TRAVERSÉE DU MORVAN.--DÉCOUVERTES PALÉONTOLOGIQUES.--LE PETIT BISCUITIER
FAIT DE L'ESPRIT.--NEVERS ET BOURGES.--TRAVERSÉE DE LA SOLOGNE.--A BOUT
D'ESSENCE ET DE LEST.--VISITES AUX CHÂTEAUX HISTORIQUES DES BORDS DE
LA LOIRE.--LES VIEUX DONJONS DE FRANCE: MONTBAZON, LOCHES,
LANGEAIS.--TEMPÊTE MENAÇANTE.--RETOUR AU HANGAR.--DEUX CENT CINQUANTE
KILOMÈTRES EN TROIS HEURES ET DEMIE.
--Soyez franche, cousine, n'est-ce pas admirable?... Regrettez-vous
encore d'être venue?...
--J'aurais tort de ne pas reconnaître que le spectacle est véritablement
merveilleux. D'ailleurs ma résistance ne provenait que de ma seule
ignorance, mon cousin.
--Et vous, Philippe, que pensez-vous maintenant du dirigeable comme
moyen de locomotion?
--Il est évident qu'il est très agréable, mais gare à l'atterrissage.
C'est là le point noir!...
Claude Réviliod haussa les épaules avec commisération.
--L'atterrissage!... répéta-t-il. Vous avez vu hier devant votre porte
comment il s'opère. Rien n'est plus facile!...
--Oui, mais s'il y a du vent?...
--S'il y a du vent, l'aéronaute qui conduit le dirigeable manoeuvre en
conséquence: il fait tête à la brise, de manière à immobiliser le ballon
par rapport au sol, et les terriens présents n'ont plus qu'à empoigner
les cordes traînantes pour haler la nacelle à terre.
--Vous avez réponse à tout, mais il n'empêche que l'opération doit être
particulièrement laborieuse et délicate en cas de tempête!
--En cas de tempête menaçante--les tempêtes peuvent toujours être
prévues quelque temps d'avance--le dirigeable reste bien tranquillement
à l'abri sous son hangar! C'est simple comme bonjour!...
M. Corgival se tut, bien que sa physionomie n'annonçât en rien que les
arguments de son hôte, fanatique d'aérostation, l'eussent convaincu.
Il se pencha en dehors de la rampe de velours cerclant, à hauteur de
la poitrine, le salon aérien et il regarda le panorama grandiose qui se
déroulait à cinq cents mètres au-dessous de lui.
Il était neuf heures et demie du matin; depuis un quart d'heure,
l'aéronat avait quitté le château des Frênes, et il descendait vers
le sud, dans la direction d'Avallon. Le vent d'est, assez fort à cette
hauteur, contrariait assez sa marche pour que le mécanicien eût jugé
nécessaire d'employer toute la force motrice.
On arrivait à Vermenton, village de deux mille habitants sur les rives
de la Cure, affluent de l'Yonne. Vu de l'altitude où planait l'aéronat,
ce n'était qu'un petit tas de pierres au bord d'une rigole où une mouche
se serait noyée. Devant eux, les aéronautes distinguaient les massifs
chevelus de la forêt d'Hervaux, et au delà les prairies de la riche
Terre-Plaine, féconde en céréales, et la Puisaye, avec ses innombrables
étangs et ses hautes futaies. On arrivait vers la partie la plus
pittoresque du département de l'Yonne, dans la région la plus accidentée
et où l'on rencontre de profondes vallées, des gorges majestueuses
enserrées entre des collines boisées annonçant la proximité du sévère
Morvan aux rochers sombres. D'innombrables filets d'eau serpentaient
dans ces vallées.
--Il me semble qu'il y a beaucoup de rivières par ici, fit observer
Réviliod à son cousin.
--En effet, répondit celui-ci avec empressement. Il y a d'abord l'Yonne,
le principal cours d'eau du département, qui rejoint, comme vous savez,
la Seine à Montereau, et reçoit en route la Cure, le Serein, l'Armançon,
le Ravillon, le Tholon, la Vanne et bien d'autres encore dont le nom ne
me revient pas. Il y a ensuite le Loing, qui va également se jeter
dans la Seine, après avoir reçu les eaux de l'Ouanne et du Branlin. Je
citerai encore quatre canaux mettant en rapport les bassins de la Loire,
de la Seine et de la Saône et qui sont, d'abord, le canal de Bourgogne
qui commence à Laroche, celui du Nivernais, celui de Briare et enfin le
petit canal d'intérêt local qui réunit Vermenton et la Cure à l'Yonne.
--Dites-moi, cousine, interrompit l'aéro-yachtman qui avait écouté d'une
oreille distraite les explications de son passager, est-ce qu'il y a des
curiosités naturelles dans votre pays?...
--Certainement, mon cher Claude, il existe des grottes très curieuses
formées par la rivière la Cure à Larris-Blanc et à Arcy, qui doit être
justement le village au-dessus duquel nous passons en ce moment.
--Ah! pas possible!... Si nous descendions visiter ces grottes?...
--Oh! elles ne sont pas assez spacieuses, je crains que votre ballon ne
puisse y évoluer!... repartit en riant la jeune femme.
--C'est regrettable, en vérité. Alors, nous nous résignerons à n'admirer
que de loin.
D'ailleurs, nous sommes dans le pays de la résignation, n'est-ce pas?...
--Comment cela, mon cousin?...
--Dame!... J'ai toujours entendu parler du _résigné_ de Bourgogne. Ce
devait être quelque pauvre honteux.
Cet affreux calembour arracha un franc éclat de rire aux deux époux.
--J'ai eu l'occasion, dit, au bout d'un instant Philippe Corgival,
de causer avec un savant naturaliste, professeur au Muséum d'histoire
naturelle de Paris, et il m'a expliqué qu'il avait découvert, dans les
alluvions anciennes de cette vallée, des stations préhistoriques très
curieuses et représentant ce que les paléontologistes appellent des
stations de surface de l'industrie de Saint-Acheul. Ainsi, M. Boule
a trouvé dans ces alluvions de la Cure, à Vermenton, à quinze mètres
au-dessus de la vallée, des débris de l'_elephas antiquus_ auxquels
étaient joints les ossements d'un boeuf et d'un cerf appartenant à
la faune contemporaine. Le naturaliste dont je vous parle a fait la
découverte, dans le lit d'un ruisseau très modeste s'échappant des
premières pentes du massif du Morvan, le Rudaillon, à quatre kilomètres
au sud d'Avallon et par 265 mètres d'altitude, au lieu dit l'étang
Minard, d'une station de ce genre. Sur un plat de granulite, les roches
d'épanchement ont laissé quelques lambeaux témoins du recouvrement
primitif; ce sont des quartz de filon, le quartz jaspoïde zonaire ou
meuliériforme et aussi quelques grès du trias.
L'ingénieur Belgrand ayant capté les eaux du Rudaillon que les barrages
avaient autrefois transformé en étangs, on ouvrit des tranchées de 1 m.
