A six heures au nord de Santa-Fé, se trouve située la gare de Espanola,
sur la ligne du _Denver et Rio Grande Railway_. Le chemin de fer suit
ici les sinuosités du fleuve jusqu'à Embudo, à cinquante milles plus
haut, et c'est dans cette vallée fertile que sont situés les trois
_pueblos_ de San-Juan, de Santa-Clara et de San-Idelfonso. Le petit
village de Espanola est le centre commercial du pays, et j'ai rencontré
là deux Canadiens de Lachute qui ont des magasins spacieux et qui font
un commerce fort important avec les cultivateurs et les éleveurs des
environs. Ceci m'amène naturellement à constater ici que j'ai rencontré
des compatriotes partout où je me suis trouvé jusqu'à présent, soit au
Colorado ou au Nouveau-Mexique; et les familles des Beaubien, des
Mercure, de Saint-Vrain et des Cloutier sont bien connues dans la vallée
du _Rio Grande del Norte_. La veuve du premier gouverneur du territoire
est une Beaubien, et elle vit encore à Taos. Son mari, le colonel Bent,
fut tué par les Mexicains, dans l'insurrection qui suivit l'occupation
du pays par les troupes américaines, en 1847.
Les villages indiens se ressemblent tellement,--par les habitations, les
traditions, la manière de cultiver la terre et la manière de vivre de
leurs habitants,--qu'il suffit réellement d'en visiter un seul pour se
former une juste idée de tous les autres. Aussi ne mentionnerai-je qu'en
passant ma visite à San-Juan, à Santa-Clara et à San-Idelfonso, pour
m'occuper plus longuement de mon voyage à Fernandez de Taos.
Le _pueblo_ de Taos est un des plus curieux et l'un des plus importants
du pays, et les édifices remarquables où vivent aujourd'hui les
_Puebloanos_ sont de la plus haute antiquité. Ce _pueblo_, situé à
vingt-deux milles d'Embudo, est relié à la gare par un service de
diligences, mais je préférai faire la route à cheval, en compagnie de
deux artistes américains, qui avaient eu la bonne idée de venir faire
des études et des croquis dans cette contrée pittoresque.
Le pays entre Embudo et Taos n'offre rien de remarquable. On passe en
route deux ou trois hameaux mexicains et quelques _haciendas_. Les
habitants nous regardent passer avec cette indifférence simulée ou
réelle qui distingue les métis espagnols. A la porte de chaque masure
construite en adobes, on voit de longues grappes de piment rouge
arrangées en festons, et qui relèvent la monotonie et l'uniformité de la
couleur boueuse qui distingue toutes les habitations du pays. Le piment
mêlé à la viande de boeuf--_chili con carne_--forme avec les tortillas,
espèce de crêpes de maïs, les deux principaux mets de la cuisine
mexicaine, et gare à la bouche de l'étranger qui, sans défiance, attaque
un plat de _chili con carne_, sans y mettre toute la modération
nécessaire. Autant vaudrait assaisonner une assiettée de soupe ordinaire
d'une grande cuillerée de poivre rouge. Cela vous emporte la bouche du
coup. C'était là, pour moi, une vieille expérience chèrement acquise
pendant mon service militaire au Mexique; mais il n'en était pas de même
de mes deux compagnons, qui ne connaissaient pas encore les habitudes du
pays. On leur en avait servi au déjeuner. Ils en furent quittes,
cependant, pour une soif dévorante qui les poursuivit jusqu'à Taos, et
ils jurèrent un peu tard qu'ils se contenteraient, à l'avenir, des mets
ordinaires de leur cuisine nationale. Nous arrivâmes dans la vallée de
Taos vers les cinq heures du soir, au moment où le soleil disparaissait
derrière les montagnes de l'Occident, et nous fûmes enchantés de trouver
bon gîte et bon couvert dans une auberge fort confortable tenue par un
Irlandais nommé Dibble, qui vit dans le pays depuis de longues années.
Fernandez de Taos est une petite ville de 1,500 habitants, qui fut la
première capitale du Nouveau-Mexique, après la cession du pays aux
Etats-Unis. Ici vécut pendant de longues années et mourut, le 23 mai
1868, à l'âge de cinquante-neuf ans, le célèbre scout, trappeur et
guide, Kit Carson. Son corps repose dans l'humble cimetière de Taos,
mais ses compatriotes lui ont élevé un monument sur une des places de
Santa-Fé.
[Illustration 123]
LE "PUEBLO DE TAOS".
