Je ne prétends point faire de ce livre un ouvrage de science pure ;
j’ai voulu simplement présenter, sous une forme courante, un tableau
du monde en l’an 1000 avant Jésus-Christ, et résumer, pour l’usage de
la jeunesse, des notions, des découvertes et des faits épars dans des
ouvrages que leur caractère exclusivement scientifique et technique
et leur prix élevé rendent moins abordables.
Le but que je me suis proposé m’interdit de surcharger de notes les
Aventures du capitaine Magon. La lecture d’un livre de ce genre
serait fastidieuse à l’excès, s’il fallait à chaque instant quitter
le fil du récit pour consulter une note de bas de page, ou courir à
une pièce justificative placée la fin du volume. J’ai donc
systématiquement évité toute espèce de notes, et je n’ai mis que
celles qui étaient strictement nécessaires pour l’intelligence du
texte. Il faudra bien que le lecteur me croie sur parole. Toutefois,
pour ma justification comme pour répondre au désir des lecteurs qui
prendraient goût à l’étude de l’époque dont j’ai parlé, et en
particulier à l’histoire du peuple phénicien, je donne ici une liste
succincte d’un certain nombre d’ouvrages bons à consulter, et je la
fais suivre de quelques commentaires. Ces commentaires éclaireront
quelques points que la forme du roman m’a fait laisser dans
l’obscurité. Il va sans dire que dans les ouvrages dont je donne la
liste, je ne cite pas les livres de l’antiquité classique, depuis la
Bible jusqu’à Strabon, en passant par Xénophon. Je ne veux renvoyer
le lecteur qu’aux recherches de la science moderne et citer que les
travaux qui m’ont servi plus particulièrement.
Ouvrages à consulter.
Movers (F. C.). Das Phönizische Alierthum.
Renan. Mission en Phénicie.
Daux. Recherches sur les Emporia phéniciens dans le Zeugis et le
\ Byzacium.
Nathan Davis. Carthage and her remains.
Wilkinson. Manners and Customs of ancient Egyptians.
Hockh. Kreta.
Grote. History of Greece.
Mommsen. Geschichte der Römische Republik (Introduction et Ier
\ chapitre).
Bourguignat. Monuments mégalithiques du nord de l’Afrique.
Fergusson. Rude Stone Monuments. (Très-bien résumé en français
\ par M. Louis Rousselet dans la Revue d’Anthropologie.)
Broca et A. Bertrand. Celtes, Gaulois et Francs (dans la Revue
\ d’Anthropologie).
L’abbé Bargès. Interprétation d’une inscription phénicienne
\ trouvée à Marseille.
Layard. Nineveh and its remains.
Botta. Fouilles de Babylone.
Reuss. Nouvelle traduction de la Bible (en cours de publication).
Éclaircissements.
Chapitre I.
J’ai adopté le mot classique de « Phéniciens » pour être mieux
compris. Le mot national est « Cananéens ». Les gens que les Grecs
ont appelés « Phéniciens », mot qui peut s’interpréter de deux
façons : « les Rouges » ou « les gens du pays des dattes »
s’appelaient entre eux Cananéens, c’est-à-dire « gens de la basse
terre », par opposition aux « Araméens », c’est-à-dire aux « gens de
la haute terre, de la montagne ». Ce n’est pas le lieu ici de me
livrer à une dissertation linguistique et ethnographique sur les deux
mots Khna et Aram, d’où Cananéen et Araméen tirent leur origine.
Le sens du mot sicle, qui s’orthographie dans le dialecte hébraïque
et se prononçait probablement aussi chekel, est « objet pesé ». On
comprend donc qu’il s’applique à la fois à la monnaie, dont les
marchands phéniciens inventèrent certainement l’usage, et au système
de poids.
Le mot gaoul signifie « un objet rond, creux ». On voit pourquoi il
s’applique aux navires ronds qui servaient au commerce. Les
Phéniciens appelaient Gozzo : Gaulo Melitta, « Malte la ronde. »
Le type du gaoul est essentiellement tyrien. Onerariam navem Hippus
Tyrius invenit. (Pline, Hist nat.)
