L’APPEL A CÉSAR

Césarée, bâtie par Hérode, semblait presque une ville romaine, pourvue

d’un vaste port qu’avoisinaient des magasins voûtés. Ses rues

s’alignaient sur un plan sévère; beaucoup de ses maisons offraient un

aspect italien: un péristyle, une cour plantée d’arbustes, comme à

Pompéi. Auguste et les Césars y avaient leurs statues et leur temple. La

tour du palais où saint Paul fut enfermé, dont un pan reste debout

aujourd’hui, est une tour de château romain.

Il arriva vers le soir[388], avec son escorte de soixante-dix cavaliers.

Les fantassins, une fois dépassées les montagnes propices aux

embuscades, l’avaient quitté à Antipatris, étaient remontés vers

Jérusalem.

[388] Ils avaient dû faire dans la journée, d’Antipatris à Césarée,

une étape de vingt-six milles.

Le procurateur, Antonius Félix, après avoir lu le rapport (l’élogium) du

tribun, interrogea Paul sur-le-champ. Il s’enquit de quelle province il

était. Paul, malgré la lassitude du voyage, aurait voulu présenter son

immédiate apologie; il avait hâte d’obtenir une décision libératrice et

de s’embarquer pour l’Italie. Mais Félix se déroba; il remit à plus tard

l’examen de la cause:

--Je t’entendrai, dit-il, lorsque tes accusateurs seront venus.

Dès le premier contact, l’ascendant de l’Apôtre paraît l’avoir inquiété;

il se tient en garde.

Ce Félix, ancien esclave, Arcadien de naissance, fonctionnaire des plus

méprisables, méritait le jugement de Tacite:

«Dans toutes sortes de cruautés et de débauches, il exerça, _avec une

âme d’esclave_, les pouvoirs d’un roi[389].»

[389] _Histoires_, V, IX.

Affranchi de Claude, ayant pour frère Pallas, le favori du prince, il se

croyait tout permis. Il avait pris Drusilla, une Juive, au roi Aziz, son

époux. Il traitait avec les sicaires pour avoir part aux rapines, et

avec les princes des prêtres, pour les rassurer contre les sicaires.

Dans le procès de Paul, il entrevit aussitôt des intérêts complexes, de

l’argent à extorquer. C’est pourquoi, au lieu de lui rendre sa liberté,

il ordonna de le retenir dans le palais d’Hérode.

A Jérusalem, Lysias s’était empressé d’avertir Ananie et les notables

juifs qu’ils pouvaient porter leur plainte devant le procurateur. Ils ne

perdirent point de temps. Cinq jours après, on vit, dans les rues de

Césarée, passer la délégation du sanhédrin, accompagnée d’un jeune

avocat latin, qui avait nom Tertullus. Les sanhédrites signifièrent au

procurateur leur requête contre Paul. Le lendemain, dans la matinée, le

prisonnier fut conduit au prétoire du magistrat; et Tertullus plaida

contre lui: ou plutôt il répéta, en grec, l’accusation que le sanhédrin

lui avait soufflée.

Il commença par les flagorneries d’usage à l’égard du potentat romain.

Il le loua «de la paix abondante» dont jouissait la Judée, grâce à sa

prévoyance, puis attaqua sans préparation «cet _homme-peste_, qui

remuait la discorde parmi les Juifs dans tout l’univers, le protagoniste

de la secte des Nazaréens». Paul avait essayé de profaner le Temple; les

Juifs l’avaient arrêté et voulaient le juger selon leur Loi. Mais le

tribun Lysias l’avait arraché de force à leurs mains; et c’était lui qui

avait ordonné aux plaignants de venir jusqu’au procurateur.

La conclusion implicite, ou qu’il n’osa pas émettre aussitôt, devait

être: «Le procès de cet homme nous appartient; livre-nous-le.»

Tertullus, porte-parole aux gages d’Ananie, argumenta d’une façon gauche

et lourde. Toute haine furieuse est maladroite. En chargeant de leurs

griefs le tribun, les sanhédrites indisposaient contre eux le

procurateur. Paul eut beau jeu pour se défendre. Il mit, dans son

exorde, un mot de louange, mais sans bassesse, à l’endroit de Félix,

«encouragé, dit-il, à se justifier devant un juge qui, depuis de longues

années, connaissait bien _ce peuple_».

