LA MYSTIQUE

La tendance au mysticisme très fréquente en Orient.--Le

mysticisme musulman ne vient pas du Coran;--il est surajouté à

la doctrine coranique.--Les premiers soufis ont eu des maîtres

chrétiens.

Mystiques célèbres de l'islam.--Faits psychiques.

La doctrine mystique de l'islam comparée à celle du

christianisme.--Dangers du mysticisme musulman pour les

intellectuels et pour le peuple.

De même que la disposition au fatalisme, la tendance au mysticisme est

un des traits les plus connus du caractère oriental. Lorsque l'on

pense aux pays d'Orient, on voit bien vite en esprit apparaître ces

figures d'ascètes usés par des pénitences terribles, que nous

décrivent les récits hagiographiques de l'Egypte et les vieux poèmes

de l'Inde, ou ces philosophes, ces grands rêveurs du brahmanisme et du

bouddhisme, qui enseignaient à ne trouver qu'illusion en toutes

choses, selon qui les êtres et le monde s'absorbaient en Dieu, tandis

que Dieu lui-même s'évanouissait dans l'inconscient; on se représente

aussi ces _fakîrs_, pour la plupart peu estimés, qui parcourent les

rues des villes orientales dans des costumes bizarres ou parfois même

à peine vêtus, tels que les vit naguère Alexandre, et qui mendient

l'aumône du passant; ou encore ces derviches bien connus des

touristes, qui honorent la divinité par la musique et par les danses;

ou ces autres plus sauvages qui se percent la chair, se frappent la

tête et la poitrine en paraissant trouver dans ces supplices

volontaires des jouissances mystérieuses. En tout cela se manifeste

bien un effort puissant, quoique mal dirigé sans doute, dans la

recherche de l'émotion religieuse. Beaucoup de natures orientales ont

le goût des sensations que procure l'ascèse; elles désirent les

produire, les éprouver, s'y livrer tout entières. Or ce goût a trouvé

chez ces peuples des expressions variées, dont les unes sont fort

belles au point de vue philosophique et littéraire, dont les autres au

contraire sont, à notre jugement, grossières et violentes, et

quelquefois puériles et ridicules.

Nous allons parler du mysticisme propre à l'islam, en ne nous occupant

que de ses aspects élevés, et en ayant surtout souci d'en expliquer

la doctrine.

I

La doctrine du mysticisme musulman n'est pas coranique. Le mysticisme

a été surajouté à l'islam; il ne s'y trouve pas incorporé dès sa

naissance; il ne fait pas partie de son institution première; on ne le

voit pas dans son livre saint.

Mahomet lui-même ne fut pas, à proprement parler, un mystique. Il eut

certes,--nous l'avons assez montré,--un sentiment très vif de deux ou

trois grandes vérités religieuses: l'existence de Dieu, son unité,

l'immortalité personnelle, la justice divine; mais il ne vécut pas de

la vie intérieure; il n'analysa pas ses sentiments religieux; il ne se

plut pas à les cultiver d'une façon subjective; il les objectiva au

contraire, les projeta au dehors, s'en servit pour pousser ses

adhérents à l'action. Quoique très respectueux des religieux et des

hommes voués à la méditation, Mahomet fut un actif. Les premiers

disciples qu'il forma furent aussi des actifs, non des contemplatifs;

ils furent même des hommes qui pratiquèrent la vie active dans sa

forme la plus physique: ils furent des guerriers. Les premiers grands

hommes de l'islam ont été ses capitaines, ses héros, ses conquérants;

la sainteté, dans cette religion, fut d'abord guerrière.

Mais cette conception particulière et fort anormale de la sainteté ne

pouvait durer ni surtout prédominer longtemps. Les circonstances qui

avaient produit l'explosion du zèle religieux étaient passagères. Les

conquêtes une fois accomplies, l'islam s'étant établi sur les ruines

de plusieurs empires, la forme ordinaire du sentiment religieux devait

reprendre le dessus, et le mysticisme devait se développer.

Les natures orientales y étaient prédisposées. Les ascètes de l'islam

ne réinventèrent cependant pas, selon toute vraisemblance, le

mysticisme par eux-mêmes; ils ne le restituèrent pas spontanément.