Pour reconstruire un navire phénicien, je me suis servi
particulièrement :
De deux planches des fouilles de Layard ;
De la description très-exacte et très-complète qu’en fait le
\ prophète Ézéchiel (Prophétie contre Tyr) ;
D’une description fort intéressante que donne Xénophon (dans les
\ Œconomiques) du grand navire phénicien qui vient tous les ans
\ au Pirée ;
Des planches de l’ouvrage de Wilkinson.
Enfin, raisonnant par analogie, j’ai usé de la dissertation du
colonel Yule sur les navires génois, pisans et vénitiens du treizième
siècle (dans son édition de Marco Polo).
Le doublage en cuivre des navires, qui peut paraître un anachronisme,
a parfaitement existé chez les anciens Phéniciens. On en trouvera
mention dans Végèce, De re militari, IV, 34 ; dans Athénée, V, 40.
C’est même à Melkarth, l’Hercule tyrien, que la légende antique
attribue cette invention : Hercules... nave ænea navigavit... habuit
navem ære munitam. (Servius.)
L’indication des autres matériaux se trouve tout au long dans la
prophétie d’Ézéchiel.
En dehors du type du gaoul, je donne le navire rapide, la barque, et
le vaisseau long, vaisseau de guerre à cinquante rames.
Sans entrer dans des détails déplacés, je me bornerai à dire, pour le
premier, que les Grecs l’appelaient hippos, « cheval, » soit à cause
de sa rapidité, soit à cause de la tête de cheval qu’il portait à
l’avant : « Les petits navires de Gadès s’appellent chevaux, à cause
de l’image qu’ils ont à la proue (Strabon) » J’ai baptisé du nom de
gaditan ce navire caractéristique de la colonie phénicienne de Gadès.
Plusieurs monnaies phéniciennes de la côte d’Afrique portent pour
empreinte la tête de cheval, et la légende de la tête de cheval
trouvée dans les fondations de Carthage a peut-être pour origine
l’ornement de proue national des navires rapides phéniciens.
La barque a un nom tout phénicien. Barek (en hébreu) signifie
« courber », plier un objet tel qu’une planche. Barca est quæ cuncta
navis commercia ad littus portat. (Isidore, Origines.) En berber
moderne, une barque s’appelle ibarko.
Le vrai vaisseau sidonien est la galère à cinquante rames, la
pentécontore : pentecontoron sidonian (Euripide, Hélène, 1412).
Comment manœuvrait-on avec cinquante avirons un bateau long qui
portait jusqu’à quatre cents hommes ? quel était le tonnage d’un de
ces bateaux ? Je n’ai aucune donnée positive là-dessus, et je répète
que je n’ai pas l’intention de faire ici des dissertations. Si l’on
veut une analogie, on la trouvera dans les grosses jonques chinoises
que l’Arabe Ibn Batouta a vues au quatorzième siècle, qui portaient
six cents hommes et qui étaient manœuvrées par cinquante et même
soixante avirons gigantesques, chaque aviron étant manié par huit
hommes, à l’aide de deux cordes placées des deux côtés. Celles qu’a
vues Marco Polo avaient quatre hommes par rame. Il est possible que
les Phéniciens se soient servis d’un système de ce genre.
La description que je donne des navires de parade n’a rien
d’imaginaire. On peut voir de ces navires figurés dans le recueil de
Wilkinson. (t. III). Du reste, les auteurs anciens, depuis Hérodote
jusqu’à Plutarque, sont remplis de détails là-dessus. Dans Hérodote,
le navire sidonien où Xercès se place pour passer la revue de sa
flotte est décoré d’une tente en or, c’est-à-dire en étoffes
babyloniennes brochées d’or.
Chapitre II.
La tiare fleurdelisée peut se voir dans l’ouvrage de Botta, planches
de la fin, aux détails de costume et d’armement.
Les tarifs du sacrifice et du rituel sont empruntés à l’ouvrage de
l’abbé Bargès que j’ai mentionné plus haut.
La coutume d’emporter des oiseaux pour indiquer par leur vol la
direction de la terre se trouve mentionnée par toute l’antiquité.
