DÉPART DU «RÉVILIOD N° 1».--EN ROUTE POUR LA
BOURGOGNE.--FIRMIN AÉRONAUTE.--LE DÉPARTEMENT DE L'YONNE A VOL
D'OISEAU.--MONTEREAU.--AUXERRE ET SES MONUMENTS.--LE CHÂTEAU DES
FRÊNES.--M. ET Mme CORGIVAL.--LE TOURISME EN BALLON DIRIGEABLE.
--Eh bien! Neffodor, tout est prêt?...
--Tout est paré, oui, monsieur. Vous pourrez commander le départ quand
vous voudrez.
--Vous avez fait le plein des réservoirs?...
--Gélinier, le mécanicien, s'en est occupé. Nous avons tout revu. On
pourra marcher pendant au moins six heures à pleine puissance.
--Quelle est la vitesse du vent et sa direction?
--Nord-nord-est, monsieur. Vitesse de trois à cinq mètres par seconde.
--Nous allons nous rendre dans les environs d'Auxerre. Ce vent ne
peut-il contrarier la marche du ballon?...
--Bien au contraire, monsieur. Il va nous aider, puisque nous descendons
vers le sud.
--Tant mieux, nous arriverons plus vite. Je vais donc télégraphier et
prévenir de notre prochaine arrivée, de manière qu'il y ait une équipe
prête à nous recevoir à l'atterrissage.
--Ce sera une bonne précaution, en effet. Et à quelle heure le
«lâchez-tout», monsieur Réviliod?
Le _Petit Biscuitier_ réfléchit quelques secondes.
--A midi précis. Vous avez donc le temps de vous restaurer, ainsi que
l'équipe, avant l'instant du départ. Moi je déjeunerai à bord. Je vais
donner des ordres en conséquence.
L'armateur du yacht aérien fît demi-tour pour regagner l'auto qui
l'avait amené.
--Tiburce, dit-il, vous allez me conduire à Pontoise.
--Bien, monsieur, répondit le chauffeur en baissant la tête d'un geste
d'acquiescement.
--Et toi, Firmin, tu t'occuperas de réunir les matières premières de mon
déjeuner, que tu me serviras aussitôt que nous serons en l'air.
Le digne valet de chambre blêmit.
--Mon...monsieur ne va pas plutôt à l'hôtel, bégaya-t-il.
--Non, j'ai la fantaisie de faire mon repas en plein ciel. Tu me
serviras à bord!
Le malheureux domestique connaissait son maître, et n'ignorait pas qu'il
ne gagnerait rien à discuter, lorsqu'il lui avait fait connaître ses
volontés. Il considéra tristement son collègue, le chauffeur Tiburce, en
hochant la tête d'un air profondément navré.
--Ce sera ma mort!... murmura-t-il.
--Et moi, j'échangerais bien ma place avec la vôtre!... riposta le
chauffeur avec une expression de regret. Quel beau voyage vous allez
faire!... Veinard, va!...
--Je vous la céderais bien volontiers, si mon maître voulait accepter
semblable permutation.
Réviliod, qui revenait, après avoir transmis une dernière recommandation
à Neffodor, l'aéronaute chargé de piloter le dirigeable, sauta dans la
voiture et mit fin à la conversation.
--Allons!... dit-il de sa voix sèche et autoritaire. En route pour
Pontoise, et vite!...
Le valet de chambre prit place auprès du chauffeur, et l'auto démarra.
En moins d'un quart d'heure on fut arrivé à la sous-préfecture. Le
navigateur aérien se fit conduire au bureau du télégraphe, pendant que
son valet courait aux provisions, et il expédia la dépêche suivante:
_«Corgival, Château des Frênes, Cintry, par Saint-Bris. Arriverai en
dirigeable à quatre heures. Prière m'attendre avec équipe douze hommes
pour faciliter atterrissage.--Réviliod.»_
A l'heure dite, au moment où les cloches des villages environnants
sonnaient midi pour rappeler à la ferme les travailleurs disséminés dans
les champs, l'aéronat, tiré de son hangar, fut amené sur la pelouse
des départs; l'armateur et son domestique prirent place dans le «salon»
d'arrière, et l'aéronaute Neffodor procéda à l'équilibrage du navire
aérien. Après quelques tâtonnements, la force ascensionnelle lui ayant
paru suffisante, le pilote put ordonner le traditionnel «lâchez-tout»,
transformé aujourd'hui en un simple avertissement: «Levez les mains.» Il
était midi douze minutes.
Parvenu à une hauteur de quatre cents mètres, le ballon simplement
entraîné par le vent, dériva dans la direction de Triel, mais
l'aéronaute fit mettre le moteur en route, à petite vitesse d'abord,
afin d'utiliser le gaz hydrogène provenant de la dilatation du ballon,
puis, manoeuvrant le gouvernail d'arrière, il décrivit une courbe de
grand rayon et prit une direction presque perpendiculaire à celle du
vent: la pointe de l'aéronat étant braquée sur Saint-Denis afin de
contrebalancer la poussée de l'air.
