Et parce que les Novices dans la Méditation, du moins celles

Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed

Proofreading Team at http://www.pgdp.net

AVIS

POUR

LES RELIGIEUSES

DE L'ORDRE

DE L'ANNONCIADE

CELESTE,

_Fondé à Genes l'année de notre salut 1604._

R'imprimés en ladite Ville, & accommodés à la pratique de l'observance

des Constitutions; pour l'instruction des exercices spirituels, à

l'usage des Monastere du même Ordre.

_L'année M. DC. XXIV._

A BESANÇON,

Chez J. L. BOUDRET, Imprimeur-Libraire, proche les Jesuites.

M. DCC. XLV.

AVIS

POUR LE REGARD

DE LA CONVERSATION

ENTRE LES SOEURS.

Sur la maniere de maintenir la paix entre Elles.

Chapitre I.

Considerant ces paroles du Prophête: _Ecce quam bonum, & quam jucundum

habitare fratres in unum_. C'est-à-dire que c'est une chose très-bonne &

très-agreable que les freres demeurent ensemble en bonne intelligence.

1. Que chacune voye combien il est important de n'avoir qu'un même

esprit, & une même volonté avec ses Soeurs, par le moyen d'une parfaite,

generale & commune charité fondée en Dieu, évitant toujours cet écuëil

si dangereux des étroites & particulieres amitiés, si fort condamnées

par les Saints, & défenduës par nos Constitutions.

2. Pour maintenir cette charité, il sera bon de reconnoitre que Dieu est

present dans chacune des Soeurs, & de se regarder l'une l'autre, comme

autant de très-cheres épouses de Jesus-Christ.

3. Chaque Soeur dans cet esprit de charité doit être prompte à

s'incommoder volontiers; quitter son repos, & encore ses exercices

spirituels pour aider sa Soeur dans son besoin, selon l'ordre de la

sainte obéissance. Considerant qu'elle sert en elle Notre-Seigneur

Jesus-Christ, lequel a dit, _Quod uni ex minimis meis fecistis, mihi

fecistis_, c'est-à-dire, ce que vous avez fait au moindre des miens, je

le tiendrai fait à moi-même.

4. Par la même charité qu'elles suportent encore avec patience les

défauts l'une de l'autre suivant ce que dit St Paul, _Suportantes

invicem in charitate_, c'est-à-dire Suportons-nous mutuellement en

charité, à l'exemple de Notre-Seigneur Jesus-Christ, lequel avec un

très-grand amour a suporté nos défauts.

5. Et sentant quelque aversion, ou peu d'inclination pour traiter avec

quelque Soeur, qu'elle ne manque point de converser avec elle, & de lui

montrer de l'affection pour se vaincre, & la gagner; à quoi servira de

considerer combien Notre-Seigneur a fait, & souffert pour elles, & qu'il

ne fait point de cas de l'amour que nous lui portons si conjointement,

nous n'aimons encore nos Soeurs.

6. Et au contraire sentant de l'inclination plus pour l'une que pour

l'autre, que tout aussi-tôt elle se défie d'elle-même, & qu'elle s'en

retire peu à peu, se contentant de traiter avec elle, comme avec les

autres en public, & non pas en lieu secret, & de choses communes.

7. Parce que la mauvaise opinion que l'on a des personnes est suffisante

pour attiedir la charité que chacune évite de juger temerairement de sa

Soeur, conformément à ce que dit Notre-Seigneur, _Nolite judicare & non

judicabimini_, c'est-à-dire. Ne jugez pas, & vous ne serez pas jugées.

Mais qu'elle tâche d'interpréter toujours en bonne part ce que disent &

ce que font les autres, ou bien qu'elle les excuse avec une bonne

intention, ou si elle ne les peut excuser qu'elle diminuë la coulpe, &

se tournant vers ses propres défauts, qu'elle se regarde comme la plus

mauvaise de toutes, & qu'elle prie pour cette Soeur.

8. Soupçonnant que quelque Soeur dit ou fait quelque chose contre elle,

ou qu'elle ne l'aime pas, ou bien qu'elle l'observe, & la note, ou

autres choses semblables, qu'elle rejette incontinent ce soupçon comme

un venin diabolique qui tâche d'éteindre la charité, & qu'elle pense

toute sorte de bien de cette Soeur. Et quand même il seroit vrai,

qu'elle se persuade en mériter bien d'avantage, & considere que

Notre-Seigneur a souffert beaucoup plus pour l'amour de nous, qu'elle

doit passer par un bien plus étroit Jugement devant le Tribunal de Dieu.