Dans des temps plus modernes et chez des peuples demi-barbares, nous
voyons le roi de mer Floke Vilgedarson, quand il part de Norvége en
868 pour aller découvrir l’Islande, emporter trois corbeaux.
Chapitre V.
Je ne donne pas le nom du Pharaon qui régnait en Égypte à cette
époque, et pour cause : le onzième siècle et le commencement du
dixième sont justement les époques où il y a une lacune à combler
dans l’histoire de l’Égypte.
Les chariots de guerre qui accompagnent le Pharaon étaient montés par
des Libyens, c’est-à-dire par des Berbères de race tamachek, ou, si
l’on veut un équivalent moderne, des Kabyles et des Touaregs. La
cavalerie et les chariots libyens faisaient la force principale des
armées égyptiennes.
Chapitre VI.
Si c’était ici le lieu de faire de l’anthropologie, j’aurais
l’occasion de m’étendre longuement sur le compte des Kydoniens et des
Pélasges ; mais je n’en vois pas l’opportunité. Je me borne donc à
indiquer aux lecteurs l’existence, dans toute l’Europe, de races à
type et à langage distincts qui ont précédé les races aryennes. Deux
surtout méritent mention : l’une à tête ronde, à type mongoloïde, des
Touraniens, comme on est convenu de les appeler, et l’autre à tête
longue, des Australoïdes, si l’on veut. Ces races, en possession
d’une civilisation inférieure, ont laissé partout des traces de leur
présence. Il se trouve justement qu’en Crète les Grecs nous ont
conservé le souvenir des Kydoniens et les quelques mots de leur
langue que je donne.
Chapitre VII.
Je demande pardon au lecteur de mon Homéros ; mais vraiment je ne
pouvais pas me dispenser de faire passer dans mon tableau le grand
rhapsode, si problématique qu’il soit. Quant à la date de la guerre
de Troie, comme, même après les fouilles de Schliemann, elle est
encore à fixer, je la donne pour ce qu’elle vaut.
Chapitre IX.
La description du navire tyrrhénien est empruntée à une figure qui se
trouve sur un vase du musée Campana.
Les hâbleries d’Himilcon, à propos de Charybde et de Scylla, sont
strictement phéniciennes. J’ai déjà fait allusion plus haut aux
mystifications habituelles des marchands et des matelots de Tyr et de
Sidon. Pour me justifier, il me suffira de citer le passage
d’Hérodote où le père de l’histoire nous parle de l’île Kyraunis, où
les jeunes filles pêchent l’or à la ligne, et nous dit tenir ce beau
récit d’un Phénicien ! Le Grec est de bonne foi : c’est le loup de
mer phénicien qui s’amusait un peu, ou qui dramatisait ses peines et
ses aventures pour hausser le prix de sa marchandise.
La superstition du coq gigantesque est empruntée à une légende
rabbinique, citée par Movers.
Chapitre XI.
J’avais déjà fini ce livre, lorsque j’ai appris, par les fouilles de
M. Sainte-Marie, qu’Adonibal était le nom le plus ordinairement porté
par les suffètes amiraux d’Utique, ou du moins qu’une longue suite de
ces magistrats s’est appelée Adonibal. C’est une simple coïncidence :
j’ai donné au mien, au hasard, le premier nom phénicien venu. A ce
sujet, je dirai, pour les noms de personnages, que je leur ai donné
la forme sous laquelle ils nous sont plus familiers. A quoi bon
mettre pédantesquement Hanna-Baal (le chéri de Dieu) au lieu
d’Hannibal, Bod Melkarth (face du dieu Melkarth) au lieu de
Bodmilcar, etc. ? Il suffit au lecteur qui n’étudie pas les langues
sémitiques de savoir qu’un vieux nom phénicien ou juif se décompose
comme un nom arabe moderne, et de lui rapprocher, par exemple :
Amilcar, Abd Melkarth, serviteur de Melkarth d’Abd Allah, serviteur
de Dieu. Quant au lecteur qui étudie les langues sémitiques, je
suppose qu’il n’a pas besoin de mon livre pour s’instruire et qu’il
connaît mes sources aussi bien que moi.
