Le voyage dont je vais rendre compte est le premier de cette espèce
entrepris par les Français et exécuté par les vaisseaux de VOTRE
MAJESTÉ. Le monde entier lui devait déjà la connaissance de la figure de
la terre. Ceux de vos sujets à qui cette importante découverte était
confiée, choisis entre les plus illustres savants français, avaient
déterminé les dimensions du globe.
L’Amérique, il est vrai, découverte et conquise, la route par mer frayée
aux Indes et aux Moluques, sont des prodiges de courage et de succès qui
appartiennent sans contestation aux Espagnols et aux Portugais.
L’intrépide Magellan, sous les auspices d’un Roi qui se connaissait en
hommes, échappa au malheur si ordinaire à ses pareils, de passer pour un
visionnaire; il ouvrit la barrière, franchit les pas difficiles et,
malgré le sort qui le priva du plaisir de ramener son vaisseau à Séville
d’où il était parti, rien ne put lui dérober la gloire d’avoir le
premier fait le tour du globe. Encouragés par son exemple, les
navigateurs anglais et hollandais trouvèrent de nouvelles terres et
enrichirent l’Europe en l’éclairant.
Mais cette espèce de primauté et d’aînesse en matière de découvertes
n’empêche pas les navigateurs français de revendiquer avec justice une
partie de la gloire attachée à ces brillantes mais pénibles entreprises.
Plusieurs régions de l’Amérique ont été trouvées par des sujets
courageux des Rois vos ancêtres et Gonneville, né à Dieppe, a le premier
abordé aux terres australes. Différentes causes tant intérieures
qu’extérieures ont paru depuis suspendre à cet égard le goût et
l’activité de la maison.
VOTRE MAJESTÉ a Voulu profiter du loisir de la paix pour procurer à la
géographie des connaissances utiles à l’humanité. Sous vos auspices,
SIRE, nous sommes entrés dans la carrière; des épreuves de tout genre
nous attendaient à chaque pas, la patience et le zèle ne nous ont pas
manqué. C’est l’histoire de nos efforts que j’ose présenter à VOTRE
MAJESTÉ, votre approbation en fera le succès.
Je suis avec le plus profond respect,