30 dans les alluvions du ruisseau, et c'est dans ces dépôts qu'on trouva
les spécimens que je vais vous décrire. D'après ces recherches, le
terrain de l'étang comprend 20 centimètres de terre végétale, un lit de
tourbe de 20 centimètres, une couche d'argile grise, pure, puis sableuse
de 30 centimètres, enfin des alluvions sableuses de plus en plus
caillouteuses en descendant, et formées des roches énoncées plus haut.
De ces cailloux, les uns sont à angles à peine émoussés, d'autres polis
sur les arêtes, quelques-uns forment des galets; ils ont tous la patine
et le vernis que donne l'eau courante, charriant du sable. La récolte du
professeur s'est composée d'une amande hache ou coup de poing et de deux
éclats. L'amande est un rognon de silex de la craie ovalaire, retaillé
sur les deux faces à grands éclats, avec un large talon à la base, où
la croûte de carrière est intacte; les bords sont sinueux et assez
grossièrement tranchants, se terminant en pointe mousse. La pièce mesure
18 cm. 5 de longueur, 11 cm. 5 de largeur et 4 cm. 5 d'épaisseur; elle
pèse 1150 grammes; elle se classe donc parmi les plus gros types. Sa
couleur est le gris brun, à la base, et le rouge brun, sur les faces
d'éclatement, avec quelques taches de patine blanche, le tout fortement
verni ou lustré. Les éclats sont en quartz jaspoïde zonaire de la
localité: l'un d'eux, qui est entier, de forme lancéolée, avec plan
de frappe et concoïde de percussion, mesure 18 cm. 5 de longueur, 5
centimètres de largeur et 2 cm. 5 d'épaisseur, c'est un jaspe à cassure
jaunâtre dont la patine est verte, lustrée.
Ces éclats volumineux de roche locale montrent que l'amande en question
n'était pas là comme un objet perdu par hasard, mais que les primitifs
sont venus dans la région chercher des pierres convenables pour en
fabriquer leurs outils, ce qui est l'indice d'une station. La situation
du gisement dans les alluvions d'un petit ruisseau, à une altitude assez
élevée, l'association d'une grosse amande, de type archaïque, avec
de grandes et épaisses lames simplement éclatées, chose que des
préhistoriens refusent d'admettre, lui donnent donc une certain intérêt,
tout au moins au dire du professeur dont je vous ai parlé.
--Avallon!... cria à ce moment le pilote, annonçant la ville au-dessus
de laquelle le navire aérien allait arriver.
Le _Petit Biscuitier_ qui était décidément en verve, se pencha vers son
aéronaute, et d'un ton sérieux:
--Hein! Quoi!... lui dit-il, qu'est-ce que vous voulez avaler?...
L'infortuné Neffodor tourna vers son passager un faciès ahuri et le
fixa de ses yeux ronds, tandis que l'hilarité des deux bourguignons
redoublait. Enfin il parvint à articuler:
--Je voulais dire que nous arrivons à Avallon et que nous ne tarderons
pas à pénétrer dans le département de la Nièvre.
--Ah! très bien, dans ce cas. Rapprochez-nous du sol, que nous puissions
distinguer un peu plus nettement les monuments historiques. Ensuite,
vous ferez comme le nègre!
--Je me ferai nègre, monsieur?...
--Non, non, vous ne me comprenez pas. Je dis que vous ferez comme le
fameux nègre du maréchal de Mac-Mahon, vous continuerez... à avancer
pour nous conduire à Nevers.
--Ah! très bien, monsieur, je n'avais pas compris.
--Vous n'avez pas besoin de me le dire. Je m'en étais aperçu, conclut le
propriétaire du dirigeable, aux rires inextinguibles de ses passagers.
Avallon, que traversait l'aéronat, est une ville extrêmement ancienne,
car on l'a identifiée avec l'_Aballo_ de l'itinéraire d'Antonin. Au VIe
siècle, c'était une place forte que se disputèrent à plusieurs reprises
les rois de France et les ducs de Bourgogne. Robert le Pieux assiégea
sans succès le château fort d'Avallon, mais plus tard, ayant été mis en
possession de cette forteresse, il la fit démanteler. En 1433, Charles
VII s'empara de l'Avallonnais, que le duc Philippe le Bon replaça peu
après sous la domination de la maison de Bourgogne. A la mort de Charles
le Téméraire, Avallon fut définitivement réuni à la couronne de France.
La ville fut pillée en 1594 par les ligueurs.
La ville moderne, bâtie sur le ruisseau du Cousin, affluent de la Cure,
possède près de six mille habitants. Les coteaux qui l'environnent
fournissent des crus renommés; on y rencontre aussi d'importantes
carrières de pierre à bâtir et de granit, et des gisements de minerai
de fer. Parmi les industries qui s'y trouvent exploitées, on trouve des
fabriques de draps, des tanneries, des moulins à foulon, des papeteries,
des filatures de laine, enfin le commerce s'opère surtout sur les
grains, les vins, les bois, les laines, le bétail et les chevaux.
Les voyageurs aériens aperçurent de loin les quelques monuments
d'Avallon qui dominent les habitations: la Tour de l'Horloge qui date
du XVe siècle, et l'église Saint-Lazare du XIIe. Ils distinguèrent la
promenade des Capucins et la terrasse de la Petite-Porte, puis la ville
parut s'éloigner et se fondre dans les brumes de l'horizon du Nord.
L'aéronat traversa une partie du massif montagneux du Morvan et ne tarda
pas à pénétrer dans le département de la Nièvre.
[Illustration: AVALLON.--Un coin de la vieille ville.]
Le Morvan prolonge le massif central de la France dans la direction
du nord, par delà le fleuve de la Loire. Il mesure quatre-vingt-deux
kilomètres de longueur sur une largeur maximum de cinquante, ce qui
représente une surface de deux mille sept cents kilomètres carrés. C'est
une agglomération de gneiss et de granit avec d'innombrables coulées
de porphyre, manifestations volcaniques qui ont laissé encore d'autres
témoins, exemple les sources thermales de Montreuillon, Saint-Honoré,
Bourbon-Lancy. Son altitude moyenne est de cinq cents mètres; son point
culminant est le Bois du Roi ou Haut-Folin qui s'élève à neuf cent deux
mètres, mais l'endroit le plus célèbre est le Beuvray, haut de huit cent
dix mètres, où existait la cité gauloise de Bibracte. L'Yonne naît au
pied du Prénelay, à huit cent dix mètres d'altitude, ainsi que la Cure
et les tributaires de l'Arroux; rivière qui se jette dans la Loire.
Le Morvan renferme de nombreux étangs, des vallées pittoresques et de
vastes forêts qui approvisionnent Paris de bois à brûler et de charbon
de bois.
L'aéronat, qui luttait péniblement contre le vent d'est, mit toute la
matinée à atteindre Château-Chinon, qui n'est cependant éloigné que
de soixante kilomètres d'Avallon. Le panorama était dur, triste, âpre,
sévère, avec des bois séparés par des flaques d'eau miroitant au soleil.
--Il me semble que nous allons un train de tortue, fit observer à
Réviliod le cousin Corgival. Midi va sonner et nous sommes encore en
plein Morvan. Voilà seulement Château-Chinon là-bas; j'aperçois les
ruines de son château fort. Il ne va pas beaucoup plus vite qu'une
péniche sur le canal de Bourgogne, votre ballon dirigeable.
