LUNUS, LE DIEU LUNE, SELENE.

LA plupart des auteurs grecs ou latins, et, à leur exemple, les savants

modernes qui ont écrit sur la religion égyptienne, affirment, par cela

seul que la Lune était _une Déesse_ dans la Mythologie grecque et

romaine, qu'il en était de même chez les anciens Égyptiens; Jablonski,

surtout, a prétendu prouver l'identité d'Isis et de la _Lune_, et

établir que l'épouse d'Osiris n'était autre chose que la _Lune_

personnifiée[159]: cette opinion, quoique contraire à une foule de

témoignages de l'antiquité, quoique frappée de nullité par l'autorité

positive des monuments, a prévalu toutefois, et on la trouve reproduite

dans la plus grande partie des ouvrages publiés, de notre temps, sur le

culte national de l'Égypte.

Mais selon la doctrine véritablement égyptienne, la Lune était un

_dieu_, une _essence mâle_, et, par conséquent, une divinité forcément

distincte d'Isis et de toute autre essence femelle. L'auteur, quel

qu'il soit, du traité _d'Isis et d'Osiris_, avance, à la vérité, que

les Égyptiens regardaient la _lune_ comme étant à la fois _mâle et

femelle_ (Ἀρσενόθηλυν); mais Spartianus dit plus clairement encore

que, dans la croyance religieuse des Égyptiens, la _lune_ était un

DIEU[160], ce qu'affirme formellement _Ammonius_ en assurant que le

nom de la _lune_ en égyptien était un _nom du genre masculin_[161].

Jablonsky n'a tenu aucun compte de ces trois passages qu'il cite

cependant en entier dans son Panthéon[162], parce qu'ils contrariaient

trop directement son système, qui est de ne voir dans tous les

personnages mythiques de l'Égypte, que des personnifications du soleil,

de la lune et des autres corps célestes.

Au défaut même des témoignages que nous venons d'invoquer, il resterait

encore démontré par le mot seul qui, dans la langue égyptienne,

exprimait l'idée _lune_, que cet astre était considéré comme un _dieu_

et non comme une _déesse_; OOH (_la lune_) en dialecte thébain, et

IOH en dialecte memphitique, sont des mots masculins et que précède

constamment l'article masculin P ou PI, dans tous les textes coptes,

c'est-à-dire, les textes en langue égyptienne écrits avec des lettres

grecques. Ainsi dans la religion de l'Égypte, comme dans les mythes

hindoux, la lune était une divinité mâle. Il a été facile, avec

ce document, de reconnaître dans les bas-reliefs et les peintures

égyptiennes, les images du dieu Pooh ou Piioh.

On a vu dans la description, tout-à-fait conforme aux monuments,

qu'Étienne de Byzance donne de la statue de _Pan_ ou de _Mendès_

(_Ammon générateur_), que le fouet placé dans la main de ce dieu est

destiné à stimuler _la lune_; et l'on trouve très-fréquemment en

effet, à la suite d'_Ammon_, un personnage qu'il serait facile de

confondre avec _Phtah_, mais qui en diffère par des attributs tellement

caractérisés qu'on ne peut méconnaître le dieu _Pooh_, le _Lunus_ ou le

_dieu-lune_ des Égyptiens.

Ce personnage mythique, figuré sur notre planche 14, diffère d'abord

de _Phtah_ par sa coiffure, de l'un des côtés de laquelle s'échappe

un appendice que l'on a considéré, sans aucune certitude toutefois,

comme une _mèche de cheveux bouclée ou tressée_. En second lieu, le

dieu _Pooh_ se distingue essentiellement de _Phtah_ par les insignes

qui surmontent cette coiffure, et qui ne sont que des images de la

lune dans ses différents états. Il porte soit le _disque entier_

ordinairement peint en couleur jaune[163], soit le même disque placé

au-dessus du croissant également peint en jaune[164].

Ailleurs le _disque entier_ est combiné avec la dichotomie,

c'est-à-dire avec l'image de ce même astre lorsque _sa moitié

seulement_ est visible pour nous[165]. Le dieu _Pooh_, assis et

la _tête surmontée du croissant_ seul, est figuré faisant face au

dieu _Phrè_ (_le soleil_), sur un grand bas-relief sculpté à Thèbes

dans les hypogées voisins du Memnonium[166]. Enfin, le _disque_ et

le _sémi-disque lunaires_ combinés (_Voy._ notre pl. Nº 8) sont

représentés faisant pendant au _disque du soleil orné de l'uræus_,

dans les bas-reliefs symboliques sculptés sur la corniche des faces

latérales du portique du grand temple à Dendera[167]; et nous lisons

en effet dans les écrits des anciens, que le _symbole_ de la lune

fut, chez les Égyptiens, la peinture de la _dichotomie_ combinée avec

l'_Amphicyrte_ (_Voyez_ notre pl. numéros 6 et 7), c'est-à-dire l'image

de la lune lorsqu'elle ne montre que la moitié de son disque, jointe à

l'image de cet astre presque dans son plein[168].

[159] Panth. Ægypt. lib. III, cap. I.

[160] _Lunam Ægyptii mysticè_ DEUM _dicunt_.

[161] Καὶ γὰρ εἰ ἀρσενικῶς Αἰγύπτιοι τὴν Σελήνην ὀνομάζειν, etc.

[162] Panth. Ægypt. lib. I, III, §. 6, pag. 64.

[163] Descr. de l'Égypte. A. vol. II, pl. 13, Nº 1. _Voyez_ notre

pl. 14, Nº 4.

[164] _Idem._ A. vol. III, pl. 32, Nº 4.--A. vol. III, pl. 67, Nº

2.--A. vol. I, pl. 43, Nº 19.--_Id._ pl. 95, Nº 8., en face d'_Ammon

générateur_. _Voyez_ notre pl.

[165] _Voyez_ notre pl. 14, numéros 6 et 8; et Descr. de l'Égypt. A.

vol. II, pl. 36, Nº 5.

[166] _Idem._ A. vol. II, pl. 35, Nº 3.

[167] _Idem._ A. vol. IV, pl. 22, Nº 1.

[168] Σελήνης δὲ σύμϐολον, τό, τε διχότομον καὶ ἀμφίκυρτον.

Porphyrius apud Euseb. Præparat. Evangelic. lib. III, cap. 13, pag.

117, Edit. Viger.

[Illustration: 14.]

Panthéon égyptien · 第 44 / 96 题