Ce Dieu, ainsi senti et affirmé par l'islam, est honoré par des
prières. Il y en a cinq par jour. Cela semble beaucoup; mais c'est
tout le culte islamique. Cette religion n'a rien qui corresponde à la
messe chrétienne; elle connaît le sacrifice, mais en un sens grossier,
comme nous le verrons à l'article du pèlerinage, et qui n'a point de
rapport avec l'idée de la messe.
Ces cinq prières de l'islam ont un air monastique; elles rappellent
les heures canoniques du christianisme. Il n'est pas nécessaire, en
effet, d'avoir recours aux légendes, pour se rendre compte que ce
précepte dérive d'influences monastiques chrétiennes. L'islam a eu
conscience de cet emprunt, comme on le voit par des légendes et par
quelques faits à peu près historiques.
Si ce précepte était bien observé, l'ensemble du monde musulman
ressemblerait à un grand couvent. Or cette similitude existe bien un
peu. La vie monastique est originairement orientale; et la vie
orientale, où la méditation, la religion, le rêve ont tant de place,
est assez proche de la vie monastique. Chez nous domine l'action, qui
parfois dégénère en agitation; l'Orient est plutôt le pays du calme,
de la sérénité, de la résignation; on serait tenté de dire, en prenant
ces termes en mauvaise part, qu'il est celui de la paresse. Mais ce
jugement serait injuste. Mieux vaut reconnaître que, les Orientaux et
nous, nous avons des conceptions différentes de la vie.
Les cinq prières islamiques, appelées en arabe ou en turc _salât_ ou
_namâz_, sont: celle de l'aube, qui se dit depuis le point du jour
jusqu'au lever du soleil; celle du midi; celle de l'après-midi, que
l'on récite vers quatre heures; celle du soir, vers le coucher du
soleil; et celle de la nuit, que l'on peut dire depuis l'instant de la
complète obscurité jusqu'à l'aurore. La prière du midi des vendredi se
fait dans les mosquées cathédrales, avec une solennité particulière.
Voilà en quoi consiste tout le culte de l'islam, hormis le pèlerinage.
* * * * *
Les prières sont annoncées par les _muezzin_ du haut des minarets. Ce
rite a une incontestable poésie. Le chantre fait lentement le tour du
minaret, dans la galerie extérieure située vers son sommet; les mains
ouvertes de chaque côté de la figure, un doigt bouchant l'oreille, il
chante les paroles de l'_Ezân_[8] et les envoie à tous les points de
l'horizon; son chant haut, nasillard et modulé lentement, porte très
loin; d'une mosquée à l'autre les muezzins semblent se répondre; leurs
voix mêlées produisent comme un bourdonnement qui passe sur les
villes, ou s'étend dans les campagnes.
[8] C'est-à-dire l'appel.
Les minarets eux-mêmes sont un très joli motif architectural; ces
sveltes phares blancs, surmontés d'ordinaire d'un cône de plomb et
d'un croissant d'or, se marient et s'opposent aux flèches sombres des
cyprès. Les artistes musulmans, qui sont des décorateurs très fins,
donnent tous leurs soins au profil des minarets et aux galeries
sculptées qui les couronnent; on cite comme des chefs-d'œuvre en ce
genre les minarets de Koniah et celui de la mosquée des Toulonides au
Caire. Le nombre de ces sortes de flèches varie selon l'importance des
édifices. Les mosquées de villages et les petites mosquées de quartier
dans les villes n'en ont qu'une; les mosquées importantes en ont deux
ou quatre. Par exception l'Ahmédieh de Constantinople en a six.
Voici les paroles de l'appel à la prière:
«Dieu est le plus grand! (4 fois). J'atteste qu'il n'y a de Dieu
qu'Allah (2 fois). J'atteste que Mahomet est le prophète d'Allah (2
fois). Venez à la prière (2 fois); venez au salut (2 fois). Et Dieu
est le plus grand! Il n'y a de Dieu qu'Allah!»