Le _Petit Biscuitier_, en fanatique d'aérostation qu'il était, fut piqué
au vif par la réflexion. Il appela Neffodor et lui dit d'un ton rogue:
--Comment se fait-il que nous ne soyons pas encore arrivés à Nevers?
L'aéronat n'avance pas. Qu'est-ce que cela veut dire?...
--Nous luttons contre un vent d'est d'une vitesse de près de dix mètres
par seconde, monsieur, répliqua celui-ci, et c'est ce qui nous a tant
retardés. J'ai même eu bien du mal à conserver le cap au sud-est.
Maintenant, ce vent qui nous a tant gênés va nous aider et nous allons
rattraper le temps perdu car nous allons naviguer vers l'ouest.
Ainsi que l'avait annoncé le pilote, aussitôt que l'aéronat eut viré et
décrit un quart de cercle, sa rapidité s'accéléra considérablement, la
vitesse du vent qui soufflait en poupe s'ajoutant à sa vitesse propre
due à la traction de l'hélice.
L'aéronaute prit des points de repère sur le terrain qui défilait avec
une surprenante vélocité à quatre cents mètres au-dessous de lui.
--Nous dépassons le quatre-vingts à l'heure, déclara-t-il à son
armateur. Avant trois quarts d'heure d'ici, nous serons à Nevers!
Réviliod se tourna vers ses hôtes avec un air de triomphe:
--Vous entendez, leur dit-il, nous filons plus de quatre-vingts
kilomètres à l'heure. C'est une belle allure, je pense. Regardez comme
le panorama semble se déplacer vivement!
--Oui! maintenant, cela avance bon train.
--Eh bien! nous allons en profiter pour nous restaurer, n'est-ce pas?
Mon domestique a dû garnir la soute aux vivres de provisions, et je vais
dresser le couvert.
--Laissez, mon cousin, fit vivement Mme Corgival. C'est plutôt l'ouvrage
d'une femme que le vôtre. J'ai remarqué, lorsque vous nous avez fait les
honneurs de votre salon aérien, l'emplacement des objets et ustensiles
indispensables. Je vais m'occuper du repas.
En quelques instants, la charmante passagère eut préparé la table, et
le déjeuner s'écoula cordialement. Le menu était substantiel, mais tel
qu'il pouvait être à bord d'un navire aérien où il eût été imprudent de
faire de la cuisine sur un foyer en ignition. Il se composait donc de
viandes froides: poulet rôti, pâté de jambon à la gelée, fromage et
fruits.
--Je donnerais bien cinquante centimes de bon coeur pour avoir deux
sous de pommes de terre frites bien bouillantes, déclara Neffodor au
mécanicien, tout en dévorant à belles dents les tranches de viande
que les passagers lui avaient octroyées. Je n'aime pas beaucoup manger
froid, cela me détraque l'estomac.
Gélinier hocha la tête sans répondre.
--Ah! voilà Nevers, dit au bout d'un instant l'aéronaute.
--Rapprochez-nous un peu du sol et faites le tour de la ville à
petite vitesse, ordonna quelques minutes plus tard le propriétaire de
l'aéronat, de sa voix sèche et métallique.
Agissant sur le système des lames de jalousie formant aéroplane,
le pilote obligea le ballon à se rapprocher de terre, et il lui fit
décrire, à allure modérée, un demi-cercle presque parfait au zénith du
chef-lieu de la Nièvre, qui se développait en plan sous les pieds des
voyageurs.
--C'est égal! il faut reconnaître que c'est une manière vraiment idéale
de voyager! constata le cousin Corgival, et je ne regrette plus de vous
avoir accompagné. On distingue vraiment bien tout! Voici la vieille
ville, juchée sur son coteau, les constructions enserrant son antique
cathédrale, et plus loin, sur le plateau, hors de l'ancienne enceinte,
la nouvelle cité. Tenez, Claude, regardez: voilà là-bas Saint-Cyr,
avec ses deux absides opposées sans façade, et qui est un mélange
de gothique, de roman et de Renaissance, voilà le beffroi, cette
tour-clocher du XVIe siècle, puis Saint-Etienne, qui a été édifiée de
1063 à 1097, et constitue un spécimen remarquable du pur style roman.
Voilà enfin l'ancien couvent de la Visitation, le palais ducal,
construit par les Clèves et les Gonzague, ducs de Nevers, et qui est un
échantillon intéressant de l'architecture Renaissance, et les vieilles
portes de Croux, du XIVe siècle, et de Paris, du XVIIe, avec son arc de
triomphe sur lequel on a gravé des vers dus à Voltaire.
--Nevers est une cité ancienne? demanda Réviliod à son passager, tout en
suivant du regard les monuments que celui-ci lui désignait de son index
tendu.
--Certes. C'était une cité gauloise, place éduenne, puis romaine,
importante comme point de passage de la Loire. Elle fut évêché franc au
VIe siècle, capitale du comté au IXe, et indépendant depuis 987. Pierre
de Courtenay accorda à la ville une charte communale, confirmée en
1231 et commença l'enceinte fortifiée dont la porte de Croux est un
des débris. Devenue anglaise par le traité de Troyes, Nevers eut fort
à souffrir de la guerre de Cent ans et des guerres de religion.
Depuis 1538, elle fut la capitale du duché, Mazarin en fut un moment
possesseur, et ce n'est en réalité que depuis la Révolution que le
Nivernais et Nevers ont fait retour à la France.
Pendant que le Bourguignon donnait ainsi ces explications à Réviliod, le
dirigeable avait continué à évoluer lentement à une faible distance
des toits de la ville dont les habitants, massés dans les rues, le
considéraient avec stupéfaction et les yeux écarquillés. Il avait décrit
un cercle tangent au pont de la Loire et qui l'avait conduit de la place
du Champ-de-Foire à la Gare, en passant au-dessus des bâtiments de la
manufacture de porcelaine, du palais ducal, de la tour Goguin et de la
tour Saint-Eloi, puis il était revenu planer non loin du cimetière et de
la route de Clamecy et de Corbigny.
Le _Petit Biscuitier_ avait tiré sa montre.
--Une heure et demie! murmura-t-il.
Il se pencha au-dessus du bordage et appela l'aéronaute.
--Conduisez-nous maintenant à Bourges, lui dit-il.
--Bien, monsieur, répliqua Neffodor en manoeuvrant les volants
commandant les gouvernails. Nous y serons dans une heure. Faudra-t-il
atterrir, vous savez que vous avez donné l'ordre à Tiburce, votre
chauffeur, de venir nous y apporter les bouteilles d'hydrogène pour le
ravitaillement.
--Ah! oui, c'est vrai, je n'y songeais plus, fit l'armateur en se
frappant le front. Eh bien, dites-moi jusqu'où nous pouvons aller cette
après-midi.
--Avec vent arrière et en petite vitesse, un moteur seul en fonctions,
nous pouvons tenir encore jusqu'à six heures du soir et parcourir plus
de deux cents kilomètres!...