En dix minutes, le dirigeable arriva à la Seine, qu'il traversa une
première fois au-dessus de la pointe extrême de l'île d'Andrésy,
puis une deuxième à proximité de l'île de Maisons, après avoir plané
au-dessus de la forêt de Saint-Germain, qu'il avait franchie dans sa
plus grande largeur, des terrains d'Achères à Maisons-Laffitte, en
passant par le carrefour de la Croix-de-Noailles.
En arrivant dans la nouvelle boucle du fleuve, la presqu'île de
Houilles, le pilote fit mettre en route les cylindres fonctionnant à
l'essence de pétrole. Aussitôt, la vitesse s'accrut sensiblement. Poussé
par ses soixante-dix chevaux-vapeur attelés à l'arbre de l'hélice,
l'aéronat avança à raison de cinquante kilomètres à l'heure; en huit
minutes, les cinq kilomètres de là presqu'île furent franchis. Un
nouveau bras de la Seine fut laissé en arrière, en aval du pont
de Bezons, et on arriva au zénith de Courbevoie: il allait falloir
traverser le fleuve une quatrième fois, non loin du pont de Neuilly et
de l'île de la Grande-Jatte.
Réunissant tout son courage, l'infortuné Firmin s'était efforcé, durant
ce temps, de satisfaire son terrible maître, l'intraitable _Biscuitier._
Il avait dressé la table sur le guéridon léger occupant le milieu du
salon; les mets achetés à Pontoise étaient disposés sur des tablettes
articulées à la cloison et pouvant se rabattre horizontalement dans les
angles. Fermant les yeux, chaque fois qu'il était forcé de s'approcher
du côté où les rideaux étaient largement ouverts sur l'espace, il avait
installé tous les ustensiles emmagasinés dans un tiroir du meuble à
usages multiples, et maintenant, debout derrière son maître, il était
tout à son service de domestique bien stylé.
Lorsque l'aéronat parvint aux fortifications de Paris, l'armateur du
«Réviliod n° 1» arrivait au dessert. Il interpella le pilote.
[Illustration: PARIS.--Place de la Bastille: La colonne de Juillet.]
--Neffodor!... appela-t-il en se penchant au-dessus du bordage recouvert
de velours.
L'aéronaute, qui serrait vigoureusement de ses deux mains le volant
commandant les mouvements du gouvernail de direction, tourna la tête.
--Qu'est-ce qu'il y a pour votre service, monsieur? demanda-t-il.
--A quelle hauteur sommes-nous?...
--Six cent quarante mètres, monsieur......
Le _Biscuitier_ eut une moue désappointée.
--Ne pourriez-vous pas nous faire descendre quelque peu, dit-il. Je
voudrais que les Parisiens puissent admirer à leur aise l'oeuvre de
votre patron Fruscou. Est-ce possible?...
--Nous allons essayer, monsieur Réviliod. Nous verrons ce que donnent
nos aéronats!
Un peu en avant du poste occupé dans la nacelle par le pilote, entre
la poutre armée et la face inférieure--ventrale pourrait-on dire--du
ballon, se trouvait un agencement déjà appliqué dans les précédents
dirigeables Fruscou. C'était un assemblage de six lamelles en soie,
tendues sur un cadre métallique léger, et superposées à cinquante
centimètres l'une au-dessus de l'autre, entre deux montants verticaux.
Ces lamelles mesuraient trois mètres de longueur et présentaient une
surface totale de près de huit mètres carrés. Un mécanisme très simple
permettait d'incliner à volonté ces espèces de jalousies et de
donner aux plans une plus ou moins grande obliquité par rapport à
l'horizontale. Cet agencement pouvait donc fonctionner exactement comme
les gouvernails d'immersion des bateaux sous-marins, et assurer le
changement de niveau de la carène, sous l'impulsion du propulseur, de
même que le gouvernail horizontal permet, par la résistance qu'il offre
à l'avancement, de faire pivoter le navire dans le plan horizontal.
Neffodor manoeuvra donc le volant commandant l'obliquité des plans, dont
il présenta la surface supérieure à l'action de l'air. Sous l'effet
de la résistance du fluide, combinée avec la traction de l'hélice,
l'aéronat fut obligé de descendre suivant un plan incliné assez
accentué. En arrivant au-dessus de l'Arc de Triomphe de l'Étoile,
l'altitude était de cinq cent vingt mètres; elle n'était plus que de
quatre cents mètres au rond-point des Champs-Elysées et de trois cents
à la place de la Concorde. Sur la demande de son armateur, l'aéronaute
continua à peser sur le volant, et le dirigeable se rapprocha à moins
de deux cents mètres des toits au-dessus du Palais-Royal et de la rue
de Rivoli, qui fut suivie à cette faible hauteur jusqu'à la place de la
Bastille.
