LE LONG DE LA CÔTE D'AZUR

LES SUITES D'UN TRAINAGE.--SINGULIÈRE RENCONTRE.--UN OBSTINÉ.--EN

LONGEANT LA CÔTE D'AZUR.--MARSEILLE, TOULON, NICE.--A TRAVERS LES

CONTREFORTS DES ALPES.--LA HOUILLE BLANCHE.--ARRIVÉE A AIX-LES-BAINS.

Pendant un moment, l'armateur du yacht aérien, Claude Réviliod, demeura

comme hébété et inconscient, les oreilles bourdonnantes, un voile noir

piqueté de points rouges devant les yeux. Un bruit singulier, tenant du

gargouillement et du sanglot, qui se fit entendre tout auprès de lui,

le tira de sa torpeur. Ce bruit était dû tout-simplement à son valet de

chambre, le digne Firmin, qui saluait, par ce soupir évidemment tiré du

fin fond de ses souliers, l'arrêt du ballon et la fin de ses angoisses.

Il est certain que, si le domestique possédait encore quelques cheveux

noirs, ces cheveux étaient devenus au moins gris pendant les péripéties

de cet atterrissage mouvementé. Heureusement c'était fini, et quelles

que fussent encore les fureurs de la tempête, elle était impuissante

désormais à entraîner l'aéronat qui gisait, tel la peau de quelque

immense baleine projetée sur la plaine caillouteuse par les convulsions

désordonnées de la mer.

Revenu au sentiment de la situation, Réviliod parvint à se redresser,

épouvantablement courbaturé, du coin de son salon où la dernière

secousse du traînage l'avaient projeté. Il jeta un regard sur son

laquais, qui restait suspendu aux anneaux du plafond, tel un hareng saur

à la devanture d'un épicier, sans oser encore reprendre pied.

--Allons!... fît le sportsman, il est inutile de faire davantage le

_bras de fer_. Tu peux descendre.

L'aéronaute Neffodor s'était occupé, pendant ce temps, de dégager

Charlot qui, perdant l'équilibre au moment du heurt final, était tombé

la figure en avant, entre le moteur et les réservoirs, d'une façon

si malheureuse qu'il figurait involontairement un Y ou le «poirier

fourchu», la tête en bas et ses deux jambes torses en l'air. Enfin le

pilote parvint à le tirer de sa singulière position et à le remettre

debout.

L'ouvrier se tâta par tout le corps.

--Eh bien! rien de cassé?... interrogea cordialement l'aéronaute.

--Non! je ne crois pas. J'ai seulement une bosse à la tête...

--Si ce n'est que cela, c'est peu de chose et vous vous en tirez à bon

compte.

--Je vous remercie!... Vous êtes bon, vous!... grogna le mécanicien. Que

le diable emporte les ballons et ceux qui-s'en servent!...

Le pilote ne releva pas ces paroles. Le _Petit Biscuitier_ se dressait

devant lui!...

--Personne n'est blessé? s'enquit-il d'abord.

Et, sur la réponse négative de Neffodor, il poursuivit:

--Que pensez-vous que nous devions faire? Où sommes-nous, ici?...

--Nous sommes dans la Crau, évidemment, monsieur Réviliod, et le mieux

que nous ayons à faire par un temps pareil, c'est de laisser là le

matériel aérostatique et de chercher un abri jusqu'à ce que le mistral

se soit apaisé.

--Le dirigeable est complètement hors de service, n'est-ce pas, ajouta

l'aéro-yachtman avec une colère concentrée.

--Mais non, pas le moins du monde, se récria l'aéronaute en se

redressant. Le panneau de sûreté a parfaitement fonctionné et la nacelle

a résisté aux chocs...

--L'hélice et son arbre sont brisés; les lames du gouvernail de

profondeur en morceaux.

--C'est relativement peu de chose. Le moteur est intact, c'est là le

principal, et je garantis qu'il n'y aura pas pour huit jours de travail

à tout remettre en état...

Le _Petit Biscuitier_ eut un geste de lassitude.

--Oui, nous verrons cela plus tard, grommela-t-il. Pour l'instant,

orientons-nous.

Neffodor tendit le bras dans la direction du nord-ouest.

--Dans les dernières minutes de notre course enragée, expliqua-t-il,

j'ai remarqué un village dans cette direction; nous allons essayer de

nous y rendre, qu'en pensez-vous?...

--C'est la seule chose que nous ayons à faire dans là situation, où nous

nous trouvons. Marchons donc!...

Fonçant dans le vent, dont la violence était telle qu'il les forçait

par moments à reculer, les quatre voyageurs aériens avancèrent à la file

indienne. La nuit n'allait pas tarder à couvrir la vaste plaine dénudée

et pierreuse de son manteau obscur. En consultant sa montre, Réviliod

avait constaté que huit heures et demie venaient de sonner. Rien

n'apparaissait: pas une silhouette de paysan, pas un animal domestique,

on se fût cru dans un désert.

