_Elle va à la cité de la Paz et tue un homme._
Je passai à la Paz où je vécus tranquille pendant quelque temps. Un
beau jour, libre de tout souci, je m’arrêtai à la porte du corregidor
don Antonio Barraza à converser avec un sien domestique, quand le
diable soufflant la braise, il finit par me donner un démenti et me
frappa de son chapeau par le visage. Je tirai la dague et il tomba mort
sur la place. Tant de gens se ruèrent sur moi que je fus saisi, blessé
et jeté en prison. Ma guérison et mon procès marchèrent de compagnie.
La cause fut instruite, mise en état, d’autres y furent jointes et le
Corregidor me condamna à mort. J’en appelai, mais, ce nonobstant, il
fut ordonné de passer outre à l’exécution.
Je mis deux jours à me confesser. Le suivant, la messe fut dite dans
la prison et le saint prêtre, ayant consommé, se retourna, me donna la
communion et revint à l’autel. Tout aussitôt, je crachai l’hostie que
j’avais dans la bouche et la reçus dans la paume de la main droite en
criant:--J’en appelle à l’Église! J’en appelle à l’Église! Le tumulte
fut extrême. Tous disaient que j’étais hérétique. Le prêtre vint au
bruit et défendit que personne m’approchât. Comme il achevait sa
messe, le seigneur Évêque don fray Domingo de Valderrama, dominicain,
entra accompagné du Gouverneur. Prêtres et peuple s’assemblèrent, les
cierges furent allumés, le dais apporté, et l’on me mena en procession
au tabernacle. Là, tous à genoux, un prêtre revêtu de ses ornements
me prit l’hostie de la main et l’introduisit dans le tabernacle. Je
ne vis pas où il la mit. Ensuite, on me gratta la main, on me la lava
à plusieurs reprises et on me l’essuya. Après quoi, l’église évacuée
et Leurs Seigneuries sorties, je restai seul. Un saint religieux
franciscain qui était dans la prison, et qui en dernier lieu me
confessa, m’avait, outre ses bons avis, donné ce bon conseil.
Durant plus d’un mois, le Gouverneur tint l’église cernée. Moi, je m’y
tenais bien à couvert. Enfin, il retira les gardes. Un saint prêtre du
lieu, par ordre du seigneur Évêque, à ce que je supposai, après avoir
reconnu les alentours et la route, me donna une mule et de l’argent et
je partis pour le Cuzco.