Il était monté à Jérusalem, parce qu’il voulait _adorer_. On pouvait

scruter l’emploi de son temps, du premier au septième jour de son

pèlerinage. Pas une fois il n’avait, dans le Temple, conversé avec

quelqu’un, ni causé un attroupement dans les synagogues ou les rues. Il

défiait ses adversaires de prouver un seul délit.

--Mais, continua-t-il, je le reconnais, je sers le Dieu de nos pères

selon la voie qu’ils appellent «hérésie», croyant à tout ce qui est

selon la Loi et à tout ce qui est écrit dans les Prophètes, espérant ce

qu’ils (les pharisiens) attendent eux-mêmes, la résurrection des morts,

des _justes_ et des _injustes_. Sur cela, moi aussi, je m’exerce à

garder une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes.

Et, après de nombreuses années, je suis venu pour faire à ceux de mon

peuple des aumônes et offrir des sacrifices...

La silhouette de ce discours démontre une fois de plus combien fut

simple et stable la dialectique de l’Apôtre: la «voie» chrétienne n’est

pas une rébellion contre la Loi; Paul n’apporte rien de nouveau,

d’hérétique, quand il annonce la Résurrection et le Jugement. Mais ce

qu’il veut révéler aux Juifs, parce qu’ils le méconnaissent et le nient,

c’est le Juge, le Christ ressuscité.

Ici, devant Félix, il ne semble pas être allé jusqu’au bout de son

enseignement. Le procurateur savait les tendances de la secte

nazaréenne; il dut faire comprendre à Paul que son apologie suffisait.

Il pénétrait l’inanité des griefs juifs. Pourtant, il tenait à ménager

Ananie et les notables sadducéens. Au lieu de rendre à Paul la liberté,

il ajourna sa sentence, sous couleur d’attendre un supplément

d’information:

--Quand le tribun Lysias sera venu, je jugerai votre affaire.

Mais, si Paul resta détenu dans la tour d’Hérode, le centurion qui le

gardait reçut l’ordre de lui donner _quelque détente_. Il fut allégé de

ses chaînes, ses amis purent l’assister, même l’approcher. Philippe

l’évangéliste, d’autres fidèles de Césarée, et, sans doute, ses

compagnons de voyage, Luc, Timothée, Aristarque le Thessalonicien lui

portèrent des nouvelles de Jérusalem. Pour l’Apôtre, tout était là:

continuer son Évangile; prêcher, diriger. Dans ses années de captivité,

pas un jour, sa grande voix ne s’est tue. Même relégué au fond d’une

basse fosse il aurait chanté la gloire du Christ, accompli ce qui

manquait aux souffrances du Seigneur pour l’Église, son corps mystique.

Sa qualité de citoyen romain, son pouvoir de persuasion lui valurent

partout des égards; en sorte que chacune de ses prisons deviendra une

chaire où sa condition douloureuse commentera, amplifiera sa doctrine.

Dans celle de Césarée, il troubla l’entourage de Félix et le procurateur

lui-même. Drusilla prit fantaisie de le voir, de l’écouter discourir.

C’était, comme sa sœur Bérénice, une Juive cosmopolite, ambitieuse,

perverse et mystique. Les sciences occultes la captivaient. Elle avait

fréquenté Simon le Magicien. Félix s’était servi des prestiges de cet

enchanteur pour la décider à quitter son époux Aziz et à vivre avec lui.

Elle avait, en ce temps-là, quinze ou seize ans; elle était belle.

Un caprice de curiosité l’intéressa au prêcheur juif. Amené devant elle

et Félix, Paul leur parla de la foi en Jésus-Christ. Mais, avec la

rudesse d’un prophète, comme Jean-Baptiste en face d’Hérode Antipas, il

insista «sur la justice, la continence, le Jugement à venir». Félix,

effrayé, l’interrompit:

--Pour l’instant, va; et, quand j’aurai un moment, je te manderai.

