VAPORISATION. Passage d'un fluide liquide à l'état aériforme, 12.
VERRES ardens. Ne produisent pas d'aussi grands effets qu'on avoit
lieu de l'attendre 552.
VERS à soie. Sa crysalide fournit l'acide bombique, 315.
W
WOLFRAM. Substance métallique.-Véritable tunstène, 275.
_Fin de la Table des Matières._
_EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale des Sciences._
Du 4 Février 1789.
L'Académie nous a chargés, M. d'Arcet & moi, de lui rendre compte d'un
Traité élémentaire de Chimie, que lui a présenté M. Lavoisier.
Ce Traité est divisé en trois parties: la première a principalement
pour objet, la formation des fluides aëriformes & leur décomposition,
la combustion des corps simples, & la formation des acides.
Les molécules des corps peuvent être considérées comme obéissant à deux
forces, l'une répulsive, l'autre attractive. Pendant que la derniere
de ces forces l'emporte, le corps demeure dans l'état solide; si, au
contraire, l'attraction est plus foible, les parties du corps perdent
l'adhérence qu'elles avoient entr'elles, & il cesse d'être un solide.
La force répulsive est due au fluide très-subtil qui s'insinue à
travers les molécules de tous les corps, & qui les écarte; cette
substance, quelle qu'elle soit, étant la cause de la chaleur, ou,
en d'autres termes, la sensation que nous appelons chaleur, étant
l'effet de l'accumulation de cette substance, on ne peut pas, dans un
langage rigoureux, la désigner par le nom de chaleur, parce que la même
dénomination ne peut pas exprimer la cause & l'effet; c'est ce qui a
déterminé M. Lavoisier, avec les autres Auteurs de la Nomenclature
chimique, à la désigner sous le nom de calorique.
Nous nous contenterons, dans ce rapport, d'employer la nomenclature
adoptée par M. Lavoisier; mais dans le cours de son ouvrage, après
avoir établi, par les expériences les plus exactes, les faits qui
doivent servir de base aux connoissances chimiques, il a toujours
soin de justifier la nomenclature dont il fait usage, & de suivre les
rapports qui doivent se trouver entre les idées & les mots qui les
représentent.
S'il n'existoit que la force attractive des molécules de la matière, &
la force répulsive du calorique, les corps passeroient brusquement de
l'état de solide à celui de fluide aëriforme; mais une troisième force,
la pression de l'atmosphère, met obstacle à cet écartement, & c'est à
cet obstacle qu'est due l'existence des fluides. M. Lavoisier établit,
par plusieurs expériences, quel est le degré de pression qui est
nécessaire pour contenir différentes substances dans l'état liquide, &
quel est le degré de chaleur nécessaire pour vaincre cette résistance.
Mais il y a un certain nombre de substances qui, à la pression de notre
atmosphère & au degré de froid connu, n'abandonnent jamais l'état de
fluide aëriforme; ce sont celles-là qu'on désigne sous le nom de gaz.
Puisque les molécules de tous les corps de la nature sont dans un
état d'équilibre entre l'attraction, qui tend à les rapprocher &
à les réunir, & les efforts du calorique, qui tend à les écarter,
non-seulement le calorique environne de toutes parts les corps,
mais encore il remplit les intervalles que leurs molécules laissent
entr'elles, & comme c'est un fluide extrêmement compressible, il
s'y accumule, il s'y resserre & s'y combine en partie. De ces
considérations, M. Lavoisier déduit l'explication de ce qu'on doit
entendre par le calorique libre, le calorique combiné, la capacité de
calorique, la chaleur absolue, la chaleur latente, la chaleur sensible.
On pourroit lui reprocher d'avoir insisté trop peu sur la propriété
élastique & compressible du calorique, & de-là résulte une différence
entre ses principes & la théorie de M. Black, sur la capacité de
chaleur, mais en écartant cette considération, les idées de M.
Lavoisier ont acquis l'avantage d'avoir plus de clarté.
Après ces principes généraux, M. Lavoisier décrit le moyen qu'a imaginé
M. de la Place pour déterminer par la quantité de glace fondue, celle
du calorique qui s'est dégagé au milieu de cette glace, d'un corps qui
étoit élevé à une certaine température, ou d'une combinaison qui s'y
est formée. Il passe ensuite à des vues générales sur la formation
& la constitution de l'atmosphère de la terre, non-seulement en la
considérant dans l'état où elle se trouve, mais encore dans différens
états hypothétiques.
Notre atmosphère est formée de toutes les substances susceptibles de
demeurer dans l'état aëriforme au degré habituel de température & de
pression que nous éprouvons. Il étoit bien important de déterminer
quel est le nombre & quelle est la nature des fluides élastiques qui
composent cette couche inférieure que nous habitons. On sait que les
connoissances que nous avons acquises sur cet objet, font la gloire
de la Chimie moderne; que non-seulement on a analysé ces fluides,
mais qu'on a encore appris à connoître une foule de combinaisons
qu'ils formoient avec les substances terrestres, & que par-là le vide
immense que les anciens Chimistes cherchoient à déguiser par quelques
suppositions, a été comblé pour la plus grande partie. Il est bien
intéressant de voir celui qui a le plus contribué à nous procurer ces
connoissances nouvelles, en tracer lui-même le tableau, rapprocher
les résultats des expériences qui ont fait l'objet d'un grand nombre
de ses Mémoires, perfectionner ces expériences & tous les appareils
qu'il a fallu imaginer; mais il n'est pas possible de suivre dans un
extrait les descriptions que M. Lavoisier présente avec beaucoup de
concision, sur l'analyse de l'air de l'atmosphère, la décomposition du
gaz oxigène par le soufre, le phosphore & le charbon, sur la formation
des acides en général, la décomposition du gaz oxigène par les métaux,
la formation des oxides métalliques, le principe radical de l'eau, sa
décomposition par le charbon & par le fer, la quantité de calorique
qui se dégage des différentes espèces de combustion, & la formation de
l'acide nitrique.
Après tous ces objets, M. Lavoisier examine la combinaison des
substances combustibles les unes avec les autres.
Le soufre, le phosphore, le charbon ont la propriété de s'unir avec les
métaux, & de-là naissent les combinaisons que M. Lavoisier désigne sous
le nom de sulfures, phosphures & carbures.
L'hydrogène peut aussi se combiner avec un grand nombre de substances
combustibles; dans l'état de gaz, il dissout le carbone ou charbon pur,
le soufre, le phosphore, & de-là viennent les différentes espèces de
gaz inflammable.
Lorsque l'hydrogène & le carbone s'unissent ensemble, sans que
l'hydrogène ait été porté à l'état de gaz par le calorique, il en
résulte, selon M. Lavoisier, cette combinaison particuliere qui est
connue sous le nom d'huile, & cette huile est fixe ou volatile, selon
les proportions de l'hydrogène & du carbone. Il a exposé dans les
Mémoires de 1784, les expériences qui l'ont conduit à cette opinion.
Cependant il nous paroît que cette opinion n'est pas à l'abri des
objections, nous nous contenterons d'en proposer une. Toutes les huiles
donnent un peu d'eau & un peu d'acide lorsqu'on les distille, & en
réitérant les distillations, on peut les réduire entièrement en eau, en
acide, en charbon, en gaz carbonique & en gaz hydrogène carboné. Cet
acide & cette eau qu'on retire dans chaque opération, n'annoncent-ils
pas qu'il entroit de l'oxigène dans la composition de l'huile; car il
est facile de prouver que l'air qui est contenu dans les vaisseaux qui
servent à la distillation, n'a pas pu contribuer d'une manière sensible
à leur production?
Il falloit d'abord examiner les phénomènes que présente l'oxigénation
des quatre substances combustibles simples, le phosphore, le soufre, le
carbone & l'hydrogène; mais ces substances, en se combinant les unes
avec les autres, ont formé des corps combustibles composés, tels que
les huiles, dont l'oxigénation doit présenter d'autres résultats. Selon
M. Lavoisier, il existe des acides & des oxides à base double & triple:
il donne en général le nom d'oxide à toutes les substances qui ne sont
pas assez oxigénées pour prendre le caractère acide. Tous les acides
du règne végétal ont pour base l'hydrogène & le carbone, quelquefois
l'hydrogène, le carbone & le phosphore. Les acides & oxides du règne
animal sont encore plus composés; il entre dans la composition de
la plupart quatre bases acidifiables, l'hydrogène, le carbone, le
phosphore & l'azote. M. Lavoisier tâche de rendre raison par ces
principes très-simples, de la nature & de la différence des acides
végétaux & des autres substances d'une nature végétale & d'une nature
animale; il ne seroit pas juste dans ce moment de juger avec sévérité
ces apperçus ingénieux, parce que l'Auteur se propose de les développer
dans des Mémoires particuliers.
