CE QUE JACQUETTE N'APPREND PAS DE SA GOUVERNANTE. MAIS L'ESSENTIEL EST
QUE MADEMOISELLE DE QUINSONAS A TOUT CE QU'IL FAUT POUR INSPIRER À LA
FAMILLE UNE TRANQUILLITÉ PARFAITE.
Jacquette ne fit ni une ni deux quand elle put attraper sa gouvernante;
elle lui posa des questions sur quelques points dont l'incertitude lui
pesait:
«Comment se fait-il que les grandes personnes disent des horreurs que
les enfants ne doivent pas entendre?»
«Pourquoi faut-il un monsieur et une dame pour faire des cochonneries?»
«Qu'est-ce qui fait rire quand on parle de M. l'abbé Pucelle?»
«Pourquoi avez-vous giflé papa?»
Mlle de Quinsonas reçut ces interrogations sans sourciller et dit que
les enfants devaient se contenter de ce qu'on leur apprend aux heures de
leçon, se garder de chercher au delà, et surtout de mettre l'oeil aux
fenêtres et au trou des serrures, parce qu'on risque de s'y voir par
avance en enfer, grillée comme une côtelette.
Jacquette se montra un peu désappointée, car elle avait pensé qu'on lui
donnait une gouvernante pour s'éclairer sur ce qui se passait
communément autour d'elle. Elle se demanda si Marie Coquelière n'eût pas
suffi encore longtemps aux soins de sa petite personne; au moins la
nourrice savait des histoires de fées et se soumettait à ses trente-six
mille volontés.
C'était bien mal estimer la valeur de Mlle de Quinsonas, qui lui apprit
à lire, à compter autrement que sur ses doigts, à connaître à fond la
vie des grands hommes de Plutarque, et lui enseigna la religion d'une
manière un peu plus difficile à comprendre que l'on n'avait fait
jusque-là. Songez que Mlle de Chamarante savait tout juste ses prières
du matin et du soir. En plus de cela, sa gouvernante lui fit apprendre
par coeur un petit traité de morale composé par Mgr de Trélazé, évêque
d'Angers, son propre oncle, lequel contenait un appendice indiquant mot
à mot tout ce qu'il faut savoir, croire et pratiquer pour être sauvé.
Elle jugeait tout commentaire superflu, périlleux pour l'élève et pour
le maître plus encore.
L'étude des textes achevée, Mlle de Quinsonas devenait une longue
personne à déhanchement de fausse maigre, qui se tenait sans cesse aux
côtés de Jacquette et la menait promener en lui parlant du beau temps,
de la pluie et, à la rigueur, des beaux exemples que l'antiquité nous
fournit.
On ne pouvait dire ni qu'elle fût jolie, ni qu'elle fût laide, ni
qu'elle fût sotte, ni qu'elle fût intelligente. Instruite par
l'adversité à apprécier l'aubaine d'une place avantageuse, elle
cultivait elle-même une prudente neutralité et vivait dans la crainte
d'offenser quelqu'un. Elle ne mangeait pas à sa faim, ne buvait pas à sa
soif, car toute sa personne indiquait qu'elle était gourmande et portée
vers la satisfaction de nombreuses sensualités. Ses traits, quoique peu
harmonieux, n'étaient point vulgaires; elle avait l'oeil vif, ces lèvres
rouges et charnues que Malitourne avait remarquées à la porte de la
lingerie et dont les dents les plus irrégulières n'arrivaient point à
rompre la séduction puissante; par exemple, un menton parfait; le tout
soutenu par une taille heureusement assez longue pour porter allègrement
des seins pesants qui eussent excédé un buste ordinaire.
Ces dames, qui la jugeaient beaucoup trop haut montée sur jambes,
apprécièrent la discrétion de sa tenue, et, malgré les hommages que les
hommes lui rendaient, se rallièrent à elle, tant elle semblait les
recevoir avec candeur et bonhomie. Elle n'avait jamais l'air d'entendre
un compliment, laissait tomber une oeillade dans son corsage comme en un
puits perdu, et arrêtait au bon moment un geste indiscret, mais en ayant
l'air d'attraper des mouches.