De nombreuses acclamations montèrent vers le yacht aérien; des
promeneurs s'arrêtèrent et agitèrent leurs chapeaux ou leurs mouchoirs.
L'orgueilleux Réviliod, recevait ces hommages, accoudé à son balcon, et
tout en sirotant un moka parfumé, qui avait été emporté dans un de ces
flacons à double paroi argentée, entre lesquelles le vide a été opéré,
ce qui fournit l'avantage d'éviter toute déperdition de chaleur.
La pensée du navigateur aérien se reporta vers ses anciens amis: La
Tour-Miranne, Outremécourt, Médouville et les autres, dont les journaux
venaient d'annoncer le prochain départ en excursion fixé au dimanche
suivant. Or, on était au mardi.
[Illustration: MONTEREAU.--Vue prise du coteau de Surville.]
--Je voudrais les voir ici avec leurs boîtes de toile montées sur
chariot, avec une hélice et un moteur, pensa le sportsman. Oui, je
voudrais les voir traverser Paris à la queue leu leu, comme je le fais
en toute sécurité, sans la crainte continuelle d'une panne de moteur
m'obligeant à dégringoler sur les cheminées!...
Sa pensée dévia et la tête hirsute de Charles Bader, dit Charlot,
apparut un instant dans le miroir de son imagination. Il sourit:
--C'est dimanche que ce bon La Tour-Miranne va se trouver ahuri par
le tour qui va lui être joué!... songea-t-il. Tous les adhérents à sa
fameuse société qui vont s'envoler, alors que lui, qui est leur chef,
restera piteusement par terre!... Il en sera quitte pour remettre à la
semaine des quatre jeudis son projet de Tour de France en aéroplane!...
Il m'agaçait avec sa sérénité et sa confiance, ce La Tour-Miranne, et
je suis enchanté de lui faire cette plaisanterie-là! C'est égal, avec
de l'argent, on trouve à Paris des individus prêts à exécuter n'importe
quelle besogne! Quel type que ce Charlot! Et quand je pense que c'est
ce niais de Médouville qui l'a introduit dans la place, je ne peux
m'empêcher de rire de sa sottise. Ils n'auront que ce qu'ils méritent,
après tout!
Pendant que le _Biscuitier_ monologuait ainsi, l'aéronat qui le portait,
avait continué à avancer, et il avait traversé Paris dans sa plus grande
largeur, de la Porte-Maillot à la porte de Saint-Mandé. Le pilote ayant
donné une inclinaison inverse de la première aux lames de l'aéroplane en
persiennes, le navire aérien avait atteint des niveaux de plus en plus
élevés. Le baromètre qui indiquait quatre cents mètres au-dessus de la
place de la Nation, en accusa six cents au moment où l'on pénétrait dans
le bois de Vincennes et sept cent cinquante au moment de la traversée de
la Marne en vue du pont de Joinville.
La boucle de la Marne franchie, la rivière laissée en arrière entre la
Varenne et Sucy, le dirigeable obliqua un peu vers le sud pour gagner
Melun en passant non loin de Marolles et de Santeny-Servon, dans la
Brie.
Il était une heure lorsque l'aéronat traversait la place du
Palais-Royal; à deux heures, il arrivait en vue de Melun où l'on
retrouva la Seine qui avait été perdue de vue depuis Neuilly.
L'aéronaute ne voulant pas passer une fois de plus d'une rive à l'autre
du fleuve, fit décrire un quart de cercle à l'appareil pour le diriger
vers Montereau et Sens. Réviliod n'aperçut donc que d'assez loin le
panorama du chef-lieu du département de Seine-et-Marne et ses monuments:
l'église Notre-Dame qui date du XIe siècle et Saint-Aspais du XIIIe,
la maison centrale de détention, située dans l'île, et les parcs et
promenades de Vaux. Le dirigeable plana au-dessus des immenses plaines
de la Brie, entre la route de Dijon à bâbord et la Seine, dont les
circonvolutions se distinguaient à tribord, et à trois heures il arriva
à Montereau, après avoir franchi, à trois cents mètres de haut, les
futaies du bois de Valence.
Montereau-faut-Yonne, simple chef-lieu de canton de Seine-et-Marne, à
trente kilomètres de Melun, possède huit mille habitants. Cette ville
est le siège d'une importante fabrication de poterie fine ou porcelaine
opaque. On y trouve également des briqueteries, des usines de ciment,
de blanc d'Espagne, de carreaux pour mosaïques. Son église paroissiale
remonte au XIe et au XVIe siècle; à l'un des piliers du choeur est
suspendue une épée que l'on dit avoir appartenu à Jean sans Peur, duc de
Bourgogne, assassiné sur le pont de Montereau en 1419, par Tanneguy du
Châtel, lors d'une entrevue du duc avec le dauphin Charles VII.