* * * * *
La prière musulmane est précédée d'ablutions. Elle doit en effet être
faite en état de pureté. L'idée de pureté et d'impureté légale est ici
ce qu'elle est dans le judaïsme: une idée très physique. Les docteurs
expliquent bien que cette pureté physique doit être accompagnée de
celle du cœur; néanmoins étant donnée la façon dont la loi insiste
sur le précepte de la purification et en précise les détails, il est
impossible de considérer cette pratique comme un simple symbole. Nous
voyons dans le christianisme que l'idée de pureté s'est faite toute
morale: quelques rites à peine subsistent pour l'exprimer: l'usage de
l'eau bénite; les ablutions dans les cérémonies de la messe.
Le judaïsme n'est pas d'ailleurs la seule religion de laquelle on
peut, sous ce rapport, rapprocher l'islamisme. La secte sabéenne dite
secte des Mandéens ou des Chrétiens de Saint-Jean, donne aux ablutions
une importance primordiale; l'on sait quelle est aussi chez certains
ascètes hindous la fréquence de cette pratique, quelle vertu
sacramentelle ont dans l'hindouïsme la visite des fleuves ou
l'immersion dans les lacs sacrés.
Ce rite un peu primitif des ablutions est encore, dans les pays
musulmans, un élément de poésie, un prétexte à décoration. Dans aucune
autre région les fontaines ne sont plus charmantes. L'islam les
multiplie, les orne de colonnettes, de rinceaux et de paroles
sculptées; leurs fenêtres par où quelquefois est distribuée l'eau,
sont grillées et dorées; les toits plombés se courbent avec grâce et
se prolongent en auvents. Les cours de mosquée ont leurs bassins,
parfois ombragés de vieux platanes, découpés dans les dalles de
marbre, et recouverts de toits légers que supportent de minces
colonnes. Autour de ces bassins les fidèles passent le temps à prendre
le café ou à égrener leurs chapelets; des étudiants ou de pieux
derviches vont gravement à leurs cours ou à leurs dévotions;
quelques-uns font les lavages rituels; le long des murs de la cour,
des scribes ou des marchands se livrent à leur menu commerce; et, à
l'heure fixée par la loi, le muezzin fait d'en haut résonner, dans
cette existence monotone et un peu rêveuse, l'appel périodique de
Dieu.
Il y a, dans l'islam, deux espèces d'ablution appelées _ghosl_ et
_wodhou_. La première est la plus complète. C'est celle que le
prophète instituait par ces mots: «O vous qui croyez! quand vous vous
disposez à la prière, lavez vos visages et vos mains jusqu'aux coudes,
et lavez-vous la tête, et les pieds jusqu'aux chevilles.» (C. V, 8.)
Le rite, réglé par les théologiens, se décompose ainsi: On se lave le
visage du front jusqu'à la gorge, en faisant arriver l'eau jusque
derrière les oreilles; on trempe la main dans l'eau, et on la porte
sur la tête, puis à la barbe; on se lave alors les mains et les bras
jusqu'au coude, enfin les pieds jusqu'à la cheville.
Lorsque l'eau manque, par exemple dans le désert, le fidèle peut se
servir de sable: «Si vous ne trouvez pas d'eau, dit Mahomet,
frottez-vous le visage et les mains avec du sable fin et pur.» (C. IV,
46, V, 9.)
La pureté doit s'étendre aux habits et aux tapis. Il ne faut pas qu'il
y ait de souillures sur les habits que l'on porte en priant, ni sur
les tapis où l'on se prosterne. De là, l'usage bien connu d'ôter ses
souliers lorsqu'on entre à la mosquée, ou au contraire de mettre des
babouches. Cet usage a un caractère religieux depuis une haute
antiquité. Dans la Bible, Dieu dit à Moïse lorsqu'il lui apparaît dans
le buisson ardent: «N'approche pas; ôte tes souliers.» Le Coran
reproduit ce passage (XX, 12). Les Orientaux ôtent aussi leurs
souliers par politesse; cette pratique a pour but d'entretenir la
propreté des tapis qui sont le principal ornement des demeures
orientales, et sur lesquels, jadis, on s'asseyait. Aujourd'hui, dans
la partie de la société musulmane où pénètrent les mœurs modernes, on
n'ôte plus ses souliers; on met en sortant, des soques qui protègent
les bottines, et ce sont ces soques que l'on ôte lorsqu'on fait des
visites.