A deux milles du village et immédiatement au pied du Mont Taos, se
trouvent situées les deux grandes maisons communales du pueblo, se
faisant face sur les rives d'une petite rivière qui descend de la
montagne, et où vivent en commun à peu près quatre cents Indiens. Ces
maisons ont quatre étages et sont construites en pyramide tronquée;
c'est-à-dire que chaque étage forme une terrasse et que le tout
ressemble assez à une série de maisons d'inégale grandeur, superposées,
la plus grande servant de base à la deuxième qui est plus petite, et
ainsi de suite jusqu'à la cinquième, qui n'est qu'une tour où se tient
constamment, nuit et jour, la vigie qui doit annoncer l'arrivée du grand
Montezuma, qui est le messie des _Puebloanos_. Cette tradition est
respectée dans tous les _pueblos_. Les missionnaires n'ont jamais pu
convaincre ces pauvres Indiens de l'inutilité de leurs veilles et de
leur attente naïve. Et il a plus de trois cents ans que l'Evangile leur
fut prêché pour la première fois.
Les maisons communales de Taos n'ont ni portes ni fenêtres au premier
étage, et l'on est forcé de grimper par des échelles jusqu'au sommet,
pour descendre ensuite dans les chambres intérieures par le même moyen,
et à travers des trous percés sur la première terrasse. On construisait
ainsi pour se protéger contre les surprises et les attaques nocturnes
des Indiens des montagnes, avant la conquête espagnole, et l'on continue
la tradition sans s'occuper de ce qu'un boulet de canon pratiquerait
facilement une ouverture dans les murs de terre de cette forteresse
primitive. Mais comme je l'ai déjà dit, les _Puebloanos_ ne s'occupent
que fort peu des progrès modernes, et c'est chez eux que l'on met en
pratique le vieux proverbe: tels pères, tels fils. Au centre du premier
étage et immédiatement au-dessous du deuxième, se trouve située la salle
du conseil, où se réunissent les chefs et où l'on entretient le feu
sacré.
L'entrée en est interdite aux femmes de la tribu et aux étrangers. C'est
là que se pratiquent les rites d'un culte dont on ne connaît guère les
dogmes et les cérémonies; mais il est généralement admis que c'est un
curieux mélange de traditions païennes et de cérémonies chrétiennes. Les
blancs du pays avouent franchement ne connaître rien de précis, à ce
sujet--et les missionnaires eux-mêmes ne paraissent pas en savoir
beaucoup plus long,--On célèbre chaque année, par des jeux, des danses,
des courses et des réjouissances publiques, la fête de saint Jérôme que
les Indiens ont adopté comme patron, et tous les _pueblos_ de la vallée
du _Rio Grande_ envoient des députations pour prendre part à la
cérémonie. On m'a dit que c'était là une occasion unique d'étudier les
coutumes et les traditions religieuses des _pueblos_, et j'ai regretté
vivement de ne pouvoir être témoin de ces fêtes populaires, qui se
célèbrent le dernier jour du mois de septembre de chaque année. Je me
suis cependant bien promis, si jamais l'occasion s'en présentait, de
revenir à Taos à cette époque de l'année, car j'avoue que tout ce qui
touche à ces Indiens pique vivement ma curiosité. J'ai visité en détail
tous les appartements--à l'exception de la salle du conseil--d'une des
maisons communales, sous la conduite de l'_alguazil_ ou haut shérif. J'y
ai été reçu avec la plus grande politesse; je pourrais même dire avec la
plus grande cordialité, surtout par une foule de bambins absolument nus
qui nous suivaient partout, nous regardant avec curiosité et acceptant
volontiers les pièces de cinq sous que nous leur offrions comme cadeaux.
[Illustration 128]
CHEZ LES PUEBLOS.
LA VIEILLE ÉGLISE DE SAN JUAN.
L'ameublement des différentes pièces présentait la plus grande
simplicité. Des peaux d'ours, de loup ou de panthère, étendues sur le
parquet cimenté, servaient de lit pendant la nuit et de tapis pour
s'asseoir pendant le jour. Quelques pierres calcinées dans un coin pour
le foyer, et des vases en terre cuite de différentes grandeurs,
composaient uniformément chaque batterie de cuisine. Les femmes
accroupies sur leurs talons tricotaient des mitasses de laine ou
brodaient avec des grains de verroterie des bonnets, des souliers, des
ceinturons ou des gilets de peau de chevreuil, en fumant des cigarettes
de feuilles de maïs. Les hommes, presque tous absents, travaillaient aux
champs, ou étaient dans la montagne voisine, occupés à couper du bois
qu'ils transportaient à dos d'âne, pour entretenir le feu sacré de la
salle du conseil et pour faire bouillir les marmites des familles de la
commune. La tranquillité la plus absolue régnait partout, et les enfants
eux-mêmes s'amusaient sur les terrasses avec cet air d'indescriptible
mélancolie et de paresseuse nonchalance qui distingue tous les habitants
des anciennes colonies espagnoles.