L'histoire montre qu'ils cherchèrent des maîtres; ils en trouvèrent

dans le christianisme. Les premiers ermites ou religieux mahométans se

formèrent visiblement à l'imitation des religieux chrétiens. Depuis

longtemps, il existait des couvents ou des ermitages chrétiens dans

les montagnes de Syrie et dans le bassin de l'Euphrate; il y en avait

aussi en Egypte, pays des Pères du désert, pays où la vie religieuse a

des annales célèbres; c'est dans ces contrées que le mysticisme

islamique prit naissance.

Un homme assez obscur, appelé Abou Hâchim, fonda le premier une sorte

de couvent mahométan à Ramlah en Syrie. Un autre plus célèbre

Sofyan-et-Tauri, connu aussi comme jurisconsulte, alla vivre en ermite

dans le Liban, avec quelques compagnons, parmi lesquels on compte des

femmes. Chez les Maronites, habitants chrétiens de cette contrée, les

personnes qu'attiraient la vie religieuse avaient ainsi coutume de

faire de longues retraites dans les montagnes.

En Egypte, Dou'n-Noun (IIIe siècle de l'hégire), se rendit fameux

comme ascète musulman. Un autre ascète considérable, Bestâmi, fut

originaire de Perse; mais ce qui indique bien que le centre de tout ce

mouvement fut à l'Ouest, en terre chrétienne, c'est que Bestâmi

lui-même vint s'exercer à l'ascétisme en Syrie.

Il est donc facile de grouper un certain nombre de faits très nets qui

prouvent que le mysticisme musulman prit naissance en Syrie sous

l'influence chrétienne. On a souvent dit, sans avoir fait un examen

suffisant de la question, que ce mysticisme est venu de l'Inde et

qu'il s'est formé sous l'influence des religions hindoues. Cela n'est

pas exact. En somme fort peu de choses sont entrées dans l'islam, en

venant de l'Inde; mais beaucoup y sont venues du christianisme et des

pays chrétiens. Nous avons tenu à donner, sur ce sujet, quelques

indications historiques; tout-à-l'heure, nous constaterons, dans la

doctrine, la force de l'influence chrétienne.

* * * * *

Les premiers religieux musulmans s'appelèrent d'abord _zâhid_,

«ascètes», ou _âbid_, «serviteurs», sous-entendu «de Dieu», ou bien

encore _râhib_ qui était le nom dont on se servait ordinairement, en

pays arabe, pour désigner les moines chrétiens. Plus tard, au deuxième

siècle de l'hégire, ils prirent le nom, bien connu depuis, de _soufi_.

Ce vocable vient du mot arabe _souf_, laine, et il ne signifie autre

chose que «l'homme à la robe de laine», celui qui porte la bure. On

disait chez les chrétiens: il revêtit la bure, _es-souf_, pour dire:

il se fit moine.

Le soufisme ne tarda pas à se répandre dans l'islam; il y eut un grand

succès. Cette conception nouvelle de la vie religieuse fut acceptée

même par l'orthodoxie; elle s'adjoignit aux conceptions coraniques.

L'ascétisme était propre à satisfaire les besoins intimes de beaucoup

d'âmes, nées ardentes et contemplatives; les héros militaires furent

peu à peu supplantés, dans la vénération du peuple, par les ascètes et

les visionnaires; autour de ceux-ci, il se produisit bientôt une

quantité de faits merveilleux. Ces hommes attirèrent à eux beaucoup

de monde; ils eurent des disciples, fondèrent des monastères, des

confréries ou de véritables ordres; à leur mort, contrairement à

l'idée de Mahomet, ils reçurent une sorte de culte, et furent vénérés

comme des saints. Ces personnages mystiques font aujourd'hui partie de

la physionomie générale de l'islam, bien qu'ils ne doivent presque

rien au Coran. Je vais parler de deux ou trois d'entre eux.

* * * * *

L'une des plus grandes personnalités religieuses de l'islam est Sidi

Abd el-Kâdir Djîlâni[114]. Il était probablement d'origine persane. Né

en 471 de l'hégire (1078) il vint, à l'âge de dix-sept ans, à Bagdad

pour y étudier. D'après une légende, le prophète Khidr, qui est un

personnage mythique très populaire chez les Musulmans, lui apparut et

le retint longtemps aux portes de la ville. Lorsqu'il y fut entré, il

y étudia le Coran, la tradition, la jurisprudence et la littérature

sous les maîtres les plus fameux; puis il se retira de nouveau dans

le désert. Le même prophète l'y visita; on raconte qu'il y fut nourri

miraculeusement, qu'il y subit les assauts du démon qui lui apparut

sous des formes variées et le tenta de diverses manières. Il habitait

une tour en ruine que l'on appela en mémoire de lui, la tour du persan

_bordj el-Adjémi_; quelquefois il prit pour demeure les superbes

ruines de l'ancien palais des Khosroës, connues sous le nom d'Eïvân

Kesrâ.

