HORROR

I

Esprit mystérieux qui, le doigt sur ta bouche,

Passes... ne t'en va pas! parle à l'homme farouche

Ivre d'ombre et d'immensité,

Parle-moi, toi, front blanc, qui dans ma nuit te penches;

Réponds-moi, toi qui luis et marches sous les branches,

Comme un souffle de la clarté!

Est-ce toi que chez moi minuit parfois apporte?

Est-ce toi qui heurtais l'autre nuit à ma porte,

Pendant que je ne dormais pas?

C'est donc vers moi que vient lentement ta lumière?

La pierre de mon seuil peut-être est la première

Des sombres marches du trépas.

Peut-être qu'à ma porte ouvrant sur l'ombre immense,

L'invisible escalier des ténèbres commence;

Peut-être, ô pâles échappés,

Quand vous montez du fond de l'horreur sépulcrale,

O morts, quand vous sortez de la froide spirale,

Est-ce chez moi que vous frappez!

Car la maison d'exil, mêlée aux catacombes,

Est adossée au mur de la ville des tombes.

Le proscrit est celui qui sort;

Il flotte submergé comme la nef qui sombre;

Le jour le voit à peine et dit: Quelle est cette ombre?

Et la nuit dit: Quel est ce mort?

Sois la bienvenue, ombre! ô ma soeur! ô figure

Qui me fais signe alors que sur l'énigme obscure

Je me penche, sinistre et seul;

Et qui viens, m'effrayant de ta lueur sublime,

Essuyer sur mon front la sueur de l'abîme

Avec un pan de ton linceul!

Les contemplations: Aujourd'hui, 1843-1856 · 第 123 / 163 题