Plus saisie encore par l’Apocalypse du Nazaréen, Drusilla ne chercha

point d’autre entrevue. Elle devait périr, à Pompéi, sous la cendre du

volcan, elle et le fils qu’elle avait eu de Félix.

Le procurateur fit venir Paul «assez souvent», dans l’espoir que les

communautés chrétiennes offriraient pour sa liberté une forte rançon.

Paul répugnant à ses vues cupides, il fit traîner l’instruction du

procès. Il suivait à son égard une de ses coutumes iniques. Josèphe

aurait pu dire de lui comme d’un de ses successeurs, Albinus:

«Il ne retenait en prison que les gens qui ne lui avaient rien

donné[390].»

[390] _Bell. Jud._, II, XXIV.

Mais il fut disgracié lui-même. Néron, en 55, avait éloigné du pouvoir

Pallas, créature d’Agrippine; l’affranchi gardait encore assez

d’influence pour protéger Félix; Poppée, quand elle régna sur le prince,

obtint le rappel du procurateur. Les Juifs la pressaient d’agir; ils

pouvaient aisément prouver les forfaitures et les violences dont ils

s’étaient plaints.

Avant son départ, Félix enjoignit qu’on resserrât Paul dans sa geôle. Il

espérait, par cette ignoble complaisance, ramener à soi le parti

sadducéen, esquiver l’acharnement de ses représailles.

Depuis deux ans, Paul endurait sa captivité. A cette épreuve, aucun

terme ne semblait poindre. Ses chaînes, lorsqu’on les lui remit, furent

doublement lourdes. Mais son âme entendait le psaume de sa délivrance,

la promesse du Seigneur: «Il faut qu’à Rome aussi tu témoignes.»

Porcius Festus, le successeur de Félix, avait été choisi comme un

magistrat zélé, juste et sage. A peine arrivé, trois jours après, il se

mit en route pour Jérusalem. Il voulait témoigner aux chefs d’Israël son

souci de leurs intérêts. Exploitant ses bonnes dispositions, les ennemis

de Paul le chargèrent âprement; ils demandèrent qu’il fût ramené à

Jérusalem où il leur appartenait de le juger. Festus, averti qu’entre

Césarée et Jérusalem, des sicaires soudoyés essaieraient un coup de

main, déçut les sanhédrites par cette ferme réponse:

--Je repars bientôt. Vous n’avez qu’à descendre avec moi, et vous

accuserez cet homme, s’il y a quelque chose contre lui.

A son retour, dès le lendemain matin, il manda Paul au prétoire. Devant

le tribunal, de l’estrade où il le fit monter--pour qu’il fût mieux en

vue--l’accusé dominait ses accusateurs rangés en demi-cercle comme au

sanhédrin. Il aurait pu dire avec le Psalmiste: «Des taureaux gras

m’entourent.» Le grand prêtre, Ismaël, fils de Phabi, était venu afin de

l’accabler. Les plus éloquents des Juifs redoublèrent des imputations

échafaudées avec une perfidie savante. La plus grave était de le

présenter comme un _séditieux_. En attaquant, soutenaient-ils, les

traditions juives, cet homme bravait le peuple romain qui s’engageait à

les défendre. Il promettait, au nom d’un certain Jésus, un royaume

supérieur aux empires terrestres. De ceux-ci Paul annonçait la ruine, et

le Jugement universel au tribunal d’un Roi qui ferait comparaître tous

les rois de la terre. Doctrine dangereuse pour la paix romaine,

insultante pour César. Celui qui l’enseignait était un scandale; on ne

devait pas le laisser vivre. Mais ils n’auraient su alléguer un seul

fait qui justifiât leurs diatribes.

Paul, avec l’assurance de l’innocent, répliqua:

--Je ne suis coupable ni envers la loi des Juifs, ni envers le Temple,

ni envers César.

Festus le voyait bien: tout ce procès tournait autour d’une querelle

religieuse et de «ce Jésus mort que Paul déclarait vivant». La sauvage

insistance des Juifs l’embarrassait; d’autre part, son équité, comme la

jurisprudence romaine, lui imposait de protéger un citoyen. L’idée lui

vint d’un biais politique pour satisfaire les Juifs et mettre sa

conscience en repos. Tout d’un coup il interrogea Paul, sans

l’arrière-pensée de lui tendre un piège:

--Voudrais-tu monter à Jérusalem, et, là-bas, être jugé sous ma

protection?

