Ce major-général de la marine, qu’il m’a convenu de placer au port de
Brest, est un personnage de pure invention, tant sous le rapport de la
bienveillance que je lui suppose pour les aspirans, que sous celui de la
partialité et des petites passions que je lui attribue envers ses jeunes
subordonnés. La plupart des généraux appelés à ce poste n’avaient pour
nous ni autant de libéralité ni autant d’injuste animosité que le
major-général de mon roman.
Les officiers supérieurs chargés, dans les ports de mer, de ces
fonctions sédentaires, avaient dans leurs attributions la surveillance
spéciale des aspirans de marine; et la sévérité qu’ils apportaient à
l’égard de ceux-ci, dans l’exercice de leur ministère, était au moins
égale à l’irrégularité de la conduite de leurs petits mauvais sujets de
justiciables. Les officiers-majors, placés sous les ordres du
major-général, avaient mission de pourchasser les aspirans partout où
ces derniers se glissaient pour se livrer aux petites fredaines qui ne
les rendaient que trop souvent passibles des rigueurs de la discipline
maritime.