L'hydrogène, l'oxigène & le carbone, sont des principes communs à tous
les végétaux, & pour cette raison, M. Lavoisier les appelle primitifs.
Ces principes, en raison de la quantité de calorique avec lequel ils se
trouvent combinés dans les végétaux, sont tous à-peu-près en équilibre
à la température dans laquelle nous vivons; ainsi les végétaux ne
contiennent ni huile, ni eau, ni acide carbonique, & seulement les
élémens de toutes ces substances; mais un changement léger dans la
température suffit pour renverser cet ordre de combinaison. L'hydrogène
& l'oxigène s'unissent plus intimément & forment de l'eau qui passe
dans la distillation; une portion de l'hydrogène & une portion du
carbone se réunissent ensemble pour former de l'huile volatile, une
autre partie du carbone devient libre & reste dans la cornue. Dans les
substances animales, l'azote, qui est un de leurs principes primitifs,
s'unit à une portion d'hydrogène pour former l'alkali volatil. M.
Lavoisier donne des explications analogues à celles que nous venons
d'indiquer, des phénomènes & des produits de la fermentation vineuse, &
de la putréfaction.
Il y a un grand rapport entre ces dernieres idées de M. Lavoisier &
celles que M. Higgins a exposées dans un traité sur l'acide acéteux,
la distillation, la fermentation, &c. qu'il a publié en 1786, & dans
lequel il admet la formation de l'eau & des huiles par l'action de la
chaleur; mais n'ayant pas distingué le gaz hydrogène qu'il appelle
phlogistique (ce qui est tout-à-fait indifférent), du charbon & de leur
combinaison, il n'a pu déterminer les effets de la chaleur & de la
fermentation avec autant d'exactitude que M. Lavoisier.
Les substances acidifiables, en s'unissant avec l'oxigène & en
se convertissant en acides, acquièrent une grande tendance à la
combinaison: elles deviennent propres à s'unir avec des substances
terreuses & métalliques. Mais une circonstance remarquable distingue
ces deux espèces de combinaison; c'est que les métaux ne peuvent
contracter d'union avec les acides que par l'intermède de l'oxigène,
de manière qu'il faut qu'ils soient réduits en oxides, ou qu'ils
décomposent l'eau dont ils dégagent alors le gaz hydrogène, ou qu'ils
trouvent de l'oxigène dans l'acide, & c'est ainsi qu'ils forment du gaz
nitreux avec l'acide nitrique.
La considération des phénomènes qui accompagnent les dissolutions,
conduit M. Lavoisier à celle des bases alkalines, des terres & des
métaux, & à déterminer le nombre des sels qui peuvent résulter de la
combinaison de ces différentes bases avec tous les acides connus.
Dans la seconde partie de son ouvrage, M. Lavoisier présente
successivement le tableau des substances simples, ou plutôt de celles
que l'état actuel de nos connoissances nous oblige à considérer comme
telles, celui des radicaux ou bases oxidables & acidifiables, composées
de la réunion de plusieurs substances simples, ceux des combinaisons de
l'azote, de l'hydrogène, du carbone, du soufre & du phosphore, avec des
substances simples, & enfin ceux des combinaisons de tous les acides
connus, avec les différentes bases. Chaque tableau est accompagné d'une
explication sur la nature & les préparations de la substance qui en est
l'objet, & sur ses principales combinaisons.
M. Lavoisier a réuni, dans la troisième partie de son ouvrage, la
description sommaire de tous les appareils & de toutes les opérations
manuelles qui ont rapport à la Chimie élémentaire. Les détails
indispensables dans lesquels il faut entrer, auroient interrompu la
marche des idées rapides qu'il a présentées dans les deux premières
parties, & en auroient rendu la lecture fatigante.
Cette description est d'autant plus précieuse, que non-seulement elle
est faite avec beaucoup de méthode & de clarté, mais encore qu'elle a
particulièrement pour objet les appareils relatifs à la Chimie moderne,
dont plusieurs sont dûs à M. Lavoisier lui-même, & qui, en général,
sont encore peu connus, même de ceux qui font une étude particulière
de la Chimie; mais il est impossible de tracer une esquisse de ces
descriptions, & nous sommes obligés de nous borner à l'énumération des
chapitres dans lesquels elles sont classées.
Le chapitre premier traite des instrumens propres à déterminer le poids
absolu & la pesanteur spécifique des corps solides & liquides.
Le second est destiné à la gazométrie, ou à la mesure du poids & du
volume des substances aëriformes.
Le chapitre troisième contient la description des opérations purement
mécaniques, qui ont pour objet de diviser les corps, telles que la
trituration, la porphirisation, le tamisage, la filtration, &c.
M. Lavoisier décrit, dans le chapitre cinquième, les moyens que la
Chimie emploie pour écarter les unes des autres les molécules des
corps sans les décomposer, & réciproquement pour les réunir, ce qui
comprend la solution des sels, leur lexiviation, leur évaporation, leur
cristallisation, & les appareils distillatoires.
Les distillations pneumato-chimiques, les dissolutions métalliques, &
quelques autres opérations qui exigent des appareils très-compliqués,
sont l'objet du sixième chapitre.
Le chapitre septième contient la description des opérations relatives à
la combustion & à la détonnation. Les appareils qui sont décrits dans
ce chapitre sont entièrement nouveaux.
Enfin le chapitre huitième est destiné aux instrumens nécessaires pour
opérer sur les corps à de très-hautes températures.
Toutes ces descriptions sont rendues sensibles par un grand nombre de
planches qui présentent tous les détails qu'on peut desirer, & qui sont
gravées avec beaucoup de soin. Nous ne devons pas laisser ignorer à la
reconnoissance des Chimistes, qu'elles ne sont point l'ouvrage d'un
burin mercenaire, mais qu'elles sont dûes au zèle & aux talens variés
du traducteur de l'ouvrage de M. Kirwan sur le phlogistique.
Ces nouveaux élémens sont terminés par quatre tables; la première
donne le nombre des pouces cubiques correspondans à un poids déterminé
d'eau; la seconde est destinée à convertir les fractions vulgaires
en fractions décimales, & réciproquement; la troisième présente le
poids des différens gaz, & la quatrième, la pesanteur spécifique des
différentes substances.
Ainsi M. Lavoisier, en partant des notions les plus simples & des
objets les plus élémentaires, conduit successivement aux combinaisons
plus composées. Ses raisonnemens sont presque toujours fondés sur des
expériences rigoureuses, ou plutôt ils n'en sont que le résultat; &
il finit par donner les élémens de l'art des expériences qui doit
servir de guide aux Chimistes qui, au lieu de se livrer à de vaines
hypothèses, veulent établir leurs opinions la balance à la main.
L'ouvrage est précédé d'un discours dans lequel M. Lavoisier rend
compte des motifs qui l'ont engagé à l'entreprendre, & de la marche
qu'il a suivie dans son exécution.
S'étant imposé la loi de ne rien conclure au-delà de ce que les
expériences présentent & de ne jamais suppléer au silence des faits,
il n'a point compris dans ses élémens la partie de la Chimie la plus
susceptible peut-être de devenir un jour une science exacte, c'est
celle qui traite des affinités ou attractions chimiques; mais les
données principales manquent, ou du moins celles que nous avons ne sont
encore ni assez précises, ni assez certaines pour devenir la base sur
laquelle doit porter une partie aussi importante de la Chimie.
M. Lavoisier a la modestie d'avouer qu'une considération secrète a
peut-être donné du poids aux raisons qu'il pouvoit avoir de se taire
sur les affinités; c'est que M. de Morveau est au moment de publier
l'article _affinité_ de l'Encyclopédie méthodique, & qu'il a redouté
de traiter en concurrence avec lui, un objet qui exige des discussions
très-délicates.
Quoique les Savans s'empressent de toutes parts de rendre justice aux
connoissances profondes de M. de Morveau, il doit néanmoins être flatté
d'un aveu qui honore également celui qui l'a fait.
Si M. Lavoisier ne parle point, dans ce Traité, des parties
constituantes & élémentaires des corps, c'est qu'il regarde comme
hypothétique tout ce qu'on a dit sur les quatre élémens: il est
probable que nous ne connoissons pas les molécules simples &
indivisibles qui composent les corps; mais il est un terme auquel nous
conduisent nos analyses, & ce sont les derniers résultats que nous en
obtenons, qui sont pour nous des substances simples, ou, si l'on veut,
des élémens.
