L'AVENIR DE L'ISLAM

Comment l'islam concevait autrefois son avenir;--progression

prophétique avant Mahomet;--fixité religieuse après

Mahomet;--la théorie mahdiste.

L'idée d'évolution s'introduit dans l'islam.--Faible probabilité

des grands mouvements panislamistes.--L'évolution de l'islam

dans plusieurs contrées.--Sympathie due aux Musulmans libéraux.

Nous avons achevé l'étude des grands préceptes et des grands dogmes;

il peut être utile de consacrer un dernier chapitre à l'étude des

espérances islamiques. Ce sujet, un peu indéterminé, nous permettra de

donner encore quelques indications sur certains aspects de la doctrine

de l'islam, en même temps qu'il nous fournira l'occasion de résumer la

plupart des résultats obtenus dans ce travail.

Comment l'islam conçoit-il l'avenir? Comment surtout conçoit-il le

sien?

De quelle manière l'a-t-il imaginé dans le passé? et incidemment,

comment devons-nous l'imaginer nous-mêmes? Ce sont là autant de

questions qui peuvent suggérer des aperçus intéressants.

D'abord quelle idée l'islam avait-il autrefois de l'avenir?

Il concevait l'avenir comme quelque chose d'assez fixe, autant du

moins que la fixité des choses humaines est compatible avec la

versatilité de la fortune. Cette idée de fixité ne s'appliquait pas

principalement à l'état politique; les Orientaux ont toujours cru que

la puissance politique était fragile et que toute dynastie était

périssable. Mais ils croyaient à la fixité dans l'ordre religieux.

Leur pensée était que l'islam, en tant que religion et que loi, ne

devait pas changer, sinon tout à la fin des temps; et ils imaginaient

aussi que, vers la fin des siècles, le monde entier devait être acquis

à leur loi, par la continuation indéfinie des conquêtes militaires.

La thèse de l'immutabilité de la religion était pour eux un dogme.

Elle était la conséquence de l'idée qu'ils se faisaient du

prophétisme.

L'islam avait emprunté au judaïsme la notion du prophétisme; il y

avait ajouté quelques compléments fournis par le christianisme; l'idée

qu'il s'en formait se présentait ainsi:

Au cours des âges anciens, il avait paru beaucoup de prophètes. Ces

prophètes avaient fait progresser la révélation peu à peu et d'une

façon continue. L'idée de progression prophétique s'appliquait d'abord

à l'Ancien Testament; dans ces limites, une telle conception ne

répugne pas, d'ailleurs, au sentiment chrétien. Selon les légendes

islamiques, les divers prophètes avaient reçu des «feuillets» révélés;

et le nombre de ces feuillets s'étant sans cesse accru, l'humanité

avait acquis de Dieu une connaissance de plus en plus développée. La

série ancienne des révélations s'arrêtait avec le Messie.

Quoique comprenant mal le caractère de la révélation messianique,

l'islam admettait, conformément au sentiment chrétien, qu'elle

constituait un terme ou un aboutissement du progrès prophétique; mais,

à la différence du christianisme, il ne croyait pas que ce terme fût

le dernier. Le Messie lui-même n'avait-il pas promis qu'il y aurait

encore après lui une sorte de révélation, destinée à expliquer la

sienne, celle du Paraclet[124]?

[Illustration: XII.--Samarcande; portails des Universités.]

[124] _Evangile_ de S. Jean, XIV, 26; XVI, 17.

Mahomet prétendit qu'il n'était autre que le Paraclet. L'invention

était ingénieuse; c'était la seule qui permît d'accorder la théorie du

prophétisme dans les trois religions. Les Judéo-Chrétiens

enseignaient que le vrai nom du Paraclet était en grec _Périclytos_,

mot qui signifie «le glorieux»; et ceux d'entre eux qui parlaient

arabe, traduisaient ce nom par _Ahmed_. Sous cette forme, Mahomet put

s'appliquer la prophétie, car son propre nom, _Mohammed_, n'était

qu'une variante d'Ahmed:

«Jésus disait à son peuple: O enfants d'Israël, je suis l'apôtre de

Dieu envoyé vers vous pour confirmer le Pentateuque qui vous a été

donné avant moi, et pour vous annoncer la venue d'un apôtre après moi,

dont le nom sera Ahmed.» (C. LXI, 6.)

Mahomet étant le Paraclet, la série prophétique devait être terminée

avec lui, la révélation «scellée», et la religion fixée pour toujours.

Le dogme de la fixité en matière religieuse reçut pourtant autrefois

quelque atteinte de l'idée mahdiste. Nous avons traité de cette idée

et de son histoire dans notre _Mahométisme_[125]; nous avons dit

qu'elle n'était pas coranique; il y a encore là un élément religieux

qui s'est adjoint au Coran, une certaine conception qui s'est annexée

au système de l'islamisme orthodoxe. La théorie mahdiste n'a reçu, il

est vrai, son développement complet que dans les sectes.

