Relation publiée à Buenos Aires de l’entrée de S. E. Don Francisco
Bucarelli y Ursua dans la mission Yapegu, l’une de celles des jésuites
chez les peuples guaranis dans le Paraguay, lorsqu’elle y arriva le 18
juillet 1768.
«À huit heures du matin, Son Excellence sortit de la chapelle
Saint-Martin, située à une lieue d’Yapegu.
Elle était accompagnée de sa garde de grenadiers et de dragons, et avait
détaché deux heures auparavant les compagnies de grenadiers de Mayorque
pour disposer et soutenir le passage du ruisseau Guivirade qu’on est
obligé de traverser en balses et en canots. Ce ruisseau est à une demi
lieue environ de la peuplade.
Aussitôt que Son Excellence eut traversé, elle trouva les caciques et
corrégidors des missions qui l’attendaient avec l’alferès d’Yapegu qui
portait l’étendard royal. Son Excellence ayant reçu tous les honneurs et
compliments usités en pareilles occasions, monta à cheval pour faire son
entrée publique.
Les dragons commencèrent la marche; ils étaient suivis de deux aides de
camp qui précédaient Son Excellence, après laquelle venaient les deux
compagnies de grenadiers de Mayorque suivies du cortège des caciques et
corrégidors et d’un grand nombre de cavaliers de ces cantons.
On se rendit à la grande place en face de l’église.
Son Excellence ayant mis pied à terre, dom Francisco Martinez, vicaire
général de l’expédition, se présenta sur les degrés du portail pour la
recevoir. Il l’accompagna jusqu’au presbytère et entonna le Te Deum, qui
fut chanté et exécuté par une musique toute composée de Guaranis.
Pendant cette cérémonie l’artillerie fit une triple décharge. Son
Excellence se rendit ensuite au logement qu’elle s’était destiné dans le
collège des Pères, autour duquel la troupe vint camper jusqu’à ce que,
par son ordre, elle allât prendre ses quartiers dans le Guatiguasu ou la
Casa de las recogidas, la maison des recluses.»
Reprenons le récit de notre voyage dont le spectacle de la révolution
arrivée dans les missions n’a pas été une des circonstances les moins
intéressantes.