Laissant derrière lui le château de Surville, qui est bâti sur la
colline dominant la ville, l'aéronat poursuivant sa route, arriva à
Sens, dont la cathédrale était visible depuis longtemps à l'horizon.
Réviliod regretta un instant de ne pouvoir s'arrêter afin d'examiner un
instant cette merveille architecturale, mais il était assez peu sensible
à ce genre de beautés artistiques et son regret fut court.
[Illustration: JOIGNY.--Portail Saint-Jean.]
Sens mérite cependant une visite, car cette ville, qui tend à se
moderniser aujourd'hui, contient de nombreux spécimens de l'art ancien,
dont le plus remarquable est évidemment la cathédrale Saint-Etienne,
qui a été bâtie du XIIe au XVIe siècle et possède des portails richement
sculptés et de beaux vitraux. A l'intérieur, on remarque les tombeaux du
dauphin Louis, fils de Louis XV et de sa deuxième femme, Marie-Josèphe
de Saxe. Dans un pilier, on aperçoit une curieuse effigie en pierre dite
Jean de Cognot. Les autres édifices intéressants de Sens sont le
palais archiépiscopal du XVIe siècle, avec le célèbre bâtiment
de l'_Officialité_, les églises Saint-Savinien, Saint-Jean,
Saint-Pierre-le-Rond, Saint-Maurice et l'Hôtel-de-Ville, de construction
moderne.
Depuis Montereau, le dirigeable suivait la rive droite de l'Yonne,
laissant sur l'autre rive Villeneuve-la-Guyard et Pont-sur-Yonne. A
Sens, il franchit la Vanne et continua à descendre vers le sud. Le
soleil étant ardent, son hydrogène s'était dilaté et l'altitude de douze
cents mètres avait été dépassée malgré le jeu du ballonnet compensateur.
--Serons-nous bientôt à Auxerre?... fit à ce moment Réviliod, en
s'adressant à l'aéronaute. Nous ne marchons plus, il me semble!...
Neffodor se retourna.
--Je vous demande pardon, monsieur, répliqua-t-il avec vivacité. Nous
allons même plus vite que tout à l'heure. Du parc d'aérostation à Paris,
nous ne faisions que trente kilomètres à l'heure à peine. De Paris
à Melun, nous avons fait du quarante-cinq et de Melun à Sens du
trente-cinq. Maintenant nous faisons presque du cinquante. Nous serons
à Auxerre vers cinq heures. Ce n'est pas mal marcher, car nous aurons
parcouru à ce moment deux cents kilomètres depuis Ecancourt.
--On va nous attendre aux Frênes; j'avais annoncé notre arrivée pour
quatre heures.
--Est-ce à Auxerre même que nous devons atterrir, monsieur Réviliod?...
Le jeune homme haussa les épaules.
--Atterrir sur le clocher de l'église Saint-Pierre, cela manquerait
plutôt de charme!... riposta-t-il non sans une pointe d'humeur. Non,
nous allons à trois lieues au-delà d'Auxerre, du côté de Saint-Bris.
Vous tâcherez de vous rapprocher du sol tout à l'heure, et je vous
indiquerai la route à suivre, je connais le pays.
Le dirigeable se mouvait à ce moment au-dessus d'immenses forêts
s'étendant jusqu'à l'horizon, et, malgré la hauteur, on sentait une
singulière impression de fraîcheur émanant de ce tapis de verdure. Le
thermomètre avait accusé immédiatement une baisse de température de
plusieurs degrés et le gaz remplissant la vaste capacité de l'aéronat,
sensible à cette variation, se contracta, amenant la descente désirée
par le jeune aéro-yachtman. Les objets terrestres parurent grossir, et
les bruits montant du sol, devinrent de plus en plus perceptibles.
Le pilote suivait l'aiguille du baromètre anéroïde se déplaçant devant
son cadran.
--Mille mètres... neuf cents... huit cents... grommela-t-il tout en
manoeuvrant le volant de commande des lames d'aéroplanes. Où cela
va-t-il s'arrêter?...
Ce ne fut qu'à deux cents mètres du sol et quatre cents mètres de
hauteur au-dessus du niveau de la mer, que le mouvement descensionnel
prit fin, au moment où les dernières futaies de la forêt d'Othe
disparaissaient dans l'éloignement. La ville de Joigny apparaissait en
avant, dans un coude de l'Yonne qui dut être traversée un peu en aval de
son confluent avec l'Armançon. Les voyageurs aperçurent, un peu après,
le bourg d'Appoigny, puis les clochers des églises d'Auxerre.
[Illustration: AUXERRE.--Eglise Saint-Etienne et la Préfecture.]