Un tact si parfait lui conquit la confiance absolue de la marquise,
voire celle de Mme de Matefelon, qui peu à peu se reposèrent entièrement
sur elle du soin de Jacquette; et l'on fut tellement tranquille à ce
point de vue-là, qu'on ne se gêna pas plus qu'avant le fameux esclandre
qui avait motivé l'intervention d'une nièce d'évêque: la petite allait
et venait dans le château, dans les corridors, les jardins, à l'office
ou à table, et il semblait à tous que les influences les plus fâcheuses
dussent être paralysées par la seule présence de la gouvernante.
De toutes les personnes de la maison, Jacquette était celle qui
l'appréciait le moins. Elle apprenait à mentir et à dissimuler pour le
plaisir de fâcher durant un bon quart d'heure la figure toujours trop
pareille de Mlle de Quinsonas. Par exemple, elle descendait avec sa
gouvernante l'allée des fontaines, et, arrivée à l'escalier qui mène aux
jardins bas, elle virait brusquement et remontait, les jambes à son cou,
sous le prétexte qu'elle avait oublié son mouchoir, la passementerie à
parfilage ou le manuel de Mgr de Trélazé. Elle avait tôt fait de mettre
une bonne distance entre elle et Mlle de Quinsonas, de qui elle
escomptait le train de derrière alourdi, et, quand elle savait ne plus
figurer aux yeux de celle-ci qu'une quille bleuâtre au bout de la longue
allée, elle lui adressait un pied de nez ou lui tirait la langue. A qui
la rencontrait essoufflée, elle feignait l'émotion et disait que sa
gouvernante avait ses vapeurs, «là-bas, au pied du grand vase où il y a
des hommes poilus qui ont une petite queue pointue de chaque côté»; et
elle lui faisait porter des élixirs par quelqu'un de ces messieurs, qui,
en la courtisant, la mettaient au supplice, car elle craignait sans
cesse d'être compromise.
X
ON RACONTE L'AVENTURE UN PEU CAVALIÈRE DE LA CHAISE PERCÉE DE NINON QUI,
PAR UN TOUR SINGULIER, CONTRIBUE À NOUS FAIRE SAVOURER LE PARFUM D'UN
PUR AMOUR.
Si vous vous souvenez du propos que Jacquette avait tenu à table et qui
nous a valu l'installation de Mlle de Quinsonas, vous devez penser qu'il
n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd et que ce vaurien de
Châteaubedeau avait dû pour le moins en tirer fortement vanité. L'idée
était venue à quelqu'un de le donner pour amant à Ninon! Et par le
hasard de la présence d'un petit perroquet, cette idée était maintenant
si répandue qu'elle semblait avoir fait le tour du monde. Le chevalier
Dieutegard qui adorait Ninon en secret, et la femme de chambre, Thérèse,
qui aimait caresser Châteaubedeau la nuit, lui manifestaient de la
jalousie, chacun à leur manière. Quant à lui, il n'avait pas hésité à
glisser dans l'oreille de l'une et de l'autre «qu'il n'y a pas de fumée
sans feu». Dieutegard, enclin aux interprétations chagrines croyait au
feu, mais non Thérèse.
Cette fille servait la marquise de trop près pour ignorer qu'elle
n'avait pas d'amant. Car enfin, et je ne sais si vous le remarquez,
Ninon, qui tout d'abord paraissait si légère, est la personne de la
maison qui se conduit le mieux.
Thérèse se prêta donc à l'accomplissement d'une fantaisie que ce petit
drôle de Châteaubedeau eut le toupet de lui proposer et qui consistait à
l'introduire subrepticement dans la chambre de Mme de Chamarante.