--Dans ce cas, nous examinerons simplement la ville de Bourges à deux
cents mètres d'altitude, comme nous venons de le faire de Nevers, et
vous nous promènerez ensuite au-dessus de la Sologne pour atterrir ce
soir à Blois. Je vais rédiger une dépêche à l'adresse de Tiburce sur une
feuille de mon carnet, et nous la laisserons tomber, avec le prix de son
expédition et un bon pourboire, aux pieds d'un de nos admirateurs. Je
pense, qu'avec cette précaution, le télégramme parviendra à destination.
Tiburce sera prévenu et c'est à Blois qu'il nous apportera notre
hydrogène en bouteilles.
[Illustration: NEVERS--Le palais ducal]
Le pilote fit mettre le moteur en petite vitesse, les deux cylindres
alimentés à l'essence fonctionnant seuls. L'aéronat, après avoir
traversé la Loire, passa au-dessus de la Guerche-sur-l'Aubois, de
Germigny-l'Exempt, Blet et Dun-sur-Auron. S'apercevant alors que cette
route l'amenait trop au sud, Neffodor s'efforça de suivre le cours de la
rivière pour remonter vers le chef-lieu du département du Cher, mais il
fut nécessaire alors de remettre en marche les deux cylindres alimentés
par le gaz du ballon. Il était trois heures quand l'appareil arriva
en vue de Bourges, après avoir suivi depuis Dun le canal du Berry.
L'aéronat évolua un moment au-dessus de cette ville, à très faible
hauteur, pour permettre à son armateur de jeter la dépêche qu'il avait
préparée à l'adresse de son chauffeur, et lui laisser examiner, ainsi
qu'à ses hôtes, l'ensemble de cette cité, bâtie au confluent de l'Yèvre,
affluent de droite du Cher, et du Langis, du Moulon et de l'Auron, sur
le canal du Berry.
Bourges, située à deux cent trente-deux kilomètres de Paris, est une
des villes qui ont conservé le plus de débris de leur enceinte
gallo-romaine, car au IVe siècle, alors qu'elle portait le nom
d'_Avaricum_, elle était la capitale d'une puissante nation gauloise,
les _Bituriges Cubi_. On peut encore voir une partie considérable de ses
anciens remparts à l'hôtel de Jacques Coeur, où ils servent de base à
la façade donnant sur les jardins. La cathédrale Saint-Etienne est un
monument remarquable. Projetée en 1182, elle ne fut consacrée qu'en
1324; ses cinq portails sont ornés de bas-reliefs et de statues
représentant les scènes du Nouveau-Testament, du Jugement dernier, etc.
Les deux tours sont restées inachevées. Le choeur est supporté par une
spacieuse crypte datant du XIIIe siècle. On peut admirer à l'intérieur
de magnifiques vitraux de la même époque, ne comportant pas moins de
seize cents figures.
L'église Notre-Dame a été bâtie du XVe au XVIe siècle, ainsi que
Saint-Bonnet qui contient de beaux vitraux de la Renaissance.
Saint-Pierre-le-Guillard remonte au XIIe. L'hôtel de Jacques Coeur, qui
fut le grand argentier de France sous le règne de Charles VII, constitue
maintenant le Palais de Justice, et devant sa façade principale se
dresse la statue en marbre de son fondateur, oeuvre du sculpteur
Préault, inaugurée en 1879.
Bourges renferme encore de beaux édifices, tels que les hôtels Cujas,
Lallemant, et de nombreuses maisons en bois construites il y a trois et
quatre cents ans.
Le dirigeable, après avoir stationné une vingtaine de minutes au-dessus
de la ville, repartit vers le nord-ouest et plana bientôt au-dessus de
la ville industrielle de Vierzon, distante de trente-deux kilomètres à
vol d'oiseau du chef-lieu du département.
On peut remarquer à Vierzon, de même qu'à Bourges, de très anciennes
maisons, une église du XVe siècle contenant un bénitier de forme
curieuse, et un tableau sur bois du peintre Boucher représentant saint
Jean, puis une porte romane et surtout une porte féodale surmontée d'un
beffroi moderne. La ville est bâtie sur l'Yèvre, le canal de Berry et le
Cher; ses faubourgs s'étendent sur le coteau dominant la rivière. On
y trouve une école professionnelle nationale, des manufactures de
porcelaine, des fonderies, tréfileries, chaudronneries, tuileries,
verreries, des ateliers de construction mécanique, principalement de
machines agricoles, des fabriques de bonneterie, etc. C'est donc une
cité ouvrière au premier chef.
Le ballon, qui avait à peine ralenti son vol pendant la traversée de
l'agglomération, ne tarda pas à pénétrer en Sologne.
[Illustration: BOURGES.--Hôtel Jacques Coeur.]
La Sologne est une région naturelle du bassin de la Loire, entre la
Beauce, la Touraine, la Brenne, le Berry et le Sancerrois. Elle fait
partie des formations tertiaires du bassin géologique de Paris dont elle
marque l'étage supérieur. C'est un îlot de terrain argilo-siliceux au
milieu de formations calcaires plus anciennes, le sable prédominant à
l'ouest, l'argile au centre et le silex à l'est, ce qui fait donner à
cette région le nom de Sologne pierreuse. Au point de vue physique,
la Sologne est un plateau dont la pente générale est indiquée par la
direction des rivières qui coulent toutes parallèlement de l'est à
l'ouest. Ces rivières se jettent dans la Loire soit directement, le
Beuvron et le Cosson par exemple, soit par l'intermédiaire du Cher
(Grande-Sauldre).
Les conditions générales de cette région à l'aspect désolé étaient des
plus défavorables pour l'agriculture et le peuplement; cependant, grâce
à l'initiative de Napoléon III et à la fondation en 1859 du Comité
central agricole, la Sologne fut parcourue de voies de communication et
d'exploitation, asséchée, reboisée avec des pins maritimes, assainie.
Le sol, enrichi par des apports de marnes, put recevoir les cultures les
plus variées et devenir propre à l'élevage du mouton, de la vache, du
cheval, du porc. D'anciens vignobles furent reconstitués, et l'industrie
prit un développement que l'on n'aurait osé prévoir. Romorantin possède
d'importantes manufactures de draps; Salbris, des usines d'agglomérés;
la Ferté-Saint-Aubin, des briqueteries: enfin on peut dire que la
contrée a été régénérée par la seule application des principes les plus
élémentaires de l'hygiène publique.
Lorsque le dirigeable arriva en vue de Romorantin, vers cinq heures du
soir, après avoir traversé la région solognote, l'aéronaute appela le
«patron», Claude Réviliod.
--Qu'y a-t-il encore? demanda celui-ci, non sans impatience.
--Nous sommes à bout d'essence, monsieur, et le mécanicien m'avertit
qu'il va être obligé d'arrêter le moteur. Je ne sais pas si nous allons
pouvoir gagner Blois rien qu'avec le moteur à gaz.
--Diable!... fit le _Petit Biscuitier_ inquiet, ce serait fâcheux, car
Tiburce ne saurait alors où nous rejoindre.
--Enfin, nous allons faire de notre mieux, monsieur, mais je tenais à
vous prévenir.
--Nous naviguons depuis combien de temps?...
--Ma foi, monsieur Réviliod, cela fait huit heures et demie que nous
sommes en l'air; cela n'a rien d'étonnant que la provision d'essence
soit consommée. Il ne me reste plus guère de lest non plus, et nous
serons forcés de prendre terre avant une demi-heure. Au premier
refroidissement de l'atmosphère, le gaz va se condenser et nous serons
au sol, quoi que je fasse.