Et que Notre-Seigneur permet cela pour l'éprouver, & pour la faire

mériter, & afin qu'elle vive avec un plus grand soin, & une plus grande

vigilance devant les yeux de Dieu, & devant ceux de ses épouses,

s'efforçant d'aimer d'autant plus cette Soeur, & de lui témoigner par

effet plus d'amour en toutes les occasions qu'elle aura de converser

avec elle.

9. Pour la conservation de cette paix, & de cette charité, nous

proposerons tous les matins de ne dire jamais à aucune Soeur de paroles

dures, dédaigneuses ou injurieuses, pensant que Notre-Seigneur tient

telles paroles comme dites à lui-même, & que nous ne sommes pas venuës

dans la Religion pour contrister nos Soeurs; mais pour nous humilier, &

pour y être à la gloire de Dieu sous les pieds de toutes, conformément à

ce que dit le Prophete, _elegi abjectus esse in domo Domini_,

c'est-à-dire, j'ai choisi d'être vile & méprisable dans la maison de

Dieu. 10. Comme toutes les Religieuses doivent désirer de souffrir

toutes sortes de martyres pour l'amour de leur Epoux, quand ainsi il lui

plairoit, de même elles doivent souvent proposer de souffrir avec

patience, & pour son amour toutes sortes de paroles rudes, dédaigneuses,

injurieuses & tous mauvais traitemens de qui que ce soit, sans faire

paroitre le moindre signe de ressentiment, offrant le tout à

Notre-Seigneur, & le remerciant de telles occasions qu'il leur a

données, pour lui montrer en l'imitant l'amour qu'elles lui portent:

priant pour telle Soeur comme pour leur grande bienfactrice. 11. S'il

arrivoit par occasion qu'une Soeur en contristât une autre, soit de

paroles ou autrement, qu'elle lui demande incontinent pardon, ou au

moins qu'elle ne s'en aille reposer sans se reconcilier avec elle; lui

baisant les pieds, & lui donnant la satisfaction convenable. Et

quelquefois il seroit bon d'en demander une pénitence publique à la Mere

Prieure. Et la Soeur offensée aussitôt sans contester lui pardonnera. Et

quand elles se seront offensées l'une l'autre, elle se pardonneront

réciproquement. Et que pas une de celles qui auront eu quelque paroles

ou disputes avec une autre Soeur, n'ait la hardiesse de communier, sans

s'être premierement reconciliée avec elle, & en ceci la conscience de la

Mere Prieure en sera chargée.

12. Que chacune soit bien contente, que ses défauts soient raportés à la

Mere Prieure, & de faire la pénitence qui lui sera imposée, encore

qu'elle ne soit point coupable, & qu'il lui semble ne la pas mériter; à

quoi cependant la Superieure fera grande attention pour ne se point

charger elle-même.

13. Lorsque quelqu'une sera accusée de quelque chose qui ne seroit pas

véritable, elle pourra dire simplement ce qui en est, sans vouloir

sçavoir qui est celle qui l'a accusée; & sans soupçonner ni c'est

celle-ci, ni c'est celle-là, se comportant comme il a été dit ci-dessus;

& si elle veut faire un grand profit dans l'humilité, qu'elle évite

diligemment de s'excuser, si ce n'est en cas de nécessité.

Que chacune regarde les vertus de ses Soeurs, pour les imiter, comme

faisoit S. Antoine, & non pas les défauts pour en murmurer.

14. Lorsque quelqu'une verra ou entendra quelque défaut d'une Soeur,

qu'elle ne l'alle point dire à une autre, excepté, si la chose étoit

telle qu'il fallût en avertir la Mere Prieure. Et entendant quelque

murmure, qu'elle se bouche les oreilles avec des épines, c'est-à-dire

qu'elle témoigne ne les entendre pas volontiers, faisant selon le besoin

la correction avec charité, & modestie.

15. Que toutes prennent garde de ne point semer de discorde entre les

Soeurs, principalement en raportant à quelqu'une le mal qu'une autre

aura dit d'elle; & la Mere Prieure s'apercevant de ce défaut qu'elle ne

le laisse pas passer sans correction.

16. Que pas une ne commande à une autre, ni ne se mêle des offices des

autres sans permission; & lorsqu'elle l'aura, & qu'elle s'y emploira,

que ce soit avec charité, & tant de dexterité, que l'autre n'ait pas de

sujet raisonnable de s'en plaindre.

17. Qu'aucune ne reprenne une autre sans ordre, quoique chacune doive

être prompte à avertir sa Soeur avec charité, lorsqu'elle apercevra en

elle quelque chose scandaleuse; & même en avertir la Mere Prieure.

