A TÊTE HUMAINE.

CE dieu, de forme humaine, est ici représenté assis sur un trône, comme

le sont pour l'ordinaire toutes les grandes divinités de l'Égypte.

Sa carnation est bleue, couleur propre à ce personnage; sa barbe est

figurée par une appendice noire qui caractérise les divinités mâles;

et dans les cercueils de momie, cette même appendice indique toujours

une momie d'homme; le dieu tient dans sa main gauche un sceptre terminé

par la tête de cet oiseau qu'Horapollon nomme _Koucoupha_, sceptre

commun à toutes les divinités mâles du Panthéon Égyptien, et qui était

le symbole de la _bienfaisance_ des dieux; dans sa main droite est la

_croix ansée_, symbole de la _vie divine_; sa tête est ornée d'une

coiffure royale, surmontée de deux grandes plumes peintes de diverses

couleurs; de la partie postérieure de sa coiffure, descend une longue

bandelette bleue; son col est orné d'un collier, parfois très-richement

décoré; sa tunique, d'abord soutenue au-dessous du sein, au moyen de

deux bretelles, est fixée vers les hanches par une ceinture bleue; des

bracelets ornent le haut de ses bras, et souvent aussi la naissance du

poignet.

On reconnaît ici _le Démiurge_ Égyptien, le dieu créateur du monde,

décrit trait pour trait, par Eusèbe, dans sa _Préparation évangélique_.

Les trois premiers caractères de la légende hiéroglyphique placée

devant l'image du dieu, forment son nom propre ordinaire, et se lisent

Ⲁⲙⲛ (_Amen_ ou _Amon_); les deux signes suivants font souvent partie de

ce même nom, qui se lit alors Ⲁⲙⲛⲣⲏ (_Amonré_, _Amonri_ ou _Amonra_).

C'est ce nom divin que les Grecs ont écrit Αμων, Αμουν et Αμμων, en

considérant cette divinité Égyptienne comme identique avec leur Ζευς,

le _Jupiter_ des Latins.

Dans la théologie Égyptienne, Amon, dont le nom signifiait _occulte_

ou _caché_, suivant l'égyptien Manéthon, était le premier et le chef

des dieux[1], l'esprit qui pénètre toutes choses[2], l'esprit créateur

procédant à la génération et à la mise en lumière des choses cachées[3].

La légende hiéroglyphique qui accompagne ordinairement les

représentations de cet être divin, est celle que porte notre gravure,

et qui signifie, dans son entier, _Amon-ré, seigneur des trois régions

du monde, seigneur suprême_ ou _céleste_.

Amon ou Amonré fut la principale divinité des Éthiopiens, des

Égyptiens, et des peuples de race Éthiopienne ou Égyptienne, qui

habitèrent la Libye aux plus anciennes époques; les siéges principaux

de son culte furent Méroé, en Éthiopie; l'Oasis de Syouah, dans la

Libye; et, en Égypte, Thèbes, la première capitale de l'empire. Les

images du dieu Amon couvrent les magnifiques monuments de cette

ancienne cité, qui, dans la théologie Égyptienne, s'appelait même la

_ville d'Amon_, nom que les Grecs ont assez fidèlement traduit en leur

langue par _Diospolis_, la _ville de Zeus_ ou de _Jupiter_. C'est à

Amon ou Amonré que sont, en effet, dédiés les principaux édifices

religieux de Thèbes. Son image occupe le pyramidion ou le sommet des

plus grands obélisques Égyptiens, tels que ceux de Louqsor et de

Karnac, et le haut de ces superbes monolithes, ouvrages des anciens

Pharaons, que les Romains transportèrent dans leur ville, dont ils sont

devenus les plus beaux ornements; les bas-reliefs, qui décorent les

murs intérieurs ou extérieurs et les colonnes des temples et des palais

de Thèbes, nous montrent le grand dieu Amon recevant les prières et les

offrandes des rois; les Pharaons présentés à cette divinité suprême par

le dieu Phré (le soleil), ou bien par le dieu Mars Égyptien et le dieu

Phré; Amon donnant aux héros du pays le signe de la _vie divine_, en

les élevant ainsi au rang des dieux; les rois vainqueurs conduisant les

prisonniers au pied du trône du dieu, pour lui en faire hommage; enfin,

dans leurs légendes, les Pharaons prirent les titres d'_enfant d'Amon_,

de _chéri d'Amon roi des dieux_, et d'_approuvé par Amon_.

[1] PLUTARQUE.

[2] THÉODORET.

[3] IAMBLIQUE.

[Illustration: 1.]

AMON, AMONRÉ ou AMONRA,

A TÊTE DE BÉLIER (Jupiter-Ammon).