Elle le laissa monter derrière elle, un matin, sans trahir un geste de
dépit ou de jalousie; Châteaubedeau même en était vexé, et il la pinçait
dans les parties protubérantes, ce qui faisait souffler la malheureuse
sur le chocolat de la marquise, la bouche en cul de poule, pour ne pas
crier.
On entrait chez Ninon par le cabinet de toilette, qu'une toile de Jouy à
vignettes rouges séparait de la garde-robe. Thérèse dit à Châteaubedeau
de se faufiler derrière la toile et de s'y tenir coi jusqu'à ce que la
marquise vînt à sa toilette et qu'elle-même quittât la chambre sous un
prétexte qu'elle saurait dénicher, la finaude.
Avant de se cacher, il huma les petits pots épars sur le marbre, toucha
les peignes, enfonça le nez dans la poudre et se rougit les lèvres. Il
était plus ému qu'il n'eût voulu le dire et éprouvait le besoin de faire
beaucoup de choses, successivement ou confusément, plutôt que de rester
tranquille. De ce qu'il ferait quand il se trouverait nez à nez avec la
marquise, il ne savait rien exactement. Il était prêt à tout, mais
ignorait à quoi. Il ne débutait pas dans les entreprises; aucune de ses
prouesses passées, toutefois, ne se laissait mesurer avec celle-là. Il
imaginait un grand roulement de tonnerre: la foudre tombe; elle vous
dérobe votre montre au gousset, vous met le feu à la perruque, ou vous
coupe en deux comme un tronc d'arbre, au petit bonheur! Il se voyait
surtout racontant l'exploit à Dieutegard, de ce ton calme, ou refroidi,
duquel on narre un épisode sur quoi l'on a dormi des semaines.
Il s'approcha de la porte, faisant de ses pieds un velours; il cligna de
l'oeil au trou de la serrure, qu'une clé posée tout de guingois rendait
impropre à laisser distinguer quoi que ce fût; il écouta et entendit
Ninon qui ânonnait, la bouche pleine, quelque chose comme: «ê... ô...
ê... ô... bulu... bulu... bulu...»; puis, la cuillerée de chocolat
passée, la marquise articula: «Bougresse! que c'est chaud!...» Thérèse
murmurait des excuses; Ninon s'emportait et évacuait de ces mots
particuliers à l'humeur du réveil et qui s'allient si peu avec la pureté
universelle du matin. Quand Ninon eut mangé, elle poussa un petit «han!»
de satisfaction, et tout s'adoucit. Une odeur d'ambre venait avec un air
frais par la serrure.
Soudain la porte s'ouvre contre Châteaubedeau qui, surpris, tombe à la
renverse.
«--Qu'est-ce qu'il y a?» demande de son lit la marquise.
«--Rien, Madame», dit Thérèse, qui a peine à retenir un éclat de rire;
«c'est le couvercle de la chaise de Madame la marquise que Madame la
marquise avait sans doute laissé ouvert.»
«--Ce n'est pas possible!» dit Ninon qui saute à bas de son lit et
accourt, tandis que Thérèse pousse le garnement derrière la toile, comme
un paquet de linge.
Quand Ninon arriva, elle ne vit rien et demeura là, un moment, debout.
Elle avait l'oeil brouillé encore, et elle se grattait à travers la
chemise qui montait et descendait du genou à mi-cuisse, selon les
mouvements de la main.
Châteaubedeau reprit ses sens au milieu de robes, de jupes, de caleçons
soyeux et parfumés. Son premier soin fut de voir Ninon, qu'il entendait
marcher, là, tout près, et pieds nus. Il y parvint par une crevasse qui
trouait le visage d'une bergère assise élégamment sur une gerbe de blé
écarlate.
Ninon, coiffée d'un petit bonnet de nuit, allait et venait sur le
parquet frais qui flattait la plante de son pied grassouillet, car elle
semblait faire fi des mules tenues à la main par Thérèse.