Le _Petit Biscuitier_ ne cessait de tirer son chronomètre de son gousset
par un mouvement nerveux et de le remettre en place après avoir consulté
la position des aiguilles qui ne lui paraissaient pas se déplacer. Ainsi
que Neffodor l'avait présumé, il était cinq heures moins deux minutes
lorsque l'aéronat surplomba le chef-lieu de l'Yonne, auquel son
armateur, dans son impatience d'arriver, n'accorda qu'un regard
distrait.
Auxerre est cependant une ville fort intéressante à parcourir en détail,
car elle possède de vieilles maisons d'un style très curieux et de
nombreux monuments anciens et très remarquables, tels que la cathédrale,
un des plus beaux édifices gothiques de France, l'église Saint-Germain
qui dépendait, avant la Révolution, d'un couvent de bénédictins;
l'église Saint-Père ou Saint-Pierre-en-Vallée, ancienne église
abbatiale, monument de la Renaissance; l'église Saint-Eusèbe, avec
sa tour carrée à la base et octogonale au sommet; l'ancienne église
paroissiale de Saint-Pèlerin, bâtie près de la fontaine où, d'après la
tradition, le saint de ce nom soumettait, au IIIe siècle, les Auxerrois
au baptême. La tour de l'Horloge, la Préfecture, l'abbaye avec son
cloître du pur style roman, sont également à visiter. Auxerre, qui
compte dix-huit mille habitants, est d'ailleurs de fondation très
ancienne, car elle avait déjà acquis une grande importance à l'époque
de la domination romaine. Saccagée par les Huns en 451, conquise par
les Francs en 486, elle fut gouvernée par des comtes au IXe siècle. Deux
cents ans plus tard, ce comté fut attribué à la famille des comtes de
Nevers, et une branche de cette famille en porta le titre jusqu'à la fin
du XIIe siècle. Il passa ensuite entre diverses mains et finit par être
vendu au roi Charles V qui l'acheta la modique somme de trois cent mille
francs. Réuni à la couronne, l'Auxerrois fut cédé au duc de Bourgogne
par une clause du traité d'Arras, puis définitivement enlevé à cette
maison et acquis à la France sous Louis XI. Deux conciles furent tenus à
Auxerre: l'un en 578, l'autre en 1098. Un accord désigné sous le nom
de _paix d'Auxerre_ y fut signé en 1412 entre les Armagnacs et les
Bourguignons; enfin des conférences s'y tinrent en 1432 pour ménager une
réconciliation entre Charles VII et le duc de Bourgogne. Ajoutons que
la ville ou ses environs ont vu naître le biographe Daubenton, le
conventionnel Maure, le littérateur Lacurne de Sainte-Palaye, le baron
Fourier, l'avocat Marie, membre du gouvernement provisoire en 1848, le
chirurgien Roux, l'économiste Garnier, le physiologiste Paul Bert, etc.
Traversant une dernière fois la rivière d'Yonne, le dirigeable suivit un
moment la route d'Auxerre à Montbard jusqu'à quelques kilomètres au delà
de Saint-Bris. Là, il obliqua vers le nord-est, son pilote suivant les
indications que lui donnait à mesure son passager.
--Là!... Là!... dit tout à coup le _Petit Biscuitier_, en montrant de
son index tendu une construction massive au milieu d'un bois et précédée
de pelouses ornées de bassins. Voilà le château des Frênes, c'est là
qu'il faut nous arrêter!...
--Bien, monsieur Réviliod, nous allons y amener le ballon répliqua
Neffodor.
Les lames de jalousie de l'aéroplane qui jouaient le rôle de gouvernail
de profondeur furent braquées vers l'avant et l'aéronat s'abaissa
graduellement. Au moment où il traversait à cent mètres à peine du sol,
un petit village dont il mit toute la population en rumeur, l'aéronaute,
occupé à sa manoeuvre, commanda au mécanicien.
--Gélinier, larguez les deux guideropes!...
Ces cordages, qui ne mesuraient pas moins de cinquante mètres de
longueur, étaient roulés de chaque côté de la nacelle. L'interpellé
se leva et trancha les ficelles maintenant les rouleaux de corde qui
pendirent à droite et à gauche de la poutre armée.
--Attention!... dit encore l'aéronaute à son second, nous arrivons à la
pelouse. Stoppez le moteur à gaz!... Je vais donner un coup de soupape!
Il se pencha en dehors du bordage et regarda au-dessous de lui.
Une cinquantaine de paysans, hommes, femmes et enfants, galopaient
éperdument pour essayer d'atteindre les cordes pendantes.
Jugeant le moment propice, le pilote, qui s'était mis debout saisit la
corde commandant l'ouverture de la soupape à gaz et opéra une vigoureuse
pesée pour opérer le déclanchement des clapets. Aussitôt, le ballon
s'abaissa d'une cinquantaine de mètres; l'extrémité des guideropes
toucha le sol, puis l'aéronat continuant à descendre, les cordages
s'étalèrent de plus en plus sur le gazon.
