'os et d'arêtes de ces serpents détruits par les _Ibis

noirs_[444]. L'antiquité entière a reproduit cette assertion d'après

le père de l'histoire; mais les connaissances positives que la science

moderne possède de la constitution et des habitudes des deux espèces

d'Ibis, ne permettent d'attacher aucune confiance à cette opinion sur

l'oiseau consacré à Thoth, considéré comme le sauveur de l'Égypte

parce qu'il détruisait de dangereux reptiles, les sauterelles, les

chenilles, et éloignait les maladies contagieuses[445]. On disait

aussi que l'_Ibis blanc_ rendait un service semblable à l'autre

extrémité de l'Égypte vers l'Éthiopie, en empêchant les serpents des

pays méridionaux d'entrer sur la terre sacrée. Ainsi, dans la croyance

vulgaire, l'Égypte était défendue contre les reptiles venimeux par les

deux espèces d'Ibis; les Ibis _noirs_ défendaient les frontières vers

le nord, et les Ibis _blancs_ les frontières du sud.

L'Ibis blanc fut nourri dans les temples et dans les maisons

particulières, comme l'image vivante de Thoth sur la terre: lorsque ces

animaux mouraient, on déposait leurs corps, embaumés avec soin, dans

des catacombes, soit à _Hermopolis magna_, dont les médailles portent

la figure de cet oiseau[446], soit dans d'autres lieux de l'Égypte et

surtout dans le voisinage de Memphis, où existe encore une incroyable

quantité de momies de cette espèce d'oiseau, puisqu'on les y a comptées

par milliers.

[438] HÉRODOTE, liv. II, § LXXVI. SAVIGNY, _Histoire naturelle et

mythologique de l'Ibis_, pag. 19 et suiv., 36 et suiv.

[439] CLÉMENT d'Alexandrie, _Strom._, lib. V. ÆLIEN, _De Naturâ

Animal._, lib. II, cap. XXXVIII.

[440] ÆLIEN, _De Natur. Animal._, _lib._ II, _cap._ XXXV et XXXVIII;

_lib._ X, _cap._ XXIX.

[441] _Idem_, _lib._ II, _cap._ XXXVIII.

[442] CLÉMENT d'Alexandrie, _Stromat._, _lib._ V.

[443] ÆLIEN, _De Natur. Animal._, _lib._ II, _cap._ XXXVIII.

[444] Livre II, § LXXVI.

[445] CICÉRON, _De Natur. Deor._, lib. I, XXXVI. EUSÈBE, _Præp.

Evangel._, _lib._ II, § 1, p. 49.

[446] TOCHON, _Recherches sur les Médailles de Nomes_, pag. 114 et

116.

[Illustration: 29.5.]

Panthéon égyptien · 第 88 / 96 题