[125] V. aussi James DARMESTETER, _Le Mahdi depuis les origines

de l'islam jusqu'à nos jours_, 1885.--E. BLOCHET, _Le Messianisme

dans l'hétérodoxie musulmane_, 1903.

Cette théorie, sous sa forme orthodoxe, est un reflet de la

littérature des Apocalypses et des croyances millénaristes qui étaient

assez répandues au moment où parut l'islam.

La révélation était close, sans doute; mais la religion n'était pas

encore toute-puissante. La pratique n'en était pas générale, ni le

triomphe tout-à-fait assuré; le bonheur qu'elle devait apporter au

monde ne semblait pas complet: il fallait achever sa victoire.

On admit que cette œuvre s'accomplirait en un temps déterminé, à une

heure connue de Dieu, par l'intervention d'un homme extraordinaire,

que, dans le monde musulman, on appela «le Maître de l'Heure» ou «le

Mahdi».

Le nom du «mahdi» signifie celui que Dieu dirige.

Cet homme devait appartenir à la tribu Koréïchite, qui est celle du

prophète. En dehors de là, différents signes serviraient à le

distinguer: il devait avoir le teint brun, la barbe bien fournie, les

dents brillantes, un grain de beauté sur la joue[126]. Quand il

paraîtrait, il prêcherait la guerre sainte et conquerrait tout le

monde à l'islam.

[126] IBN EL-WERDI, _La Perle des merveilles_; chapitre sur

l'apparition du mahdi, et chapitres suivants sur les événements

de la fin du monde, édition arabe.

La croyance mahdiste donna naissance à de nombreuses hérésies; elle

facilita maintes révoltes, et elle fut utilisée par un grand nombre

d'aventuriers politiques. Les hérétiques qui s'y attachèrent crurent

que, lorsque l'heure serait arrivée et que le mahdi aurait achevé sa

conquête, le bonheur du monde serait assuré pendant une longue suite

de siècles.

Dans la doctrine de l'islam orthodoxe, la même idée reparaît

amoindrie. Le mahdi n'y a pas le caractère de fondateur; il n'est pas

placé à une époque qu'on peut encore considérer comme l'origine des

temps. Au contraire il doit venir tout à la fin des âges. Assisté de

360 esprits célestes, il fera triompher l'islam sur toute la terre,

mais ce sera seulement pour une courte période[127]. Le nombre

d'années que durera son règne, selon les traditions de l'islam

orthodoxe, varie; il sera de sept années selon les unes, de quarante,

suivant d'autres; mais dans toutes, il est assez petit. Le mahdi a un

rôle analogue à celui d'Elie dans les traditions chrétiennes. Après ce

moment de bonheur, la destinée du monde suivra son cours.

[127] D'OHSSON, _Tableau_, I, 266-268.

Jésus doit aussi revenir à ce moment-là. On le verra descendre à Damas

sur le minaret, appelé minaret blanc, de la mosquée des Omeyades. Il

secondera le mahdi, et présidera après lui à la prière. Divers

monstres paraîtront ensuite; le soleil se lèvera à l'Occident; les

peuples de Gog et de Magog sortiront des portes caspiennes..., puis

viendra le jour de la résurrection.

Cette forme réduite de la théorie mahdiste, qui est orthodoxe, a

toujours moins frappé les peuples musulmans que la forme hérétique,

d'après laquelle le mahdi est fondateur d'empire, auteur d'une

dynastie destinée à durer longtemps, et initiateur d'une ère conçue

comme l'âge de maturité du monde. L'attente superstitieuse de l'homme

providentiel est un sentiment permanent chez les peuples de l'islam.

On a vu des faux mahdis à toutes les époques de leur histoire. Le plus

célèbre est celui qui a réussi à fonder la dynastie des Fâtimides; il

y en eut un en Egypte à l'époque de Bonaparte. De notre temps, c'est

dans un soulèvement provoqué par un mahdi que périt Gordon, assiégé

dans Khartoum; en 1908, on en signalait un au Maroc. La croyance

mahdiste est un danger perpétuel pour toute puissance qui a dans son

empire des populations musulmanes.

En dehors de cette importante et curieuse théorie, qui a donné une

forme systématique et un aspect mystérieux à la croyance implicitement

indiquée dans le Coran au succès final et universel de l'islam, nous

ne trouvons rien de bien intéressant à relever dans les conceptions

que les Musulmans se formaient naguère de l'avenir. Il ne devait point

y avoir pour eux de développement dans la religion, ni d'évolution

dans le dogme, point de progrès dans la liturgie ni de changement dans

la forme du culte et dans la pratique de la piété. Pour les peuples

mahométans, il n'y avait pas non plus, jusqu'à l'époque contemporaine,

d'idée ou de notion suffisamment nette et généralement comprise d'un

avancement possible dans les sciences, dans la civilisation, dans

l'industrie et dans les arts; point de représentation d'un

perfectionnement probable et continu dans la politique, l'économie, la

justice ou l'administration.

