_Sur les combinaisons binaires de l'Oxygène avec les substances simples
métalliques & non métalliques._
L'OXYGÈNE est une des substances les plus abondamment répandues dans la
nature, puisqu'elle forme près du tiers en poids de notre atmosphère,
& par conséquent du fluide élastique que nous respirons. C'est dans ce
réservoir immense que vivent & croissent les animaux & les végétaux, &
c'est également de lui que nous tirons principalement tout l'oxygène
que nous employons dans nos expériences. L'attraction réciproque qui
s'exerce entre ce principe & les différentes substances est telle,
qu'il est impossible de l'obtenir seul & dégagé de toute combinaison.
Dans notre atmosphère, il est uni au calorique qui le tient en état de
gaz, & il est mêlé avec environ deux tiers en poids de gaz azote.
Il faut, pour qu'un corps s'oxygène, réunir un certain nombre de
conditions: la première est que les molécules constituantes de ce corps
n'exercent pas sur elles-mêmes une attraction plus forte que celle
qu'elles exercent sur l'oxygène; car il est évident qu'alors il ne peut
plus y avoir de combinaison. L'art dans ce cas peut venir au secours
de la nature, & l'on peut diminuer presqu'à volonté l'attraction des
molécules des corps, en les échauffant, c'est-à-dire, en y introduisant
du calorique.
Echauffer un corps, c'est écarter les unes des autres les molécules qui
le constituent; & comme l'attraction de ces molécules diminue suivant
une certaine loi relative à la distance, il se trouve nécessairement
un instant où les molécules exercent une plus forte attraction sur
l'oxygène, qu'elles n'en exercent sur elles-mêmes; c'est alors que
l'oxygénation a lieu.
On conçoit que le degré de chaleur auquel commence ce phénomène, doit
être différent pour chaque substance. Ainsi, pour oxygéner la plupart
des corps & en général presque toutes les substances simples, il ne
s'agit que de les exposer à l'action de l'air de l'atmosphère, & de les
élever à une température convenable. Cette température pour le plomb,
le mercure, l'étain, n'est pas fort supérieure à celle dans laquelle
nous vivons. Il faut au contraire un degré de chaleur assez grand pour
oxygéner le fer, le cuivre, &c. du moins par la voie sèche & lorsque
l'oxygénation n'est point aidée par l'action de l'humidité. Quelquefois
l'oxygénation se fait avec une extrême rapidité, & alors elle est
accompagnée de chaleur, de lumière & même de flamme; telle est la
combustion du phosphore dans l'air de l'atmosphère, & celle du fer dans
le gaz oxygène. Celle du soufre est moins rapide: enfin celle du plomb,
de l'étain & de la plupart des métaux, se fait beaucoup plus lentement
& sans que le dégagement du calorique, & sur-tout de la lumière, soit
sensible.
Il est des substances qui ont une telle affinité pour l'oxygène, & qui
ont la propriété de s'oxygéner à une température si basse, que nous ne
les voyons que dans l'état d'oxygénation. Tel est l'acide muriatique
que l'art, ni peut-être la nature, n'ont encore pu décomposer, &
qui ne se présente à nous que dans l'état d'acide. Il est probable
qu'il y a beaucoup d'autres substances du règne minéral qui, comme
l'acide muriatique, sont nécessairement oxygénées au degré de chaleur
dans lequel nous vivons; & c'est sans doute parce qu'elles sont déjà
saturées d'oxygène, qu'elles n'exercent plus aucune action sur ce
principe.
L'exposition des substances simples à l'air, élevées à un certain
degré de température, n'est pas le seul moyen de les oxygéner. Au lieu
de leur présenter l'oxygène uni au calorique, on peut leur présenter
cette substance unie à un métal avec lequel elle ait peu d'affinité.
L'oxide rouge de mercure est un des plus propres à remplir cet objet,
sur-tout à l'égard des corps qui ne sont point attaqués par le mercure.
L'oxygène dans cet oxide tient très-peu au métal, & même il n'y tient
plus au degré de chaleur qui commence à faire rougir le verre. En
conséquence on oxygène avec beaucoup de facilité tous les corps qui en
sont susceptibles, en les mêlant avec de l'oxide rouge de mercure, & en
les élevant à un degré de chaleur médiocre.
L'oxide noir de manganèse, l'oxide rouge de plomb, les oxides
d'argent, & en général presque tous les oxides métalliques peuvent
remplir jusqu'à un certain point le même objet, en choisissant de
préférence ceux dans lesquels l'oxygène a le moins d'adhérence. Toutes
les réductions ou revivifications métalliques ne sont même que des
opérations de ce genre: elles ne sont autre chose que des oxygénations
du charbon par un oxide métallique quelconque. Le charbon combiné
avec l'oxygène & avec du calorique, s'échappe sous forme de gaz acide
carbonique, & le métal reste pur & revivifié.