[Illustration: I.--Brousse: Mosquée dans la campagne.]
Pour être plus sûrs de la pureté des tapis servant à la prière, les
Mahométans ont des tapis spéciaux, de petite dimension, que l'on
appelle _sedjâdeh_, c'est-à-dire, «pour la prosternation». On les
étend, quand on prie, dans les appartements et même dehors. Nous
connaissons bien ces petits tapis, que nous trouvons aisément dans nos
grands magasins; mais nous n'en faisons pas toujours le pieux usage
auxquels ils étaient destinés. Ils portent ordinairement quelques
symboles brodés: une lampe et un texte du Coran.
* * * * *
Le Musulman, pour prier, doit se tourner vers La Mecque. La ville
sainte est sa _kiblah_, c'est-à-dire sa direction. Cette idée qu'une
certaine direction doit être choisie pour la prière est ancienne en
Orient. Elle a du rapport avec le culte des lieux saints, et plus
encore avec le culte solaire; il était naturel pour les peuples
primitifs qui adoraient le soleil, de se tourner vers le levant. On
sait que la pratique, sinon le précepte de l'orientation, existe aussi
dans le christianisme; la plupart de nos églises remontant au moyen
âge ont le chœur tourné dans la direction de Jérusalem.
Le précepte de la _kiblah_ est important aux yeux des Musulmans;
Mahomet y a insisté: «Nous t'avons vu, dit Allah, tourner ton visage
de tous les côtés du ciel; nous voulons que tu te tournes dorénavant
vers une région dans laquelle tu te complairas. Tourne-le donc vers la
plage de l'oratoire sacré[9]. En quelque lieu que vous soyez,
tournez-vous vers cette plage[10].» (C. II, 139.)
[9] Le sanctuaire de La Mecque.
[10] V. les versets 138-145.
La recherche de la direction de la Mecque est un petit problème
cosmographique qui a été conciencieusement étudié par les savants de
l'islam et par ses docteurs.
Dans les mosquées, le _mihrâb_ qui est le panneau devant lequel se
place l'imam présidant à la prière, marque la direction de La Mecque.
Ce mihrab est décoré de quelques symboles qui sont les mêmes que ceux
qu'on place sur les tapis de prière. On y écrit la parole du Coran:
«Toutes les fois que Zacharie allait visiter Marie dans son _mihrâb_»
(C. III, 32)[11]; on y met aussi un petit plan de la Mecque.
[11] V. ci-après, chapitre IV.
Dans les mosquées qui sont d'anciennes églises chrétiennes
désaffectées, le fond de l'abside ne se trouve pas dirigé vers la
ville sainte de l'islam; le _mihrâb_ est alors placé en dehors de
l'axe de l'édifice, et tous les tapis de la mosquée, ainsi que les
rangs des Musulmans qui prient, se trouvent disposés obliquement par
rapport aux grandes lignes de l'église; il résulte de là un effet
assez bizarre, ainsi qu'on peut le constater quand on visite
Sainte-Sophie; mais cette dissymétrie rappelle aux Musulmans que le
monument où ils prient est une dépouille du christianisme.
* * * * *
Quant à la prière elle-même, elle est assez courte dans la loi de
l'islam. Elle se compose d'invocations brèves, de quelques versets du
Coran, de génuflexions ou _rikah_. Les attitudes du corps y sont
exactement déterminées.
Les Musulmans peuvent prier seuls ou par groupes, au lieu où ils se
trouvent, pourvu qu'il soit décent, ou dans la mosquée. Lorsqu'ils
prient en groupes, ils se rangent; devant eux se tient un président,
_imam_. Ce n'est pas précisément un prêtre, car il n'y en a pas dans
l'islam; c'est quelque personnage recommandable ou le chef de la
mosquée.