Aucun désir général de progrès ne présidait à la vie de l'islam; ni

aspirations vagues, ni besoins sourdement sentis, ni curiosité

intellectuelle, n'appelaient un état de choses sensiblement meilleur

et régulièrement progressif. La philosophie, liée à la théologie,

semblait fixée comme elle; la liberté de penser, le mouvement même de

la pensée, paraissaient inutiles: l'islam s'immobilisait.

Cette immobilité devint en effet presque un dogme pour l'Occident; la

plupart des publicistes y croyaient et l'enseignaient; on répétait

qu'il y avait dans la foi mahométane comme une vertu léthargique, qui

arrêtait la vie de l'esprit et le paralysait. Combien d'auteurs

écrivant sur l'Orient il y a une vingtaine d'années, ont formulé ce

jugement.

En fait cette espèce de paralysie était bien réelle, ou à peu près; à

peu près, dis-je, car en observant avec attention, on discernait chez

les peuples de l'islam un mouvement lent; la Turquie, par exemple,

suivait de loin les progrès de quelques arts.

Pour parler avec exactitude, on constatait dans le monde mahométan une

grande diminution d'activité, un ralentissement de la vie

intellectuelle, une sorte d'engourdissement, d'où s'ensuivait, par

rapport à l'Occident qui continuait à progresser, une véritable

décadence. De cet arrêt relatif, la religion du Coran était-elle seule

responsable?

Non, sans doute. Les causes qui produisent dans les nations la

décadence, l'amoindrissement des forces, l'épuisement du génie, sont

toujours bien difficiles à établir; les historiens les plus pénétrants

et les plus philosophes y réussissent peu, quoi qu'ils fassent; il y a

là des secrets profonds de la vie, qui nous échappent.

En Orient, les enfants sont ordinairement très intelligents; jusqu'à

l'âge de douze ou quatorze ans, ils dépassent les nôtres en vivacité

de compréhension, en facilité d'assimilation, et leurs progrès sont

très rapides; puis, après cet âge, beaucoup s'arrêtent. Il s'est

produit un phénomène de ce genre pour la civilisation arabe: elle

dépassa la nôtre dans le haut moyen âge; elle fut, en ce temps-là,

plus active et plus fine; puis elle s'arrêta. Le même schéma

s'applique aussi aux conquêtes turques: elles furent au début

brillantes et rapides; la force du peuple turc semblait irrésistible;

mais un jour cette force parut épuisée: la période d'expansion fut

suivie d'une ère de lent déclin et de presque complète inactivité.

Rien ne prouve que ces phénomènes soient d'ordre religieux, et il n'y

a pas lieu de croire non plus qu'ils soient particuliers à l'islam. La

Chine a connu une ère d'immobilité plus longue que celle de l'islam.

L'empire chrétien de Constantinople a traversé plusieurs siècles

d'activité amoindrie avant de s'écrouler sous les coups des Turcs. Et,

en dehors du domaine politique, n'avons-nous pas vu, en Europe, des

arts, tels que la peinture, qui sont demeurés pendant plusieurs

siècles stationnaires, après avoir eu un vif essor, et qui se sont

réveillés tout d'un coup?

Nous avons noté quelques causes qui ont été de nature à amener la

disjonction de l'Orient et de l'Occident: un certain dédain théorique

de l'islam pour la chrétienté, qui a pu l'empêcher de s'assimiler les

progrès accomplis dans les régions chrétiennes; le peu d'estime des

théologiens musulmans pour les sciences; le goût naturel des Orientaux

pour la vie méditative; le fatalisme. Il faut signaler aussi l'effet

des Croisades qui ont, à ce qu'il semble, creusé un fossé profond

entre le monde chrétien et l'islam.

Mais ce n'est encore là que des fragments d'explication.

Toujours est-il qu'à l'instant où nous sommes, cette immobilité à

laquelle tout le monde croyait naguère, est secouée: l'islam se

réveille. Une élite nombreuse, pleine de talents, de connaissances,

d'ardeur pour le progrès, s'y forme dans les diverses contrées, et

réussit à se placer à la tête du monde mahométan. A tous ces hommes,

jeunes au moins par la pensée, la destinée et l'avenir de l'islam se

présentent sous un jour tout nouveau. Des idées de réforme, de

transformation, d'évolution, sont près de triompher avec eux. Les

vieux rêves millénaristes ne leur suffisent plus; ils ne se contentent

plus de l'attente passive d'un bonheur lointain; mais, confiants dans

leur activité, ils cherchent par leur propre effort et par la vertu

de leur intelligence, à relever l'islam, à en restaurer la vigueur, à

en interpréter le dogme, à en améliorer la pratique, à y rendre plus

heureuse et plus belle la vie individuelle. Dans cette manière de

sentir entièrement renouvelée, comment apparaît l'avenir de

l'islamisme?