Elle marchait ainsi jusqu'à la fenêtre située au fond du cabinet, et
revenait face à Châteaubedeau en se caressant le corps avec sollicitude,
notamment dans la région abdominale, comme on fait d'un fruit pour en
éprouver la maturité. Elle fronçait le sourcil, frappait parfois le sol;
son angoisse était répétée sur le visage de la fidèle Thérèse. Tout à
coup, elle troussa haut sa chemise, s'assit sur la chaise, et son regard
s'éclaircit, tandis que la femme de chambre, rassérénée, posait les
mules sous les talons de sa maîtresse.
On entendit un bruit pareil à celui qu'un enfant produit en soufflant,
les lèvres serrées, dans une bouteille vide, sans en boucher
hermétiquement le goulot. Thérèse hocha la tête et dit avec compétence:
«--Autant de perdu.»
La marquise, d'un mouvement de dépit, envoya promener les deux mules, et
ses talons nus martelaient le sol en faisant vibrer la chair des mollets
et des cuisses.
«--Madame la marquise reconnaîtra, dit Thérèse, que j'avais prévenu
Madame la marquise que c'était le jour de sa rhubarbe.»
Ninon, les coudes aux genoux, les deux poings appuyés contre les joues,
rougissait et dardait un oeil cruel. Thérèse lui conseilla de se cogner
sur les genoux, en se fondant sur l'exemple de M. Goubin, l'apothicaire,
qui n'obtenait de sa femme aucune selle hormis par cette méthode toute
mécanique. Et Ninon abaissa les poings, fort gravement, sur ses genoux
arrondis et lisses comme de belles pommes de Calville. Pour l'exciter,
la femme de chambre battait la mesure en frappant l'une contre l'autre,
par la semelle, les petites mules vagabondes qu'elle venait de quérir au
bout de la pièce.
Enfin la méthode Goubin fut couronnée de succès, et Thérèse, se penchant
avec intérêt sur la chaise, dit que, sauf le respect qu'elle devait à
Madame la marquise, elle eût juré que Madame la marquise avait rendu des
noix grollières.
Ceci fait, elle poussa prestement le meuble béant, jusque sous la
tenture de Jouy, selon un dessein assurément prémédité et dont
Châteaubedeau sentit toute la malice à son endroit. D'accroupi qu'il
était, il se releva d'un bond et pinça si fort le bras de la pauvre
fille qu'elle cria.
Ninon, qui se trouvait à califourchon sur un bassin de faïence
rouennaise, et regardait devant soi avec des yeux de carpe flottante,
fut réveillée en sursaut et surprit la jambe du page au moment où il se
mettait debout. Elle démêla la farce et, comme elle n'était point femme
à se troubler pour la présence d'un homme dans sa chambre, elle dit
seulement «Sortez, Monsieur!» d'un ton qui défit totalement
Châteaubedeau. Il montra son nez enfariné, ses lèvres rougies, et il
n'osait seulement pas lever les yeux sur la marquise, tant il était
penaud. Elle profita de son trouble et lui jeta avec adresse, en pleine
figure, son éponge souillée d'une eau saumâtre.
Ce n'est pas pour le médiocre plaisir de taquiner un lecteur pudibond,
que je vous ai raconté cette scène, mais bien pour que vous croyiez
davantage à mon histoire, car vous savez de reste, comme dit Montaigne,
que «nous avons beau nous monter sur des échasses, encore faut-il
marcher de nos jambes, et, au plus élevé trône du monde, ne sommes-nous
assis que sur notre derrière». Les marquises, même dans les contes, sont
sujettes à cet inconvénient. J'aurais assez, pour ma part, le goût des
nobles récits; j'avoue n'être tout à fait heureux que lorsque le ton se
hausse et qu'une belle gravité se répand sur ma page; mais je ne puis
m'offrir cela qu'au prix de maintes humiliations, car je ne sens bien
vivre un homme qu'après que j'ai touché quelqu'une de ses petitesses.