Tout-à-coup, Neffodor qui marchait en tête poussa une exclamation. Il

venait de distinguer à moins de deux kilomètres de distance de petites

lumières.

--Là-bas! s'écria-t-il, voyez-vous?... Le village que j'avais aperçu

avant la sarabande de tout à l'heure!... Je ne m'étais pas trompé!...

Les quatre hommes pressèrent le pas, et en vingt minutes ils arrivèrent

aux maisons. Soudain, Réviliod s'arrêta comme figé par la stupeur.

Ses yeux ne le trompaient pas malgré l'ombre qui s'épaississait

graduellement; ces formes bien connues, ces boîtes légères de toile

blanche, c'était bien des aéroplanes, des biplans, reconnaissables

à leur double étage de surfaces incurvées d'avant en arrière, à leur

cellule stabilisatrice d'arrière, à leur double plan d'avant faisant

fonction de gouvernail de profondeur. Non moins stupéfaits que lui,

Neffodor et Bader s'étaient également arrêtés. Celui-ci fit même

quelques pas en avant pour se rapprocher des appareils, mais une voix

rébarbative et qu'il reconnut le fixa sur place, raide comme un bonhomme

de bois.

--Halte-là!... Passez au large!... prononça cette voix.

--Pouliot!... C'est le contremaître de Landoux! murmura Chariot.

--Que dites-vous? interrogea le _Petit Biscuitier_, se tournant vers

lui.

--Je reconnais les machines volantes que j'ai tant soignées à Aérovilla!

répondit à demi-voix l'ouvrier, et celui qui monte la garde autour

d'elles c'est le bras droit de Martin Landoux. Je suis sûr de ce que

j'avance.

--Comment!... La société de touristes formée par le marquis de La

Tour-Miranne serait parvenue jusqu'ici!... Ce n'est pas possible!...

--Ils ont peut-être été, tout comme nous, les victimes du mistral, fit

observer Neffodor.

--Mais, il y a quatre ou cinq jours, ils étaient encore à Bordeaux!...

Ce n'est pas croyable qu'ils aient pu faire un pareil trajet en si peu

de temps!...

--Ce qui est certain, c'est que c'est bien là l'équipe d'Aérovilla,

répéta avec insistance le mécanicien. Après tout, ils sont peut-être

venus en chemin de fer!

Claude Réviliod haussa les-épaules, puis brusquement:

--Nous tirerons cela au clair demain, déclara-t-il. Le village doit bien

contenir un hôtel ou une auberge quelconque. Cherchons sans plus tarder,

si nous ne voulons pas être exposés à passer la nuit à la belle étoile.

Les paysans se couchent ordinairement tôt.

Firmin étendit le bras vers une enseigne qui se balançait au vent,

au-dessus de la porte d'une habitation de vastes proportions dont les

fenêtres laissaient passer une vive lueur.

--Voici l'auberge, dit-il, de sa voix doucereuse. Si monsieur veut

bien me le permettre, je vais demander si l'on ne pourrait pas nous

recevoir...

--Nous allons entrer tous les quatre, lui riposta brusquement son

maître. Crois-tu que nous allons t'attendre dehors, par le temps qu'il

fait?...

[Illustration: Le sportsman escalada les marches du perron.]

Tout en parlant, le sportsman escaladait quatre à quatre les marches du

perron donnant accès à une porte vitrée qu'il poussa délibérément pour

pénétrer, suivi de ses hommes, dans une grande salle vivement éclairée

par de grosses lampes à pétrole, et bondée de consommateurs faisant un

tapage assourdissant. Le bruit de la porte tournant sur ses gonds fit

lever la tête à plusieurs de ces personnages, et un double cri retentit:

--Réviliod!...

--La Tour-Miranne!...

Le fanatique du «plus léger que l'air» et des aéronats se trouvait en

présence des partisans du «plus lourd» et de leur président.

Le silence le plus complet avait succédé à ces exclamations de surprise.

Le président de l'_Aéro-tourist-club_ se leva de sa place et vint au

_Petit Biscuitier_.

--Voilà la deuxième fois que nous nous rencontrons au cours de notre

voyage de tourisme, dit-il. La première, c'était au Havre, au-dessus de

la baie de Seine...

L'aéro-yachtman avait reconquis tout son sang-froid.

--En effet, je m'en souviens, dit-il froidement.

--Laissez-moi vous féliciter, continua La Tour-Miranne, d'avoir

poursuivi votre excursion jusqu'aux confins de la France méridionale, et

vous souhaiter la bienvenue dans les murs de Vergières.

--Ah!... ce village s'appelle Vergières?... murmura le protagoniste de

l'aérostation.

--Vergières, canton de Saint-Martin-de-Crau. Comment!... vous en

ignoriez le nom?...

--C'est compréhensible. Je suis parti ce matin de Besançon... Une

exclamation générale lui coupa la parole.

--Hein!... vous dites, Besançon?... lui cria Médouville en se plantant

devant lui.

--Parfaitement. J'étais ce matin à Besançon!..:

--Ce n'est pas possible!...