Que pas une ne parle de sa noblesse, ni de ce qu'elle a laissé au monde,

n'estimant d'autre noblesse, que celles d'Epouses de Jesus-Christ,

lequel exalte d'avantage celles qui sont les plus humbles; & qu'elles

soient affables avec toutes.

_Ces avis qui tendent à la conversation pacifique, seront lûs tous les

mois au Refectoire ou au Chapitre._

AVIS

POUR CE QUI CONCERNE

LE CHOEUR

ET L'OFFICE DIVIN.

De la maniere de s'assembler.

Chapitre II.

L'Office Divin étant dicté par le S. Esprit, composé & redigé par la

sainte Eglise, pour la plus grande partie avec les paroles de Dieu même,

ou prononcé par la bouche des personnes saintes, dans lequel nous

traitons immediatement avec Dieu, le loüant, le remerciant, & lui

demandant graces au nom de tout le Christianisme; & auquel nous sommes

obligées sous peine de grief peché.

Il est convenable que nous embrassions cet oeuvre avec un grand soin, de

la vigilance, de la dévotion & de l'amour, & que nous faisions en sorte

de nous en acquitter parfaitement: c'est pourquoi chaque Soeur du Choeur

entendant le second signal de l'Office, laissant toute autre affaire se

rendra au Choeur, & se préparera à loüer Dieu, se representant être

comme une personne publique, & comme une envoyée destinée par la sainte

Eglise, auprès de la divine Majesté pour y faire trois Offices au nom de

tous, & de chaque Particulier, sçavoir, pour loüer cette sublime

grandeur de toutes ses divines perfections, pour la remercier des

bienfaits dont elle comble tout le monde; & pour obtenir à chacun les

graces qui lui sont nécessaires.

Pas une ne manquera de se trouver à l'Office, & à chacune de ces

parties, sans expresse permission de la Mere Prieure.

En entrant au Choeur, & après avoir pris de l'eau benite, elles se

mettront à genoux devant le Très-Saint Sacrement, disant: _Adoramus te

Christe, & benedicimus tibi, quia per sanctam Crucem, & Passionem tuam

redemisti mundum_. Avec un _Pater_, & un _Ave Maria_.

Puis se levant elles feront une profonde reverence au Très-Saint

Sacrement, & s'en iront à leurs places, ayant premierement fait une

inclination à la Mere Prieure. Et auparavant que l'on commence Matines

une Soeur destinée par la Mere, dira à voix haute (afin qu'elle soit

entenduë de toutes) l'oraison qui sera mise ci après, par laquelle on

offre à Dieu toutes les actions du jour. Et pas une ne sortira du Choeur

pour quelque necessité que ce soit, auparavant que la Mere ait donné le

signal de la fin, si premierement elle ne demande permission & sa

benediction, faisant de même à son retour.

Lorsque quelqu'une arrivera après que l'Office sera commencé, elle se

mettra à genoux au milieu du Choeur, & y demeurera jusques à ce que la

Mere Prieure lui ait fait le signal; & après avoir pris la benediction,

elle s'en ira à la derniere place.

Des Ceremonies & de la façon exterieure de réciter l'Office.

Chapitre III.

Quant à la maniere extérieure de réciter l'Office, il se dira,

conformement à nos Constitutions, avec un ton clair, expeditif & devot;

laissant finir le verset d'un Choeur, avant que l'autre commence; sans

affectation, ni trop grande hâte; prenant garde de ne point manquer aux

paroles.

Elles se leveront toujours au _Gloria Patri_: & se baisseront jusques au

_Sicut erat_.

Elles seront un peu inclinées à tous les _Pater noster_ que l'on dira

avant que de commencer l'Office, & à ceux que l'on dit après l'Office;

au _Pater_, au _Credo_, & au _Confiteor_ des Prieres de _Prime_ & de

_Complie_. De plus à toutes les oraisons; mais si on disoit plusieurs

oraisons comme à _Prime_ que l'on en dit deux, à Vêpres, & à Matines

quand on fait les commemoraisons, elles s'inclineront seulement à la

premiere, & aux autres elles demeureront tournées vers l'Autel.

Pour ce qui est de se mettre à genoux on observera les rubriques du

Breviaire.

Toutes les fois que l'on ira au milieu du Choeur pour dire les versets,

les chapitres, les oraisons & les leçons, on fera la reverence à l'Autel

en se baissant, de même lors qu'on s'en retournera.

