Le lendemain matin, deux jours et demi après le combat, nous
reconnûmes les montagnes de l’Italie. Nous arrivions au sud du grand
golfe, au nord duquel se trouve la presqu’île des Iapyges. Nous ne
tardâmes pas à reconnaître l’embouchure d’une rivière qui serpente à
travers une belle plaine coupée alternativement de pâturages et de
bois de haute futaie, de pins élégants entremêlés de lauriers-roses.
A une centaine de stades dans les terres s’élevaient de hautes
montagnes grises, passablement boisées et surmontées de crêtes de
rochers gris déchiquetés et bizarrement découpés. Les fonds n’étaient
pas mauvais, et je me décidai à mouiller tout de suite, ayant un
besoin urgent d’eau et de fourrage pour mes bestiaux. Le travail fut
long et pénible, car il fallut mettre tout le bétail à terre. Je fis
descendre aussi mes prisonniers helli, les chargeant de pâturer les
bêtes sous la surveillance de Bicri et d’une vingtaine d’hommes
armés. Je comptais me faire suivre de toutes mes bêtes le long de la
côte, jusqu’au détroit de Sicile, où je les embarquerais de nouveau,
si je ne trouvais pas une occasion de m’en défaire avantageusement
d’ici là.
« Nous aurons de la peine à les vendre ici, me dit Himilcon. Ne
sommes-nous pas dans la Vitalie, dans la terre des troupeaux comme
l’appellent les indigènes ? Si nous leur apportions des chèvres,
comme celles que nous avons introduites dans le pays des Ioniens, ces
animaux, nouveaux pour eux, leur plairaient sans doute. Mais des
bœufs, ils en ont à nous revendre.
— Tâchons d’abord, dis-je à Himilcon, de trouver quelque endroit
habité. Cette côte me paraît entièrement déserte. Nous devons
pourtant y rencontrer des Vitaliens ou Italiens, et aussi des
Iapyges, car il y en a au sud comme au nord du grand golfe. Sais-tu
le iapyge, toi, Himilcon ?