--Vous n'avez, si vous voulez vous en assurer, qu'à télégraphier au chef

du fort Brégille, le commandant Tarie, à l'amabilité de qui j'ai dû de

pouvoir garer mon dirigeable, la nuit dernière, dans le hangar du

parc d'aérostation militaire!... répliqua Réviliod qui jouissait

délicieusement, dans son for intérieur, de la surprise qui se peignait

dans les yeux de tous ceux qui l'écoutaient.

--C'est prodigieux, en vérité, balbutia Médouville étourdi.

--Vous, n'en feriez pas autant, avec vos boîtes à moteurs, hein?...

ricana l'aéro-yachtman d'un air sarcastique.

--Et où votre dirigeable est-il garé ce soir, interrogea le jeune

Médrival. Par le mistral qui souffle, il risque de passer une nuit

plutôt agitée!...

Un nuage passa sur le front du _Petit Biscuitier_, mais il ne voulut pas

apprendre à son interlocuteur la mésaventure qui lui était survenue.

--Le vent étant trop violent ce soir, je me suis décidé à dégonfler

le ballon sur place, répondit-il à son malicieux interlocuteur qui se

contenta de murmurer:

--Ah! c'est bien différent, dans ce cas, c'est bien différent!...

Pendant cette conversation, l'aubergiste était accouru. Lorsque Réviliod

lui eut fait savoir qu'il demandait l'hospitalité, non seulement pour

lui-même mais pour trois autres personnes il leva les bras au ciel avec

désespoir, en s'écriant avec toute l'exagération méridionale:

--Plus rien! mon bon monsieur, il ne me reste plus rien!... Toute la

compagnie de ces messieurs, que je n'attendais pas, a dévoré jusqu'à la

dernière miette, et quant au coucher, plus un lit, j'ai tout donné, et

je coucherai moi-même dans la grange avec mes valets!...

--Je ne puis cependant pas rester dehors cette nuit!... s'exclama le

sportsman irrité.

--Que voulez-vous, je n'y peux rien. A moins, cependant, que vous

acceptiez de vous étendre sur des bottes de paille, dans le grenier,

comme ces messieurs?...

Le richissime sportsman faisait une piteuse grimace devant la

perspective d'avoir à se contenter d'un grenier et d'une botte de paille

pour tout abri et literie, mais La Tour-Miranne, s'approchant, lui dit

cordialement:

--Nous sommes au fond de la Crau et obligés de faire contre fortune

bon coeur. Heureusement, une nuit est bientôt passée. Tous les lits

disponibles ont été réservés aux dames faisant partie de notre caravane,

et nous serons voisins de chambrée, encore heureux--je parle pour moi et

mes amis--d'avoir trouvé cette modeste auberge pour nous reposer de la

dure étape que nous avons faite.

--Vous veniez de loin, interrogea le _Petit Biscuitier_ pour se montrer

poli.

--Oh! de beaucoup moins loin que Besançon, c'est certain, répliqua le

président en souriant. Nous arrivions de Meyrueis, dans la Lozère... Les

cent premiers kilomètres se sont bien effectués; nous avions fait escale

dans les environs d'Uzès et comptions terminer notre étape du jour à

Avignon, quand, en arrivant dans la vallée du Rhône, nous avons été

saisis par un irrésistible mistral qui nous a emportés vers le sud

malgré tous nos efforts. Nous avons aperçu Nîmes, puis Arles, et, pour

éviter d'aller nous perdre au large, nous sommes parvenus à reprendre

terre, non sans peine, je vous l'assure, à quelque distance d'ici.

Quelques-uns de nos aéros ont légèrement souffert de cet atterrissage un

peu brutal, mais tout sera réparé demain et nous continuerons notre

tour de France par la côte d'Azur et les Alpes. Mais vous-même, mon cher

Réviliod, comment allez-vous, faire si votre dirigeable est dégonflé?

Voulez-vous accepter une place à bord de mon biplan?... Vous voyez

qu'il ne fonctionne pas trop mal, puisque voilà trois semaines que je

l'utilise et qu'il a déjà volé plus de 2.500 kilomètres? C'est de bon

coeur.

Une telle proposition était une cruelle blessure à l'amour-propre du

fanatique d'aérostation. Il répondit donc sèchement aux amicales paroles

du fondateur de l'_Aéro-tourist-club_.

--Grand merci de votre offre aimable, mon cher La Tour-Miranne,

mais tout en reconnaissant les qualités de vos appareils, qui ont pu

parcourir, ce que je ne croyais pas possible, une aussi longue route, je

persiste à affirmer la supériorité, ne fût-ce qu'au double point de

vue de la sécurité et du confortable, de l'aéronat, et je continue à

préférer mon véhicule au vôtre. Voyez, par exemple, quelle route j'ai

pu faire aujourd'hui et ce que vous avez pu obtenir de mieux, de votre

côté, avec vos aéroplanes?...

--Dites donc, Réviliod, dit Médouville en intervenant, je vous fais un

pari.

--Lequel, parlez!...

--C'est que le tourisme aérien est plus pratique avec l'aéro qu'avec le

dirigeable.