Mais l'objet principal de ce discours est de faire sentir la liaison
qui se trouve entre l'abus des mots & les idées fausses, & entre la
précision du langage & les progrès des sciences.
Nous pensons que ces nouveaux Elémens sont très-dignes d'être imprimés
sous le privilége de l'Académie.
Fait à l'Académie, le 4 Février 1789.
_Signé_, D'ARCET & BERTHOLET.
Je certifie le présent extrait conforme à l'original, & au jugement de
l'Académie. A Paris, ce 7 Février 1789.
_Signé_, le Marquis DE CONDORCET.
_EXTRAIT des Registres de la Société Royale de Médecine._
Du 6 Février 1789.
La Société nous a chargés, M. de Horne & moi, d'examiner un Ouvrage
de M. Lavoisier, ayant pour titre, _Traité élémentaire de Chimie_,
_présenté dans un ordre nouveau_, _& d'après les découvertes modernes_.
Comme ce Traité, que nous avons lu avec le plus vif intérêt, offre une
méthode élémentaire différente de toutes celles qu'on a suivies dans
les Ouvrages du même genre, nous avons cru devoir en rendre un compte
très-détaillé à la Compagnie.
Les Physiciens, & tous les hommes, qui s'adonnent à l'étude de la
Philosophie naturelle, savent que c'est aux expériences de M. Lavoisier
qu'est due la révolution que la Chimie a éprouvée depuis quelques
années; à peine M. Black eut-il fait connoître, il y a bientôt vingt
ans, l'être fugace qui adoucit la chaux & les alkalis, & qui avoit
jusques-là échappé aux recherches des Chimistes; à peine M. Priestley
eut-il donné ses premières expériences sur l'air fixe & ce qu'il
appeloit les différentes espèces d'air, que M. Lavoisier, qui ne
s'étoit encore appliqué qu'à mettre dans les opérations de Chimie de
l'exactitude & de la précision, conçut le vaste projet de répéter & de
varier toutes les expériences des deux célèbres Physiciens Anglois,
& de poursuivre avec une ardeur infatigable une carrière nouvelle,
dont il prévoyoit dès-lors l'étendue. Il sentit sur-tout que l'art de
faire des expériences vraiment utiles, & de contribuer aux progrès
de la science de l'analyse, consistoit à ne rien laisser échapper, à
tout recueillir, à tout peser. Cette idée ingénieuse, à laquelle sont
dues toutes les découvertes modernes, l'engagea à imaginer, pour les
effervescences, pour les combustions, pour la calcination des métaux,
&c. des appareils capables de porter la lumière la plus vive sur la
cause & les résultats de ces opérations. On connoît trop généralement
aujourd'hui la plupart des faits & des découvertes que cette route
expérimentale nouvelle a fait naître, pour que nous ayons besoin
d'en suivre ici les détails; nous nous contenterons de rappeler que
c'est à l'aide de ces procédés, à l'aide de ce nouveau sens, ajouté,
pour ainsi dire, à ceux que le Physicien possédoit déjà, que M.
Lavoisier est parvenu à établir des vérités & une doctrine nouvelles
sur la combustion, sur la calcination des métaux, sur la nature de
l'eau, sur la formation des acides, sur la dissolution des métaux,
sur la fermentation & sur les principaux phénomènes de la nature.
Ces instrumens si ingénieux, cette méthode expérimentale si exacte
& si différente des procédés employés autrefois par les Chimistes,
n'ont cessé, depuis 1772, de devenir entre les mains de M. Lavoisier
& des Physiciens qui ont suivi la même route, une source féconde
de découvertes. Les Mémoires de l'Académie des Sciences offrent,
depuis 1772 jusqu'en 1786, une suite non interrompue de travaux,
d'expériences, d'analyses faites par ce Physicien sur le même plan. Ce
qu'il y a de plus frappant pour ceux qui aiment à suivre les progrès
de l'esprit humain dans ce genre de recherches, dont on n'avoit aucune
idée il y a vingt ans, c'est que toutes les découvertes qui se sont
succédées depuis cette époque, n'ont fait que confirmer les premiers
résultats trouvés par M. Lavoisier, & donner plus de force & plus de
solidité à la doctrine qu'il a proposée. Une autre considération, qui
nous paroît également importante, c'est que les expériences de Bergman,
de Schéele, de MM. Cavendish, Priestley, & d'un grand nombre d'autres
Chimistes dans différentes parties de l'Europe, quoique faites sous
des points de vue & avec des moyens différens en apparence, se sont
tellement accordées avec les résultats généraux dont nous parlions
plus haut, que cet accord, bien propre à convaincre les Physiciens qui
cherchent la vérité sans prévention, & avec le courage nécessaire
pour résister aux préjugés, n'a fait que rendre plus solides & plus
inébranlables les fondemens sur lesquels repose la nouvelle doctrine
chimique. C'est dans cet état de la science, c'est à l'époque où
les faits nouveaux, généralement reconnus, n'excitent encore des
discussions entre les Physiciens, que relativement à leur explication,
que M. Lavoisier, auteur de la plus grande partie de ces découvertes,
& de la théorie simple & lumineuse qu'elles ont créée, s'est proposé
d'enchaîner dans un nouvel ordre les vérités nouvelles, & d'offrir
aux Savans, ainsi qu'à ceux qui veulent le devenir, l'ensemble de ses
travaux. Ceux qui ont suivi avec soin les progrès successifs de la
Chimie, ne trouveront dans l'Ouvrage dont nous nous occupons, que les
faits qu'ils connoissent déjà; mais ils se présenteront à eux dans
un ordre qui les frappera par sa clarté & sa précision. Ce sera donc
spécialement sur la marche des faits, des idées & des raisonnemens
tracés par M. Lavoisier, que nous insisterons dans ce rapport.
Ce Traité est divisé en trois parties. Dans la première, M. Lavoisier
expose les élémens de la science & les bases sur lesquelles elle est
fondée. C'est sur les corps les plus simples, & sur le premier ordre
de leurs combinaisons, que roule cette première partie, comme nous le
dirons tout-à-l'heure.
La seconde partie présente les tableaux de toutes les combinaisons de
ces corps simples entr'eux, & des mixtes qu'ils forment les uns avec
les autres. Les composés salins neutres en sont particulièrement le
sujet.
Dans la troisième partie, M. Lavoisier décrit les appareils nouveaux,
dont il a imaginé la plus grande partie, & à l'aide desquels il a
établi les vérités exposées dans la première partie.
Considérons chacune de ces parties plus en détail, & suivons l'Auteur
jusqu'à ses dernières divisions, pour faire connoître l'utilité &
l'importance de son Ouvrage.
Première Partie.
En exposant, dans un Discours préliminaire, les motifs qui l'ont engagé
à écrire son Ouvrage, M. Lavoisier annonce que c'est en s'occupant
de la nomenclature & en développant ses idées sur les avantages & la
nécessité de lier les mots aux faits, qu'il a été entraîné comme malgré
lui à faire un Traité élémentaire de Chimie; que cette nomenclature
méthodique l'ayant conduit du connu à l'inconnu, cette marche qu'il
s'est trouvé forcé de suivre, lui a paru propre à guider les pas
de ceux qui veulent étudier la Chimie; il pense que, quoique cette
science ait encore beaucoup de lacunes & ne soit pas complette comme
la Géométrie élémentaire, les faits qui la composent s'arrangent
cependant d'une manière si heureuse dans la doctrine moderne, qu'il
est permis de la comparer à cette dernière, & qu'on peut espérer de
la voir s'approcher, de nos jours, du degré de perfection qu'elle est
susceptible d'atteindre. Son but a été de ne rien conclure au-delà de
l'expérience, de ne jamais suppléer au silence des faits.
C'est pour cela qu'il n'a point parlé des principes des corps, sur
lesquels on a depuis si long-temps donné des idées vagues, dans
les écoles & dans les Ouvrages élémentaires; qu'il n'a rien dit
des attractions ou affinités chimiques, qui ne sont point encore
connues, suivant lui, avec l'exactitude nécessaire pour en exposer
les généralités dans des élémens. Il termine ce discours en retraçant
les raisons & les motifs qui ont guidé les Chimistes dans le travail
de la nouvelle nomenclature, & en faisant voir quelle influence les
noms exacts proposés dans ce travail, peuvent avoir sur les progrès &
l'étude de la science.
La première partie qui suit immédiatement ce Discours préliminaire,
comprend dix-sept chapitres.
