CHAPITRE IX

_Elle part du Potosi vers les Chunchos._

Partis du Potosi vers les Chunchos, nous parvînmes à un village

d’Indiens de paix nommé Arzaga, où nous demeurâmes huit jours. Nous

prîmes des guides pour la route, ce qui ne nous empêcha pas de nous

perdre et de nous voir en grand désarroi sur des roches plates d’où

furent précipités cinquante mules chargées de vivres et munitions et

douze hommes.

Entrant dans l’intérieur du pays, nous découvrîmes des plaines plantées

d’une infinité d’amandiers pareils à ceux d’Espagne, d’oliviers

et d’arbres à fruits. Le Gouverneur y voulait faire des semailles

pour suppléer à la perte de nos vivres. L’infanterie n’y voulut

point entendre, disant que nous n’étions pas venus pour semer, mais

pour conquérir et récolter de l’or, et que nous trouverions notre

subsistance. Ayant passé outre, le troisième jour, nous découvrîmes une

peuplade d’Indiens qui nous reçurent en armes. Nous avançâmes. Sentant

l’arquebuse, ils s’enfuirent épouvantés, laissant quelques morts. Nous

entrâmes dans le village, sans avoir pu prendre un Indien de qui savoir

le chemin.

A la sortie, le mestre de camp don Bartolomé de Alba, fatigué du poids

de sa salade, l’ôta pour s’essuyer la sueur. Un endiablé petit gars

d’une douzaine d’années, qui s’était perché sur un arbre en face la

sortie, lui tira une flèche qui lui entra dans l’œil et le renversa, si

grièvement blessé que, le troisième jour, il expira. L’enfant fut mis

en pièces.

Entre temps, les Indiens, au nombre de plus de dix mille, avaient

réoccupé le village. Nous leur revînmes dessus si furieusement et en

fîmes un tel carnage, qu’un ruisseau de sang gros comme une rivière

coulait au bas de la place. Nous menâmes la poursuite et tuerie

jusqu’au delà du rio Dorado. Là, le Gouverneur commanda la retraite.

Nous obéîmes de mauvaise grâce. Quelques-uns avaient recueilli dans les

cases de l’endroit plus de soixante mille pesos de poudre d’or. Sur

les bords du fleuve, d’autres en trouvèrent quantité et en emplirent

leurs chapeaux. Nous apprîmes depuis que les basses eaux en laissent

ordinairement plus de trois doigts. C’est pourquoi nous demandâmes au

Gouverneur licence de conquérir cette terre et comme, pour raisons

à lui, il ne l’octroya pas, plusieurs soldats, entre autres moi,

s’échappant nuitamment, prirent le large. Parvenus en terre chrétienne,

nous tirâmes chacun de notre bord. Moi, je gagnai Cenhiago et, de là,

la province de las Charcas, avec quelques pauvres réaux que, petit à

petit et bien vite, je perdis.

La Nonne Alferez · 第 22 / 48 题