LES écrivains Grecs et Latins, qui nous ont conservé quelques documents

sur le culte et sur la religion des anciens Égyptiens, disent tous

que ce peuple représentait le dieu Amon, la principale divinité de

l'Égypte et de Thèbes, sous une forme humaine, et ayant pour tête

celle d'un _bélier_. On vient de voir cette divinité sous une forme

purement humaine, mais les monuments nous la montrent aussi telle que

les Grecs l'ont décrite; le nom et la légende hiéroglyphique AMON ou

AMONRÉ, _Seigneur des régions du monde, Seigneur suprême_, se lient,

en effet, assez souvent avec l'image d'une divinité assise sur un

trône, le sceptre des dieux d'une main, le symbole de la vie divine de

l'autre, ayant les chairs vertes ou bleues comme l'Amon à face humaine,

mais dont la tête est celle d'un _bélier_, ornée de la même coiffure,

surmontée du disque, et des grandes plumes qui distinguent également

Amon à tête d'homme; le serpent Ureus, vu de face, et qui décore le bas

de cette coiffure, est l'emblême ordinaire de la _puissance royale_;

cet insigne est commun aux dieux et aux souverains de l'Égypte: telle

est la divinité représentée sur notre gravure.

Les images d'_Amon_, à tête humaine, paraissent plus nombreuses sur

les monuments de Thèbes que les images du même dieu à tête de bélier;

et ces dernières se montrent plus fréquemment, au contraire, dans les

temples de Libye, et dans les diverses Oasis où l'on a trouvé des

constructions de style égyptien.

Le bélier, d'après les idées des Égyptiens, était un animal

remarquable, surtout par sa tête dans laquelle réside sa principale

force; et comme il est aussi le chef et le conducteur du troupeau, il

devint pour eux le symbole de la prééminence, de la principauté, dont

ses cornes furent aussi l'emblême chez plusieurs nations orientales;

c'est pour cela que les Égyptiens, selon Plutarque, le placèrent à la

tête des animaux du zodiaque, et que ce quadrupède fut spécialement

consacré au chef des dieux, au Seigneur suprême, à Amon, dont les

représentations empruntent la tête de cet animal, de la même manière

qu'on verra tous les dieux Égyptiens figurés sous une forme humaine,

mais avec la tête des divers animaux, quadrupèdes, oiseaux, amphibies,

reptiles ou insectes, qui leur furent spécialement consacrés.

Le bélier était l'animal sacré des habitants de Thèbes, dont Amon

fut le protecteur spécial et la divinité locale; c'est pour cela

que d'immenses avenues de béliers monolithes, et de vingt pieds de

longueur, unissaient entr'eux les principaux monuments de cette

capitale.

Parmi les récits mythiques Égyptiens que les Grecs nous ont transmis,

il en est un qui pouvait motiver aussi, aux yeux du peuple, cette

tête de bélier donnée aux images du chef des dieux: _Gomi_ ou _Somi_

(l'Hercule des Égyptiens), désira un jour, disait-on, voir face à face

Amon, le dieu suprême: celui-ci, qui voulait rester caché et inconnu,

se couvrit de la peau d'un bélier, et en tint la tête placée devant la

sienne. «C'est pour cette raison, continue Hérodote, qui rapporte à

cet égard les dires des habitants de Thèbes, qu'en Égypte, les statues

d'Amon (Zeus) représentent ce dieu avec une tête de bélier: cette

coutume a passé des Égyptiens aux Ammoniens (les Libyens des Oasis).»

Nous apprenons du même historien qu'à Thèbes, le jour de la fête

d'Amon, une cérémonie sacrée avait lieu en commémoration de cette

entrevue des dieux Amon et Somi: les Thébains sacrifiaient un bélier,

ce jour-là seulement; et après l'avoir dépouillé, on revêtait de sa

peau la statue d'Amon dont on approchait alors celle de Gomi (l'Hercule

Égyptien); après cela, tous ceux qui étaient autour du temple se

frappaient en déplorant la mort du bélier, et son corps était embaumé

et renfermé dans un cercueil sacré.

Enfin, le soleil entrant au printemps dans le signe du bélier, pouvait

être, aux yeux des Égyptiens, l'image sensible du dieu Amon qui,

selon leur croyance, créa le monde et donna la vie et le mouvement à

l'univers, dans cette même saison. C'est peut-être pour cela encore que

ce dieu porte souvent les noms combinés Amon et Ré, Amon-ré ou Amon-ri,

c'est-à-dire _Amon-Soleil_.

[Illustration: 2.]

Panthéon égyptien · 第 16 / 96 题