Le véritable amour, dites-moi, n'est-ce pas celui qui transpose les cent
misères du corps et de l'âme, qu'il voit de près, plutôt que celui qui
s'exalte de loin à l'idée de princesses séraphiques? Le parler de tous
les jours m'émeut plus que la langue des dieux, et, s'il est vrai que la
poésie, comme tout art, doit s'élever vers le ciel sous peine d'être
reniée des hommes à bref délai, encore faut-il qu'elle touche le sol
d'un talon ferme.
Et vous allez voir tout de suite comme la chaise percée de Ninon va nous
éclairer sur les sentiments de deux jeunes gens rivaux, plus et mieux
que n'eussent fait de longues dissertations amoureuses.
Voilà donc notre Châteaubedeau qui descend en s'essuyant, crachant,
grommelant, tamponnant son jabot; démoli, honteux, pis qu'abîmé par la
marquise, raillé par une femme de chambre!
Il ne tarda pas à rencontrer le chevalier Dieutegard, qui rôdait
toujours sous les appartements de Ninon. A la vue de Châteaubedeau,
Dieutegard fut tenté de fuir et également tenté de s'approcher, de lui
parler et de l'entendre prononcer le nom de celle qu'il aimait. Certes,
il était dévoré de jalousie, mais le sentiment de sa grande timidité
l'entraînait, non sans une miette d'admiration, vers celui qui osait
toucher l'objet de son culte. Car il ne doutait pas qu'avec cette mine
défaite, Châteaubedeau ne sortît du lit de la marquise. Il lui souhaita
donc le bonjour, mais n'osa rien lui demander.
L'autre, tout en rajustant son habit, prenait cet air fat et lassé des
jeunes blancs-becs qui viennent de livrer un assaut galant. Il souffla,
en gonflant de grosses joues.
«--Il fait bon, dit-il, respirer le grand air.»
Dieutegard ne dit rien. Alors Châteaubedeau ajouta:
«--Peste soit des alcôves!»
Dieutegard ne bronchait pas.
«--... Avec leurs poudres et leurs parfums...»
«--Qui a des poudres et des parfums?» dit enfin le chevalier.
Châteaubedeau de ne point répondre. Il mit les deux pouces aux aisselles
et cracha loin.
«--Veux-tu des femmes? dit-il; j'en ai soupé!»
Dieutegard pensait à Ninon; il rougit que l'autre la mêlât au nombre des
femmes. Mais Châteaubedeau était ouvert; il parla tout net de Ninon et
raconta que cette femme insatiable ne pouvait se résoudre à se séparer
de lui le matin et l'obligeait à assister à sa toilette intime. Il dit
avec une grande précision tout ce dont il avait été témoin
effectivement, et il prenait chaque chose si bien par le menu que
Dieutegard ne doutait pas qu'il dît la vérité.
Mais, par le merveilleux privilège de l'amour, le chevalier ne retenait
rien des réalités décevantes dont un balourd affligeait une personne
chérie, et l'injure faite à son idole l'élevait encore plus haut dans la
région imaginaire où il avait coutume de l'honorer.
Il pensa un moment souffleter son camarade; il en fut retenu, non par la
peur, mais par la crainte de perdre à jamais Ninon s'il endommageait ce
garçon aimé d'elle. Il le pria donc seulement de ne plus lui parler de
ce sujet; et, s'étant calmé, il lui demandait aussitôt après des détails
nouveaux, car il s'enivrait d'entendre parler de Ninon, même de cette
manière.
La voix de la marquise, au-dessus de leurs têtes, fit fuir Châteaubedeau
et retint au contraire le chevalier. Cette voix se répandait sur toute
sa personne comme un baume, et, toutes les fois qu'il l'entendait, il
avait l'idée que, si elle ne s'adressait pas à lui, pour le combler
d'expressions de tendresse, c'était par suite d'un malentendu qui ne
saurait tarder à être dissipé, car il le méritait bien. Et il était sans
cesse repossédé par l'espérance.