SEIGNEUR DES RÉGIONS SUPÉRIEURES ET INFÉRIEURES.

LE Dieu _Phtah_ se montre ici sous un point de vue essentiellement

différent des deux formes que nous avons décrites sous les numéros 10

et 11. Cette peinture existe sur le cercueil d'une très-belle momie

rapportée d'Égypte par M. Thédenat-Duvent fils, et acquise par M. le

comte de Pourtalès-Gorgier.

La coiffure du Dieu, quoique moins riche de couleurs, ne diffère point,

au fond, de celle que porte ce même personnage sur la planche 10;

sa tête est aussi celle d'un _épervier_, et ses chairs sont vertes,

teinte habituelle de la carnation de _Phtah_ sous toutes ses formes.

Sa courte tunique, soutenue par deux bretelles, est fixée par une

ceinture qui retombe jusque vers les pieds. La légende hiéroglyphique

(nº 1) et l'hiératique nº 2, se lisent PTH ou PTH SKRI NOUTE. _Le Dieu

Phtah-Sokari._

Cette divinité soutient, de sa main gauche, une sorte de segment

de sphère, surmonté de la coiffure ornée d'une espèce de _Lituus_.

Dans une autre partie du cercueil de la même momie, _Phtah-Sokari_

porte également le segment de sphère, mais surmonté d'une coiffure

différente; ces deux groupes sont symboliques, et nous avons déja

dit que le segment de sphère exprimait l'idée _seigneur_ (NÉB), que

_la coiffure ornée du Lituus_ indiquait _les choses_ ou _les régions

inférieures_ et la _coiffure allongée_, sorte de cydaris, les _régions

supérieures_. Ces deux coiffures, réunies et emboîtées l'une dans

l'autre, ainsi qu'on peut les voir disposées sur la tête de la déesse

Nèith (pl. nº 6), formaient la coiffure appelée _pschent_ que portent

les grandes divinités, et qui exprime symboliquement _la domination

sur la région supérieure et la région inférieure_. Phtah tenant

successivement dans sa main ces deux coiffures emblématiques, est donc

ainsi figuré comme dominateur de ces régions du monde.

Ce Dieu occupait en effet un des premiers rangs parmi les intelligences

célestes, et fut aussi l'arbitre et le protecteur spécial de la

_royauté_ dans la région terrestre. Les Égyptiens inscrivirent son nom

le premier dans la liste des Dieux qui ont gouverné le monde inférieur

avant les rois de race humaine. Ceux-ci prenaient le titre d'_approuvé

par Phtah_[139], et parmi leurs qualifications honorifiques on comptait

celle de _chéri_ ou de _bien-aimé de Phtah_[140].

L'inauguration des Rois Lagides, comme celle des Pharaons dont les

souverains Grecs de l'Égypte imitèrent le protocole entier, avait lieu

dans la _ville de Phtah_, Memphis[141], et dans le principal temple

de cette capitale, consacré au Dieu _Phtah_. Le jour même de leur

intronisation, les Rois entraient dans ce temple, la tête ornée du

_pschent_[142], pour y accomplir les cérémonies légales prescrites pour

la prise de possession de la couronne[143].

Ainsi, les Rois Égyptiens semblaient recevoir de _Phtah_ la puissance

suprême, dont les deux parties du _pschent_ étaient le symbole; aussi

donnait-on, à ces princes comme au Dieu Phrê (le Soleil, fils de

_Phtah_), le titre de _Roi de la région d'en haut et de la région d'en

bas_[144].

Le décret gravé sur la stèle de Rosette, relatif à l'intronisation de

Ptolémée-Épiphane, dispose formellement que le _pschent_ que portait ce

prince, serait placé au-dessus d'une chapelle dorée, consacrée au Roi,

au milieu de dix couronnes ornées d'aspics, avec cette inscription:

_Ceci appartient au Roi qui a rendu illustre la région supérieure

et la région inférieure_[145]. Ces derniers mots sont exprimés

symboliquement, dans le texte hiéroglyphique de la même stèle, par la

_coiffure allongée_ et la _coiffure ornée du Lituus_, placées sur le

caractère _région_ ou _contrée_. Ce sont ces deux mêmes coiffures que

le Dieu Phtah tient quelquefois dans ses mains.

[139] Inscript. de Rosette Démotique, ligne 2, grec, ligne 3.

[140] _Idem_, texte hiérogly. lig. 6, 12 et 14.

[141] _Idem_, texte hiérogly. lig. 9, grec, lig. 44.