Les filles se marient très jeunes et perdent très vite toute trace de
jeunesse et de beauté. J'ai vu des femmes de vingt-cinq ans qui
paraissaient plus vieilles, plus cassées et plus ridées que nos femmes
du nord, à l'âge de soixante ans. Elles travaillent continuellement
nu-tête, sous les rayons brûlants d'un soleil tropical; la raréfaction
de l'atmosphère, à cette altitude, a d'ailleurs pour effet, me dit-on,
de sécher et de rider la peau d'une manière désastreuse pour la beauté
des femmes. S'il existe des difficultés intestines ou des querelles de
famille dans le _pueblo_, l'étranger n'en sait jamais rien, et tout se
règle à l'amiable par l'autorité du cacique et de ses officiers. Toute
la vie intime de la communauté repose sur le culte sacré des traditions
et dans l'observation des rites, des coutumes et des lois transmises par
les ancêtres. En hiver, l'occupation principale des _Puebloanos_ est la
répétition et l'exercice des danses nationales, sous la direction du
_fiscal mayor_, pour les fêtes et les cérémonies religieuses de la belle
saison. Deux des principales danses sont la _cachina_, qui correspond à
un service d'action de grâce, et la _you-pel-lay_ ou danse du maïs, qui
a lieu, chaque année, à l'époque de la récolte de cette plante. Un des
amusements les plus en vogue est la chasse du lièvre, qui abonde partout
au Nouveau-Mexique. On chasse le lièvre à pied et à coups de bâton, ce
qui doit être assez difficile, mais on m'a dit que les Puebloanos sont
fort adroits à cet exercice et qu'ils y prennent un plaisir immense;
toujours, naturellement, parce que leurs ancêtres chassaient le lièvre
de cette manière primitive et lorsqu'il est si facile, aujourd'hui, de
l'abattre à coups de fusil!
Les habitants des _pueblos_ se servent généralement entre eux de
différents idiomes dérivés de la langue aztèque; mais il est très
curieux de constater qu'ils ne se comprennent pas toujours d'un village
à l'autre, sans le secours de la langue espagnole, qu'ils parlent plus
ou moins correctement. Chaque habitation ou plutôt chaque centre
d'habitations, possède un langage différent, et les _Puebloanos_ de
Zuni, de Picuris, de Isoleta et de San-Domingo, ne se comprennent entre
eux qu'à la condition de parler espagnol. Leur langue mère est devenue
tellement corrompue au contact des autres tribus sauvages, qu'il s'est
formé des patois particuliers à chaque _pueblo_. Ce qui explique la
chose et ce qui paraît cependant fort étonnant, c'est que les habitants
des villages ne se visitent que très rarement entre eux; ce qui les
distingue des tribus nomades qui les entourent. Le _Puebloano_ paraît
heureux et satisfait de vivre dans sa commune, et ne s'occupe jamais de
ce qui se passe au dehors.
Les mariages se font toujours entre les habitants d'une même
organisation communale, et l'on attribue à cette cause la décroissance
et l'étiolement de la race. Il est absolument certain que cette nation
curieuse comptait autrefois une très nombreuse population, car on trouve
un peu partout, dans le Nouveau-Mexique et dans l'Arizona, des vestiges
et des ruines de _pueblos_ abandonnés longtemps avant la conquête. Les
premiers explorateurs font tous mention de ces ruines, dans leurs
relations de voyage, et les Indiens eux-mêmes dans leurs traditions
parlent constamment de la gloire, de la grandeur et de la richesse du
royaume de Montezuma. Cette tradition paraît être la base principale de
leur organisation politique et religieuse; mais l'histoire de ces
peuples restera à jamais ensevelie dans la plus grande obscurité. Ils
paraissent destinés, comme les autres nations indigènes des deux
Amériques, à disparaître tôt ou tard devant le progrès moderne; mais il
n'en reste pas moins acquis, qu'ils ont atteint dans le passé, comme ils
possèdent d'ailleurs encore aujourd'hui, un degré de civilisation
supérieur, à tous les points de vue, à l'état sauvage et nomade des
autres tribus du continent américain, toujours à l'exception de leurs
frères du Mexique, qui avaient fondé l'empire de Montezuma et de
Guatimozin.