--Comment cela? expliquez-vous.

--C'est bien simple: continuons ensemble le tour de France commencé;

nous verrons lequel, des aéroplanes ou de l'aéronat le terminera!

Mille pensées contradictoires traversèrent en quelques secondes l'esprit

du _Petit Biscuitier_. Il réfléchit longuement avant de répondre:

--Bien que je n'aie nullement le désir de me fournir à moi-même la

preuve nouvelle de la supériorité d'une méthode sur l'autre, je tiens

cependant, puisque tel est votre désir, à vous donner la démonstration

que vous souhaitez. Seulement...

--Ah! il y a un «seulement»?...

--Vous allez pouvoir juger de la valeur de l'objection. J'ai dû faire

dégonfler mon ballon par suite de l'impossibilité où je me trouvais de

lutter contre l'ouragan qui m'a entraîné, en moins de trois heures,

de Valence dans la Drôme au bord de la Méditerranée. Pendant

l'atterrissage, qui a été plutôt pénible ainsi que vous pouvez vous en

douter avec un vent filant plus de cent kilomètres à l'heure, mon hélice

et son arbre ont été mis hors de service, si bien que la remise en

état de mon aéronat exigera plusieurs jours de travail. Il est donc

indispensable de transporter le matériel dans une ville où je pourrai

trouver les ressources nécessaires pour l'exécution de ce travail. Mon

intention par suite est de me rendre à Aix-les-Bains où il existe,

je m'en suis assuré, un abri suffisamment vaste pour recevoir mon

dirigeable. Si votre itinéraire vous conduit dans les parages de cette

ville, j'accepte de me joindre à votre caravane--si tant est qu'elle

puisse, ce dont je persiste à douter--accomplir les trajets journaliers

de deux à trois cents kilomètres que j'exécute sans la moindre

difficulté.

--C'est très juste, admit le secrétaire général de

l'_Aéro-tourist-club_. Nous allons excursionner sur la Côte d'Azur, de

Marseille jusqu'à Nice, et dans les vallées des Alpes. Dans moins d'une

semaine nous serons à Aix et nous vous prendrons en passant.

--Comme vous voudrez! conclut le _Petit Biscuitier_. Et là-dessus,

permettez-moi de vous souhaiter le bonsoir; je suis rompu, harassé, et

bien que je doive, par force, me contenter de _plume de cheval_ comme

matelas, je pense que j'y trouverai le repos dont j'ai grand besoin.

Il salua et gagna le grenier qui allait lui servir de chambre à coucher.

--A la guerre comme à la guerre! marmotta-t-il, en grimpant les degrés

derrière l'hôtelier qui le conduisait, une lanterne à la main. Il faut

se résigner, et ce galetas est encore préférable à un séjour en plein

air, par le temps qu'il fait!...

Le lendemain, toute la troupe des touristes fut debout de bon matin, et

le premier soin du président fut de courir au champ où les aéros étaient

garés. Les mécaniciens avaient passé la nuit sous la tente, et Pouliot

raconta au chef de la caravane, les difficultés qu'il avait dû surmonter

pour assurer la solidité de l'abri de toile que la tempête menaçait

d'emporter comme une simple feuille d'arbre. Il avait fallu doubler les

piquets d'attache et raidir les amarres pour éviter de voir le frêle

édifice, arraché du sol. Les aéros eux-mêmes avaient dû être fortement

amarrés afin de leur permettre de résister à l'aquilon.

--Heureusement, conclut le contremaître, ce satané vent s'est apaisé

au lever du soleil, ce qui nous a permis de reposer un peu plus

tranquillement que pendant la nuit.

En effet, avec le jour, le mistral avait beaucoup perdu de sa violence,

et il n'était pas imprudent d'essayer de repartir, mais le mécanicien

fît observer à La Tour-Miranne qu'un monoplan, celui de Garruel, ne

pourrait continuer le parcours, car, dans la secousse de l'atterrissage,

son fuselage s'était brisé complètement, et la réparation ne pourrait

s'effectuer qu'à Paris. Quant aux biplans, ils s'étaient victorieusement

comportés devant la tempête qui les entraînait, et leur remise en état

ne devait demander qu'une couple d'heures tout au plus.

--Faites donc pour le mieux, accorda le président. Nous serons là, à

dix heures, pour prendre le départ et tâcher de gagner Marseille où nous

déjeunerons.

--C'est entendu, monsieur, on sera prêt!

De son côté, le _Petit Biscuitier_ ne perdait pas son temps. Il avait,

sitôt levé, conféré avec son capitaine, le brave Neffodor, et lui avait

donné ses instructions. Celui-ci embaucha donc quelques paysans et loua

deux véhicules, une charrette et une sorte de triqueballe ou de haquet

pour aller rechercher le matériel aérostatique resté épars sur le sol

pierreux de la Crau, et le transporter à la plus proche station du

chemin de fer qui met le golfe de Fos en relation avec la ville d'Arles,

et de là avec la grande artère du P.L.M.