M. Lavoisier annonce qu'il traite, dans cette première Partie, de
la formation des fluides aëriformes & de leur décomposition; de la
combustion des corps simples, & de la formation des acides. Ce titre,
qui n'auroit certainement pas rappelé aux anciens Chimistes l'ensemble
de leur science, le comprend cependant tout entier pour ceux qui la
possèdent, & en effet, l'un de nous en traçant la marche & l'état de
toutes les connoissances chimiques modernes dans quelques séances
sur les fluides élastiques, a fait voir que toute la science est
comprise dans l'histoire de leur développement & de leur fixation.
Il est donc vrai de dire, que quoique le domaine de la Chimie ait
été singulièrement agrandi par le nombre considérable de faits
nouveaux qu'elle a acquis depuis quelques années, le rapprochement,
la liaison & la cohérence de ces faits, peuvent en resserrer les
élémens dans l'esprit de ceux qui les possèdent, & de ceux qu'une
méthode exacte guide dans leurs études; si les expériences semblent
effrayer l'imagination par leur nombre, les résultats simples qu'on
en tire, & les données générales qu'elles fournissent, font évanouir
les difficultés, & rendent le travail de la mémoire plus facile. Cette
vérité sera mise dans tout son jour, par l'exposé des divers objets
compris dans cette première partie de l'ouvrage de M. Lavoisier.
Le premier Chapitre traite de la combinaison des corps avec le
calorique ou la matière de la chaleur, & de la formation des fluides
élastiques. Le calorique dilate tous les corps en écartant leurs
molécules, qui tendent à se rapprocher par la force d'attraction. On
peut donc considérer son effet comme celui d'une force répulsive ou
opposée à l'attraction. Lorsque l'attraction des molécules est plus
forte, que l'écartement ou la force répulsive communiquée par le
calorique, le corps est solide; si la force répulsive l'emporte sur
l'attraction, les molécules s'écartent jusqu'à un certain point, la
fusion, & enfin la fluidité élastique naissent de cet effet. Comme la
diminution ou l'enlèvement du calorique permet le rapprochement des
molécules des corps dont l'attraction agit alors librement, & comme on
peut concevoir un refroidissement toujours croissant, beaucoup plus
fort que celui que nous connoissons, & conséquemment un rapprochement
proportionné dans les molécules des corps, il s'ensuit que ces
molécules ne se touchent pas, qu'il existe des intervalles entr'elles;
ces intervalles sont remplis par le calorique. On peut l'y accumuler;
c'est cette accumulation qui détruit l'attraction de ces molécules,
& qui donne enfin naissance à un fluide élastique. Tous les corps
liquides prendroient, à la surface du globe, cette forme de fluides
élastiques, si la pression de l'air atmosphérique ne s'y opposoit
pas, c'est en raison de cette pression qu'il faut que la température
de l'eau soit élevée à 80 degrés pour qu'elle se réduise en vapeur;
l'éther à 30 ou 33 degrés, l'alkool à 67, Mais les fluides supposés
réduits en vapeurs par la suppression du poids de l'atmosphère, se
formeroient bientôt un obstacle à eux-mêmes par leur pression.
On voit d'après cela qu'un fluide élastique ou un gaz n'est qu'une
combinaison d'un corps quelconque ou d'une base avec le calorique.
On voit encore que, suivant les espaces ou les intervalles compris
entre les molécules des différens corps, il faudra plus ou moins de
calorique pour les dilater au même point; c'est cette différence qu'on
nomme _capacité de chaleur_, & la quantité de calorique nécessaire
pour élever chaque corps à la même température, se nomme chaleur ou
_calorique spécifique_. Comme les corps, en se combinant au calorique,
deviennent des fluides élastiques, l'élasticité paroît être due à
la répulsion des molécules du calorique, ou plutôt à une attraction
plus forte entre ces dernières, qu'entre celles des corps fluides
élastiques, qui sont alors repoussées par l'effet du premier.
Ces idées simples & fondées sur des expériences exactes, conduisent
l'Auteur à donner, dans le second chapitre, des vues sur la formation
& la constitution de l'atmosphère de la terre; elle doit être formée
des substances susceptibles de se volatiliser au degré ordinaire de
chaleur qui existe sur le globe, & à la pression moyenne qui soutient
le mercure à 28 pouces. La terre étant supposée à la place d'une
planète beaucoup plus rapprochée du soleil, comme l'est Mercure, l'eau,
le mercure même entreroient en expansion, & se mêleroient à l'air
jusqu'à ce que cette expansion fût limitée par la pression exercée
par ces nouveaux fluides élastiques. Si le globe étoit, au contraire,
transporté à une distance beaucoup plus éloignée du soleil qu'il ne
l'est, l'eau seroit solide & comme une pierre dure & transparente.
La solidité, la liquidité, la fluidité élastique sont donc des
modifications des corps dues au calorique. Les fluides habituellement
vaporeux qui forment notre atmosphère, doivent, ou se mêler lorsqu'ils
ont de l'affinité, ou se séparer suivant l'ordre de leurs pesanteurs
spécifiques, s'ils ne sont pas susceptibles de s'unir. M. Lavoisier
pense que la couche supérieure de l'atmosphère est surmontée des gaz
inflammables légers qu'il regarde comme la matière & le foyer des
météores lumineux.
Il étoit très-naturel que ces considérations générales sur l'atmosphère
de la terre fussent suivies de l'analyse de l'air qui la compose; cette
analyse fait le sujet du troisième chapitre, dans lequel est consignée
une des plus belles découvertes du siècle & de la Chimie moderne. La
combustion du mercure dans un ballon, la perte de poids d'un sixième de
l'air, l'augmentation correspondante du poids du mercure, la qualité
délétère des cinq sixièmes d'air restant; la séparation de l'air de
la chaux de mercure fortement échauffée, la pureté de celui-ci, la
recomposition de l'air semblable à celui de l'atmosphère par l'addition
de cette partie tirée du mercure à celle restée dans le ballon; la
chaleur vive & la flamme brillante dégagée de l'air par le fer qu'on y
brûle, suffisent à M. Lavoisier pour prouver que l'air atmosphérique
est un composé de deux fluides élastiques différens, l'un respirable,
l'autre non respirable, que le premier forme 0,27, & le second 0,73.
Dans le quatrième chapitre, ce Savant expose les noms donnés à ces deux
gaz qui composent l'air atmosphérique, & les raisons qui les ont fait
proposer; le premier porte, comme on sait, le nom d'_air vital_ & de
_gaz oxigène_, & le second celui de _gaz azote_.
La quantité des deux principes de l'atmosphère étant connue, la nature
du gaz oxigène occupe ensuite M. Lavoisier. Le cinquième chapitre est
destiné à l'examen de la décomposition du gaz oxigène ou air vital par
le soufre, le phosphore, le charbon, & de la formation des acides.
Cent grains de phosphore brûlé dans un ballon bien plein d'air vital,
absorbent 154 grains de cet air ou de sa base, & forment 254 grains
d'acide phosphorique concret. Vingt-huit grains de charbon absorbent 72
grains d'air vital, & forment 100 grains d'acide carbonique. Le soufre
en absorbe plus que son poids & devient acide sulfurique. La base de
cet air a donc la propriété, en se combinant avec ces trois corps
combustibles, de les convertir en acides; de-là le nom d'oxigène donné
à cette base de l'air vital, & celui d'oxigénation donné à l'opération
par laquelle cette base se fixe.
La nomenclature des différens acides forme le sujet du sixième
chapitre; le nom général d'acide désigne la combinaison avec l'oxigène;
les noms particuliers appartiennent aux bases différentes unies à
l'oxigène. Le soufre forme l'acide sulfurique, le phosphore l'acide
phosphorique, le carbone ou charbon pur l'acide carbonique. La
terminaison variée dans ces mots exprime la proportion d'oxigène; ainsi
le soufre combiné avec peu d'oxigène & dans l'état d'un acide foible,
donne l'acide sulfureux, tandis qu'une plus grande proportion de ce
principe acidifiant, forme l'acide sulfurique. Nous n'insisterons pas
davantage sur les principes de cette nomenclature, qui sont déjà bien
connus de la Société. M. Lavoisier donne, à la fin de ce chapitre, les
proportions d'azote & d'oxigène qui constituent l'acide du nitre en
différens états, comme l'a découvert M. Cavendish.