L'hélice n'étant plus actionnée depuis un moment que par les deux
cylindres à gaz, l'aéronat dérivait vers l'ouest sous l'influence
du vent d'est qui tendait à fraîchir avec la prochaine arrivée du
crépuscule, et bien que le pilote manoeuvrât pour gagner le plus
possible vers le nord. A six heures du soir, le dirigeable arrivait
au-dessus de Cour-Cheverny, il ne lui restait plus que la forêt de Bussy
à traverser pour atteindre la Loire et Blois, quand à son tour le moteur
à gaz éprouva de nombreux ratés. L'eau de réfrigération s'était
presque totalement évaporée et le refroidissement ne s'opérait plus
suffisamment. Il devenait dangereux de continuer à tourner plus
longtemps et le mécanicien stoppa.
--Nous sommes arrêtés?... demanda l'aéro-yachtman au pilote.
--Hélas! oui, monsieur, tout nous manque en même temps. Il faut
descendre.
La condensation de l'hydrogène prévue par l'aéronaute, ne tarda pas à se
produire, et le ballon, qui avait atteint une altitude maximum de treize
cents mètres, redescendit de cette hauteur en moins de dix minutes.
Neffodor avait largué les deux guideropes et préparé l'ancre, mais il
n'eut pas besoin de faire usage de cet engin. On arrivait devant
une ferme, et, à son appel, les habitants saisirent les cordages et
amenèrent l'aéronat au sol où il fut cloué par une surcharge de sacs de
terre comme on l'avait fait la veille au château des Frênes.
--Ma foi! cela fait plaisir de retrouver un plancher solide, après
une pareille traversée, déclara Philippe Corgival aidant sa femme à
descendre de la nacelle. Que faisons-nous, maintenant, cousin?
--Je vais m'efforcer d'avoir une voiture, afin de gagner au plus tôt
Blois, où j'ai dit dans ma dépêche à mon chauffeur de nous rejoindre.
Vous venez avec moi tous les deux, n'est-ce pas?
--Volontiers. Et ensuite?...
--Nous reviendrons ici demain matin nous rembarquer. J'ai l'intention de
visiter les châteaux des bords de la Loire. Vous m'accompagnerez encore
cette fois.
--Mais nous ne verrons que l'extérieur des constructions, du haut de
votre ballon.
--Justement. C'est le coup d'oeil d'ensemble qui est le plus intéressant
et celui que les voyageurs ne peuvent avoir. Quant aux salles
intérieures, quel que soit leur ameublement et leur décoration, cela me
laisse froid....
--Pardon, monsieur Réviliod, interrompit Neffodor en saluant,
voudriez-vous me donner un coup de main pour abaisser le ballon à terre.
Comme il est très flasque, ayant perdu beaucoup de gaz pendant la route
que nous venons de faire, il serait prudent de le camper pour la nuit,
et il n'y a pas assez de monde à la ferme pour m'aider.
Le _Petit Biscuitier_ fronça les sourcils d'un air de mauvaise humeur,
mais comprenant qu'il devait donner l'exemple à ses hommes, il répondit:
--C'est bon!... je vais vous aider. Indiquez-nous ce qu'il y a à faire.
L'aéronaute rassembla les douze personnes dont il pouvait disposer et
fit amener le ballon le long des bâtiments afin de le mettre à l'abri du
vent d'est qui continuait à souffler, puis ayant fait remplir de terre
une soixantaine de sacs à lest, dont il avait pris soin de se munir, il
parvint à amener le gros bout du long fuseau de soie au niveau du sol et
à suspendre ces sacs, pesant environ vingt-cinq kilogrammes chacun, à la
ralingue. L'opération terminée, la nacelle put être enlevée et retirée
un peu en arrière, tandis que l'enveloppe aérostatique aplatie sur le
sol ressemblait à une baleine échouée sur le rivage.
--Maintenant, je suis plus tranquille! déclara l'aéronaute, une
fois cette manoeuvre terminée. Le vent peut souffler cette nuit, il
n'emportera pas le ballon comme un fétu.
Réviliod, tout en prêtant l'aide de sa force musculaire au capitaine
de son navire aérien, s'était renseigné auprès des fermiers de la
possibilité de gagner au plus vite Blois dont on était éloigné de
quatre lieues et demie. Alléché par la somme qui lui était offerte, le
cultivateur accepta d'atteler immédiatement et de conduire les voyageurs
à la ville.
--Nous serons à la rue Denis-Papin avant huit heures du soir,
assura-t-il. J'ai un bon trotteur qui fera la route en un peu plus d'une
heure.
--Tant mieux! répliqua Réviliod, mon excursion dans les nuages m'a
creusé et j'ai hâte de faire un repas un peu plus sérieux que celui que
nous avons fait à bord.
Le fermier tint parole: à huit heures tapant, les aéronavigateurs
faisaient leur entrée dans la patrie de l'inventeur de la machine à
vapeur, et ils se hâtaient de gagner l'hôtel où ils avaient donné ordre
à Tiburce de les rejoindre. Celui-ci n'arriva qu'à huit heures du matin,
après avoir mis cinq heures à parcourir les cinquante lieues séparant
Écancourt de Blois. Son maître, réveillé depuis plus d'une heure,
en avait profité pour aller jeter un coup d'oeil sur le château, la
cathédrale et l'hôtel d'Alluye, style Renaissance, et était déjà de
retour de sa courte excursion. Il accueillit l'arrivant d'une façon
plutôt fraîche.
--Te voilà enfin, lambin!... s'écria-t-il. Tu devrais être arrivé depuis
minuit! Mais tu as préféré te reposer, te dorloter, n'est-ce pas, comme
si je n'attendais pas après toi avec impatience!
--Dame, monsieur, j'étais fatigué.
--Ne voilà-t-il pas une belle trotte: cent lieues à peine! Qu'est-ce
que c'est que cela!... Enfin, c'est bien; je vais voir si ma cousine est
prête et nous partirons. Pendant ce temps, va me chercher douze bidons
de dix litres d'_Aéro-naphta_.
Le chauffeur, qui connaissait l'humeur de son maître, ne répliqua pas et
se mit en devoir d'exécuter l'ordre qui venait de lui être donné.
[Illustration: Le yacht aérien arrivait devant le château.]
A neuf heures du matin, Claude Réviliod et ses hôtes se trouvaient
de nouveau rassemblés à la ferme des Éteules, à trois kilomètres de
Chaumont-sur-Loire où ils avaient été obligés la veille d'atterrir.
L'aéronaute Neffodor s'était empressé de faire passer le contenu des
récipients d'acier apportés par Tiburce, dans l'enveloppe aérostatique,
qui avait repris son aspect luisant et tendu, puis la nacelle avait été
raccrochée aux suspentes, débarrassées des sacs de terre qui clouaient
l'appareil au sol par leur poids. Tout ayant été rétabli, les passagers
montèrent à bord.
--Vous allez nous amener au-dessus du château de Chaumont, ordonna le
_Petit Biscuitier_, de là à Chenonceaux, Loches, Montbazon et Langeais.