* * * * *

Une première circonstance générale doit forcément modifier l'ancienne

conception mahométane de l'avenir: c'est la répartition des forces

militaires dans le monde. Dans l'état actuel de l'Europe, l'idée d'une

conquête du monde par des armées musulmanes, idée qui avait pu

facilement séduire l'esprit des Arabes ou des Turcs dans la période

brillante de leur histoire, apparaît dénuée de toute vraisemblance;

elle ne peut plus avoir de prise sur les esprits. De ce côté-là,

l'avenir est désormais fermé.

La possibilité de conserver une terre musulmane, de recouvrer même

quelques provinces qui sont tombées en la possession des Européens,

est moins incompatible avec les faits. Personne ne peut affirmer que

telle puissance musulmane soit incapable de reprendre vigueur et de

gagner quelques victoires. Mais cette possibilité d'une guerre

heureuse pour une puissance islamique, ne dépend pas immédiatement des

considérations d'ordre religieux.

Au point de vue de la tradition religieuse, la question qui se pose

est plutôt celle-ci: Une reprise partielle des anciennes possessions

musulmanes pourrait-elle se produire par suite d'un grand mouvement

panislamiste, qui amènerait l'accord de la majorité des Musulmans du

monde en vue d'une action militaire commune? Cela est peu

vraisemblable assurément; il ne faudrait pourtant pas dire que c'est

tout à fait impossible.

Il y a dans l'islam des organismes tout prêts pour servir à la

propagande secrète, aptes à préparer les révoltes et à lancer les mots

d'ordre: ce sont les confréries religieuses. Leur esprit n'est pas

toujours violent ni belliqueux; mais il pourrait le devenir sous la

pression de quelques événements.

Néanmoins l'éventualité que nous envisageons est peu probable; pour un

accord de ce genre, il faudrait une trop grande unité de sentiment

politique. Et quoique, en théorie, la politique dans l'islam dépende

de la religion, cependant l'unité politique y est moindre en fait que

l'unité religieuse.

D'ailleurs la préparation des grands soulèvements amène presque

toujours des discussions entre les docteurs. Ceux-ci ne jugent pas

tous également de l'opportunité des guerres. Il se forme parmi eux un

parti modéré qui, au nom même de la religion, recommande de ne pas

engager de guerre dont l'issue ne soit à peu près certaine. Puis la

discussion porte aussi sur les droits du personnage politique qui se

met à la tête du mouvement. Si ce personnage prétend être le mahdi, il

doit être reconnu à certains signes, qui sont presque toujours

contestables; et s'il prétend seulement être un chef ou un souverain,

encore faut-il qu'il justifie de sa légitimité; il n'est guère

possible que l'islam tout entier se mette d'accord sur ce point.

L'unité y est donc en pratique à peu près irréalisable.

Plutôt donc que d'insister sur cette hypothèse assez vaine d'un

mouvement panislamique, il convient d'examiner un peu la vie moderne

de l'islam dans quelques-unes des nations qui le composent; il peut

être instructif de voir comment il se comporte en présence des

variations de l'état politique général; plus expressément de marquer

quelques traits relatifs au sentiment de nationalité.

Nous avons dit qu'il y avait dans cette religion comme une sorte de

grand patriotisme universel: chaque Musulman se sent fortement lié à

toute la communauté musulmane, et selon l'idéal de la doctrine, cette

communauté ne devrait avoir qu'un seul chef. Au-dessous de cette

grande association, sont des races bien distinctes, des nations

diverses; chacun aime sa nation et veut être de sa race. De plus il

existe, dans ce monde, différents pouvoirs qui ont une légitimité au

moins approximative acquise au cours de l'histoire, pouvoirs que l'on

respecte et auxquels on est soumis.--Comment ces divers sentiments se

combinent-ils dans l'âme des Musulmans?

* * * * *

Le seul empire musulman indépendant qui puisse représenter aujourd'hui

«la terre de l'islam», le _dâr el-islâm_, avec honneur et avec gloire,

c'est la Turquie. Nous avons vu qu'au cours des siècles de décadence,

cet empire a cependant suivi de loin la marche de la civilisation.