Il parle, dans le septième chapitre, de la décomposition du gaz oxigène
par les métaux. On sait que ces corps combustibles absorbent la base
de l'air vital plus ou moins facilement, & à des températures plus ou
moins élevées; mais comme l'affinité de ces corps pour l'oxigène est en
général rarement plus forte que celle de celui-ci pour le calorique,
les métaux s'y combinent plus ou moins difficilement. Les composés
des métaux & d'oxigène n'étant pas des acides, on a proposé le nom
d'oxides pour les désigner, au lieu de celui de chaux, qui étoit
équivoque, & fondé sur une fausse analogie. M. Lavoisier donne les
détails de cette nomenclature à la fin de ce chapitre.
Il traite, dans le huitième, du principe radical de l'eau, & de la
décomposition de ce fluide par le charbon & le fer. L'eau que l'on
fait passer à travers un tube de verre ou de porcelaine rougi au feu,
se réduit seulement en vapeur, sans éprouver d'altération. En passant
à travers le même tube chargé de vingt-huit grains de charbon, il y a
85 grains d'eau changée de nature, & le charbon disparoît. On obtient
100 grains ou 144 pouces d'acide carbonique, qui contiennent, outre les
28 grains de carbone, 72 grains d'oxigène, provenant nécessairement
de l'eau, puisqu'aucun autre corps n'a pu le lui fournir; ce gaz
acide carbonique est mêlé de 13 grains ou 380 pouces cubes de gaz
inflammable; ces 13 grains ajoutés aux 72 grains d'oxigène enlevé
par le carbone, font les 85 grains d'eau qui manquent; & en effet,
en brûlant dans un appareil fermé 85 grains d'air vital & 15 de gaz
inflammable, on a 100 grains d'eau. L'eau est donc composée de ces deux
principes. L'oxigène est déjà connu par les détails précédens; la base
du gaz inflammable a été nommée _hydrogène_, ou principe radical de
l'eau; M. Lavoisier en décrit les propriétés & sur-tout celles qu'il a
dans l'état de gaz.
Le neuvième chapitre contient des détails absolument neufs sur la
quantité de calorique qui se dégage dans la combustion de différens
corps combustibles, ou, ce qui est la même chose en d'autres termes,
pendant la fixation de l'air vital ou gaz oxigène. Pour bien concevoir
l'objet de cet article important, rappelons que l'air vital est, comme
tous les autres fluides élastiques, une base solidifiable unie à du
calorique; que ce gaz ne peut se fixer, ou sa base devenir solide
dans les combinaisons où elle entre, qu'en perdant le calorique qui
la tenoit écartée & divisée en fluide élastique. Cela posé, il est
clair qu'en partant d'une expérience où l'air vital paroît laisser
déposer sa base la plus solide possible en perdant tout le calorique
qu'il contient, on aura une mesure à peu de chose près exacte de
la quantité absolue de calorique contenu dans une quantité donnée
de gaz oxigène. Mais comment mesurer cette chaleur. M. Lavoisier
s'est servi, pour cela, d'un appareil ingénieux, dont la première
idée est due à M. Wilcke, Physicien Anglois, mais qui a été changé &
bien perfectionné par M. de la Place. Ce sont des enveloppes de tôle
garnies de glace, & laissant un espace vide dans lequel on fait les
expériences de combustion, absolument comme dans une sphère de glace
assez épaisse pour que la température extérieure n'influe en aucune
manière sur sa cavité intérieure. Le calorique se sépare pendant la
fixation de l'oxigène, fond une partie de cette glace, proportionnelle
à la quantité qui s'en dégage. En opérant ainsi la combustion du
phosphore, M. Lavoisier a vu qu'une livre de ce combustible fond 100
livres de glace, en absorbant une livre 8 onces d'air vital; & comme
l'acide phosphorique concret qui résulte de cette combustion paroît
contenir l'oxigène le plus solide & le plus séparé de calorique, il
en conclut que, dans l'état d'air vital, une livre d'oxigène contient
une quantité de calorique suffisante pour fondre 66 livres 10 onces
5 gros 24 grains de glace à zero. En partant de cette expérience, M.
Lavoisier a trouvé qu'une livre de charbon absorbant 2 livres 9 onces
1 gros 10 grains d'oxigène, & ne faisant fondre que 96 livres 8 onces
de glace, tout le calorique contenu dans cette quantité d'air vital
n'est pas dégagé, puisqu'il se seroit fondu 171 livres 6 onces 5 gros
de glace; la différence de cette quantité de calorique, c'est-à-dire,
une quantité capable de fondre 74 livres 14 onces 5 gros de glace, est
employée à tenir sous forme de gaz 3 livres 9 onces 1 gros 10 grains
d'acide carbonique, produit dans cette opération. La combustion du gaz
hydrogène brûlé dans l'appareil de glace, lui a présenté le résultat
suivant relativement au dégagement du calorique. Une livre de ce gaz
absorbe 5 livres 10 onces 5 gros 24 grains d'air vital en brûlant;
il se dégage dans cette combustion une quantité de calorique capable
de faire fondre 295 livres 9 onces 3 gros & demi de glace; or, comme
cette dose d'air vital auroit donné, si on l'avoit fait servir à la
combustion du phosphore, où l'oxigène paroît être le plus solide
possible, une quantité de calorique suffisante pour fondre 377 livres
12 onces 3 gros de glace, il s'ensuit que la différence de ces deux
quantités de calorique, qui est exprimée par celle de 82 livres 9 onces
7 gros & demi de glace fondue, reste dans l'eau à 0 de température,
& que chaque livre de ce liquide à cette température, contient dans
la portion d'oxigène qui fait un de ses principes, une quantité de
calorique capable de fondre 12 livres 5 onces 2 gros 48 grains de
glace. M. Lavoisier a trouvé, par les mêmes expériences, la quantité de
calorique contenu dans l'oxigène de l'acide nitrique, & celle qui se
dégage dans la combustion de la cire & de l'huile; & si ces recherches
avoient été suivies avec un soin égal sur la quantité de calorique que
chaque métal dégage de l'air vital en absorbant l'oxigène, ou en se
calcinant, cette appréciation seroit, comme le dit M. Lavoisier à la
fin de ce chapitre, d'une grande utilité pour l'explication de beaucoup
de phénomènes chimiques.
L'Auteur décrit dans le dixieme chapitre la nature générale des
combinaisons des substances combustibles déjà examinées dans les
chapitres précédens, les unes avec les autres. Les alliages des
métaux, les dissolutions du soufre, du phosphore, du charbon dans le
gaz hydrogène, l'union du carbone & de l'hydrogène qui constitue les
huiles en général, sont indiqués successivement. Dans ce chapitre comme
dans tous les précédens, on trouve des vues neuves sur l'union encore
inconnue de plusieurs substances combustibles entr'elles.
Dans tous les chapitres précédens qui ont pour objet la décomposition
de l'air vital, l'absorption de l'oxigène par les corps combustibles
& les phénomènes de leur combustion & de leurs produits, il n'est
question que des substances combinées, une à une avec l'oxigène. Le
deuxième chapitre présente les combinaisons de ce principe acidifiant
avec plusieurs bases à la fois, conséquemment des oxides & des acides
à plusieurs bases, & de la composition des matieres végétales &
animales. On reconnoît par la lecture de ce chapitre la clarté des
principes de la Chimie moderne, & en même tems la richesse de la nature
dans la variété des composés qu'elle forme avec très-peu d'élémens.
L'analyse la plus exacte prouve que l'hydrogène & le carbone privés
de la plus grande quantité de leur calorique & unis ensemble dans des
proportions différentes, à des quantités diverses d'oxigène constituent
les matieres végétales, M. Lavoisier range ces matieres parmi les
oxides lorsque la quantité d'oxigène est trop peu abondante pour leur
donner le caractère acide, ou parmi les acides lorsque ce principe y
est plus abondant. Le phosphore & l'azote font quelquefois partie de
ces composés; & alors ils se rapprochent des matieres animales. Ainsi
trois ou quatre corps simples unis en différentes proportions & dans
différens états de pression ou de privation de calorique, suffisent
à la Chimie moderne pour rendre raison de la diversité des matieres
végétales, oxides & acides; & en y ajoutant l'azote, le phosphore &
le soufre, les composés plus compliqués qui en résultent, donnent une
idée exacte de la nature des substances animales, oxides ou acides. M.
Lavoisier fait voir qu'on pourroit suivant les regles de la nouvelle
Nomenclature désigner les principales especes des matieres végétales
composées d'hydrogène, de carbone & d'oxigène, soit oxides, soit
acides; mais la nécessité d'associer trop de mots pour désigner ces
composés formeroit un langage barbare, & l'Auteur préfère les noms
des treize acides végétaux & des six acides animaux, adoptés dans la
nouvelle Nomenclature. Il termine ce chapitre par le dénombrement de
ces acides.