[114] La vie de Sidi Abd el-Kâdir Djîlâni par DHAHABI a été

éditée et traduite par MARGOLIOUTH, _Journal of the royal Asiatic

Society_, 1907.--V. notre article _Abd al-Kâdir al-Jîlânî_ dans

l'_Encyclopædia of Religion and Ethics_, Edimbourg, 1908.

Après avoir mené pendant de longues années la vie érémitique, il se

sentit appelé à rentrer dans le monde, pour s'y livrer à l'apostolat.

Il revint donc à Bagdad où il prit la direction d'une école située

dans le quartier de Bâb el-Azâdj; son enseignement, qui portait

alternativement sur le droit et sur la mystique, obtint vite un très

grand succès; l'école dut être agrandie plusieurs fois; elle fut

achevée en 528 et garda son nom.

On attribue à ce docteur un pouvoir particulier pour la conversion des

non-musulmans. On dit qu'il attira à l'islam une quantité de Juifs et

de Chrétiens; cette sorte de conversions n'est mentionnée que rarement

dans les légendes mahométanes. Il eut aussi, selon ses biographes, le

don des miracles à un très haut degré; une année que le Tigre était

débordé, les habitants de Bagdad, anxieux, vinrent le trouver. Il

s'avança au bord du fleuve, planta son bâton dans la terre et dit:

«Jusque là.» A partir de ce moment l'eau décrût.

Sidi Djîlâni se maria, à la suite, nous dit-on, d'une inspiration

divine. Il eut un grand nombre d'enfants dont les descendants existent

encore, et sont en vénération auprès des pieux Mahométans. Il mourut à

Bagdad en 561 (1166); on éleva sur sa tombe une fort belle mosquée à

sept coupoles dorées, qui fut visitée par les pèlerins de l'islam, et

célébrée par ses poètes et par ses historiens.

L'ordre fondé par Sidi Djîlâni s'appelle l'ordre des Kadriah. Il est

très répandu et très important, encore de nos jours. La vertu qui lui

est le plus chère est la pauvreté.

* * * * *

Le fondateur de l'ordre bien connu des derviches tourneurs ou

_Mevlévis_ est un très grand poète persan, l'un des plus grands poètes

de toutes les littératures, Djélâl ed-Dîn de Roum[115]. Il naquit à

Balkh en 1207. Son père était lui-même un mystique de grande

réputation. Il fit le pèlerinage de La Mecque à quatorze ans, puis il

s'établit, avec son père, à Koniah, sous la protection des sultans

Seldjoukides.

[115] RINN, _Marabouts et Khouan_, Alger, 1884,--Clément HUART,

_Konia, la ville des derviches tourneurs_, 1897.

Sa vie s'écoula dans cette ville où son monastère et sa descendance

existent encore, et où son tombeau est vénéré.

Les chefs de sa famille ont toujours gardé la charge de supérieurs

généraux dans l'ordre des derviches tourneurs; ils jouissent de grands

privilèges honorifiques; c'est eux qui ceignent le sabre aux nouveaux

sultans de Constantinople, lors de la cérémonie d'intronisation dans

la mosquée d'Eyoub.

Il existe sur la rencontre de Djelâl ed-Dîn avec un autre mystique, du

nom de Chems ed-Dîn de Tébrîz, des légendes qui rappellent les récits

relatifs à la rencontre de saint Dominique et de saint François.

Contrairement à l'esprit de la loi mahométane, l'ordre puissant et

répandu des Mevlévis a donné une grande importance à la musique et à

la danse comme moyens de culte. Leurs exercices nous étonnent un peu;

ils sont conformes pourtant à la tradition de plusieurs cultes

antiques, dans lesquels la danse avait une grande part: le roi David

ne dansait-il pas devant l'arche? Le mouvement rythmé de la valse

procure au religieux certains sentiments de béatitude plus ou moins

voisins de l'extase. Cet ordre est artiste; l'esprit en est aimable et

doux.