Pour les noms de lieux, j’ai rencontré des difficultés. Si j’avais
voulu les écrire tous à la sémite, je me serais trouvé en face de
trois obstacles.
D’abord, ils ne nous sont pas tous connus sous cette forme.
Cette forme, quand elle est connue, est peu familière au lecteur.
Son identité, son orthographe et sa prononciation ne pourraient
\ être fixées qu’à l’aide de longues dissertations, fastidieuses
\ pour qui n’en fait pas une étude spéciale, et déplacées ici.
J’ai donc été très-sobre de ce côté. J’ai mis bravement l’île de
Crète au lieu de Kaptorim, l’Égypte au lieu de Mitsraïm, les Libyens
au lieu de les Machouagh, etc. Je me suis contenté de donner quelques
indications, quand j’ai cru qu’elles étaient en place.
Chapitre XII.
Je fais sacrifier Magon dans un dolmen avec allée couverte enfoui
sous un cumulus, et j’emprunte à Bourguignat des détails sur les
dolmens du nord de l’Afrique. M. Daux donne encore la description
d’un temple de ce genre. Mais, par acquit de conscience, je dois dire
ici que je n’accepte en rien les théories de Bourguignat sur des
suites de monuments de pierre brute en forme de serpent, de scorpion,
etc. ; que je ne crois pas un mot d’une histoire de dolmens temples
préhistoriques, et que je suis tout à fait de l’avis de Fergusson,
qui voit dans les monuments de pierre brute des monuments
commémoratifs et funéraires relativement modernes.
J’ai fait allusion à l’existence d’une mer intérieure en Algérie :
elle n’a pour moi plus rien d’hypothétique. Je n’en dirai pas autant
de l’Atlantide ; mais outre les migrations des Libyens, il fallait
bien mentionner des traditions répandues dans l’antiquité.
Chapitre XVI.
Je doute fort qu’à cette époque des Celtes fussent déjà arrivés sur
la côte ouest de France ; mais, en tout cas, il y en avait déjà sur
le Rhône et dans l’Est. J’ai constaté l’existence de races
antérieures, les Mongoloïdes et les Australoïdes des cavernes. J’en
ai présenté en Espagne, et j’en mentionne en Gaule ; j’en montrerai
encore plus loin ; cela suffit, je crois. Il eût été par trop bizarre
pour le goût du lecteur de faire arriver mes Phéniciens en France
sans leur y faire rencontrer des hommes d’une race gauloise ; je
m’accuse donc d’un anachronisme que j’estime à quatre bons siècles.
Les Celtes à tête ronde étaient dans ce temps-là sur le Danube ou
tout au plus sur le Rhône, et les Kymris à tête longue, constructeurs
de tumulus, étaient encore bien plus loin. Mais je pense avoir
disposé les choses de façon que l’anachronisme ne soit pas trop
sensible.
Chapitre XVII.
Il n’y a pas à douter de l’existence des Finnois aux embouchures de
l’Elbe où je les place. Faute d’un nom finnois ancien, je me suis
permis de leur donner un nom finnois moderne en les appelant Suomi.
Chapitre XX.
Je fais mon mea culpa pour le périple de l’Afrique. La suite du récit
m’a réduit à cet expédient. Que les Phéniciens l’aient fait par
exception, on peut le prouver. Cela n’empêche pas le Périple d’Hannon
d’être apocryphe, comme on l’a prouvé récemment, et d’être l’œuvre
d’un romancier scientifique grec, qui l’a écrit comme j’ai écrit les
Aventures de Magon. Dans ces conditions, je me suis cru autorisé à y
faire des emprunts.
Chapitre XXI.
L’identité du royaume de Saba et d’Ophir avec la côte sud d’Arabie
est hors de doute. Les vers qu’Hannon dit à la reine sont arabes ;
mais le goût des Orientaux a si peu changé en ces matières que je
n’ai pas hésité à mettre dans la bouche d’un Phénicien du onzième
siècle avant Jésus-Christ des vers arabes du onzième siècle après.
Illustration : Itinéraire du capitaine Magon.