La matinée entière fut employée à ce travail de reploiement de

l'enveloppe de soie caoutchoutée, au chargement de la nacelle sur le

haquet, et des accessoires dans le chariot, enfin au transport du tout

à la station de Saint-Martin-de-Crau et à l'expédition en gare

d'Aix-les-Bains, _viâ_ Arles, Valence et Grenoble. Claude Réviliod put

ainsi, avant de gagner à son tour le chemin de fer qui devait le ramener

à Paris, assister à l'envolée des aviateurs.

--Nous ne sommes pas à soixante kilomètres de Marseille, avait annoncé

La Tour-Miranne à ses amis.

--C'est moins d'une heure de vol, c'est peu de chose, répondit Médrival.

--Est-ce qu'il y a encore de l'eau à traverser? demanda, non sans

inquiétude M. Le Clair. Je ne voudrais pas reprendre un bain comme lors

de notre voyage à l'île de Ré.

--Rassurez-vous, répliqua le jeune président, je n'ai pas l'intention

de vous faire traverser la baie de Marseille du cap Couronne au cap

Croisette, ni même seulement le golfe de Fos. Non, nous suivrons la voie

de terre en nous dirigeant sur Fos, Port-de-Bouc, et les Martigues.

Nous suivrons ensuite l'arête septentrionale de la chaîne de l'Estaque

jusqu'à Septèmes, et nous redescendrons ensuite directement vers le sud

pour passer au-dessus, du chef-lieu des Bouches-dû-Rhône.

--Et où ferons-nous escale dans ce cas? questionna l'ingénieur Damblin.

--Au vélodrome du parc Borély, la place ne manquera pas, et au-moins

nous serons dans une enceinte fermée qui nous préservera des

manifestations de curiosité, souvent gênantes, du public. Cette

après-midi, nous pourrons visiter Marseille à loisir.

--C'est convenu, président, claironna la voix perçante de Médrival. Au

vélodrome Borély, au sud de Marseille. Les premiers arrivés attendront

les autres!

[Illustration: MARSEILLE.--Palais de Longchamp.]

Il se tassa sur son siège minuscule et mit son moteur en route. Trente

secondes ne s'étaient pas écoulées que sa _Demoiselle_ s'élançait dans

l'espace à la poursuite du monoplan de Damblin qui venait de s'enlever.

L'un après l'autre les neuf aéroplanes qui restaient sur le sol

s'envolèrent, laissant en tête à tête le _Petit Biscuitier_ et

l'ingénieur Garuel, qui avait fait démonter les pièces constituant son

appareil pour les expédier aux ateliers Riplet de Vanves, qui avaient

construit l'instrument et se chargeraient certainement de le radouber.

De son côté, Claude Réviliod comptait se rendre, dès son arrivée, chez

l'ingénieur Fruscou et lui demander d'envoyer immédiatement à Aix une

équipe avec les pièces de rechange et le gaz comprimé nécessaire afin de

remettre l'aéronat en mesure de continuer ses randonnées et vaincre les

présomptueux qui l'avaient défié.

En prenant le rapide passant en gare d'Arles à deux heures et demie, les

deux jeunes gens devaient arriver à Paris vers minuit. Ils devaient

donc se hâter de gagner la gare de Saint-Martin, la plus voisine, pour

arriver à temps à Arles, par le petit chemin de fer à voie étroite qui

traverse la Crau en suivant la rive gauche du Rhône, et pour cela ils se

firent conduire en voiture à la station, où Réviliod retrouva ses trois

subordonnés qui venaient de terminer le chargement du ballon sur deux

wagons plates-formes associés, de manière à supporter la nacelle dont la

longueur était exactement celle de deux wagons placés à la suite l'un de

l'autre.

L'armateur du yacht aérien donna ses instructions à son pilote, qui

devait accompagner le matériel et se rendre directement à Aix-les-Bains.

Pendant que l'aéro-yachtman, en compagnie de Garruel, se dirigeait vers

la cité arlésienne, la caravane des aviateurs atteignait Marseille, sans

incident, après avoir longé le rivage méridional de l'étang de Berre et

suivi la grande ligne de Paris-Marseille depuis le Pas de l'_Encié_ (en

provençal, _encié_ signifie déjà _pas, coupure_), que les indicateurs de

chemins de fer ont transformé en _Pas-des-Lanciers_, jusqu'à la gare de

Saint-Charles. S'élevant à plus de 200 mètres au-dessus de la populeuse

cité, les voyageurs purent l'admirer dans toute son étendue, depuis son

faubourg de la Madrague au nord jusqu'au Roucas-blanc, au Rouet et à

Sainte-Marguerite au sud, avec les immenses bassins où d'innombrables

navires dressaient leurs mâtures et vomissaient par leurs cheminées

massives des torrents de fumée noire. Arrivé a l'extrémité de la

promenade du Prado, La Tour-Miranne reconnut les pistes du grand

vélodrome marseillais; il dirigea sa course vers ce point et atterrit

doucement sur le gazon, où déjà Médrival et Damblin s'étaient abattus.