Paul savait que le procurateur n’aurait pu contraindre un citoyen romain

à subir sans appel le jugement d’un tribunal juif. La question de Festus

lui fit plus nettement sentir son avantage:

--Je suis, répondit-il, au tribunal de César; c’est là que je dois être

jugé. Je n’ai fait aucun tort aux Juifs; toi-même tu le reconnais fort

bien. Si j’ai fait tort et si j’ai commis un acte qui mérite la mort, je

ne refuse pas de mourir. Mais si rien n’est vrai dans leurs accusations,

nul ne peut leur faire don de moi. _J’en appelle à César._

Les Juifs, sous ce coup de foudre, baissèrent la tête. Festus se retira

pour délibérer avec ses assesseurs. Il revint, prononça la sentence:

--Tu en appelles à César; tu iras à César.

Le mot: _J’en appelle à César_, si un autre Juif l’eût prononcé, eût

signifié seulement la confiance des Israélites en un pouvoir suprême qui

dominait les factions et les intérêts particuliers. Les Juifs étaient,

en masse, conquis par le prestige de l’Empire; ils croyaient à son

avenir stable; ils se battaient même dans ses armées où il passaient

pour bons soldats. Si Jérusalem, en 70, succomba, l’inertie des Juifs de

la diaspora, trop attachés aux Romains, ou trop égoïstes, causa, en

grande partie, cette catastrophe.

Dans la bouche de Paul, l’appel à César marque une date plus grande et

décisive. L’Église déclare périmée la justice de la synagogue; elle

remet sa cause à l’Empire qui, dans la suite, voudra l’exterminer, mais

dont elle attendait alors une protection; au reste, elle l’envahira,

elle le convertira peu à peu, tandis qu’Israël, jusqu’à la plénitude des

temps, lui résistera.

Donc Paul allait voir les fidèles de Rome; il comparaîtrait devant

César; et César entendrait la parole de Dieu. La décision du procurateur

l’établit dans une visible allégresse.

Quelques jours après, Festus eut la visite du jeune roi Agrippa II et de

sa sœur Bérénice. Agrippa avait été nourri à Rome, dans l’entourage de

Claude, pour devenir un de ces roitelets dont l’État romain savait faire

des esclaves. Il vivait en compagnie de Bérénice; leur intimité

scandalisait les Juifs. Veuve d’un premier mari, de son oncle Hérode,

Bérénice avait cohabité avec son frère; leur liaison déchaîna les

langues malveillantes; afin de leur imposer silence, elle offrit sa main

au roi de Cilicie, Polémon. Il accepta, parce qu’elle était immensément

riche. Elle l’abandonna, revint à son frère. Plus tard, elle saura

plaire «au vieux Vespasien par la magnificence de ses présents[391]».

Titus l’aimera d’un amour autre que Racine ne le donne à entendre.

[391] TACITE, _Hist._ II, LXXXI.

Cette Orientale, plus ensorceleuse et pervertie que Drusilla, eut des

accès de dévotion. Elle vint à Jérusalem accomplir un vœu de

nazirat[392]. La foi chrétienne dut, par moments, la préoccuper. Sa sœur

lui avait parlé de Paul. A son tour, elle fut curieuse de l’approcher.

[392] Voir JOSÈPHE, _Bell. Jud._, l. II, XXVI.

Festus prévint son désir; lui-même souhaitait de connaître l’impression

d’Agrippa sur l’homme qu’il devait envoyer à César. Ainsi, dans son

rapport, il pourrait mieux préciser si Paul méritait ou non la haine

tenace des Juifs.

Le lendemain, au cours d’une réception officielle, devant les officiers

des cinq cohortes de la garnison, devant la suite qui accompagnait

Agrippa et Bérénice en grand apparat, Paul fut introduit, les bras liés,

vieilli par la prison, dans son humilité de captif, plein d’aisance

cependant et portant sur son visage une joie grave, la confiance de ne

pas témoigner en vain. Agrippa, touché de son aspect douloureux et

saint, l’invita lui-même à présenter son apologie.