Nous l'avons constaté en ce qui concerne l'enseignement. On peut

observer le même progrès dans d'autres domaines, notamment dans

l'établissement des voies ferrées. Celles-ci, construites peu à peu

par des compagnies étrangères, atteignaient, à la fin de 1906, une

longueur totale de 6.236 kilomètres. L'empire turc n'a cessé d'être en

relations avec les puissances étrangères. Non sans difficulté, il

autorisait quelques-unes de leurs entreprises; il les imitait

parfois. Ce progrès va maintenant se précipiter. Combien belle est en

cette contrée la place d'un sultan ou d'un ministre épris

d'améliorations, à l'imagination ardente et active. La situation

géographique de l'empire est la plus magnifique peut-être qui soit au

monde. La richesse et la fertilité de son sol sont énormes. Ses

ressources peuvent s'accroître en peu d'années dans des proportions

qui en feront un des plus brillants empires du monde. Il a des ports

non moins bien disposés pour la sûreté des navires que pour

l'éblouissement des yeux; l'Asie Mineure possède des mines abondantes

et variées, dont un petit nombre est déjà lentement exploité; la

Mésopotamie, dès que le régime des eaux y aura été régularisé,

redeviendra le plus beau grenier du monde. Même au point de vue

spécial de l'archéologie, la liberté et un médiocre effort

permettraient de faire sortir des ruines de ces contrées assez de

documents et de merveilles pour augmenter beaucoup en peu de temps

notre connaissance du monde antique. Le gouvernement turc n'a pourtant

pas négligé tout à fait l'archéologie, puisqu'on peut admirer à

Stamboul le musée déjà fort important de Tchinily Kyosk.

Le sultan ottoman représente, comme on sait, l'autorité orthodoxe dans

l'islam; il y détient la succession du prophète. Ses droits n'y sont,

il est vrai, qu'indirects, car il n'est même pas de race arabe; à plus

forte raison n'est-il pas Koreïchite. On a dû, pour les établir,

recourir à une fiction: Sélim Ier en 1517, ayant pris l'Egypte, fut

considéré comme l'héritier des droits des khalifes, et il fut reconnu

comme tel par le chérif de La Mecque.

Le Turc n'est en général pas aimé des autres Musulmans, et

spécialement des Arabes; sa domination a laissé de mauvais souvenirs

en Algérie. Mais, des races chrétiennes, il n'est pas haï. Les

Arméniens pourraient avoir contre lui des motifs de haine; cependant

ce qui leur est surtout odieux est le gouvernement despotique; ce

n'est pas la puissance ni le peuple ottomans. Les Grecs, sujets de

l'empire, reconnaissent la tolérance et le libéralisme relatifs des

sultans. Ils servent dans leurs ministères, les aident dans

l'administration, leur fournissent des érudits et des savants. Ils ont

le sentiment patriotique à la manière de l'Occident; et ils sont prêts

à donner des soldats aux armées de l'empire et des marins aux flottes

que ses ports attendent.

Même avant les événements de ces derniers jours, les Turcs avaient

commencé à reconquérir une place plus élevée dans l'opinion

européenne. Protégés par les rivalités des puissances qui formaient

au-dessus de leur faiblesse, une sorte de voûte naturelle, ils se

conservaient et progressaient peu à peu, et les chances de voir

survenir leur ruine tant de fois prédite semblaient doucement

s'éloigner.

Depuis de longues années, beaucoup de Turcs avaient des tendances

libérales. Un essai de régime parlementaire fut tenté chez eux au

début du règne actuel, sans succès il est vrai. Les idées libérales

s'étant en dernier lieu, répandues jusque dans l'armée, une nouvelle

constitution a été octroyée à l'empire, et tout annonce qu'elle

durera. Le sultan a cessé d'être autocrate; il va devenir le chef

d'une sorte de confédération de peuples analogue à l'Autriche. Pourvu

que l'islam garde dans cette confédération une prééminence au moins

honorifique, ce changement ne blesse aucun point précis de sa

doctrine; il n'est cependant pas tout à fait conforme à son esprit,

parce que le régime nouveau ne manifeste plus assez la force d'Allah.

Le sultan était, d'après la doctrine, le président de la communauté

musulmane; d'après la tradition, il était autocrate. Mais, ni la

doctrine ni la tradition, ne lui défendaient de prêter l'oreille aux

vœux de ses peuples et d'user de son autorité avec bienveillance;

elles lui demandaient seulement d'être fort.

Si le gouvernement turc satisfait à ce desideratum, l'islam peut,

sans se renier lui-même, devenir dans ce pays une sorte de religion

d'Etat, respectueuse des autres croyances, et qui ne pèsera pas trop

sur elles.

* * * * *

Les Arabes, disions-nous, n'ont jamais accepté qu'à contre-cœur la

domination turque. La cause de cette opposition n'est pas

principalement religieuse, bien que les Arabes aient quelque raison

doctrinale de contester la légitimité des sultans ottomans; cette

cause est surtout ethnique: les deux races sont fort différentes. Il y

a certainement plus de différence entre un Arabe et un Turc, qu'entre

un Turc et un Grec. Il y eut autrefois, à l'époque du khalifat arabe,

une rivalité analogue entre les Arabes et les Persans.

[Illustration: XIII.--Religieux quêteurs à Tachkent.]

En Arabie, une partie de la population a été de tout temps insoumise.