Le vendredi, la prière se fait sous la présidence du sultan, chef ou
_imam_ de tout l'islam, ou de son délégué, _nâib_. La prière du
vendredi à midi est solennelle dans les cités; elle se fait dans les
mosquées _djâmi_ (cathédrales); elle est obligatoire en tant que
prière publique. Les personnes qui ont visité Constantinople ont pour
la plupart assisté à la cérémonie du _Sélamlik_, qui consiste en ce
que le sultan se rend le vendredi à une mosquée voisine de son palais,
au milieu d'un grand déploiement de troupe. A cette prière solennelle,
on fait le prône, la _khotbah_; elle a une importance politique très
grande, car, dans la seconde partie de la khotbah, on prie pour le
chef politique reconnu. Une révolution est faite ou consacrée par le
changement du nom cité dans la _khotbah_. La première partie de ce
prône est toute théologique; on y parle de Dieu, de son unité, de ses
qualités, du prophète et de ses premiers successeurs. Le docteur
chargé de ce discours monte dans le _minbar_, la chaire, qui est en
forme d'escalier, et qui est à peu près le seul meuble de la mosquée.
Pendant le temps de cette prière solennelle du vendredi, les Musulmans
doivent chômer.
Voici quelles sont les attitudes et les paroles de la prière
mahométane. Le fidèle se tient d'abord debout, les mains élevées de
chaque côté de la figure, les doigts entr'ouverts, le pouce placé sur
le lobe inférieur de l'oreille; dans cette situation, il récite le
_tekbîr_, c'est-à-dire l'invocation qui exalte la «grandeur» du
Très-Haut: «Dieu est le plus grand; Dieu est le plus grand. Il n'y a
de Dieu qu'Allah. Dieu est le plus grand; Dieu est le plus grand; et
gloire à Dieu!»
Le Musulman laisse retomber ses mains devant lui; il place la main
droite sur la gauche, et il récite quelques versets du Coran, parmi
lesquels la _fâtihah_. La _fâtihah_ ou «l'ouvrante» est la «sourate»
(le chapitre) par laquelle s'ouvre le Coran; elle est aussi populaire
chez les Musulmans que le _pater_ chez les Chrétiens. Le texte en est
fort court:
«Gloire à Dieu, seigneur des mondes! le clément, le miséricordieux;
maître du jour du jugement. C'est toi que nous servons, et c'est à toi
que nous demandons secours. Conduis-nous dans le sentier droit, le
sentier de ceux à qui tu es favorable, contre qui tu n'es pas irrité
et qui ne s'égarent pas.»
Après cette récitation, le fidèle fait une inclinaison profonde, en
plaçant les mains sur les genoux, les doigts ouverts; il se redresse
lentement, tout en récitant des invocations brèves. Puis il fait une
prosternation complète; à ce moment, le nez et le front doivent
toucher la terre. Dans cette position, il récite de nouveau le tekbîr.
On se redresse alors du haut du corps; et l'on reste assis sur les
talons, les mains allongées sur les cuisses. Cette position, assez
seyante avec les anciens costumes orientaux, a été représentée dans un
beau tableau de Gérôme. On y reste peu de temps, et l'on fait une
seconde prosternation, après laquelle on se relève en s'aidant des
mains placées sur les genoux. L'ensemble de ces mouvements constitue
ce qu'on appelle un _rikah_. Toute la prière se compose de plusieurs
_rikah_; le nombre en varie selon les heures canoniques.
A la fin de l'oraison, le Musulman, assis sur ses talons, récite les
deux paroles de la profession de foi: «Il n'y a de Dieu qu'Allah;
Mahomet est son prophète»; et il termine, d'après une très gracieuse
idée qui est compatible avec la tradition chrétienne, en adressant un
salut à droite et à gauche aux deux anges gardiens qu'il suppose
placés à ses côtés.