Paul étendit sa main (ses chaînes légères lui permettaient ce geste

d’habitude)[393]. On l’écouta, d’abord, comme un étrange et attirant

visionnaire. Il reprit l’histoire de ses égarements, le récit de la

vision qui avait retourné son âme. Il insista sur l’orthodoxie juive de

sa doctrine:

[393] C’était aussi, nous l’avons vu, un geste traditionnel d’orateur:

deux doigts repliés, les autres allongés.

«C’est pour l’espérance de la promesse venue de Dieu à nos pères que je

suis mis en jugement, promesse dont nos douze tribus, servant Dieu nuit

et jour avec persévérance, espèrent l’accomplissement, c’est pour cette

espérance, ô roi Agrippa, que je suis accusé par les Juifs... C’est à

cause de ces choses que les Juifs, m’ayant saisi dans le Temple, ont

essayé de me mettre à mort. Ayant donc obtenu l’assistance de Dieu

jusqu’à ce jour, je me tiens en témoin devant _petit et grand_, ne

disant rien que ce que les prophètes, après Moïse, ont dit des temps à

venir, si le Christ doit souffrir, s’il doit, ressuscité le premier

d’entre les morts, annoncer la lumière au peuple et aux gentils...»

Jusqu’à cette phrase, l’étonnement, et, pour quelques-uns, la révélation

d’un mystère avaient maintenu le silence. Mais Festus, représentant les

divins Césars, ne pouvait admettre qu’un Juif, en sa présence, imposât

comme ressuscité, comme seul vrai Dieu, un Messie universel, espéré par

Moïse et les prophètes. L’hypothèse de la Résurrection et du Jugement

lui paraissait d’ailleurs extravagante:

--Tu es fou, cria-t-il soudain; Paul, trop de lectures te tournent à la

folie.

La grossière brusquerie de l’apostrophe arrêta le discours, mais sans

que Paul fût déconcerté.

--Non, releva-t-il, je ne suis point fou, éminent Festus; les paroles

que je prononce sont vérité et sagesse. Le roi ici présent le sait bien,

lui devant qui je parle avec confiance. Il n’ignore aucun des événements

dont je parle; car ils ne se sont point passés _dans un coin_. Tu crois

aux prophètes, roi Agrippa? Oui, je sais que tu y crois.

Agrippa, loin de rembarrer ce hardi langage, fit à Paul une réponse

obligeante:

--Pour un peu tu me convaincrais d’être chrétien.

Mot dit en l’air, mot de prince dilettante et d’homme du monde, qu’on

aurait tort cependant de supposer ironique. Agrippa était vraiment

séduit par la force persuasive du croyant Paul; il ne réfléchissait pas

à ce qu’eût exigé une conversion.

Avec une grâce cavalière et charmante, Paul l’encouragea:

--Plût à Dieu que, _pour un peu_, et _pour beaucoup_, non seulement toi,

mais tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui fussent semblables à moi...

_sauf ces chaînes_.

Paul confesse le désagrément des chaînes; mais il accepterait, à lui

seul, tout le fardeau des douleurs terrestres, si, à ce prix, ses frères

obtenaient le don sans prix, celui qu’il a reçu. Dans cette saillie

spirituelle éclate une merveilleuse charité. Le trait n’achève pas

seulement l’épisode, il le soutient tout entier; car il n’a de sens que

s’il conclut la scène indiquée par l’historien.

Des sourires, un murmure d’approbation témoignèrent que l’assistance

était conquise. En se retirant, les invités disaient entre eux de

l’Apôtre:

--Cet homme n’a rien fait qui mérite la mort ou la prison.

Agrippa suggéra même au procurateur une mesure que celui-ci n’osa point

prendre:

--S’il n’avait fait appel à César, on aurait pu le mettre en liberté.

C’est, les chaînes aux mains, que Paul débarquera sur la terre d’Italie.

Un hôte comme lui, Rome se devait de le défrayer jusqu’au terme du

voyage. Mais il faillit ne pas arriver.

Saint Paul · 第 47 / 56 题