Le grand mystique de la région algérienne est Sidi Abou Médian. L'abbé

Bargès a écrit sa vie[116].

[116] BARGÈS, _Vie du célèbre marabout Sidi Abou-Médian_, 1884.

Il était né en Espagne, sur les bords du Guadalquivir, dans un modeste

village, au commencement de notre XIIe siècle, entre 1121 et 1130. Il

fit ses premières études à l'école de son village. Tout jeune encore,

il quitta l'Andalousie, alors troublée par les attaques des Chrétiens,

pour venir étudier au Maroc, dans la ville de Fez qui possédait une

université célèbre. Il était pauvre, ce que les Arabes appellent

_fakîr_; il s'établit dans un petit ermitage en dehors de la ville, où

il tissait un peu de toile pour vivre; le matin il allait à

l'université. Il avait pour unique compagnon, dans sa retraite, une

gazelle, qui était venue spontanément demeurer auprès de lui.

Après avoir appris les traditions coraniques, notre jeune mystique

commença à étudier la doctrine du soufisme, et se préoccupa de choisir

un directeur.

L'importance du directeur est très grande aux yeux des mystiques de

l'islam, ainsi que nous le redirons; on rencontre ici une anecdote un

peu symbolique qui la fait ressortir:

Le jeune homme avait entendu parler d'un _cheïkh_ célèbre; il forme

le projet de se placer sous sa direction. Il va le trouver, avec une

troupe de fakîrs. Ce pieux personnage reçoit très bien tous ses

compagnons; mais il ne fait aucune attention à lui; il ne lui offre

même pas à manger.

Abou Médian était horriblement malheureux; mais il n'osait rien

réclamer. Après avoir souffert pendant trois jours, il se dit: Quand

le cheïkh terminera son audience, s'il ne m'a point parlé, je me

roulerai devant lui dans la poussière. Ainsi fit-il; mais lorsqu'il se

releva de cette prosternation, il était aveugle. Le cheïkh ne lui dit

toujours rien. Le jeune homme passe la nuit à gémir. Enfin, le

lendemain matin, le directeur le fait appeler; lui parlant alors avec

douceur, il lui pose la main sur les yeux et il lui rend la vue; il la

lui met aussi sur la poitrine et, du coup, lui ôte la faim.

Lorsqu'il eut terminé les cours de l'université de Fez, Abou Médian

alla faire le pèlerinage de La Mecque. Ses biographes nous le montrent

voyageant en fakîr, c'est-à-dire vêtu seulement de son froc, muni

d'une besace et d'un bâton, à la manière des anciens cénobites de

l'Egypte. Il traverse ainsi toute l'Afrique du Nord; il parvient à La

Mecque; on dit qu'il y fit la connaissance de Sidi Djîlâni.

Notre ascète revient d'Arabie, et se fixe près de Bougie. Bougie était

en ce temps-là une ville très prospère qui comptait cent mille

habitants; elle avait des écoles renommées, de belles mosquées, un

grand palais; placée dans une situation magnifique, elle était un

entrepôt important, ainsi qu'un lieu de pèlerinage: on l'appelait la

petite Mecque. Abou Médian y est bientôt connu; il donne des

consultations sur le droit, des directions mystiques; il fait des

conférences sur la théologie et la jurisprudence; on commence à voir

paraître en lui certains dons extraordinaires, tels que celui de lire

la pensée.

Une autre de ces facultés mystérieuses que l'on attribue à cet ascète

est le pouvoir sur les animaux. Ceci est presque de tradition, selon

la Bible, que l'homme en état de pureté est capable de commander aux

bêtes: témoin Adam, dans le Paradis. L'hagiographie chrétienne donne

de nombreux exemples d'un tel pouvoir exercé par les saints: sainte

Marthe enchaînant la Tarasque, saint François d'Assise prêchant le

loup de Gubbio, sont peut-être les plus connus. Voici une anecdote du

même genre tirée de la biographie d'Abou Médian:

Ce mystique voit un jour dans une campagne un lion qui venait de tuer

un âne et qui le dévorait. Le maître de l'âne, qui était pauvre et

n'avait que cet animal pour tout bien, se tenait à l'écart et se

lamentait. Abou Médian lui dit: Tu n'as qu'une chose à faire: prends

ce lion par la crinière, et fais-le travailler à la place de ton âne.