Voilà la prière essentielle et normale du Mahométan. Il y a, dans le
rituel de l'islam, d'autres formes de prières qui conviennent à des
cas spéciaux. Nous dirons quelques mots dans la suite de celles que
l'on récite dans les fêtes et au pèlerinage, de celles aussi qui ont
rapport à la mort et aux funérailles. Quelques prières sont
particulières aux femmes. Chez les religieux, chaque confrérie a des
invocations qui lui sont propres. Il y a aussi des oraisons pour les
cas de disette d'eau et pour les éclipses.
La plus intéressante de ces prières spéciales, est celle que récitent
les soldats au moment du combat. Elle est réglée par le Coran; on
l'appelle en arabe _salât-el-khauf_, ce que l'on traduit assez mal par
«prière de la crainte»; il vaut mieux entendre «prière du danger»; car
elle est récitée par des hommes qui sont déjà braves, et qu'elle est
destinée à rendre plus courageux encore.
Le passage dans lequel Mahomet commande et règle la prière à la guerre
est assez beau (Coran, IV, 102-104): «Lorsque tu seras au milieu de
tes troupes et que tu feras accomplir la prière, qu'une partie des
hommes prenne les armes et prie; quand ceux-ci auront fait les
génuflexions, qu'ils se retirent, et que d'autres qui n'auront pas
encore prié, leur succèdent. Qu'ils prennent leurs sûretés et soient
sous les armes... La prière terminée, pensez toujours à Dieu, debout,
assis ou couchés. Aussitôt que vous vous voyez en sûreté, accomplissez
la prière.»
Cette noble pratique de l'oraison sur le champ de bataille, qui honore
l'islam et rappelle la communion des chevaliers dans nos chansons de
gestes, a été retracée par beaucoup d'artistes et d'historiens.
L'histoire fournit quelques exemples remarquables de chefs d'armée
musulmans, qui, près d'engager le combat, ne se sont pas contentés des
oraisons rituelles, mais ont eux-mêmes appelé le secours du Dieu des
armées par des invocations spontanées et éloquentes. Ainsi fit Amurat,
lorsqu'il rencontra dans la plaine de Kossovo, les forces de Lazare,
Kral ou roi de Servie, qui menaçaient l'empire des Turcs (1389).
«Grand Dieu, dit-il,--selon ce que rapportent les historiens,--auteur
et conservateur de l'univers, l'appui des humbles et le soutien des
faibles, assistez-nous dans cette importante rencontre. Ne permettez
pas l'opprobre de mon nom, l'avilissement de votre serviteur. Ne
souffrez pas que les drapeaux musulmans tombent au pouvoir des
infidèles: que votre sainte grâce soit notre guide et notre bouclier:
protégez-nous, défendez-nous, assistez-nous. Grand Dieu! je vous en
conjure par tout ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré, par la
splendeur de votre prophète, par la gloire de l'islamisme... Soyez le
défenseur du peuple musulman; arrêtez le bras de nos ennemis; émoussez
leurs armes; terrassez leurs généraux et leurs soldats: oubliez nos
péchés, nos crimes, nos iniquités pour ne faire attention qu'à nos
larmes et à nos gémissements. Ne permettez pas, ô Dieu des armées, la
défaite des Musulmans, la ruine des combattants de votre sainte
religion... Ne souffrez pas que les Etats musulmans soient foulés aux
pieds des infidèles... Si une victime vous est nécessaire, frappez ma
personne, tranchez le fil de mes jours, et que mon sang soit un
sacrifice agréable pour le salut du peuple musulman[12]...»
[12] V. D'OHSSON, II, 259.
Amurat, vainqueur dans la bataille, fut assassiné par le héros serbe
Miloch. Une telle prière est fort belle; elle est profondément
religieuse. Elle prouve combien est forte l'empreinte laissée sur
l'esprit de l'islam par les religions plus anciennes et surtout par le
christianisme. En rétablissant dans cette oraison le mot «chrétien» au
lieu du mot «musulman», elle paraîtrait convenable et même belle dans
la bouche de n'importe quel héros défenseur de la Croix.