[Illustration: Des paysans galopaient...]
--Arrière!... commanda encore l'élève de l'ingénieur Fruscou au
mécanicien.
Attentif aux ordres de son chef, ce dernier renversa aussitôt le sens de
rotation de l'hélice et le yacht aérien demeura immobile par rapport au
sol, malgré le vent qui tendait à l'entraîner.
--Saisissez les cordes et amenez-nous à terre!.. cria alors le pilote en
s'adressant aux paysans qui accouraient de tous côtés.
Il n'était pas besoin de cette recommandation. Les guideropes avaient
à peine touché le sol que vingt paires de bras vigoureux s'y étaient
accrochés et halaient l'aéronat.
--Stop!... fit encore Neffodor en s'adressant au mécanicien, qui arrêta
aussitôt le mouvement de l'hélice, en replaçant ses deux branches
horizontalement pour éviter leur rupture par suite d'un contact
malencontreux avec le sol.
Une dizaine de personnes qui, jusqu'alors étaient restées immobiles sur
le perron de l'habitation désignée sous le nom un peu prétentieux de
château des Frênes, s'approchèrent de l'aéronat, que contenaient les
paysans cramponnés à sa longue nacelle.
--Eh bien! vous voilà enfin!... prononça, en s'avançant les mains
tendues, un personnage à la face fleurie et rubiconde de Bourguignon, et
qui n'était autre que Corgival, le cousin germain du _Petit Biscuitier_.
Nous étions inquiets, car votre télégramme nous annonçait votre arrivée
pour quatre heures,, et il est cinq heures et demie!... Votre voyage
s'est-il bien effectué?...
--Sans le moindre incident sauf le vent qui nous a contrariés et a causé
notre retard.
--Quoi qu'il en soit, ce n'est pas une manière banale de rendre visite
à ses amis que d'arriver ainsi chez eux en ballon dirigeable!... On peut
dire que c'est un signe des temps!
--En attendant, il s'agit de garer ma voiture...
--Elle est un peu encombrante, votre voiture, mon cher Claude; je crains
fort de n'avoir pas de remise suffisamment spacieuse pour la loger.
--Si vous voulez bien, monsieur, dit l'aéronaute, je vais me faire
remplacer dans la nacelle par deux des personnes qui nous maintiennent
et j'irai chercher l'endroit qui sera le plus convenable pour camper le
ballon. On ne saurait le laisser passer la nuit sur cette pelouse trop
exposée au vent.
--Faites pour le mieux, mon ami, répliqua l'armateur. Vous êtes le
capitaine et je ne suis que votre passager.
Neffodor jeta un coup d'oeil sur ceux qui maintenaient la nacelle et
les compta. Ils étaient vingt. Il hocha la tête en constatant ce
petit nombre et surtout en remarquant que M. Réviliod s'était empressé
d'ouvrir le portillon de son salon et de sauter sur le gazon, suivi de
son domestique enfin délivré de la torture qu'il subissait depuis cinq
heures.
--Bon! grommela-t-il! je ne puis plus bouger maintenant, sans quoi le
ballon aurait au moins trois cents kilos de force ascensionnelle, et je
ne me fie pas à ces gaillards-là pour le tenir!
Il décrocha de la paroi intérieure de sa logette un sac de toile qui s'y
trouvait suspendu.
--Tenez bien, tout le monde!... commanda-t-il à ses aides improvisés, et
que personne ne bouge. Où est le jardinier du château?...
--C'est moi, monsieur, dit un homme dans toute la force de l'âge, et
qu'enserrait un vaste tablier bleu à poches.
--Bon, approchez-vous et prenez-moi ce sac. Vous trouverez dedans une
vingtaine de petits sacs en treillis que vous allez me remplir de terre
ou de sable et me rapporter le plus tôt possible. Avez-vous compris?....
--Certainement, monsieur. Il y a du sable dans la serre, je vas remplir
vos sacs et je vous les renverrai à mesure par mon gamin.
--C'est entendu, mais faites vite; je ne puis bouger tant que vous ne
m'aurez pas apporté cette provision de lest qui empêchera le ballon de
repartir subitement.
--Je vas me dépêcher, mon bon monsieur! assura le jardinier en
s'éloignant à grandes enjambées.
Dix minutes, puis un quart d'heure se passèrent. Le domestique ne
reparaissait toujours pas et l'aéronaute commençait à s'impatienter, car
il craignait de voir les paysans, fatigués, lâcher le bordage. Enfin il
l'aperçut, poussant une brouette chargée de sacs, et suivi d'un gamin
d'une douzaine d'années remorquant un second véhicule non moins chargé.
--Ne vous impatientez pas, mon bon monsieur, voilà ce que vous m'avez
demandé.
--C'est très bien, mon brave. Passez-moi cela par-dessus le bordage de
la nacelle.
