On brave l'immuable; et l'un se réfugie
Dans l'assoupissement, et l'autre dans l'orgie.
Cet autre va criant:
--A bas vertu, devoir et foi! l'homme est un ventre!--
Dans ce lugubre esprit, comme un tigre en son antre,
Habite le néant.
Écoutez-le:--Jouir est tout. L'heure est rapide.
Le sacrifice est fou, le martyre est stupide;
Vivre est l'essentiel.
L'immensité ricane et la tombe grimace.
La vie est un caillou que le sage ramasse
Pour lapider le ciel.--
Il souffle, forçat noir, sa vermine sur l'ange.
Il est content, il est hideux; il boit, il mange;
Il rit, la lèvre en feu,
Tous les rires que peut inventer la démence;
Il dit tout ce que peut dire en sa haine immense
Le ver de terre à Dieu.
Il dit: Non! à celui sous qui tremble le pôle.
Soudain l'ange muet met la main sur l'épaule
Du railleur effronté;
La mort derrière lui surgit pendant qu'il chante;
Dieu remplit tout à coup cette bouche crachante
Avec l'éternité.