Vous tâcherez de reprendre terre ce soir dans les environs de Tours.
J'ai averti Fruscou de nous apporter en cette ville une provision de gaz
comprimé suffisante pour continuer nos randonnées.
--Nous ne verrons pas le château de Chambord, mon cousin, demanda Mme
Corgival au moment de mettre le pied dans la nacelle.
--Pas aujourd'hui, tout au moins, cousine, nous en sommes un peu trop
éloignés et cela nous écarterait par trop de notre itinéraire. C'est
évidemment un beau monument, mais il paraît que Chenonceaux n'est pas
trop mal non plus, vous verrez.
L'équilibrage ayant été effectué, le yacht aérien s'éleva et son pilote
le dirigea d'abord vers l'ouest, en le maintenant à la plus faible
hauteur possible. Quelques minutes après il arrivait devant le château
dont les tours crénelées dominent le bourg de Chaumont-sur-Loire. Il
fit le tour de la massive construction élevée par le neveu du cardinal
d'Amboise, Charles, maréchal de Chaumont, et qui, devenue en 1560 la
propriété de la reine Catherine de Médicis fut échangée par celle-ci
contre Chenonceaux. L'édifice porte encore l'empreinte des premiers
seigneurs qui l'habitèrent: une porte est surmontée des armoiries du
cardinal d'Amboise, et des figures cabalistiques décorent la tour
où, suivant la légende, Catherine de Médicis consultait les astres en
compagnie d'astrologues italiens.
De Chaumont-sur-Loire, le dirigeable gagna Chenonceaux, et ses passagers
purent longuement admirer, du haut de leur balcon aérien, les lignes
élégantes de ce monument dont les façades et les tourelles se reflètent
dans l'eau claire du Cher. Chenonceaux a subi, à différentes époques
de l'histoire, de nombreuses retouches qui ont quelque peu dénaturé le
caractère original de son architecture inspirée de l'école italienne,
mais il n'en reste pas moins, avec Chambord, un bijou sans prix du temps
de la Renaissance, car son principal ouvrier a été Philibert Delorme.
A onze heures du matin, les excursionnistes arrivaient en vue de Loches,
dont les tours se découpaient sur le ciel clair et s'apercevaient du
fond de l'horizon; ils firent le tour du colossal donjon, de forme
rectangulaire, et qui ne mesure pas moins de vingt-cinq mètres de long
sur quatorze de large et près de trente mètres de haut. L'épaisseur
des murs atteint et dépasse même un mètre: des contreforts demi-ronds
soutiennent cette énorme construction. Au-dessus du rez-de-chaussée,
qui servait de magasin du temps de Foulques le Noir, constructeur de
la forteresse, se développaient quatre étages dont on voit encore les
arrachements. Suivant l'usage du temps, il n'y avait pas de porte au
niveau du sol; on pénétrait à l'intérieur en passant par un premier
donjon accolé au donjon principal et formant lui-même un édifice
considérable. Un escalier de pierre, dont les restes de l'emmarchement
ruiné se tiennent dans le vide, et qui comprend plus de cent cinquante
degrés, évoluait le long des parois du petit donjon et accédait au
premier étage de l'autre, dans l'épaisseur même des murs. De ce point,
un escalier spécial permettait de descendre au rez-de-chaussée où se
trouvaient les provisions, le puits et les réserves de guerre, et en
même temps de monter aux étages supérieurs. Les défenseurs se tenaient
aux embrasures des fenêtres, au fond des meurtrières, et sur la
galerie en bois dite «hourd», qui couronnait superbement la forteresse.
Assurément, il n'est pas en France de spécimen d'architecture militaire
au moyen âge qui mérite davantage de fixer l'attention des ingénieurs et
des archéologues, tant au point de vue technique que sous le rapport de
l'aménagement intérieur.
[Illustration: Château de Chenonceaux.]
Le château de Montbazon que les navigateurs aériens aperçurent après
avoir admiré le donjon de Loches, a eu le même promoteur que celui-ci:
Foulques Nerra, qui bâtit, à la fin du Xe siècle le _castellum montis
Bosonis_, forteresse devant faire partie du réseau d'ouvrages militaires
élevés en Touraine par le grand batailleur qu'était ce comte d'Anjou.
Sur le point culminant commandant la vallée, Foulques éleva donc un
_castellum_ entouré d'une double enceinte d'épaisses murailles,
la première à l'aplomb du coteau et la seconde enveloppant plus
immédiatement la place où la garnison se tenait habituellement. Du
périmètre le plus étendu, subsiste encore la portion orientale qui se
rattache à l'époque même du donjon. On reconnaît encore la place de
l'entrée principale et du pont-levis. A l'endroit le plus élevé, se voit
la citadelle formée d'un double donjon, l'un de dimension plus grande,
et l'autre de dimension plus modeste. Ils présentent ceci de commun que
l'appareil général est une construction en moellon irrégulier, au lieu
de l'_opus quadratum_ que l'on rencontre d'ordinaire dans les monuments
de cette époque: cette différence tient à la nature des matériaux du
pays, sorte de calcaire siliceux d'une taille très difficile et partant
d'un appareillage fort incommode.
Le grand donjon forme un rectangle de quinze mètres de large sur vingt
mètres de long, et cette dernière façade regarde la rivière de l'Indre.
La tour primitive avait environ vingt mètres de hauteur; elle a été
surélevée plus tard, peut-être au siècle suivant, de manière à atteindre
environ vingt-sept mètres; l'épaisseur des murs est de un mètre
soixante-dix. Les contreforts sont ronds, mais à la différence de ceux
de Loches, dont la partie circulaire est appliquée après coup, ceux de
Montbazon sont liés avec l'édifice; en divers endroits on remarque, par
extraordinaire, des pierres taillées employées sur champ, ce qui donne
un aspect insolite à la physionomie de certaines parties.
Avant de pénétrer dans le grand donjon, qui forme la place d'armes
principale, il fallait passer par le petit donjon qui servait de
vestibule. Celui-ci, qui mesurait seulement sept mètres sur quatre
mètres, atteignait la hauteur de son frère majeur avant l'exhaussement;
les remaniements sont visibles, en particulier dans deux grandes baies
au nord. L'entrée s'ouvrait à deux mètres cinquante au-dessus du sol et
l'ascension s'opérait par l'escalier renfermé dans le petit donjon.
Cette forteresse fut le théâtre de rudes coups d'épée, notamment au
cours des luttes acharnées contre les comtes d'Anjou et de Blois. Parmi
ces derniers, Eudes II parvint à s'emparer de la place qu'il conserva
quelque temps. Dans la suite, les seigneurs de Montbazon, qui d'abord
s'étaient contentés d'un logement militaire, édifièrent une habitation
plus confortable qui se développait sur une esplanade d'environ
quatre-vingts mètres allant de l'est à l'ouest; il n'en subsiste que
quelques débris, en particulier une tour circulaire qui semble du XVe
siècle.
Un aveu féodal, rendu en 1583 par le comte de Montbazon, mentionne
le chastel avec «sa forteresse, ses tours, tourelles, canonnières,
mâchicoulis, faulces-brayes, douves, pont-levis», ainsi que «bastimens
manables, une belle grande chapelle en l'honneur de saint Georges, et la
grosse tour carrée bastie de temps immémorial».
