II

Nuits, serez-vous pour nous toujours ce que vous êtes?

Pour toute vision, aurons-nous sur nos têtes

Toujours les mêmes cieux?

Dis, larve Aldebaran, réponds, spectre Saturne,

Ne verrons-nous jamais sur le masque nocturne

S'ouvrir de nouveaux yeux?

Ne verrons-nous jamais briller de nouveaux astres?

Et des cintres nouveaux, et de nouveaux pilastres

Luire à notre oeil mortel,

Dans cette cathédrale aux formidables porches

Dont le septentrion éclaire avec sept torches,

L'effrayant maître-autel?

A-t-il cessé, le vent qui fit naître ces roses,

Sirius, Orion, toi, Vénus, qui reposes

Notre oeil dans le péril?

Ne verrons-nous jamais sous ces grandes haleines

D'autres fleurs de lumière éclore dans les plaines

De l'éternel avril?

Savons-nous où le monde en est de son mystère?

Qui nous dit, à nous, joncs du marais, vers de terre

Dont la bave reluit,

A nous qui n'avons pas nous-mêmes notre preuve,

Que Dieu ne va pas mettre une tiare neuve

Sur le front de la nuit?

Les contemplations: Aujourd'hui, 1843-1856 · 第 110 / 163 题