IX La terre des troupeaux.

Le lendemain matin, deux jours et demi après le combat, nous

reconnûmes les montagnes de l’Italie. Nous arrivions au sud du grand

golfe, au nord duquel se trouve la presqu’île des Iapyges. Nous ne

tardâmes pas à reconnaître l’embouchure d’une rivière qui serpente à

travers une belle plaine coupée alternativement de pâturages et de

bois de haute futaie, de pins élégants entremêlés de lauriers-roses.

A une centaine de stades dans les terres s’élevaient de hautes

montagnes grises, passablement boisées et surmontées de crêtes de

rochers gris déchiquetés et bizarrement découpés. Les fonds n’étaient

pas mauvais, et je me décidai à mouiller tout de suite, ayant un

besoin urgent d’eau et de fourrage pour mes bestiaux. Le travail fut

long et pénible, car il fallut mettre tout le bétail à terre. Je fis

descendre aussi mes prisonniers helli, les chargeant de pâturer les

bêtes sous la surveillance de Bicri et d’une vingtaine d’hommes

armés. Je comptais me faire suivre de toutes mes bêtes le long de la

côte, jusqu’au détroit de Sicile, où je les embarquerais de nouveau,

si je ne trouvais pas une occasion de m’en défaire avantageusement

d’ici là.

« Nous aurons de la peine à les vendre ici, me dit Himilcon. Ne

sommes-nous pas dans la Vitalie, dans la terre des troupeaux comme

l’appellent les indigènes ? Si nous leur apportions des chèvres,

comme celles que nous avons introduites dans le pays des Ioniens, ces

animaux, nouveaux pour eux, leur plairaient sans doute. Mais des

bœufs, ils en ont à nous revendre.

— Tâchons d’abord, dis-je à Himilcon, de trouver quelque endroit

habité. Cette côte me paraît entièrement déserte. Nous devons

pourtant y rencontrer des Vitaliens ou Italiens, et aussi des

Iapyges, car il y en a au sud comme au nord du grand golfe. Sais-tu

le iapyge, toi, Himilcon ?

Les aventures du capitaine Magon ou une exploration phénicienne mille ans avant l'ère chrétienne · 第 15 / 51 题