Le paysan, quoique peu rassuré, obéit; mais le soir il revint dire au

santon que cet arrangement n'était pas pratique, parce que le lion,

malgré la docilité dont il faisait preuve, effrayait tout le monde.

Alors Abou Médian, s'adressant au lion, lui dit qu'il pouvait se

retirer, et lui enjoignit de ne plus désormais faire de mal à

personne.

Ainsi se passait cette existence, que remplissaient les conférences,

les consultations, la contemplation et les merveilles. Notre docteur

expliquait le Coran et le grand traité de Gazali sur la rénovation des

sciences religieuses, que nous avons souvent cité. Relevons encore

dans son histoire ce petit fait bien net de lecture de pensée:

Un homme s'étant disputé avec sa femme, voulait la renvoyer; mais

avant de s'y décider, il désira consulter notre mystique. Il se rendit

à une de ses conférences. Le discours fini, avant que l'homme ait eu

le temps de rien dire, Abou Médian s'approcha de lui et lui dit: «Mon

ami, garde ta femme et crains Dieu.» Le visiteur, fort étonné, lui

demande comment il a pénétré sa pensée: «Quand tu es entré, répond

Abou Médian, j'ai vu écrites sur ton burnous les paroles que je viens

de te dire.»

Devenu trop influent, le mystique fut à la fin en butte aux jalousies

des docteurs, des _fakîhs_; on le desservit auprès du sultan du

Maghreb; probablement on lui reprocha de donner du Coran une

interprétation trop intérieure, s'éloignant trop de la lettre: le

sultan le fit mander.

Il se mit en route, âgé et infirme; mais il prédit à ses disciples

inquiets qu'il ne verrait pas le sultan et que celui-ci ne le verrait

pas. Il mourut en effet sur les bords de l'Oued Ysser, après avoir

passé près du couvent de Hubbed, voisin de Tlemcen, où devait être sa

sépulture (1197). Son tombeau est un lieu de pèlerinage vénéré de tout

le monde musulman.

* * * * *

On a pu remarquer par ces exemples que l'on rencontre une quantité de

faits merveilleux dans les biographies des santons mahométans.

Evidemment il n'est pas possible de croire à tous ces faits; mais il

serait difficile d'autre part de les nier tous. Beaucoup sont

analogues à ceux dont on lit aujourd'hui le récit dans les

publications consacrées aux recherches psychiques: tels sont les cas

de prémonition, de communication télépathique, de lecture de pensée.

On trouve un cas fort curieux d'apport de fleurs dans la biographie de

Djélâl ed-Dîn de Roum[117]: Ce mystique causait un jour avec un autre

ascète, en présence de sa propre femme qui raconte l'histoire. On

était en hiver. A un certain moment, le mur s'ouvre: six personnages

paraissent et déposent devant les ascètes des fleurs fraîches et

embaumées. Ces personnages restèrent dans la pièce sans mot dire

jusqu'à l'heure de la prière; ils firent alors la prière avec les deux

mystiques, puis ils s'en allèrent par l'ouverture du mur comme ils

étaient venus. Djélâl ed-Dîn fit examiner les fleurs par un herboriste

qui les reconnut comme appartenant à une espèce qui fleurit dans la

saison chaude, et il conserva les feuilles toute sa vie.

[117] Clément HUART, _Konia_, p. 207.

De telles merveilles ne sont pas d'ailleurs le privilège des santons

les plus célèbres et les plus populaires; on en attribue aussi à des

ascètes fort obscurs. Le voyageur Ibn Batoutah rapporte un fait

extraordinaire qui lui arriva ainsi par la vertu d'un cheïkh de faible

notoriété[118]. Ce récit comporte une rencontre prédite d'avance et de

très loin, qui se réalisa dans des circonstances spéciales, dans

une région indiquée, le nom même du personnage rencontré ayant été

prédit.

[118] _Les voyages d'Ibn Batoutah_, éd. et trad. DEFRÉMERY et

SANGUINETTI, IV, 21.

[Illustration: XI.--L'explication du Coran, à Boukhara.]

Mais nous ne pouvons entrer ici dans l'étude de ces faits; nous

tenions seulement à noter, en vue des personnes qui s'y intéressent,

que la littérature orientale en fournit un grand nombre qui sont

relatés avec précision et dont l'authenticité est au moins très

probable.

La doctrine de l'Islam · 第 42 / 72 题