[Illustration 133]
LES PORTES DE LADORE.
Le rapport suivant, adressé à l'institut archéologique de Washington,
sur les pueblos par le professeur Ad. F. Bandelier, complétera les
renseignements que j'ai pu obtenir sur ces intéressantes populations
indigènes.
Fort Huachica,
Territoire d'Arizona,
15 février 1884.
_A l'honorable W. G. Ritch, secrétaire du Territoire_
_du Nouveau-Mexique, à Santa-Fé, N.-M._
Cher monsieur,
Conformément à vos désirs, je vais vous soumettre une
description rapide et nécessairement incomplète des ruines
des aborigènes dissimulées dans la contrée de Santa-Fé. Cet
essai sera forcément imparfait, puisque je n'ai point visité
tous les recoins du pays, et parce que, d'ailleurs, les
matériaux que j'ai recueillis sont aujourd'hui bien loin de
ma portée. Aussi vous prierai-je d'avoir égard à ces
circonstances en présence des défectuosités qui abondent
dans mon travail.
Lorsqu'on fait la classification des ruines, on doit inclure
dans la première division les villages qu'on sait avoir été
occupés dans le cours du seizième siècle, et dans la
seconde, ceux sur le compte desquels on n'a pas de
renseignements officiels, et qui, par conséquent, devaient
être abandonnés avant l'année 1540.
Les ruines de la première division sont toutes du même type;
c'est celui du _pueblo_ communal, résidence à plusieurs
étages, tel qu'on en trouve encore habitées par les
aborigènes sédentaires du Nouveau-Mexique.
La seconde classe comprendra deux types--celui dont il vient
d'être question, et le type de la demeure familiale
détachée, formant des villages avec maisons quelque peu
éparpillées. Les constructions de grottes servant d'abris
représentent les modifications de l'une ou de l'autre de ces
deux classes.
En 1598, date de la première colonisation par l'Espagne, et
avant cette époque, lorsque des explorateurs espagnols qui
ne faisaient que passer--sous Coronado, de 1540 à 1543; sous
Francisco Sanchez Charnuscado en 1580; sous Espejo en 1583,
et sous Gaspard Castano de Sosa en 1590;--traversant
quelques parties du comté de Santa-Fé, il y avait dans
certains coin de ce territoire trois groupes distincts
d'Indiens. C'étaient les Queres à l'Ouest, les Tanos au Sud
et les Tehuas au Nord et au centre. Les deux derniers
groupes parlaient un langage qui n'était qu'un dialecte
d'une langue commune à ces peuples.
Les Queres ont habité jusqu'en 1689 une localité de la
Ciénega ou Ciéneguilla, sur la route de la Pegna Blanca.
Leur village, dont il n'existe pas même de trace, avait reçu
le nom de _Chi-mu-a_. C'était l'avant-poste oriental de la
grande famille du Rio Grande de cette tribu.
Les villages tanos sont complètement abandonnés aujourd'hui,
la plus grande partie de leurs habitants étant allés
s'établir au Moqui après 1694, et ceux qui étaient restés
ayant été emportés par la petite vérole au commencement de
ce siècle. Les ruines de _Galisteo_,--non pas du village
actuel, mais celles qui se trouvent à un mille et demi au
nord-est de ce dernier, au nord de Creston,--celles de
_San-Cristobal_, de _San-Cazaro_, de _San-Marcos_, et
probablement aussi celles de la _Garita_ dans la ville même
de Santa-Fé, appartenaient à cette tribu. Les noms indiens
de ces villages me sont inconnus, à l'exception de celui du
_pueblo_ de Santa-Fé, qui portait le nom de _Po-o-ge_. Le
_pueblo_ de la _Tuerto_ près de Golden City, et celui de la
_Tunque_, en face de Santo-Domingo et de San-Felipe, étaient
habités également par les Tanos,--la première de ces
localités avait assurément ces Indiens pour habitants, en
1598.
Des _pueblos_ tehua il n'y en avait qu'un seul,--celui
d'_Oj-qué_, ou de _San-Juan_,--qui fût sur la rive gauche du
Rio Grande, à peu près sur son emplacement actuel. Les
villages de Nambe, de Tezuque, (_Te-tzo-ge_) de Pojuaque
(_Po-zuan-ge_,) et de Cuya-mun-ge étaient, en 1598, des
hameaux insignifiants; mais ils s'accrurent rapidement
pendant l'ère de prospérité générale pour les _pueblos_ qui
finit en 1680.
Les principaux établissements des Tehuas se trouvaient sur
la rive droite du fleuve, et ne formaient pas moins de dix
villages.