[142] _Idem._ Dans le texte hiéroglyphique, le _pschent_ est exprimé

par sa propre image (ligne 9), reproduite une seconde fois à la fin

de la même ligne, là où le grec porte: προειρημένον βασίλειον, _la

susdite couronne_.

[143] _Idem_, _ibidem_.

[144] _Idem_, texte démot. lig. 1 et 2, grec, lig. 2 et 3.

[145] _Idem_, texte hiérogly. lig. 10, démot. lig. 27, grec, lig. 46.

[Illustration: 11.]

TRE, THRÉ, ou THORE.

(UNE DES FORMES DE PHTAH.)

LE livre d'Horapollon[146] nous apprend que _le Scarabée_ fut, dans

l'écriture sacrée, un des symboles du Dieu _Phtah_, l'Hephaistus ou le

Vulcain des Grecs et des Romains. Mais l'image de cet insecte est si

multipliée dans les peintures des manuscrits et dans les sculptures des

temples des palais et des monuments funéraires, que cette reproduction

perpétuelle prouve à elle seule l'importance des personnages divins

dont le Scarabée est l'emblême. Les anciens nous disent aussi qu'il

fut consacré au _Soleil_; mais comme cet animal, pris symboliquement,

exprimait une foule d'idées différentes[147], il a pu devenir, par cela

même, le signe tropique de plusieurs divinités.

Notre planche 12 présente l'image d'un Dieu égyptien très-rarement

figuré soit dans les bas-reliefs, soit dans les peintures religieuses;

elle est copiée des précieux dessins que le courageux voyageur Belzoni

a faits, à Thèbes, de toute la décoration du superbe tombeau royal

qu'il y a lui-même découvert.

Dans le vestibule de la magnifique salle voûtée qui renfermait le

sarcophage, sur la face de l'un des six piliers qui soutiennent le

plafond, est un grand bas-relief représentant le Pharaon défunt, décoré

de ses insignes royaux, et accueilli par la Divinité gravée sur notre

planche. Le corps du Dieu est de forme humaine; ses chairs sont de

couleur rouge, teinte que les Égyptiens se donnent toujours dans leurs

peintures; une riche tunique, soutenue par une ceinture émaillée, le

recouvre jusqu'à la hauteur des genoux; des bracelets ornent ses bras

et ses poignets; mais la coiffure, au lieu de s'ajuster sur une face

humaine, pose sur un _Scarabée noir_, qui remplace la tête du Dieu.

Le nom hiéroglyphique, qui d'ordinaire accompagne le personnage,

consiste (légende, nº 1), dans le _scarabée_, la _bouche_, et la

_feuille_ suivie du signe d'espèce _Dieu_. Ce nom est phonétique, et

en appliquant aux caractères qui le composent les valeurs fixes de

ces mêmes signes dans les noms propres hiéroglyphiques des Pharaons

et des souverains grecs et romains, on obtient ΤΡΕ ou ΘΡΕ, que

nous prononcerons en suppléant la voyelle médiale, omise comme à

l'ordinaire, _Taré_, _Teré_, _Théré_ ou _Thoré_.

Quelles que fussent les voyelles et la signification de ce nom propre,

les monuments nous apprennent que ce personnage n'était qu'une des

modifications de _Phtah_, le premier né d'_Ammon-Cnouphis_, l'agent qui

sortit avec la substance du monde de la bouche du Démiurge. L'identité

de _Phtah_ et de _Thoré_ est prouvée par les légendes hiéroglyphiques

de Ptolémée-Épiphane; le titre de ce prince, exprimé dans le texte

grec de l'inscription de Rosette, par les mots: Ὃν ὁ Ἥφαιστος

ἐδοκίμαζεν, est rendu dans les légendes hiéroglyphiques de ce Roi

Lagide, par les mots: APPROUVÉ PAR PHTAH OU PAR PHTAH THORÉ (lég. nº 2)

indifféremment[148]. D'où il est aisé de voir que _Thoré_ n'est qu'un

simple surnom de Phtah, comme _Socari_.

Le Scarabée qui forme la tête de _Phtah-Thoré_, était un emblême

parfaitement en rapport avec l'idée que les Égyptiens avaient du Dieu

_Phtah_; selon Horapollon, cet insecte était l'emblême spécial de la

_Génération_ ou de la _Création_ (Γένεσις)[149]. Et c'est en effet par

l'action de _Phtah_ que le Monde avait été créé, selon la doctrine

égyptienne.

[146] Livre I, §. 13.

[147] _Idem_, §. 10.

[148] Dans des légendes royales d'Épiphane, dessinées à Philæ et à

Thèbes, par M. Huyot; et à Dendérah, par la commission d'Égypte.

