LE SECOND HERMÈS DANS L'AMENTÉ.

LE Thoth égyptien Ibiocéphale, compagnon fidèle d'Osiris tant que ce

dieu resta dans le monde pour adoucir les mœurs des hommes, n'abandonna

point ce dieu lorsque, ayant terminé sa mission sur la terre, il

alla établir son tribunal et sa demeure dans l'Amenté (l'enfer des

Égyptiens), lieu où se réunissaient les ames pour rendre compte de leur

conduite, et d'après le résultat de cet examen, être réparties dans

les diverses _régions_ célestes, ou rentrer dans des corps matériels

en expiation de leurs fautes. _Thoth_ fut, après Osiris, le premier

personnage de ce lieu terrible, où les destinées des ames étaient

réglées à chacune de leurs transmigrations sous forme humaine. Les

peintures qui décorent les manuscrits funéraires, les cercueils et

enveloppes des momies, et les bas-reliefs des catacombes de l'Égypte,

ne permettent aucun doute à cet égard; tout nous montre le dieu Thoth

remplissant auprès des ames, diverses fonctions qui l'assimilent

complètement à l'_Hermès Psychopompe_ des Grecs.

Le dieu à tête d'Ibis est en effet représenté dans les scènes mythiques

peintes sur les enveloppes des momies et relatives au jugement de

l'ame, conduisant par la main le défunt ou plutôt son ame figurée sous

les apparences du corps qu'elle vient de quitter, devant la balance

infernale, ou aux pieds du trône d'Osiris dominateur de l'Amenté.

J'ai reconnu cette scène sur plusieurs momies, sur deux entre autres,

dont l'une appartient au cabinet du Roi, et l'autre à la précieuse

collection de M. Durand.

Souvent aussi le dieu Thoth semble instruire les ames et les préparer

à l'effrayante épreuve qu'elles ont à subir, leurs actions allant

être pesées dans l'équitable balance de l'_Amenté_. Ce sujet est

figuré en grand sur un des bas-reliefs du tombeau royal du Pharaon

_Phtah-ousireï-mèn_, découvert à Thèbes par le célèbre voyageur

Belzoni dont la perte récente, au moment même où il allait décider le

plus important des problèmes relatifs à la géographie de l'Afrique

intérieure, sera à jamais regrettable et vivement sentie par tous ceux

qui accordent une estime bien méritée au courage réfléchi qui se

dévoue généreusement au progrès de la science.

La plus grande partie des grandes scènes peintes, placées au

commencement ou à la fin des manuscrits funéraires soit en écriture

hiéroglyphique, soit en écriture hiératique, et qui représentent

la _Psychostasie_ et le jugement des ames par Osiris, nous offrent

le second _Thoth_ debout devant le trône du juge suprême, et dans

l'attitude qu'on lui voit sur notre planche 29.4. La tête du dieu est

celle d'un Ibis, ordinairement peinte en _noir_, d'où l'on pourrait

inférer peut-être que l'_Ibis blanc_ était plus spécialement consacré à

Thoth considéré dans ses attributions relatives aux globes de la lune

et de la terre, et l'_Ibis noir_ à ce même dieu réglant le sort des

ames dans l'Amenté, l'enfer ou la région ténébreuse. La tête d'oiseau

qui remplace la tête humaine de _Thoth_, est couverte de la coiffure

égyptienne ordinaire, et n'est surmontée d'aucun symbole particulier:

le dieu tient dans sa main gauche une tablette rectangulaire pareille à

celles qu'on a découvertes depuis peu dans les catacombes égyptiennes,

et qui, portant vers leur partie supérieure deux cavités destinées

à recevoir des pains de couleur noire et rouge, et sur leur milieu,

des rainures pour des pinceaux, ont été facilement reconnues pour

un ustensile de peintre ou d'écrivain. On a donné à ces tablettes,

qui portent presque toutes des légendes hiéroglyphiques, le nom de

_palette_: Thoth est figuré traçant avec un _roseau_ ou un _pinceau_

qu'il tient dans sa main droite, des caractères sur la _tablette_

qui, combinée avec le _pinceau_ et un _petit vase_ renfermant soit

de l'encre, soit de l'eau pour délayer les couleurs, forme le

groupe hiéroglyphique tropique[436] exprimant les idées _Écrire_ et

_Écriture_, idées dont les mots _Shai_, _Sah_, ou bien _Skhai_ et

_Sakh_ étaient les signes dans la langue orale.

Ainsi c'est la science divine personnifiée qui perscrutait la vie

passée des ames et présentait le résultat écrit de cet examen au dieu

bienfaisant par excellence, Osiris, dont la bouche sainte prononçait

la sentence. J'ai reconnu dans les peintures des manuscrits les plus

soignés, que le caractère inscrit par Thoth sur la tablette, était le

signe recourbé[437], l'une des formes de la consonne S dans l'écriture

hiéroglyphique. Comme on ne pourrait présenter que des conjectures

sur le sens de cette lettre initiale, j'ai cru devoir me borner à

reconnaître le fait seulement.

[436] Voyez sur nos planches 29 et suivantes le dernier caractère de

la légende nº 1.

[437] Voyez le premier signe du nom du dieu _Sovk_, pl. 21, lég. nº 1.

[Illustration: 29.4.]

Panthéon égyptien · 第 86 / 96 题