Le pilote répartit les sacs dans le carré des machines et le long de la
poutre armée, puis il descendit à son tour à terre suivi de Gélinier le
mécanicien. L'aéronat surchargé de lest demeura comme rivé à la
terre, et ses deux conducteurs purent s'en éloigner pour chercher
un emplacement convenable pour son garage nocturne. Ils finirent par
découvrir cet emplacement, derrière les bâtiments des communs, qui
étaient séparés du parc par un rideau de gros marronniers.
--Voilà ce qu'il nous faut, déclara Neffodor à son second. Les arbres
nous protégeront contre le vent. Nous allons donc amener le ballon ici
en nous faisant aider des paysans, puis nous remplirons le ballonnet
compensateur afin de remplacer l'hydrogène consommé et remettre
l'aéronat sous pression, en attendant qu'on puisse le ravitailler.
L'opération du transport à bras du yacht aérien s'effectua sans
incident. La nacelle, alourdie de sacs remplis de sable fut, par
surcroît de précaution, amarrée à de forts piquets enfoncés dans le
sol. L'atmosphère était d'ailleurs calme et rien ne faisait présager un
changement de temps prochain.
Avant de prendre place à la table de son cousin Corgival, Claude
Réviliod s'était empressé de télégraphier à Écancourt pour donner
l'ordre à son chauffeur Tiburce de venir immédiatement apporter, à bord
de l'auto, les tubes d'hydrogène comprimé préparés dans le hangar. Ces
tubes contenant chacun 18 mètres cubes d'hydrogène pur sous une pression
de 150 kilogrammes par centimètre carré, six seraient suffisants
et l'auto ne serait chargée que d'un poids de 420 kilos. En partant
d'Écancourt à huit heures du soir, Réviliod supposait que la voiture
arriverait au château vers trois heures du matin, et ces prévisions
devaient se justifier.
--Ce n'est pas tout cela!... déclara le _Petit Biscuitier_ à son cousin,
à l'issue du dîner, mais je ne suis pas venu pour vous rendre, à vous
et à ma charmante cousine, une simple visite de politesse. Non! j'ai
entrepris un voyage de tourisme, mais je ne suis pas égoïste et je
vous offre une place à tous deux à bord de mon yacht aérien. Nous irons
d'abord visiter Nevers que je ne connais pas, puis nous descendrons
la Loire pour admirer les châteaux historiques qui se dressent sur ses
bords. De là, nous irons en Bretagne...
--Mais, cousin, vous n'y pensez pas; ce n'est pas sérieux!... s'exclama
Mme Corgival, une brune aux yeux bleus, qui paraissait cependant une
femme au caractère décidé et énergique.
--Pourquoi, pas sérieux, rétorqua l'aéro-yachtman. Quel inconvénient
voyez-vous à m'accompagner?... Vous n'avez pas peur, j'espère, de monter
en ballon; vous n'êtes pas comme mon stupide domestique qui a l'horreur
du vide, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de son long corps
dégingandé... Que pourriez-vous objecter à ma proposition?... Vous
n'avez rien d'absolument pressant qui vous retienne ici, je pense!...
Les deux époux se regardèrent d'un air indécis. Ils ne paraissaient que
médiocrement goûter l'offre de leur cousin.
--Cependant, les bagages, voulut dire Mme Corgival.
--Une simple valise suffira. Nous n'allons pas demeurer des mois en
l'air, que diable!... Enfin, je vous en préviens, il est inutile de
chercher de mauvaises raisons. Demain matin, je vous enlève, quoi que
vous puissiez dire. Je veux que vous goûtiez des charmes du voyage
aérien; quand vous en aurez tâté, vous ne voudrez plus entendre parler
d'un autre mode de locomotion. Maintenant la chose est convenue,
entendue, n'en parlons plus!...
Et l'autoritaire jeune homme changea de conversation, sans se soucier le
moins du monde de ce que ses interlocuteurs pouvaient avoir à objecter à
sa décision.
Le premier mouvement du propriétaire du Réviliod n° 1, le lendemain
matin, fut d'aller rendre visite à son navire. Neffodor, l'aéronaute, et
Gélinier, le mécanicien, étaient en grande conversation avec Tiburce,
le chauffeur, arrivé dans la nuit, le digne M. Firmin et Joseph, le
jardinier du château des Frênes. A la vue du «patron», la discussion
s'arrêta net.
--La nuit s'est-elle bien passée?... demanda Claude Réviliod au pilote.
--On ne peut mieux, monsieur, répondit avec empressement Neffodor. Il
n'y avait pas un souffle de vent. D'ailleurs, j'avais pris soin de nous
abriter derrière ce rideau d'arbres qui nous aurait protégés, le cas
échéant.
--Quand pourrons-nous repartir, dans ce cas?...