Ajoutez que le coteau est percé d'une série de souterrains qui
servirent de carrière, puis de caves et aussi de refuges et de magasins
militaires. Les éboulis empêchent qu'on puisse les étudier; mais leur
disposition autorise à penser que ce plateau fut occupé par des
tribus guerrières, de très bonne heure, peut-être même aux temps
préhistoriques.
C'est également à une époque reculée qu'il convient de rattacher la
Motte, ouvrage considérable en terre qui se dresse plus à l'est, à
quelques centaines de mètres. Cet énorme monticule appelé, dès le XIIe
siècle, Basonneau, ou petit Bason, à en juger par sa forme, ses fossés,
les travaux en terre qu'il surplombe sur le penchant du coteau et par
les découvertes du voisinage, dut servir de bastion avancé pour la
protection du _castellum_ de Montbazon.
Avant d'élever le colossal donjon de Loches, le comte d'Anjou avait
élevé celui de Montbazon, mais il s'était, pour ainsi dire, préparé
et essayé à bâtir ces deux forteresses par la construction de celle de
Langeais, vraisemblablement la plus ancienne de toute la France, et où
le dirigeable parvint vers trois heures du soir. En ingénieur consommé,
Foulques le Noir créa le type du donjon tel qu'il a persisté durant tout
le moyen âge, en développant bien entendu les forces de résistance selon
les nécessités de la guerre. Ce n'est qu'un peu plus tard, à
Loches notamment, que la pierre de grand appareil fut employée par
l'infatigable bâtisseur et, à Langeais, il se borna à appliquer les
procédés de construction en usage parmi les ouvriers de son temps.
Un épais noyau en blocage de moellon et de chaux très résistante fut
recouvert, sur les deux faces, d'un parement régulier de petites pierres
cubiques, si bien qu'il y a peu de différence entre ce mode et celui des
Romains; près de dix siècles après la venue des conquérants, on suivait
encore leur méthode.
Le donjon de Langeais, édifié d'après cette technique, présente la forme
rectangulaire et mesure environ 17 mètres de longueur, sur 7 mètres
de largeur et 12 mètres de hauteur. Il comprend deux étages dont on
distingue les arrachements, et qui sont éclairés par une série
de fenêtres à plein cintre dont les claveaux, par un ressouvenir
gallo-romain très manifeste, montrent des briques, et c'est d'ailleurs
le seul endroit où celles-ci paraissent dans les épaisses murailles.
Nous ne raconterons pas les vicissitudes traversées par le _castellum
Landegavense_, suivant les expressions des annalistes d'antan, et
il nous suffira de jalonner rapidement son histoire. Le donjon eut
à soutenir les assauts des comtes de Blois qu'il gênait dans leurs
incursions, et Eudes batailla sous ses murs en l'année 994. Les
successeurs de Foulques continuèrent d'en faire leur meilleur allié et
leur plus sûr appui sur la rive droite de la Loire, et une charte de
l'an 1270 mentionne l'endroit «où le chastel souloit estre».
A cette époque, le donjon, qui avait subi non sans dommages les
atteintes du temps et des hommes, fut l'objet de réfections de la
part de Pierre de Brosse, «sergent» du roi saint Louis et seigneur de
Langeais. Par une méprise qui s'évanouit devant le plus simple examen
archéologique, on a commis la faute d'attribuer à ce chevalier la
construction du château actuel; c'est une erreur évidente, mais du
moins, il faut reconnaître que Pierre de Brosse exécuta dans le donjon
des réparations, visibles à la différence du travail, des matériaux et
du style des ouvertures, dont l'une garde encore la forme ogivale du
XIIIe siècle.
Le donjon langeaisien remplit son rôle de défenseur armé de pied en cap
jusqu'au moment où la flèche fut distancée par le boulet vigoureusement
lancé par la gueule fumante des bombardes. Ce jour-là, l'architecture
militaire était tenue, sous peine de ne plus répondre au but, d'opérer
une transformation radicale. C'est sous l'empire de ces exigences
nouvelles de la défensive que Louis XI fit bâtir, sous la direction
de son ministre, Jean Bourré, le château si imposant de Langeais, qui
compte parmi les monuments les plus caractéristiques de la fin du XVe
siècle.
De nos jours, ce château fort a eu la bonne fortune de venir aux mains
de M. et de Mme Jacques Siegfried. S'inspirant du culte qu'ils
gardent pour leur superbe demeure, ces mécènes l'ont dotée de tous les
embellissements désirables et l'ont enrichie d'un mobilier ancien du
meilleur goût, si bien que le visiteur se croit transporté au coeur du
moyen âge et qu'à chaque instant il s'attend à voir apparaître quelque
preux l'épée à la main ou quelque page le faucon sur le poing. Le cadre
est absolument séduisant et laisse l'impression d'une résurrection
achevée.
En face du chevalier à l'armure duquel ne manque aucune pièce et dont le
visage a cicatrisé ses balafres, se dresse, sur le flanc du coteau, le
titan, foudroyé, le glorieux invalide, qui s'efforce de cacher sous les
bandeaux de lierre les mutilations qu'il a subies. Pourtant, malgré ses
blessures profondes le donjon ne garde pas moins un aspect imposant
et vénérable, auquel on peut rendre hommage. A son grand déplaisir,
l'armateur du _Réviliod n°1_ vit sa contemplation des ruines du donjon
de Langeais écourtée. Depuis une heure, le pilote de son navire aérien,
manifestait une inquiétude de plus en plus vive. Enfin, il n'y put tenir
et se tourna vers ses passagers.
--Je dois vous prévenir, monsieur, déclara-t-il, que le vent tend à
augmenter de plus en plus depuis un moment. Sa vitesse égale presque
celle de l'aéronat, et je crains de ne plus être maître bientôt de notre
direction. Il serait prudent, je crois, de regagner Tours au plus vite
et de nous amarrer à terre.
--Diable!... c'est contrariant, grogna le _Petit Biscuitier_. Enfin,
s'il n'y a pas moyen de faire autrement, allons à Tours!
Les vingt-quatre kilomètres séparant Langeais du chef-lieu de
l'Indre-et-Loire furent franchis en moins d'une demi-heure, l'aéronat
voguant vent arrière. Pour l'atterrissage, son pilote lui fit décrire
un demi-cercle complet afin de l'amener le nez au vent. En diminuant
la vitesse de rotation de l'hélice, l'appareil demeura à peu près
stationnaire par rapport au sol, ce qui permit à quelques journaliers
occupés aux travaux des champs d'accourir et de saisir les cordes
traînantes.
Le premier soin de l'aéronaute fut d'immobiliser le dirigeable en le
chargeant de sacs de terre. Les passagers purent alors mettre pied à
terre.
--Nous allons nous rendre à Tours, dit Réviliod à Neffodor. Vous n'avez
pas besoin de nous?...
--Écoutez, monsieur, répondit celui-ci d'un ton sérieux, je suis très
inquiet.
--Bah!... Qu'y a-t-il donc?...
--Il y a que, si le vent augmente encore, je ne réponds plus de la
sécurité du ballon.
--Comment cela?...