Ces principes aussi clairs que simples sur la composition des
substances végétales & animales, conduisent M. Lavoisier à faire
connoître avec une égale clarté dans le douzieme chapitre, la
décomposition de ces matières par le feu. Des trois principes les
plus abondans qui les constituent, l'hydrogène & l'oxigène tendent
à prendre la forme de gaz par leur combinaison avec le calorique;
le troisième ou le carbone n'a pas la même propriété. Une chaleur
au-dessus de celle où ces principes restent en équilibre, doit donc
détruire cet équilibre. A une température supérieure à celle de l'eau
bouillante, l'oxigène s'unit à l'hydrogène & forme de l'eau qui se
dégage; une partie du carbone unie séparément à l'hydrogène forme de
l'huile; une autre se précipite seule. Une chaleur beaucoup plus forte,
comme celle qu'on nomme chaleur rouge, sépare ces principes dans un
autre ordre, décompose même l'huile formee par la premiere chaleur, &
réduit entièrement les matières végétales à de l'acide carbonique, à
de l'eau & à une partie de charbon isolée. L'azote, le phosphore & le
soufre ajoutés à ces premiers principes, dans les matières animales
compliquent cet effet du feu, & donnent naissance à l'ammoniaque que
ces matieres fournissent dans leur distillation. Tous ces phénomènes ne
tiennent qu'à des changemens de proportions dans l'union des principes
& à leur diverse affinité pour le calorique.
Des changemens également simples ont lieu dans les fermentations
vineuse, putride & acéteuse, dont M. Lavoisier expose avec soin les
phénomènes dans les chapitres 13, 14 & 15. Ces opérations naturelles
paroissoient autrefois inexplicables aux Chimistes, & il n'y a pas plus
de quinze ans qu'on désespéroit encore d'en apprécier la cause. M.
Lavoisier par des procédés ingénieux est parvenu à prouver que dans la
fermentation vineuse, la matiere sucrée qu'il regarde comme un oxide
& qui est formée suivant ses recherches, de 8 parties d'hydrogène,
28 de carbone, & 64 d'oxigène, sur cent parties de cette matière,
est séparée en deux portions (par le changement & le partage seul de
l'oxigène entre les deux bases oxidables), une grande partie du carbone
prend plus d'oxigène en se séparant de l'hydrogène, & se convertit en
gaz acide carbonique qui se dégage pendant cette fermentation, tandis
que l'hydrogène, privé de l'oxigène & uni à un peu de carbone, & à
l'eau ajoutée, constitue l'alkool. Ainsi la nature change par cette
fermentation des combinaisons ternaires en combinaisons binaires.
Un effet analogue a lieu dans la putréfaction. Les cinq substances
simples & combustibles qui forment les bases oxidables & acidifiables
des matières animales, l'hydrogène, le carbone, l'azote, le soufre &
le phosphore, & qui sont unies en différentes proportions à l'oxigène,
se dégagent peu-à-peu en gaz hydrogène sulfuré, carboné, phosphoré,
en gaz azote, en gaz acide carbonique, & en gaz ammoniaque. La
fermentation acéteuse ne consiste que dans l'absorption de l'oxigène
qui y porte plus de principe acidifiant. Il semble que l'acide
carbonique n'ait besoin que d'hydrogène pour devenir acide acéteux,
puisqu'en effet, ôtez ce dernier principe au vinaigre, il passe à
l'état d'acide carbonique. Quoique cette théorie de la putréfaction
& de l'acétification paroisse presque aussi simple que celle de la
fermentation vineuse, M. Lavoisier convient que la Chimie n'est pas
aussi avancée dans la connoissance de ces deux phénomènes, que dans
celle du premier.
Dans le seizième chapitre, l'auteur considère la formation des sels
neutres & les bases de ces sels. Les acides dont M. Lavoisier a exposé
la nature dans les premiers chapitres, peuvent se combiner avec quatre
bases terreuses, trois bases alkalines & dix-sept bases métalliques.
Il expose succinctement l'origine, l'extraction & les principales
propriétés de la potasse, de la soude, de l'ammoniaque, de la chaux,
de la magnésie, de la baryte & de l'alumine; ces matières, si l'on
en excepte l'ammoniaque, sont les moins connues de tous les corps
naturels, & quoique, d'après quelques expériences, on pense qu'elles
sont composées, on n'en a point encore séparé les élémens; aussi M.
Lavoisier n'en parle-t-il que très-brièvement. Il termine cet exposé en
annonçant qu'il est possible que les alkalis fixes se forment pendant
la combustion des substances végétales à l'air. L'un de nous a déjà
fait présumer dans plusieurs mémoires & dans ses leçons, que l'azote,
qu'il a considéré comme principe des alkalis ou comme _alkaligène_,
pourroit bien se précipiter de l'atmosphère dans les substances
végétales qu'on brûle dans l'atmosphère. Alors l'air atmosphérique
seroit un réservoir des principes acidifiant & alkalifiant où la nature
puiseroit sans cesse ces principes pour les fixer dans des bases, &
produire les diverses matières salines, acides & alkalines. Mais cette
assertion, loin d'être une vérité démontrée, ne doit être regardée que
comme une hypothèse, jusqu'à ce que les expériences dont on s'occupe en
ce moment dans plusieurs laboratoires, aient permis de prononcer.
Le chapitre dix-septième & dernier de cette première partie de
l'ouvrage de M. Lavoisier, contient une suite de réflexions sur la
formation des sels neutres, & sur leurs bases qu'il nomme salifiables.
Il y fait voir que les terres & les alkalis s'unissent aux acides sans
éprouver d'altération, & qu'il n'en est pas de même des métaux. Aucun
de ces corps ne peut se combiner avec les acides sans s'oxigéner; ils
enlèvent l'oxigène soit à l'eau dont ils séparent l'hydrogène en gaz,
soit aux acides eux-mêmes dont ils volatilisent une portion de la base
unie à une portion d'oxigène. De ce dégagement naît l'effervescence
qui accompagne la dissolution des métaux dans les acides. On pourroit
peut-être désirer dans ce chapitre des détails plus étendus sur
les dissolutions métalliques; mais M. Lavoisier vouloit mettre une
grande précision dans cette partie de son Ouvrage, & celle qu'il y a
mise en effet, en rend la marche plus rapide sans nuire à la clarté
des principes qui y sont exposés. Ce chapitre est terminé par un
dénombrement des quarante-huit substances simples qui peuvent être
oxidées & acidifiées dans différens états, en y comprenant les dix-sept
substances métalliques, qu'il croit devoir aussi considérer comme des
acides, lorsqu'elles sont portées à un grand degré d'oxigénation. Il
résulte de ce dénombrement que quarante-huit acides qui peuvent être
unis à vingt-quatre bases terreuses, alkalines & métalliques, donnent
1152 sels neutres, dont la nature & les propriétés n'auroient jamais
été connues avec précision si, comme l'observe M. Lavoisier, on avoit
continué à leur donner des noms, ou impropres, ou insignifians, comme
on l'avoit fait à l'époque des premières découvertes de Chimie, & qui
cependant peuvent être placés avec ordre dans la mémoire, à l'aide de
la nouvelle nomenclature.
Tels sont les faits, tel est l'ordre qui les lie, telles sont les
conséquences qui en découlent naturellement, consignés dans la première
partie de ce Traité élémentaire. Nous les avons fait connoître assez
en détail, pour que la Société pût apprécier l'ensemble du travail de
M. Lavoisier, & le comparer à ce qu'étoit encore la science chimique
il y a vingt ans. On a pu y voir qu'à l'aide des expériences modernes,
les élémens de cette science sont aujourd'hui beaucoup plus faciles à
saisir qu'ils n'étoient autrefois, parce que tout se réduit à concevoir
les effets généraux du calorique, à distinguer les matières simples,
bases de toutes les combinaisons possibles, à considérer leur union
avec l'oxigène; c'est presque sur ces trois faits généraux que sont
fondés les détails contenus dans la première partie. En y ajoutant les
attractions de l'oxigène pour les différens corps, les décompositions
qui résultent des effets de ces attractions, on auroit l'ensemble
complet de ces Elémens. Mais M. Lavoisier a omis cet objet à dessein, &
nous avons exposé ailleurs les raisons qui l'ont déterminé à prendre ce
parti.
_Seconde Partie._
Après avoir rendu un compte exact de la marche nouvelle que M.
Lavoisier a suivie dans la première partie, qui constitue seule les
élémens de la science, il ne sera pas nécessaire d'entrer dans des
détails aussi étendus pour faire connoître les deux autres parties.