--Arrivez donc, cria le facétieux jeune homme, voilà une demi-heure

que nous vous attendons; la bouillabaisse va refroidir, tas de

rampe-à-terre.

La caravane réduite à dix-huit personnes, consacra son après-midi à

la visite de l'antique _Massilia_, la seconde ville de France pour la

population, car le nombre de ses habitants atteint un demi-million.

Guidés par Médouville, plus alerte et plus disert que jamais, les

touristes parcoururent les principales artères de la cité: les cours

Belzunce et Saint-Louis, la célèbre Canebière, l'avenue de Noailles et

les allées de Meilhan, enfin ils firent l'ascension de Notre-Dame de la

Garde et terminèrent par une promenade aux nouveaux bassins.

Marseille ne possède pas, à l'inverse de nombreuses villes de France,

de monuments anciens remarquables. Ses vieilles églises n'étaient pas en

rapport avec l'étendue qu'elle a fini par occuper, et il ne reste que

la flèche élancée des Accoules, les souterrains et les tours de l'église

Saint-Victor, les ruines de l'ancienne et pauvre cathédrale de la Mayor.

Notre-Dame du Mont-Carmel et Sainte-Théodore datent du XVIIe siècle, et

tous les autres édifices du culte catholique du XIXe siècle.

[Illustration: MARSEILLE.--Le port de la Juliette.]

Ses monuments civils les plus anciens sont l'Hôtel de ville, du XVIe

siècle, qui possède des sculptures de Puget et un double escalier en

marbre blanc; la Consigne, où sont les bureaux de l'intendance. Le

Palais de justice, la Préfecture, la Bourse, située sur la Canebière, le

château du Pharo sont du siècle dernier. L'édifice le plus remarquable

est encore le palais de Longchamp, bâti sur les plans d'Espérandieu,

et qui a été terminé en 1869. Il contient le Musée où se trouvent des

oeuvres remarquables de Lesueur, Mignard, Corot, Rubens, Courbet, ainsi

que des galeries d'Histoire Naturelle.

Marseille a toujours été, et reste avant toute chose, un centre de

commerce maritime. Sa partie la plus pittoresque et la plus animée c'est

le port, le premier de France par son trafic. Le _Vieux Port_,

auquel aboutit la Canebière, s'ouvre entre les forts Saint-Jean et

Saint-Nicolas. La passe, rétrécie par les roches du Pharo, est sûre; ce

port complété par un bassin de radoub, est réservé aux remorqueurs et

aux bâtiments à voiles. Le port de la Juliette, creusé en 1853, précédé

de l'avant-port du sud, est réservé aux vapeurs faisant un service

régulier dans la Méditerranée. Il communique au nord avec le bassin du

Lazaret, d'Arène, le bassin National, dont les quais sont desservis par

des voies ferrées reliées à la gare Saint-Charles. En avant du port se

développe la rade, large et sûre, que protègent la chaîne de l'Étoile,

les collines de Montredon, et les trois îlots d'If, de Pomègue et de

Ratonneau.

Le lendemain, dès huit heures du matin, les aviateurs arrivaient au

vélodrome et se préparaient à partir, car il avait été décidé d'un

commun accord, la veille, qu'en raison de la chaleur qui allait sans

cesse en augmentant, les étapes se feraient de bonne heure le matin

et pas avant quatre heures de l'après-midi. Le signal du départ étant

donné, l'escadrille aérienne s'envola dans le ciel bleu en prenant la

direction de l'orient. Les 32 kilomètres de Marseille à la Ciotat furent

parcourus en quarante minutes par les biplans, qui arrivèrent à dix

heures précises à La Seyne où ils prirent terre à l'entrée de la rade

de Toulon, au milieu de laquelle la flotte de la Méditerranée était à

l'ancre.

Les touristes déjeunèrent hâtivement et se hâtèrent de visiter le port,

les darses et l'arsenal, qu'ils parcoururent d'une extrémité à

l'autre, en dépit d'une température qui commençait à devenir réellement

accablante. Puis, comme La Tour-Miranne tenait à atteindre le soir même

Saint-Tropez, le groupe des excursionnistes, accompagnés de nombreux

officiers de marine, se hâta de revenir vers le terrain où les véhicules

aériens étaient demeurés sous la garde habituelle des mécaniciens.

Les pilotes prirent leur place à bord de chaque esquif, et les grands

oiseaux mécaniques reprirent leur vol, franchissant la passe à la pointe

du fort de l'Aiguillette et continuant à suivre le littoral au-dessus

des forts de Lamalgue, Sainte-Marguerite et la Colle-Noire. A cinq

heures, la caravane coupait la presqu'île de Giens et longeait la

rade d'Hyères, dont les îles de Porquerolles, du Levant et Gros,

apparaissaient au loin, sur la moire mouvante de la mer, comme de

véritables bosquets de verdure. Une heure plus tard, les aviateurs

apercevaient la coquette petite ville de Saint-Tropez, assise au bord

du golfe de Grimaud, et prenaient terre sans difficulté dans un vallon

entre la voie ferrée et la mer.