La suzeraineté du sultan n'est de même que nominale sur beaucoup de

tribus du désert. Un mouvement tendant à la formation d'un royaume

arabe s'est dessiné dans ces dernières années en Syrie. L'idée a été

systématisée. Les promoteurs ont obtenu des décisions de

jurisconsultes égyptiens, déclarant le sultan turc illégitime; ils ont

tracé le plan et déterminé les limites du royaume rêvé. Ce royaume

aurait des frontières naturelles, formées par le Tigre, la mer

d'Oman et la mer Rouge, l'Isthme de Suez, la Méditerranée. Il s'est

constitué une «ligue de la patrie arabe» qui a écrit dans son

programme: «Nous sommes douze millions d'Arabes opprimés par quelques

centaines de fonctionnaires turco-circassiens.»

Ce mouvement ne paraît pas inspiré par un sens politique très juste.

Il ne semble pas destiné à produire un grand effet, et ce rêve n'est

sans doute pas susceptible de réalisation. Quoique bons soldats, les

Arabes, au point de vue militaire, ne valent pas les Turcs; leur

habitude de l'administration est moindre; leur talent d'organisation

est faible; leur avancement dans les sciences est médiocre.

Il existe un petit mouvement de renaissance littéraire dans les

populations de langue arabe; mais ce mouvement est surtout dessiné

chez les Chrétiens de Syrie.

* * * * *

Les Musulmans de Russie sont intéressants; ils ont accepté les formes

de la vie moderne et ils ont envoyé plusieurs des leurs à la Douma. Ce

sont des Musulmans de race tartare. Nous avons connu l'un d'eux, qui

étudiait à Paris il y a peu d'années; il est maintenant un de leurs

députés les plus notables. C'était un jeune homme très lettré,

écrivain, versé dans la philosophie et l'économie politique, et qui

professait des idées très avancées. Il paraissait avoir perdu la foi

musulmane; peut-être l'aura-t-il vue renaître en lui en rentrant dans

le milieu de ses coreligionnaires et en acceptant d'eux de graves

responsabilités.

Jusqu'à présent on ne peut pas dire des jeunes Turcs qu'ils deviennent

sceptiques. Ceux d'entre eux que leurs lectures, leurs relations ou

leur tempérament inclinent vers le matérialisme, peuvent bien perdre

un peu de vue le côté théologique de l'islam, oublier Dieu, songer

moins à l'âme; mais ils garderont longtemps encore la foi au principe

d'unité nationale qu'est cette religion; ils lui demeureront attachés

en tant que loi constitutive de leur nation et que forme de leur

peuple. On peut supposer qu'il leur arrivera ce qui est arrivé à

certains Israélites, qui ont à peu près abandonné la foi religieuse,

mais qui ont gardé très profonde la conscience de l'unité ethnique.

* * * * *

En Egypte, sous la pression de l'occupation anglaise, et devant la

menace de voir cette occupation, indéfiniment prolongée, se

transformer en protectorat, une réaction s'est produite chez les

Musulmans, au nom du sentiment religieux et de l'honneur national. Il

s'est formé un parti de la jeune Egypte, ou parti national, dont le

chef fut Mustafa Kamel, et l'organe, _L'Etendard égyptien_. Ce parti a

excité chez le peuple égyptien une haine assez vive contre l'occupant;

il a entretenu des relations avec la Turquie et les autres pays

musulmans, y compris le Maroc; il s'est cependant toujours défendu

d'avoir des visées panislamiques:

«Il n'y a pas un seul Musulman éclairé, dit Mustafa Kamel, qui puisse

croire une minute que les peuples de l'islam peuvent se liguer contre

l'Europe. Ceux qui parlent d'un pareil esprit, sont ignorants ou

désireux de creuser un fossé entre le monde européen et les

Musulmans.»

Le programme du parti national est ainsi formulé:

«Etre libre chez soi et accorder l'hospitalité à tous.»--«Nous

n'acceptons la civilisation européenne que pour devenir ses amis et

non pas pour être ses esclaves! Nous sommes moralement les obligés de

l'Angleterre parce qu'elle s'est efforcée de rétablir la paix chez

nous et de nous rendre aptes à nous gouverner nous-mêmes. Mais nous

désirons fermement que cette obligation cesse.»

Comment, malgré la retenue à laquelle nous obligent les accords

diplomatiques, n'éprouverions-nous pas de la sympathie pour les

signataires d'un pareil programme? Après l'abandon presque total qu'a

fait la France de ses traditions en Syrie, la renonciation à son rôle

en Egypte,--en ce pays que Leibniz avait pour ainsi dire offert à

Louis XIV, où les jeunes gloires des Bonaparte et des Kléber avaient

brillé dans l'ombre des vieilles Pyramides, et dont notre compatriote

Champollion a révélé les secrets,--est, de toutes les conditions de la

politique contemporaine, une de celles qui doivent nous causer les

plus profonds regrets.

