VIII

Oh! quoi que nous fassions et quoi que nous disions,

Soit que notre âme plane au vent des visions,

Soit qu'elle se cramponne à l'argile natale,

Toujours nous arrivons à ta grotte fatale,

Gethsémani, qu'éclaire une vague lueur!

O rocher de l'étrange et funèbre sueur!

Cave où l'esprit combat le destin! ouverture

Sur les profonds effrois de la sombre nature!

Antre d'où le lion sort rêveur, en voyant

Quelqu'un de plus sinistre et de plus effrayant,

La douleur, entrer, pâle, amère, échevelée!

O chute! asile! ô seuil de la trouble vallée

D'où nous apercevons nos ans fuyants et courts,

Nos propres pas marqués dans la fange des jours,

L'échelle où le mal pèse et monte, spectre louche,

L'âpre frémissement de la palme farouche,

Les degrés noirs tirant en bas les blancs degrés,

Et les frissons aux fronts des anges effarés!

Toujours nous arrivons à cette solitude,

Et, là, nous nous taisons, sentant la plénitude!

Paix à l'Ombre! Dormez! dormez! dormez! dormez!

Êtres, groupes confus lentement transformés!

Dormez, les champs! dormez, les fleurs! dormez les tombes!

Toits, murs, seuils des maisons, pierres des catacombes,

Feuilles au fond des bois, plumes au fond des nids,

Dormez! dormez, brins d'herbe, et dormez, infinis!

Calmez-vous, forêt, chêne, érable, frêne, yeuse!

Silence sur la grande horreur religieuse,

Sur l'Océan qui lutte et qui ronge son mors,

Et sur l'apaisement insondable des morts!

Paix à l'obscurité muette et redoutée!

Paix au doute effrayant, à l'immense ombre athée,

A toi, nature, cercle et centre, âme et milieu,

Fourmillement de tout, solitude de Dieu!

O générations aux brumeuses haleines,

Reposez-vous! pas noirs qui marchez dans les plaines!

Dormez, vous qui saignez; dormez, vous qui pleurez!

Douleurs, douleurs, douleurs, fermez vos yeux sacrés!

Tout est religion et rien n'est imposture.

Que sur toute existence et toute créature,

Vivant du souffle humain ou du souffle animal,

Debout au seuil du bien, croulante au bord du mal,

Tendre ou farouche, immonde ou splendide, humble ou grande,

La vaste paix des cieux de toutes parts descende!

Que les enfers dormants rêvent les paradis!

Assoupissez-vous, flots, mers, vents, âmes, tandis

Qu'assis sur la montagne en présence de l'Être,

Précipice où l'on voit pêle-mêle apparaître

Les créations, l'astre et l'homme, les essieux

De ces chars de soleils que nous nommons les cieux,

Les globes, fruits vermeils des divines ramées,

Les comètes d'argent dans un champ noir semées,

Larmes blanches du drap mortuaire des nuits,

Les chaos, les hivers, ces lugubres ennuis,

Pâle, ivre d'ignorance, ébloui de ténèbres,

Voyant dans l'infini s'écrire des algèbres,

Le contemplateur, triste et meurtri, mais serein,

Mesure le problème aux murailles d'airain,

Cherche à distinguer l'aube à travers les prodiges,

Se penche, frémissant, au puits des grands vertiges,

Suit de l'oeil des blancheurs qui passent, alcyons,

Et regarde, pensif, s'étoiler de rayons,

De clartés, de lueurs, vaguement enflammées,

Le gouffre monstrueux plein d'énormes fumées.

Guernesey, 2 novembre 1855, jour des morts.

TABLE

DU TOME SECOND

1843-1856.

Pages.

LIVRE QUATRIÈME.

PAUCA MEÆ.

I Pure innocence! vertu sainte! 3

II 15 FÉVRIER 1843 7

III TROIS ANS APRÈS 11

IV Oh! je fus comme fou dans le premier moment 19

V Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin 21

VI Quand nous habitions tous ensemble 23

VII Elle était pâle, et pourtant rose 27

VIII A qui donc sommes-nous? 31

IX O souvenirs! printemps! aurore! 33

X Pendant que le marin, qui calcule et qui doute 37

XI On vit, on parle 39

XII A QUOI SONGEAIENT LES DEUX CAVALIERS DANS LA FORÊT 41

XIII VENI, VIDI, VIXI 45

XIV Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne 49

XV A VILLEQUIER 51

XVI MORS 61

XVII CHARLES VACQUERIE 63

LIVRE CINQUIÈME.

EN MARCHE.

I A AUG. V 73

II AU FILS D'UN POETE 75

III ÉCRIT EN 1846.--ÉCRIT EN 1855 79

IV La source tombait du rocher 101

V A MADEMOISELLE LOUISE B. 103

VI A VOUS QUI ÊTES LÀ 109

VII Pour l'erreur, éclairer, c'est apostasier 113

VIII A JULES J. 115

IX LE MENDIANT 119

X AUX FEUILLANTINES 121

XI PONTO 125

XII DOLOROSÆ 127

XIII PAROLES SUR LA DUNE 129

XIV CLAIRE P. 133

XV A ALEXANDRE D. 137

XVI LUEUR AU COUCHANT 139

XVII MUGITUSQUE BOUM 143

XVIII APPARITION 147

XIX AU POETE QUI M'ENVOIE UNE PLUME D'AIGLE 149

XX CERIGO 151

XXI A PAUL M. 155

XXII Je payai le pêcheur, qui passa son chemin 157

XXIII Le vallon où je vais tous les jours est charmant 159

XXIV J'ai cueilli cette fleur pour toi 163

XXV O strophe du poëte 165

XXVI LES MALHEUREUX 167

LIVRE SIXIÈME.

AU BORD DE L'INFINI.

I LE PONT 187

II IBO 189

III Un spectre m'attendait 197

IV Écoutez. Je suis Jean 199

V CROIRE, MAIS PAS EN NOUS 201

VI PLEURS DANS LA NUIT 205

VII Un jour, le morne esprit, le prophète sublime 239

VIII CLAIRE 241

IX A LA FENÊTRE PENDANT LA NUIT 251

X ÉCLAIRCIE 259

XI Oh! par nos vils plaisirs, nos appétits, nos fanges 263

XII AUX ANGES QUI NOUS VOIENT 265

XIII CADAVER 267

XIV O gouffre! l'âme plonge et rapporte le doute 271

XV A CELLE QUI EST VOILÉE 273

XVI HORROR 281

XVII DOLOR 289

XVIII Hélas! tout est sépulcre 295

XIX VOYAGE DE NUIT 297

XX RELLIGIO 301

XXI SPES 303

XXII CE QUE C'EST QUE LA MORT 305

XXIII LES MAGES 307

XXIV EN FRAPPANT À UNE PORTE 341

XXV NOMEN, NUMEN, LUMEN 345

XXVI CE QUE DIT LA BOUCHE D'OMBRE 347

Les contemplations: Aujourd'hui, 1843-1856 · 第 161 / 163 题