--Dans une demi-heure tout sera paré. Nous avons à transfuser une
centaine de mètres cubes d'hydrogène dans l'enveloppe aérostatique et à
faire le plein des réservoirs à essence et à eau. Mais je me permettrai
de vous demander, Monsieur, quelle sera la route de la journée?...
--Vous nous dirigerez d'abord sur Avallon, et de là sur Nevers, mais
nous n'y poserons pas; il suffira de planer quelque temps sur là
ville. Ensuite nous descendrons le cours de la Loire le plus longtemps
possible, jusqu'à la nuit, si la chose est faisable.
L'aéronaute, qui avait déplié une carte à grande échelle du centre de la
France, mesura les distances et fit un rapide calcul sur une feuille de
calepin. Il releva ensuite la tête.
--Je vous ferai remarquer, monsieur, que nous sommes à quarante-deux
kilomètres d'Avallon, dit-il enfin à son passager, qu'il y a trente-deux
kilomètres d'Avallon à Clamecy et soixante-dix de Clamecy à Nevers. Cela
nous donne déjà un total de cent quarante kilomètres, c'est-à-dire près
de quatre heures de marche. C'est tout au plus si nous pourrons dépasser
Cosne-sur-Loire ce soir...
Réviliod réfléchit un instant.
--Et quelle distance sépare Nevers de Bourges, fit-il.
--Un peu plus de quinze lieues, répondit Neffodor.
--Dans ce cas, conduisez-nous à Bourges par l'itinéraire que je vous ai
indiqué. Nous camperons dans la banlieue de cette ville et demain nous
regagnerons la Loire en amont d'Orléans.
--Bien, monsieur. Tiburce va, dans ce cas, reporter à Écancourt les
tubes d'hydrogène quand nous les aurons vidés dans le ballon, et il
repartira aussitôt pour Bourges avec des tubes pleins.
Le chauffeur, entendant ces paroles, secoua énergiquement la tête.
--Il y a plus de cent lieues, aller et retour, murmura-t-il. Ce n'est
pas une paille!...
--Cela fait à peine dix heures de route! En partant dans une demi-heure,
vous arriverez au hangar à trois heures de l'après-midi. Vous ne le
quitterez qu'à minuit pour être revenu à cinq ou six heures du matin.
Vous pourrez donc prendre neuf heures de repos. D'ailleurs, il faut
absolument que nous soyons ravitaillés et je compte sur vous, ajouta
Réviliod.
--Mais, monsieur, je ne pourrai pas faire tous les jours un pareil
trajet!... s'exclama le chauffeur.
--Ce serait fatigant, en effet, et d'ailleurs il faut compter avec
les pannes possibles. Or, l'hydrogène nous est indispensable et c'est
pourquoi je ferai expédier le prochain envoi à Tours; j'enverrai une
dépêche à ce sujet à Fruscou qui fera le nécessaire.
Le visage contracté du chauffeur se rasséréna.
--Préparez donc l'aéronat, conclut l'armateur; dans une demi-heure, nous
serons prêts à embarquer. Ah!... à ce sujet, je dois vous prévenir que
vous aurez aujourd'hui trois passagers au lieu de deux.
--En vous comptant, monsieur Réviliod?...
--En me comptant. J'ai offert l'hospitalité de ma nacelle aux châtelains
de céans.
--Mais vous serez quatre, dans ce cas.
--Non, trois!... Je laisse Firmin à terre.
--Oh! comment vous remercier, monsieur?... s'exclama le domestique avec
un soupir partant du coeur.
--J'y suis bien obligé; tu es incapable de faire convenablement ton
service, dès que la nacelle est à trente centimètres du sol. Et tu
arbores alors une face couleur crème à la vanille qui m'empêche de
manger à ma faim.
Le valet de chambre ne répondit pas, mais son visage refléta une joie
intense de ne plus compter désormais parmi l'équipage du _Réviliod
n° 1_.
--Tu vas par conséquent te rendre au château et te charger de la valise
des passagers qui vont te remplacer...
--J'y cours, monsieur...
--Ecoute-moi donc, avant de t'enfuir comme un zèbre!... rugit le
_Petit Biscuitier_. Tu apporteras en même temps les provisions pour
le déjeuner. C'est important, cela, car je ne veux pas transformer le
ballon en un nouveau radeau de la _Méduse_ et obliger ses voyageurs à
se dévorer les uns les autres, faute de vivres suffisants. Tu as
compris?...
--Certainement. Les ordres de Monsieur seront exécutés.
--Bon! Et quand nous serons partis, tu pourras accompagner Tiburce et
rentrer à Paris. Je préfère me passer désormais de ta société.
--Monsieur est bien bon.
--Quant à moi, je vais chercher nos passagers et les embarquer de gré ou
de force. Je veux qu'ils apprécient en connaissance de cause les charmes
de la navigation aérienne.
Et sur cette déclaration proférée d'un ton qui n'admettait pas de
réplique l'aéro-yachtman partit à grands pas dans la direction du
château.