On peut encore oxygéner toutes les substances combustibles en les
combinant, soit avec du nitrate de potasse ou de soude, soit avec du
muriate oxygéné de potasse. A un certain degré de chaleur, l'oxygène
quitte le nitrate & le muriate, pour se combiner avec le corps
combustible: mais ces sortes d'oxygénation ne doivent être tentées
qu'avec des précautions extrêmes & sur de très-petites quantités.
L'oxygène entre dans la combinaison des nitrates & sur-tout des
muriates oxygénés, avec une quantité de calorique presqu'égale à
celle qui est nécessaire pour le constituer gaz oxygène. Cette
immense quantité de calorique devient subitement libre au moment
de sa combinaison avec les corps combustibles; & il en résulte des
détonations terribles auxquelles rien ne résiste.
Enfin on peut oxygéner par la voie humide une partie des corps
combustibles, & transformer en acides la plupart des oxides des trois
règnes. On se sert principalement à cet effet de l'acide nitrique,
auquel l'oxygène tient peu & qui le cède facilement à un grand nombre
de corps, à l'aide d'une douce chaleur. On peut également employer
l'acide muriatique oxygéné pour quelques-unes de ces opérations, mais
non pas pour toutes.
J'appelle _binaires_ les combinaisons des substances simples avec
l'oxygène, parce qu'elles ne sont formées que de la réunion de deux
substances. Je nommerai combinaisons _ternaires_ celles composées
de trois substances simples, & combinaisons _quaternaires_ celles
composées de quatre substances.
_TABLEAU des combinaisons de l'Oxygène avec les radicaux composés._
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| Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux composés |
| du règne minéral, tels que |
|--------------------------------------------------------------------|
| | Noms des acides qui en résultent. |
| Noms |-------------------------------------------------|
| des radicaux | Nomenclature | Nomenclature |
| | nouvelle. | ancienne. |
|--------------------------------------------------------------------|
|Le radical |L'acide nitro-muriatique.|L'eau régale. |
|nitro-muriatique. | | |
|--------------------------------------------------------------------|
| Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux carbone-hydreux |
| & hydro-carboneux du règne végétal, tels que le radical: * |
|--------------------------------------------------------------------|
|tartarique. |L'acide tartareux. |inconnu des anciens. |
|malique. |L'acide malique. |inconnu des anciens. |
|citrique. |L'acide citrique. |L'acide du citron. |
|pyro-lignique. |L'acide pyro-ligneux. |L'acide empyreumatique |
| | |du bois. |
|pyro-mucique. |L'acide pyro-muqueux. |L'acide empyreumatique |
| | |du sucre. |
|pyro-tartarique. |L'acide pyro-tartareux. |L'acide empyreumatique |
| | |du tartre. |
|oxalique. |L'acide oxalique. |Le sel d'oseille. |
|acétique. |L'acide acéteux ou |Le vinaigre, l'acide |
| |acétique. |du vinaigre. |
| | |Le vinaigre radical. |
|succinique. |L'acide succinique. |Le sel volatil de |
| | |succin. |
|benzoïque. |L'acide benzoïque. |Les fleurs de benjoin. |
|camphorique. |L'acide camphorique. |inconnu des anciens. |
|gallique. |L'acide gallique. |Le principe astringent |
| | |des végétaux. |
|--------------------------------------------------------------------|
| Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux carbone-hydreux & |
| hydro-carboneux du règne animal, auxquels se joint presque |
| toujours l'azote & souvent le phosphore, tels que le radical: ** |
|--------------------------------------------------------------------|
|lactique. |L'acide lactique. |L'acide du petit lait |
| | |aigri. |
|saccho-lactique. |L'acide saccho-lactique. |inconnu des anciens. |
|formique. |L'acide formique. |L'acide des fourmis. |
|bombique. |L'acide bombique. |inconnu des anciens. |
|sébacique. |L'acide sébacique. |inconnu des anciens. |
|lithique. |L'acide lithique. |Le calcul de la vessie.|
|prussique. |L'acide prussique. |La matière colorante |
| | |du bleu de Prusse. |
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* Ces radicaux, par un premier degré d'oxigénation, donnent le
sucre, l'amidon, le muqueux, & en général tous les oxides végétaux.
** Ces radicaux, par un premier degré d'oxigénation, donnent la
limphe animale, différentes humeurs, & en général tous les oxides
animaux.