--Voyez, monsieur, comme l'enveloppe est flasque!... Nous avons beaucoup
perdu de gaz pendant la route par suite des alternatives de chaleur et
d'humidité résultant du passage de nombreux nuages glissant devant le
soleil, et sans compter ce qui a été consommé par le moteur pendant la
route. Or, un ballon flasque se défend mal contre le vent; il se
creuse de longs plis, il fait voile et une rafale peut le déchirer ou
l'emporter. Rappelez-vous le «_Patrie_».
--C'est bon, je vais en ce cas téléphoner à Fruscou de nous expédier
immédiatement, s'il ne l'a fait déjà, une voiture d'hydrogène comprimé.
--Oui, mais je ne sais si nous pourrons attendre l'arrivée de cette
voiture dans le cas où l'intensité du vent viendrait à s'accroître
encore un peu.
--Que devons-nous faire, en ce cas?...
--Au lieu d'augmenter, le vent peut aussi venir à tomber avec la nuit,
cela arrive souvent. Actuellement il n'y a pas encore péril en la
demeure, mais je vous engage fort, monsieur, à ne faire qu'aller et
venir. Je désirerais que vous soyez présent au cas où il surviendrait
quelque coup de chien. En vous attendant, je vais amarrer le ballon le
plus solidement possible.
--C'est entendu, je me hâterai!
L'atterrissage s'était opéré non loin du village de Saint-Cyr, dont
les premières maisons s'apercevaient à peu de distance. Les navigateurs
aériens étaient à moins de deux kilomètres du pont de pierre traversant
la Loire et reliant Tours à la rive droite du fleuve. Ils partirent à
grands pas dans cette direction et bientôt on les perdit de vue.
Deux heures s'écoulèrent, mortellement longues pour l'aéronaute
qui assistait, impuissant, à l'assaut que les éléments donnaient au
dirigeable. Bien loin de se calmer, ainsi que Neffodor l'espérait,
les rafales redoublaient de furie, creusant de longs sillons dans
l'enveloppe qui détonait sourdement et oscillait convulsivement, tendant
et détendant successivement les suspentes du gréement. De nombreux
curieux, arrivés des villages de Fondettes et de Saint-Cyr étaient venus
prêter main-forte au pilote, mais, en dépit de leurs efforts, l'aéronat
entraînait par instants la nacelle au point de la renverser. Enfin une
voiture apparut et l'armateur du navire aérien, Réviliod, en descendit.
--Ce n'est pas trop tôt! grommela le capitaine avec-un soupir de
soulagement.
Il reprit à haute voix en s'adressant à son passager avec empressement.
--Les tubes d'hydrogène vont arriver?
Le _Petit Biscuitier_ paraissait furieux.
--Pas d'hydrogène, répondit-il. Fruscou en manque complètement en ce
moment, à ce qu'il paraît.
--Alors, il ne nous reste plus qu'à dégonfler, dans ce cas, répliqua
l'aéronaute cherchant déjà la corde ouvrant le _chemin de déchirure_
donnant issue au gaz, mais Réviliod posant la main sur son bras arrêta
son mouvement.
--Hé! pas si vite, je vous prie, dit-il froidement.
--Mais, monsieur, si nous tardons encore, le ballon va être déchiré!...
s'écria Neffodor.
--Nous n'avons pas de gaz pour nous ravitailler, mais nous avons le
générateur d'hydrogène du parc d'Écancourt, prononça l'aéro-yachtman.
Regagnons donc le parc et le hangar.
--Il n'y a presque plus d'essence pour le moteur, ni de lest!...
--De l'essence, j'en apporte. Quant au lest, vous pouvez le remplacer
par le poids de deux de vos passagers. M. et Mme Corgival sont restés à
Tours et je suis seul à enlever.
--C'est très différent, en ce cas, monsieur, mais nous allons arriver en
pleine nuit au parc....
--Craignez-vous de vous égarer en route?...
--Je ne pense pas, mais avec un pareil vent l'atterrissage sera des plus
difficiles.
--J'y ai pensé, aussi ai-je télégraphié au gardien du parc pour le
prévenir de notre arrivée et lui demander de recruter le monde voulu au
village pour rentrer le dirigeable dans son hangar qui nous sera indiqué
de loin par le phare à acétylène que j'ai commandé de tenir allumé.
--Vous avez réponse à tout, monsieur, et je n'ai plus rien à dire.
Partons donc immédiatement.
L'essence apportée fut versée dans le réservoir, puis l'aéronaute
ayant repris sa place aux volants de direction, s'empressa de rétablir
l'équilibre de l'appareil, ce qui ne fut pas des plus faciles, malgré
le nombre de bras qui essayaient de le maintenir. Enfin, lorsqu'il jugea
que la puissance ascensionnelle était suffisante, il cria d'une voix qui
domina les sifflements du vent dans les agrès.
--Lâchez tout, tout le monde!...
Les aides bénévoles abandonnèrent la membrure de la poutre armée à
laquelle ils se cramponnaient, et, en quelques minutes, l'aéronat
parvint à mille mètres de hauteur. Entraîné par un courant atmosphérique
du sud-ouest filant près de soixante kilomètres à l'heure, il partit
comme une flèche dans la direction d'Orléans. La nuit allait venir dans
quelques instants, et le capitaine de bord fit allumer les lampes à
incandescence dont on avait eu soin de munir le dirigeable.
--Cela éclairera un peu la situation! murmura-t-il en aparté.
L'hélice avait été mise en marche, et son frou-frou caractéristique
était le seul bruit perceptible dans l'atmosphère qui paraissait s'être
figée depuis que le navire aérien s'était abandonné à ses caprices.
En quarante minutes, les cinquante-cinq kilomètres séparant Tours de
Vendôme furent abattus. Une demi-heure plus tard, une agglomération de
lumières aperçue à tribord montra que l'aéronat arrivait à Chartres;
à neuf heures et demie le navire aérien traversait la forêt de
Rambouillet.
--C'est égal, cela défile tout de même, nous faisons au moins du
quatre-vingts à l'heure, marmotta l'aéronaute en constatant la rapidité
avec laquelle disparaissaient dans le noir les îles lumineuses qui
étaient les villes. Nous serons au parc avant onze heures!...
Il ne devait se tromper que de fort peu dans son évaluation, et
seulement parce qu'en arrivant à la hauteur de Neauphle-le-Château,
le vent tomba brusquement, obligeant même à remettre en route les deux
cylindres à gaz. Il était onze heures vingt, quand il reconnut le pont
suspendu de Triel et aperçut au loin la lumière éclatante du puissant
phare à acétylène fixé au fronton du hangar.
Le gardien du parc ayant reçu à temps la dépêche l'avertissant du retour
imminent du dirigeable avait pu racoler une quinzaine d'habitants du
village voisin qui happèrent les cordes de l'aéronat, le halèrent à
terre et lui firent réintégrer son hangar en moins de quelques minutes.
Réviliod, descendit de son salon, sans paraître le moins du monde
impressionné par cette randonnée de soixante lieues en un peu plus de
trois heures qu'il venait d'effectuer. Il dit simplement:
--Vous ferez ravitailler le ballon, Neffodor, nous repartirons après
demain pour le Havre! Maintenant, faites-moi venir Tiburce, je retourne
à Paris!