[149] HORAPOLLON, liv. I, nº 10.

[Illustration: 12.]

TORÉ, THORE, ou THO.

(UNE DES FORMES DE PHTHA.)

LES monuments nous montrent Phtha créateur, sous un nouvel aspect qui

conserve, toutefois, le caractère distinctif des attributions de ce

personnage mythique. Son corps est ici de forme humaine; il est assis,

mais la tête est remplacée par un _scarabée les ailes étendues_,

tandis que dans la planche précédente (nº 12) les ailes de l'insecte

sont complètement repliées sous leurs élytres. Le Dieu, placé dans une

châsse ou chapelle, semblable aux petits temples monolithes qui, au

fond des sanctuaires de l'Égypte, renfermaient les images symboliques

des Dieux, est porté sur une barque dont les extrémités recourbées sont

ornées d'une fleur de _lotus_ épanouie. Vers la proue, est un autel sur

lequel pose un gâteau sacré, surmonté aussi d'une belle fleur de lotus:

vers la poupe est une rame terminée par une tête d'épervier.

Divers auteurs anciens, et Iamblique entre autres, nous font connaître

les motifs pour lesquels les Égyptiens représentèrent _assises sur

des barques_ la plupart de leurs grandes Divinités. On les figurait

_assises_, parce que l'intelligence divine s'étend et agit sur

l'univers, et ne repose entièrement qu'en elle-même; on les plaçait sur

des barques, que ces Divinités semblent diriger, pour exprimer que la

providence des Dieux gouverne le monde[150].

Le lotus qui décore la barque et surmonte l'autel, exprime

énigmatiquement, d'après le même auteur, la supériorité de

l'intelligence divine par rapport à la matière[151]; et cela, sans

doute, parce que la fleur du lotus, portée sur une longue tige, s'élève

au-dessus des eaux et du limon qui couvre le lit du fleuve, à la

surface duquel cette belle fleur s'épanouit.

La légende qui accompagne cette Divinité est habituellement le nº 2

de notre planche, qui se lit TRÉ NOUTE, _le Dieu Thoré_. Son image

est reproduite dans les grands manuscrits funéraires hiéroglyphiques

et hiératiques; et, entre autres, dans le grand papyrus du cabinet du

Roi[152]. Le texte, placé au-dessous de la représentation du Dieu,

contient aussi le nom hiéroglyphique précité, à l'exception de la

voyelle finale[153].

Vers le commencement du même manuscrit, cette Divinité paraît encore,

assise sur une barque[154], mais _sa tête est celle d'un homme,

surmontée d'un scarabée_ dont les ailes sont repliées. Dans le texte

qui se rapporte à cette scène, le Dieu est simplement appelé TE ou

TO-NOUTE, _le Dieu Tho_ (nº 3). Si cette orthographe n'est point une

simple abréviation du nom _Thoré_ (nº 2), on pourrait reconnaître ici

_l'Univers_ personnifié, _le Monde_, désigné, en langue Égyptienne, par

le mot TO. Horapollon nous dit aussi que le _scarabée_ fut également

le symbole du monde, Κόσμος[155], qui n'était, selon la doctrine

Égyptienne, qu'une production du Dieu _Phtah_.

Quoi qu'il en puisse être, ce Dieu porte, soit avec le nom de

_Tho_[156], soit avec le nom de _Thoré_[157], la qualification de _père

des Dieux_ (lég. nº 1), titre qui appartient en effet à l'Héphaistus

Égyptien, le Dieu _Phtah_, comme le prouve l'obélisque, traduit en

grec par Hermapion, monument qui donne au Pharaon Ramessès le titre de

_préféré par Héphaistus_ (Phtah) LE PÈRE DES DIEUX: Ὅν καὶ Ἥφαιστος ὁ

τῶν θεῶν πατὴρ προέκρινεν[158].

La légende nº 4 est la transcription hiératique du nom hiéroglyphique

nº 3.

[150] IAMBLICH., _de Mysteriis_, sect. VII, cap. 2.

[151] _Idem._

[152] Voyez la Description de l'Égypte, Antiq. vol. II, pl. 73 et 75.

[153] _Idem_, pl. 75, col. 36, 56 et 59.

[154] _Idem_, pl. 75, entre les colonnes 132 et 133.

[155] Hiéroglyphiq., liv. I, §. 10.

[156] Descript. de l'Égypte, Ant. vol. II, pl. 75, col. 135.

[157] _Idem_, col. 127 et 128.

[158] AMMIEN MARCELIN, liv. XVII, ch. 4.

[Illustration: 13.]

Panthéon égyptien · 第 42 / 96 题