Il ne semble pas que le parti jeune égyptien réclame pour le pays une

complète indépendance; il voudrait, dit-on, replacer l'Egypte sous la

suzeraineté de la Turquie. Cette intention est plus correcte au point

de vue de la doctrine musulmane; mais elle est moins touchante sous le

rapport du sentiment patriotique et national. On verrait se manifester

là une sorte d'hésitation entre l'idée de patrie conçue à la manière

occidentale, et l'ancienne idée orientale de la communauté musulmane

englobant les diverses races.

* * * * *

Les Musulmans de l'Afrique du Nord n'ont pas, dans le cours de

l'histoire, formé de nationalités bien permanentes. Il ne peut donc

pas être question chez eux de réaction nationale. Mais une

circonstance importante est spéciale à ces contrées. Derrière les

côtes brillantes et fertiles, depuis assez longtemps conquises par les

peuples du nord de la Méditerranée, s'étend la vaste zone saharienne.

Or c'était là naguère le pays propre de l'islam, sa «maison», le _dâr

el islâm_. L'Européen semblait ne pas pouvoir y pénétrer, ne pas le

désirer même. Et pourtant tels ont été la marche et le progrès de la

politique coloniale, qu'il s'en est emparé aujourd'hui; des colonnes

légères, en attendant les voies ferrées, le sillonnent en tous sens.

La terre mahométane est profanée; l'islam n'a plus de maison; il n'a

plus de chez lui.

A cette dépossession, il s'est habitué avec moins de peine qu'on n'eût

pu le croire. Les Musulmans renoncent à reculer dans les déserts dont

l'étendue et l'aridité ne les sauvent plus du contact de l'étranger.

L'Européen ne songe plus à les y refouler; il s'installe auprès d'eux,

et il essaie de faire d'eux des compatriotes et, s'il se peut, des

amis; il s'efforce de les faire participer aux avantages de sa

civilisation et d'améliorer leur sort matériel. La plupart comprennent

ce généreux dessein; ils y répondent par une acceptation loyale et

franche de la domination étrangère, souvent même par de la sympathie,

du travail et de la reconnaissance. L'islam perd peu à peu chez eux

son caractère farouche; ils commencent à sentir que la religion n'est

pas attachée à une région géographique, mais qu'elle doit trouver sa

vraie «maison» dans les cœurs.

Un jeune Tunisien écrivait, il y a peu de temps, ces lignes:

«Je puis attester que pour leur compte, les Tunisiens musulmans

instruits acceptent franchement et loyalement le protectorat français,

dont ils sont à même d'apprécier les bienfaits en dépit des erreurs

commises, dues surtout à une politique d'hésitation et de méfiance.

«La seule ambition qu'ils nourrissent dans le domaine politique, est

de contribuer au relèvement intellectuel et moral de leurs

coreligionnaires, avec le concours éclairé et bienveillant de la

France.

«Si nous nous efforçons de ramener la religion à ses principes

véritables, si nous combattons les confréries, qui ont faussé la

doctrine de l'islam, qui ont pris à tâche de maintenir la population

des campagnes dans la plus abjecte ignorance, c'est pour arriver à

faire marcher d'accord la religion et la science, ce qui n'est pas

irréalisable, puisque la foi musulmane est basée sur la raison et la

logique[128].»

[128] Abd el-Jelil ZAOUCHE: lettre au journal _Le Temps_, 25

décembre 1906.

De même que les Egyptiens, ces jeunes Tunisiens se défendent d'avoir

des visées panislamistes. Ils ont des sentiments laïques, comme l'on

voit; cela est particulièrement intéressant à remarquer pour l'Afrique

du Nord, où les confréries et les personnages religieux ont été jadis

très puissants. Il va de soi que le monde musulman, dont la

constitution est en principe théocratique, devra être laïcisé un peu,

si l'on désire qu'il se rapproche du nôtre; il faut que la religion y

cède aux sciences et à l'activité professionnelle, une large part de

la vie. Les Musulmans africains les plus intelligents reconnaissent

sans peine les bienfaits de notre civilisation: l'ordre et la sécurité

qui sont les principaux; l'agriculture améliorée et exercée en paix;

le commerce accru; les impôts régulièrement perçus; la culture

intellectuelle largement développée. Ces Musulmans tendent à devenir

moins religieux, plus positifs et plus sceptiques. Ils observent avec

moins de rigueur certaines pratiques, comme le jeûne et l'abstention

du vin; ils n'ont pas d'antipathie pour le costume européen; ils

oublient en somme un peu les rêves et les ambitions du vieil islam,

pour profiter des avantages pratiques et du confort de notre

organisation moderne. Les idées et les espérances panislamistes

semblent bien leur être devenues étrangères:

«Le rôle effacé des familles religieuses et le positivisme croissant

des indigènes rendront de plus en plus difficile à un agitateur, quel

qu'il soit, d'arracher de paisibles travailleurs à leurs intérêts et à

leurs devoirs[129].»

[129] Ismaïl HAMET, _loc. cit._, p. 303.