La seconde est entièrement destinée à présenter dans des tableaux les
combinaisons salines neutres, ou les composés de deux mixtes, car on se
rappellera facilement que les acides sont des mixtes formés de bases
unies à l'oxigène, les oxides métalliques également formés de l'oxigène
uni aux métaux, & enfin les terres & les alkalis vraisemblablement
des composés. Mais pour rendre cette seconde partie plus complette,
M. Lavoisier a mis avant les tableaux des sels neutres, dix tableaux
qui offrent les combinaisons simples dont il a été parlé dans la
première partie, & qui sont destinés à servir de résumé à cette
première partie. On trouve dans ces 10 tableaux, 1º. les substances
simples, ou au moins celles que les Chimistes ne sont pas parvenus
à décomposer, au nombre de 33, savoir la lumière, le calorique,
l'oxigène, l'azote, l'hydrogène, le soufre, le phosphore, le carbone,
le radical muriatique, le radical fluorique, le radical boracique, les
dix-sept substances métalliques, la chaux, la magnésie, la baryte,
l'alumine & la silice; 2º. les bases oxidables & acidifiables,
composées au nombre de 20, qui comprennent le radical nitro-muriatique,
les radicaux des douze acides végétaux, & ceux des sept acides animaux;
3º. les combinaisons de l'oxigène avec les substances simples; 4º.
les combinaisons des vingt radicaux composés, avec l'oxigène; ou les
acides nitro-muriatiques, les douze acides végétaux, & les sept acides
animaux; 5º. les combinaisons binaires de l'azote avec les substances
simples: M. Lavoisier nomme celles de ces combinaisons qui ne sont pas
connues, des _azotures_; 6º. les combinaisons binaires de l'hydrogène
avec les mêmes substances simples: M. Lavoisier désigne par le nom
d'_hydrures_ celles de ces combinaisons qui n'ont point été examinées;
7º. les combinaisons binaires du soufre avec les corps simples; excepté
les acides sulfurique & sulfureux, toutes ces combinaisons sont des
sulfures; 8º. celles du phosphore avec les mêmes corps; tels sont
l'oxide de phosphore, les acides phosphoreux & phosphorique, & les
phosphures; 9º. celles du carbone avec les substances simples, savoir
l'oxide de carbone, l'acide carbonique & les carbures; 10º. enfin
celles de quelques autres radicaux avec les substances simples. A ces
tableaux sont jointes des observations dans lesquelles M. Lavoisier
donne l'explication, & retrace sous de nouveaux points de vue, une
partie des faits consignés dans la première partie.
Les tableaux des sels neutres sont au nombre de trente-quatre; on
y trouve successivement les nitrites, les nitrates, les sulfates,
les sulfites, les phosphites, les phosphates, les carbonates, les
muriates, les muriates oxigénés, les nitro-muriates, les fluates, les
borates, les arséniates, les molybdates, les tunstates, les tartrites,
les malates, les citrates, les pyrolignites, les pyrotartrites, les
pyromucites, les oxalates, les acétites, les acétates, les succinates,
les benzoates, les camphorates, les gallates, les lactates, les
saccholates, les formiates, les bombiates, les sebates, les lithiates &
les prussiates. Le nombre de chaque classe de ces sels neutres contenus
dans ces tableaux, est presque dans tous de vingt-quatre. M. Lavoisier
a eu soin de disposer ces sels suivant l'ordre connu des affinités
de leurs bases pour les acides. Comme la plupart de ces acides sont
nouvellement découverts, l'Auteur a joint à chaque tableau des
observations sur la manière de préparer ces sels, sur l'époque de leurs
découvertes, sur les Chimistes à qui elles sont dues, & souvent même
sur la comparaison de leur nature & de leurs propriétés. M. Lavoisier
n'a point eu l'intention d'offrir, dans cette seconde partie, une
histoire des sels neutres; il n'a rien dit de la forme, de la saveur,
de la dissolubilité, de la décomposition des sels neutres, ni de la
proportion & de l'adhérence de leurs principes. Ces détails, que l'on
trouve dans les Elémens de Chimie de l'un de nous, n'entroient point
dans le plan de M. Lavoisier; son but étoit de présenter une esquisse
rapide de ces combinaisons, & il est très-bien rempli par les tableaux
& par les courtes notices qui les accompagnent.
_Troisième Partie._
La troisième partie, qui a pour titre: _Description des appareils &
des opérations manuelles de la Chimie_, montre aussi bien que les deux
premières, combien la science a acquis de moyens, & la différence qui
existe entre les expériences que l'on fait aujourd'hui & celles que
l'on faisoit autrefois. M. Lavoisier a rejetté cette description à la
fin, parce que les détails qu'elle exige, auroient détourné l'attention
& trop occupé l'esprit des Lecteurs, si elle avoit été placée avec la
théorie, & parce que d'ailleurs elle suppose des connoissances qu'on
n'a pu acquérir qu'en lisant les deux premières parties. Quoique M.
Lavoisier l'ait présentée comme une explication des planches qu'on
place ordinairement à la fin d'un ouvrage, nous y avons trouvé une
méthode descriptive très-claire, & des observations intéressantes sur
l'usage des instrumens & sur les phénomènes que présentent les corps
qu'on soumet à leur action. Sans prétendre donner ici un extrait
de cette troisième partie, qui n'en est pas susceptible, nous nous
bornerons à offrir un léger apperçu des principaux objets contenus dans
les huit chapitres qui la composent.
Le premier traite des instrumens nécessaires pour déterminer le poids
absolu & la pesanteur spécifique des corps solides & fluides; telles
sont les balances exactes de différentes sensibilités, depuis celles où
l'on pèse 50 à 60 livres, jusqu'à celles qui trébuchent à des 512e. de
grain (M. Lavoisier y propose des poids en fractions décimales de la
livre, au lieu des divisions de la livre en onces, gros & grains); tels
sont encore la balance hydrostatique, les aréomètres, sur-tout celui
dont se sert M. Lavoisier, & qui lui est particulier.
Dans le chapitre second, sont décrits les instrumens propres à mesurer
les gaz, les cuves pneumato-chimiques à l'eau & au mercure, les
différens récipiens, le ballon à peser les gaz, la machine construite
par les soins de M. Lavoisier, pour mesurer le volume & connoître la
quantité des gaz suivant la pression & la température qu'ils éprouvent.
M. Lavoisier nomme cette ingénieuse machine _gazomètre_.
Le chapitre III est destiné à la description d'un instrument imaginé
par M. de la Place, pour déterminer la chaleur spécifique des corps
& la quantité de calorique qui se dégage dans les combustions, dans
la respiration des animaux & dans toutes les opérations de la Chimie.
Cette utile machine, dont nous avons déjà indiqué les avantages dans
la première partie, est nommée _calorimètre_ par M. Lavoisier.
On trouve exposés, dans le quatrième chapitre, les instrumens dont on
se sert dans les simples opérations mécaniques de la Chimie, telles
que la trituration, la porphyrisation, le tamisage, le lavage, la
filtration & la décantation.
Le cinquième chapitre contient la description des moyens & des
instrumens qu'on emploie pour opérer l'écartement ou le rapprochement
des molécules des corps; tels sont les vases destinés à la solution des
sels, à la lixiviation, à l'évaporation, à la cristallisation, & à la
distillation simple, ou évaporation en vaisseaux clos.
M. Lavoisier décrit, dans le sixième chapitre, les instrumens qui
servent aux distillations composées & pneumato-chimiques, & sur-tout
les appareils de Woulfe, variés de beaucoup de manières; ceux qu'on
emploie dans les dissolutions métalliques; ceux qu'il a imaginés pour
recueillir les produits des fermentations vineuse & putride, pour la
décomposition de l'eau. Il y joint une histoire des différens luts & de
leurs diverses utilités.
Les détails contenus dans le septième chapitre, font connoître les
appareils dont ce Physicien s'est servi avec succès pour connoître
avec exactitude les phénomènes qui ont lieu dans la combustion du
phosphore, du charbon, des huiles, de l'alkool, de l'éther, du gaz
hydrogène, & conséquemment dans la recomposition de l'eau, ainsi que
dans l'oxidation des métaux.
Enfin le huitième & dernier chapitre de l'Ouvrage traite des instrumens
& des procédés propres à exposer les corps à de hautes températures; il
y est question de la fusion, des creusets, des fourneaux, de la théorie
de leur construction, du moyen d'augmenter considérablement l'action du
feu, en substituant à l'air atmosphérique l'air vital ou gaz oxigène.