Il n'y en a qu'un seul qui existe encore sur son emplacement
primitif; c'est celui de Santa-Clara (_Ca-po_).
San-Idelfonso (_O-jo-que_) est situé à environ un mille du
_Bo-ve_ de 1598.
Les _pueblos_ de _Troo-maxia-qui-no_ (Pajaritos), de
_Camitria_, de _Quiotraco_, d'_Axol_, de _Junetre_, etc.,
aujourd'hui en ruines, sont également dans le comté du Rio
Arriba. C'est aussi dans ce comté que se trouve Yunque, sur
le Rio Chama, où fut fondé, le 1er septembre 1598, le
premier établissement des Espagnols au Nouveau-Mexique.
Les Tiguas--c'est-à-dire les Indiens qui parlent le dialecte
de Sandia et d'Isleta--touchaient la frontière sud-ouest du
comté, par leurs deux pueblos du vieux San-Pedro, qui furent
abandonnés après 1680, et sont à présent en ruines.
Les habitants de la vallée du Pecos, dont le centre était au
grand village de _A-gu-yu_ (là ou s'élève à présent la
vieille église de Pecos), n'avaient pas poussé leurs
établissements jusqu'au comté même de Santa-Fé.
Au sujet des ruines qui étaient habitées et qui furent
abandonnées avant le seizième siècle, on peut dire que le
plus ancien type,--celui de la famille détachée, groupée en
hameaux irréguliers ou isolés,--n'est pas très commun. Un
village de ce genre, indiqué seulement par des mounds et des
fragments de poterie, peut se voir encore à la station de
Lamy, au Fort Marcy (de Santa-Fé), et dans des constructions
isolées ou de petits groupes qui sont dissimulés dans
quelque localités, mais qui sont assez rares. On ne voit pas
souvent à présent ce genre d'architecture aborigène auquel
on a donné le nom de _cliff-houses_, ou de petites grottes
avec maçonnerie. Mais l'autre classe, celle de la maison
commune, compacte, haute de plusieurs étages, se trouve
encore représentée par des ruines nombreuses.
En partant du sud, on trouve la ruine de Valverde, près de
Golden. Une chaîne de quatre beaux villages, dont
quelques-uns sont très grands, s'étend de l'ouest à l'est, à
une distance moyenne de cinq milles de Galisteo, le long du
Cresto méridional. Ce sont le Pueblo, le Largo, le Pueblo
Colorado, le Pueblo de Shé, et le Pueblo Blanco.
A deux milles et demi, à l'est-nord-est de Wallace, se
trouve un grand village. Il y en a deux autres sur l'Arroyo
Hondo, à une distance de cinq à six milles au sud de
Santa-Fé, un petit en avant de la gorge rocheuse, et l'autre
assez grand, en aval.
La route de Pegna Blanca coupe les fondations d'un petit
_pueblos_ qui est près d'Agua Fria, à six milles au nord de
Santa-Fé. Je connais au moins trois ruines de ce genre. A
l'est et au sud-est de Tezuque, vers la Sierra, se trouve la
ruine de _Pio-ge_ à Los Luceros, d'où partirent les Indiens
de San-Juan pour s'établir dans la localité qu'ils occupent
à présent. Cette liste de douze localités n'est que le total
approximatif des ruines de ce genre.
Vers l'ouest, au-delà de Rio Grande et vis-à-vis de la
partie septentrionale du comté, les énormes cagnons de la
Sierra del Valle s'élargissent dans la direction de Santa
Clara. On a creusé en plusieurs endroits le tuf volcanique
et friable dont se composent leurs parois, afin de former
des grottes artificielles, la plupart de petites dimensions.
Chaque groupe de grottes représente à lui seul un _pueblos_,
et imite, autant que cela lui est possible, le système du
village communal à plusieurs étages.
D'autres ruines du même genre occupent les faîtes des
_mesas_, ainsi que la base du cagnon. Ces anciennes
résidences dans des grottes qui, par la nature même de la
roche, étaient plus aisément creusées que les maisons
proprement dites ne pouvaient être construites, sont
considérées par les Tehuas comme ayant servi de demeure à
leurs ancêtres, avant que la tribu descendît dans la vallée
de Rio Grande.
Il y a, par conséquent, une relation historique entre ces
Indiens et les établissements au Nord du comté de Santa-Fé.
C'est cette relation qui explique pourquoi il en a été fait
brièvement mention dans ces pages.
Je suis,
Votre très humble serviteur,
Ad. F. Bandelier,
Chargé des recherches
de l'Institut archéologique
d'Amérique.