Les Musulmans de cette sorte ne représentent encore, il est vrai,

qu'une minorité. Il en est parmi eux qui vont jusqu'à désirer une

fusion des indigènes avec la race colonisatrice. Pourtant le mariage

d'une Mahométane avec un chrétien n'est guère admissible selon la loi

de l'islam; et l'entrée d'une Chrétienne dans une famille mahométane,

aussi longtemps que subsistera la polygamie et que la répudiation sera

facile, ne nous semblera pas tolérable. Cette observation fort simple

porte à croire qu'il entre bien un peu d'illusion dans les désirs et

les programmes de ces jeunes Mahométans.

* * * * *

Constatons donc, pour conclure, qu'il y a, au-dessus du monde

musulman, une couche qui cherche à évoluer, que notre civilisation

attire, qui désire se l'assimiler, s'en approprier les formes et les

bienfaits, soit en la faisant régner dans les pays musulmans encore

indépendants, soit en acceptant la domination des puissances

européennes. Au-dessous de cette couche subsiste la grande masse du

peuple mahométan, toujours croyante, toujours fidèle, traditioniste,

quelque peu rebelle au progrès, dédaigneuse de notre civilisation,

encore susceptible de fanatisme, mais qui garde le sentiment intense

des grands dogmes de l'islam, de Dieu, de la résurrection, du

jugement, et qui conserve aussi sa poésie de caractère assez biblique,

majestueuse et un peu âpre.

Cette élite, cette sorte d'aristocratie qui évolue, pourra-t-elle en

se transformant, et en transformant peu à peu le monde musulman à sa

suite, maintenir la foi? La question est délicate. L'islam est-il

vraiment, autant que le croient ces jeunes Turcs ou Tartares, Indiens,

Egyptiens, Tunisiens, ou Algériens, susceptible d'être modifié? On en

peut douter. Selon la logique ordinaire, même selon celle que l'on

apprendrait dans les ouvrages des anciens philosophes musulmans,

pourtant bien hardis parfois, il ne semble pas que l'on puisse, sans

porter souvent atteinte à la rigueur du raisonnement, adapter ainsi

l'islam à nos mœurs et à nos façons de sentir. En effet, que

deviennent dans un tel essai tous ces anciens préceptes ou dogmes que

l'on s'est habitué à considérer comme fondamentaux: la propagande par

le glaive, l'espèce de promesse de victoire faite par Allah à son

peuple, le pèlerinage trop archaïque, le jeûne excessif, les cinq

prières quotidiennes convenables à des moines, la prohibition du vin

qui contrarie nos habitudes, l'interdiction des images qui limite

l'art et entrave l'industrie, et toutes les règles relatives au statut

de la femme? Que font de ces préceptes, les Musulmans modernistes?

S'ils les modifient très profondément, ne condamnent-ils pas leur

prophète? Peuvent-ils continuer à croire en lui, surtout peuvent-ils

encore croire qu'il est le dernier, celui qu'on ne dépassera pas?

Mais peut-être n'avons-nous pas l'autorité qu'il faudrait pour

répondre à ces questions et à ces doutes. Une religion ne relève pas

seulement de la logique, mais aussi du sentiment; elle n'est pas

seulement l'œuvre de l'esprit et de la science; mais elle est aussi,

et plus encore, celle du cœur. Ce n'est donc pas à ceux qui y sont

étrangers à fixer quel doit en être le sens exact, ni à décider entre

quelles limites ce sens est modifiable.

Retenons seulement qu'il est naturel que nous nous intéressions aux

modernistes de l'islam, puisqu'ils sont chercheurs, hardis, ingénieux

et qu'ils entreprennent une tâche assez paradoxale;--et qu'il est

juste aussi de leur être sympathiques, puisqu'ils viennent à nous

loyalement, en demandant à se mettre à notre école, à travailler à

nos côtés, et à nous emprunter ce que nous avons de meilleur.

Une chose est certaine: c'est que par eux le monde musulman se

rapproche de nous, qu'il cherche à se faire entendre et qu'il demande

à nous parler. Il n'existe plus, ce fossé qui autrefois séparait ce

monde de la chrétienté; il est fini aussi ce sommeil dans lequel

l'islam semblait devoir demeurer engourdi pendant des siècles. Partout

dans ce monde on voit paraître la vie, l'éveil, la curiosité, la bonne

volonté.

Nous avons le devoir de profiter de ce mouvement. Répondons à ces

nouveaux amis; engageons sans crainte la conversation. Ils ont comme

nous les sentiments de droiture et d'honneur; ils ont le goût de la

pensée, et ils prennent celui du travail; et dans la religion où ils

sont nés, à laquelle ils voudraient en principe rester fidèles, nous

avons pu reconnaître et signaler maints traits empruntés à la nôtre,

qui les rapprochent de nous à l'origine et qui les rendent un peu nos

frères.

La doctrine de l'Islam · 第 46 / 72 题