L'excursion à la Côte d'Azur devait s'effectuer sans le moindre

incident digne d'être noté; les appareils, que ne contrariait nul vent

défavorable, suivaient en se jouant les découpures du rivage de la

grande mer bleue qu'incendiait un soleil ardent, et ils arrivèrent à dix

heures et demie du matin à Nice la belle, qu'ils traversèrent dans toute

sa largeur pour atterrir au pied du mont Boron. Les aviateurs visitèrent

en premier lieu le magnifique observatoire édifié sur ce sommet grâce à

la magnificence du banquier Bischofsheim, et qui contient, à l'intérieur

de son immense coupole, édifiée par Eiffel, l'une des plus puissantes

lunettes astronomiques du monde, car elle mesure 18 mètres de longueur

avec un objectif de près de 80 centimètres d'ouverture. De là ils se

rendirent à la ville dont ils eurent le temps de parcourir les divers

quartiers et les magnifiques promenades ombreuses. Le soir, Médouville

proposa à quelques amis de pousser jusqu'au rocher de Monaco et de

passer la soirée au Palais des jeux de Monte-Carlo. Médrival, M. et

Mme de l'Esclapade, les frères Bourdon acceptèrent avec empressement

d'accompagner le secrétaire général, mais ils faisaient piteuse mine

le lendemain, car la roulette les avait traités sans aménité. Seul,

le jeune Médrival--la jeunesse a de ces prérogatives!--avait dompté

l'inconstante déesse et réalisé un gain assez important.

[Illustration: Nice.--Promenade des Anglais.]

La caravane était parvenue à l'extrémité du littoral français. De la

frontière belge, elle était parvenue en trois semaines à la frontière

italienne, après avoir suivi les rivages de la Manche, de l'Océan et

de la Méditerranée et visité les villes les plus intéressantes de la

Picardie, de la Flandre, de la Normandie, de la Bretagne, les îles de

l'Océan, les grottes et les cavernes du Massif Central et des Cévennes.

Il s'agissait maintenant de boucler le Tour de France par l'est, en

remontant tout le long de la frontière par le Jura et les Vosges, ces

régions que le _Petit Biscuitier_ avait déjà parcourues avec son ballon

dirigeable.

La flottille, réduite à onze appareils, quitta Nice le lundi 28 juillet,

à huit heures et demie du matin, dans l'intention de se rendre à

Puget-Théniers et à Digne. La Tour-Miranne commença par s'élever à près

de trois cents mètres pour traverser la rade de Villefranche où étaient

amarrés de nombreux bâtiments de guerre. Il vira au-dessus de Beaulieu

et, après un dernier regard jeté à la Méditerranée que l'on ne devait

plus revoir, il prit la route du nord pour gagner la vallée du Paillon,

et un peu après, à la hauteur du village de Castagniers, la vallée du

Var, de ce fleuve qui ne traverse plus le département auquel il a donné

son nom.

Laissant à gauche le massif de la Tourette haut de 850 mètres, les aéros

ne tardèrent pas à arriver au confluent de la Tinée et du Var qui, en

cet endroit, traçait un angle brusque vers l'ouest. Ils continuèrent

docilement à suivre le cours du fleuve et arrivèrent à dix heures

à Puget-Théniers, après avoir aperçu les bourgades de Malaussène et

Villars. La sous-préfecture des Alpes-Maritimes ne compte que douze

cents habitants; c'est plutôt un gros village, aussi les aviateurs n'y

séjournèrent-ils que le temps de vérifier leurs machines et faire le

plein d'essence des réservoirs, et repartirent-ils sans tarder pour

Digne, chef-lieu du département des Basses-Alpes, où ils parvinrent à

midi et demi, après s'être élevés 1150 mètres de haut au moment de la

traversée du col de la Chamatte, situé entre les communes d'Entrevaux et

de Saint-André-de-Méouilles.

L'après-midi ayant été consacrée à la visite de la ville de Digne, de

sa cathédrale et de son église romane, toutes deux du XIIe siècle, la

journée du mardi fut employée par les aviateurs à la traversée du massif

montagneux séparant Digne de Gap. Pour ne pas être obligé de s'élever

à des altitudes invraisemblables, le président de l'_Aéro-tourist-club_

préféra allonger quelque peu sa route et gagner la vallée de la Durance,

en passant par Sisteron. L'escale fut prolongée le temps nécessaire à la

visite des monuments de la ville, chef-lieu des Hautes-Alpes, puis les

aviateurs, évitant le massif du Dévoluy, gagnèrent la vallée de la Drôme

et couchèrent à Die, sous-préfecture de trois mille habitants.

Continuant, à évoluer à travers les Alpes, la caravane, qui comptait

arriver le mercredi soir à Aix-les-Bains, n'y parvint que le jeudi,

car ses membres avaient perdu une après-midi à visiter les usines

hydro-électriques de Laffrey et du Vercors, qui avaient retenu son

attention.