Quand l'Office sera double ou semi-double, l'hebdomadresse le commencera

au milieu du Choeur, & là elle dira les chapitres & les Oraisons, comme

aussi les Chantres diront au même endroit l'invitatoire, les répons, &

les versets. Mais lorsque l'on fera de la ferie, l'Hebdomadrice & les

Chantres diront tout à leur place particuliere.

Les leçons se diront toujours au milieu du Choeur: Et toutes les fois

que l'on demandera la benediction, disant ces paroles _Jube domne

benedicere_, on demeurera baissée jusqu'à ce que la benediction soit

donnée.

Durant le cours de l'Office chacune demeurera avec la bienséance

exterieure, qui est convenable pour ne point donner de scandale, ni

d'occasions aux distractions, évitant d'interrompre une action si noble,

avec des gestes ou paroles importunes.

On portera les manteaux au Choeur, durant que l'on dit l'Office tout

l'Avent de Notre-Seigneur; & depuis la Septuagesime jusqu'à Pâques; les

Fêtes solemnelles; & dans le tems que l'on donnera l'habit ou le voile à

quelque Religieuse. Comme aussi à l'entrée des Filles; ou quand on ira

accompagner le Très-Saint Sacrement lorsque l'on le portera aux malades;

toutes les fois que l'on communiera; & encore aux élections des Offices

principaux. Et de même lorsqu'on sera obligée d'aller aux grilles pour y

passer quelque acte public.

De la maniere intérieure de réciter l'Office.

Chapitre IV.

Quant à la maniere intérieure qui consiste dans l'attention & la

dévotion.

Il faut remarquer que comme dit très-bien S. Thomas, _22. q. 85. a. 13._

Il y a trois sortes d'attentions, sçavoir aux paroles, à leur sens, à la

fin de l'Oraison qui est Dieu, & aux choses que l'on demande.

Quant à l'attention aux paroles, comme il est necessaire que chacune y

soit si attentive, qu'elle n'y fasse point de fautes, de même il est bon

de les dire conjointement de la bouche & du coeur.

Quant à la seconde attention qui consiste à être attentive au sens des

paroles; quoique toutes ne puissent pas avoir cette intelligence,

cependant selon que chacune sera capable d'entendre le sens; elle fera

ce qui lui sera possible, pour exciter en elle les affections

d'adorations, de loüanges, d'action de graces, de douleur de ses pechés,

de crainte, d'amour, de confiance & les autres, que les paroles des

Pseaumes nous presentent.

Celle qui n'aura pas cette capacité puisque la force de l'oraison ne

consiste pas à entendre le sens des paroles, mais dans la bonté de Dieu,

& dans l'institution de la sainte Eglise: elle pourra s'imaginer qu'elle

est semblable à une personne simple & grossiere, qui presente à un

Prince une Requête bien composée, récitant son Office posément,

simplement & humblement, avec l'intention de demander à Dieu les choses

qui nous sont signifiées dans cet office par les paroles de Dieu même &

de la sainte Eglise; & ainsi par ce moyen facile elle sera attentive à

Dieu & à la priere, à quoi sera trés-utile l'oraison que nous dirons

avant Matines.

Pour une plus grande intelligence de l'attention à la fin de l'oraison,

qui consiste en deux parties, sçavoir à être attentive à Dieu, & aux

choses que l'on demande, il est à propos de remarquer ce que dit le

Cardinal Caietan sur St Thomas.

Premierement, que quant à ce qui est de l'élevation de l'esprit en Dieu,

lorsqu'une personne durant tout le cours de l'Office occuperoit son

esprit à la contemplation de Dieu & de ces perfections comme la

puissance, la sagesse, la bonté, & exciteroit ces affections sur ces

sujets, elle y satisferoit trés-bien.

2. Comm'elle le feroit aussi si en récitant l'Office elle étoit

attentive à la Passion de Notre-Seigneur, & à produire ses affections

envers cette Passion, parce que elle s'attacheroit à un meilleur moyen

pour s'élever à la Divinité, que n'est celui d'être attentive au sens

des paroles.

A ce qui est dit ci-dessus, j'ajoute la pratique de quelques-uns qui me

semble bonne, qui est de dire les Pseaumes en considerant tantôt une

effusion de sang, tantôt une autre, ou bien une playe, & puis une autre,

avec intention que par les merites de cette playe, ou de cette effusion

de sang, Notre-Seigneur nous accorde les graces que nous lui demandons

par ce Psalme, & celles qui ont été demandées dans l'oraison pour

preparation à l'Office.