Quand ces détails ne seroient que des descriptions simples des machines
auxquelles la Chimie doit toutes ses nouvelles connoissances, ils n'en
seroient pas moins utiles, & on n'en auroit pas moins d'obligation à
M. Lavoisier, pour avoir publié des procédés & des appareils trop peu
connus, même d'une partie de ceux qui professent aujourd'hui la Chimie,
comme l'a dit l'Auteur. Mais ce n'est point seulement une description
sèche & aride que présente cette troisième partie; on y décrit l'usage
des diverses machines, on y fait connoître la manière de s'en servir,
& les phénomènes qu'elles offrent à l'observateur; souvent même des
points particuliers de la théorie générale exposée dans tout l'ouvrage,
portent un jour éclatant sur le résultat des opérations auxquelles
servent ces instrumens. On peut considérer cette troisième partie comme
une histoire des principaux appareils nécessaires aux opérations de la
Chimie moderne, & sans lesquels on ne pourroit plus espérer de faire
faire des progrès à cette science.
Les planches placées à la fin de l'ouvrage, ont été gravées avec soin
par la personne qui nous a déjà donné la traduction de Kirwan, & qui
sait allier la culture des Lettres à celle des Arts & des Sciences.
L'ouvrage est terminé par des tables où sont exposées la pesanteur du
pied cube des différens gaz, la pesanteur spécifique d'un grand nombre
de corps naturels, les méthodes pour convertir les fractions vulgaires
en fractions décimales & réciproquement, des moyens de correction
pour la pesanteur des gaz relativement à la hauteur du mercure dans
le baromètre & dans le thermomètre. Ces tables deviennent aujourd'hui
aussi nécessaires aux Chimistes pour obtenir des résultats exacts dans
leurs expériences, que le sont les tables de logarithmes aux Géomètres
& aux Astronomes, pour l'exactitude & la rapidité de leurs calculs.
Nous pensons que l'Ouvrage de M. Lavoisier mérite l'approbation de la
Société, & d'être imprimé sous son privilége.
Au Louvre, le 6 Février 1789.
_Signé_, DE HORNE & DE FOURCROY.
La Société Royale de Médecine ayant entendu, dans sa séance tenue au
Louvre le 6 du présent mois, la lecture du Rapport ci-dessus, en a
entièrement adopté le contenu.
Ce que je certifie véritable. Ce 7 Février 1789.
_Signé_, VICQ D'AZYR, Secrétaire perpétuel.
_EXTRAIT des Registres de la Société Royale d'Agriculture._
Du 5 Février 1789.
Nous avons été chargés par la Société Royale d'Agriculture, M. de
Fourcroy & moi, de lui rendre compte d'un Traité élémentaire de Chimie,
par M. Lavoisier.
Des Savans de l'Europe, l'un de ceux qui a le plus contribué à
l'heureuse révolution que la Chimie pneumatique a éprouvée de nos
jours, c'est, sans contredit, M. Lavoisier. Les Mémoires importans
qu'il a publiés depuis quinze ans, les faits brillans dont on lui
est spécialement redevable, toutes les expériences connues qu'il a
vérifiées avec un zèle infatigable, l'élégance & la précision des
appareils qu'il a imaginés, la théorie nouvelle enfin sur laquelle
il a singulièrement influé, & qu'on peut vraiment regarder comme lui
étant propre, faisoient desirer que M. Lavoisier réduisît ces nombreux
matériaux en un corps d'ouvrage, & sur-tout qu'il en fît un ouvrage
élémentaire: il étoit difficile de mieux remplir ce vœu.
Ce Traité peut servir à l'étude de la Chimie par la méthode & l'ordre
qui y regnent; quant au Chimiste déjà familiarisé avec la science, il y
trouvera les faits réunis & classés, ainsi que de grandes vues sur le
systême de notre atmosphère, de la végétation, de l'animalisation, &c.
ce qui offre une vaste carrière à ses recherches.
La Chimie recule de jour en jour ses bornes; elle embrasse maintenant
toutes les sciences physiques, & l'Agriculture est peut-être une
de celles qui aura le plus à s'applaudir des succès de la Chimie;
l'analyse étant le seul moyen de conduire sûrement à la connoissance
des terres, des amendemens & des engrais: enfin la Chimie pneumatique
peut seule expliquer les grands phénomènes de la végétation, la
formation des différens principes des végétaux, l'étiolement des
plantes, &c. c'est elle qui nous a fait connoître cette double émission
d'un gaz homicide & d'un gaz vital.
Dans le petit nombre d'ouvrages qui ont été récemment publiés sur la
Chimie, tout étant neuf, la nomenclature, les faits, l'application
de la méthode des Géomètres à ces mêmes faits, & la théorie entière,
l'analyse d'un pareil Traité seroit une tâche longue & difficile à
remplir; nous nous bornerons donc à des réflexions sur ce nouvel ordre
de choses, qui, au milieu de beaucoup de prosélites, a encore quelques
détracteurs.
On peut établir comme vérité qu'il n'y a pas d'art mécanique, le
dernier de tous, dont la nomenclature ne soit moins vicieuse, moins
_insignifiante_, que ne l'étoit celle de l'ancienne Chimie. Pas
un mot dans l'ancienne langue chimique qui n'ait été enfanté par
l'amour du mystère, & quelquefois même par le charlatanisme. Glauber,
Stahl, emportés par le torrent & l'espèce de mode régnante alors,
introduisent, l'un, _son sel admirable_, l'autre, _son double arcane_.
Un mot neuf, mot qui n'a aucune acception, peut en recevoir une, il
n'en est pas de même d'un mot déjà usité.
Il falloit donc une langue nouvelle pour une nouvelle science, des
mots nouveaux pour de nouveaux produits; enfin, il falloit créer des
expressions pour les phénomènes que créoit journellement la Chimie. Il
importoit sur-tout que cette nomenclature fût raisonnée, que le mot
fixât l'idée, & que, semblable à la langue des Grecs & des Latins,
les augmentatifs, les privatifs, & le changement naître des idées
accessoires & précises, & c'est l'objet que remplissent, par exemple,
les mots _soufre_, _sulfate_, _sulfite_, _sulfure_. Tel est le but
qu'ont rempli les Savans qui se sont réunis pour former cette nouvelle
nomenclature, & le Traité de M. Lavoisier la rend très-intelligible.
Rien de plus imposant dans l'ouvrage de M. Lavoisier que ce nombre
d'expériences ingénieuses, dont beaucoup lui appartiennent, toutes
présentées avec cette précision mathématique, inconnue avant cette
époque, que Rouelle avoit devinée, & qui, soumettant l'analyse à la
rigueur du calcul, fait le complément de la science, en rendant la
recomposition des corps aussi facile que leur décomposition.
L'ancienne Chimie parvenoit bien quelquefois à la synthèse: elle
décomposoit & recomposoit l'alun, les vitriols, les sels neutres en
général, elle minéralisoit & révivifioit les métaux; mais l'eau, mais
l'air échappoient à son analyse. Elle les regardoit comme des corps
simples & élémentaires, il étoit réservé à la Chimie pneumatique
de leur faire subir la double loi de la décomposition & de la
recomposition.
Il nous reste à parler de la théorie, puisque nous sommes restreints
à des généralités. Cette théorie pose sur une grande masse de faits,
qui lui forment un rempart solide où elle paroît inattaquable: elle
ne le seroit pas, sans doute, si elle prétendoit tout expliquer, mais
elle sait s'arrêter quand les faits lui manquent, ou qu'ils sont en
trop petit nombre pour consolider de nouveaux points de doctrine. Tel
est le caractère de sagesse qui la distingue de l'ancienne théorie,
qui expliquoit tout de dix manières différentes, parce qu'au défaut de
routes, il faut se pratiquer des sentiers. Dans la théorie actuelle,
les faits s'enchaînent; chaque proposition est étayée d'expériences
qui se pressent, & on paroît réduit à ne pouvoir pas en tirer d'autres
conséquences que celles que présente cette même théorie.
Nous pensons donc que cet Ouvrage, dont plusieurs chapitres sont
immédiatement applicables à la Physique de terminaison devinssent
autant de moyen de faire végétale, mérite l'approbation de la Société
Royale d'Agriculture.
_Signé_, DE FOURCROY & CADET DE VAUX.
Je certifie cet Extrait conforme à l'original & au jugement de la
Société.
A Paris, ce 6 Février 1789.
_Signé_, BROUSSONET, Secrétaire perpétuel.
De l'Imprimerie de CHARDON, rue de la Harpe. 1789.
_Fautes à corriger, & Additions._
_PAGE_ 43, _lignes_ 4 & 9, copeaux _lisez_ coupeaux