--Il faut voir les usages que l'on fait, dans la région, de la «houille

blanche», avait déclaré l'ingénieur Damblin, et je vous engage à venir

visiter quelques usines. C'est curieux.

Les touristes purent donc admirer les énormes turbines accouplées à

des alternateurs de taille gigantesque, grâce auxquels la force vive de

l'eau, captée dans les montagnes et amenée de quatre cents à huit cents

mètres de hauteur par des conduites en acier, était transformée en

énergie électrique, en courants triphasés envoyés à des centaines de

kilomètres de distance par des fils de cuivre un peu plus gros que des

fils télégraphiques ordinaires, jusqu'aux villes à éclairer ou à fournir

de force motrice pour l'industrie.

--L'eau qui arrive aux turbines a une telle pression, en raison de la

hauteur d'où elle vient, expliquait Damblin, qu'elle s'échappe en un

jet aussi rigide qu'une barre de fer, et qui use à la longue les augets

d'acier des roues Pelton des turbines. Il serait difficile à un homme,

même très vigoureux, de couper ce jet d'eau avec une lame de sabre bien

affilée et maniée à tour de bras.

--C'est curieux, en effet, fit Médouville intéressé; mais, dites-moi,

qu'est-ce que c'est donc que ces espèces d'assiettes en fer empilées les

unes au-dessus des autres et que j'aperçois là-bas?...

--Ce sont les «transformateurs statiques», mon cher ami. Ce sont des

appareils composés d'enroulements de fil superposés, que traverse le

courant engendré par les machines électriques. Par les phénomènes

de l'_induction_, la tension de ce courant est augmentée dans des

proportions considérables et faciles à déterminer, de mille à quarante

mille _volts_ par exemple. Il est alors possible, grâce à cette haute

tension, de n'employer pour les lignes de transport, que des fils

conducteurs de diamètre restreint, et partant moins coûteux, ce qui

permet d'envoyer sans une dépense excessive de câbles, l'énergie

électrique à de très grandes distances.

--Mais à l'arrivée, les lampes ne peuvent pas absorber ce courant de

haute tension?...

--Non, certes, aussi est-on obligé de lui faire traverser d'abord les

spires d'un autre transformateur, qui ramène la tension au chiffre

convenable. Le premier appareil, placé à la station de départ, est un

«survolteur», et celui disposé à l'arrivée un «dévolteur». Les hautes

tensions sont localisées sur la ligne de transport dans un simple but

d'économie de conducteurs.

Les touristes visitèrent ensuite une usine électrolytique, où le courant

produit par la puissance vive de l'eau était utilisé pour fabriquer,

dans des fours électriques, le carbure de calcium, qui permet d'obtenir

simplement par sa dissolution dans l'eau, l'acétylène, ce gaz quinze

fois plus éclairant que le gaz de houille, et l'aluminium. Damblin

expliqua encore à ses camarades les procédés employés dans ces

industries nouvelles basées sur les découvertes des chimistes Moissan,

Bullier, Héroult et Minet. Pour obtenir le carbure, on mélange dans le

four électrique, des proportions convenables de chaux vive et de coke

pulvérisé, puis on fait passer dans la masse, entre deux plaques ou une

plaque et un gros cylindre tous deux en charbon aggloméré à la presse

hydraulique, un courant de faible tension mais d'une formidable

intensité qui détermine l'incandescence du mélange ainsi porté à une

température de trois mille degrés. Le carbure fondu est ensuite coulé,

comme s'il s'agissait d'un métal, puis concassé et embarillé pour

l'expédition.

L'aluminium est obtenu par un traitement analogue, par la réduction à

haute température des terres appelées _bauxite_ et _cryolithe_ et qui

contiennent une très forte proportion de ce métal, dont les applications

se sont multipliées depuis que son prix s'est abaissé au point

d'en faire un véritable métal usuel. L'ingénieur ajouta que le four

électrique était encore employé, dans les pays pauvres en charbon mais

possédant de nombreuses chutes d'eau, à la sidérurgie, c'est-à-dire à la

fabrication du fer et surtout de l'acier, ainsi qu'à la préparation de

nombreux alliages et à la fabrication d'une grande variété de produits

chimiques que les nouvelles méthodes permettaient d'obtenir à bien

meilleur marché qu'auparavant.

Mais le temps s'écoulait, et La Tour-Miranne ne voulait pas s'éterniser

dans ces pays de montagnes, quelque intéressantes que fussent les

industries que l'on pouvait y rencontrer. Le départ fut donc donné

de bonne heure le lendemain, ce qui permit de visiter en détail

le chef-lieu de l'Isère: Grenoble. En dépit d'un vent assez vif du

nord-est, qui contrariait sensiblement le vol des aéroplanes, la

flottille parvint à sortir du dédale des vallées, et à cinq heures

du soir, elle prenait terre dans les «Prés-Hauts», au-dessus

d'Aix-les-Bains où les aviateurs devaient se rencontrer avec le partisan

de l'aéronautique opposée à l'aviation, Claude Réviliod.

Le tour de France en aéroplane · 第 55 / 85 题