3. Quant à cette demande; le même Docteur dit, que c'est encore une

bonne attention de demeurer attentive aux objets de nos demandes,

sçavoir à la gloire du Paradis, & aux moyens, qui nous y conduisent,

comme à la grace, & aux vertus, ou bien à quelqu'une en particulier; de

même aussi, aux choses necessaires pour le regard de la vie, soit pour

nous, soit pour autrui, quoique les choses temporelles qui sont

nécessaires pour la conservation de la vie, ne se doivent pas demander,

si ce n'est autant qu'elles concourent à nous faire mériter la grace, &

la gloire à quoi principalement doivent tendre nos Oraisons.

Chacune se servira de ces attentions, conformément à la grace que

Notre-Seigneur lui donnera pour cela.

Et parce que le démon ne manque pas de suggerer des distractions, ce

sera encore un bon moyen pour les éloigner, & pour demeurer attentive;

de penser que tandis que l'on prie, Dieu est present, & pour dire ainsi,

nous prête l'oreille avec une grande attention, & que Notre-Seigneur

Jesus-Christ, avec sa trés-sainte Mere & les Saints sont attentifs, & se

joignent à nous pour chanter les loüanges divines.

De ce que l'on doit faire à la fin de l'Office.

Chapitre V.

Cette partie de l'Office que l'on devoit réciter étant finie. Il faut

premierement remercier Notre-Seigneur de ce qu'il nous a fait la grace

de la réciter. Secondement, lui demander pardon des fautes que nous y

avons commises. Troisiemement nous offrir à lui de tout notre coeur, &

tout ce qui dépend de nous, en union de ce même office.

Quand les Soeurs sortiront du Choeur, elles iront deux à deux faire la

reverence au Très-Saint Sacrement.

ORAISON

_Pour dire devant Matines, par laquelle on aplique les intentions pour

l'Office & les autres Oraisons du jour._

Dieu Eternel & Tout-Puissant, Trinité Bienheureuse, nous qui ne sommes

que poussieres & cendres; quoiqu'indignes de votre Divine presence,

néanmoins remplies de confiance en votre Divine & infinie bonté, &

pressées du désir & de l'obligation de vous servir, nous vous offrons

cet Office & Oraison, tout ce que nous ferons & endurerons aujourd'hui,

& toute notre vie, en union des mérites & Oraisons de Notre-Seigneur

Jesus-Christ, de sa très-Ste Mere, de tous les Saints; à la loüange, à

l'honneur & à la gloire de votre Divine Majesté & de vos infinies

perfections, en action de graces de ce salutaire decret que vous avez

fait de toute éternité de sauver le Genre humain par le moyen de votre

Verbe incarné, & de toutes les graces accordées à la très-sainte

Humanité de Notre-Seigneur Jesus Christ; à l'honneur & à la gloire de la

Bienheureuse Vierge Marie Reine du Ciel, notre Dame & Avocate, en action

de graces des dons & privileges qu'elle a reçu de votre Divine Majesté

en particulier de ce qu'elle a été choisie pour Mere de Dieu, & des

vertus qu'elle a pratiquées en cette vie, de tout ce qu'elle a fait pour

son cher Fils pendant les trente-trois ans qu'il a demeuré en ce monde,

en action de graces des bienfaits accordés aux Bienheureux, à nous & à

notre prochain, pour l'exaltation de la sainte Eglise pour Notre Saint

Pere le Pape, pour tous les Prélats & Superieurs Ecclésiastiques, en

particulier pour notre Illustrissime Archevêque N. pour nos Peres

spirituels, pour le Roi & la Famille Royale, pour l'union des Princes

Chrêtiens, pour la conservation de cette Ville, pour nos parens,

bienfaiteurs, amis, & ceux qui se sont recommandés à nos priéres; pour

la perseverance des Justes & la conversion des pecheurs, pour les

infirmes, & ceux qui sont en danger de mort, ou qui sont en quelque

necessité, péril, travail & calamité; pour les Ames du Purgatoire, en

particulier pour celles de nos parens, bienfaiteurs & amis, pour

l'extirpation de tout schisme, héresie & infidélité, pour ceux que vous

prevoyez par la foi & les bonnes oeuvres, devoir regner avec vous, &

pour lesquels Notre-Seigneur J. C. pria au tems de sa Mort & Passion.

Nous suplions votre bonté infinie par les mérites de Notre-Seigneur J.

C. de sa Bienheureuse Mere & de tous les Anges & Saints, que comme vous

nous avez obligées à réciter un si saint Office, de même aussi vous nous

donnez l'abondance des graces pour le réciter, avec la sainteté de vie,

l'humilité, reverence, dévotion, confiance & attention que vous désirez

de nous, avec la faveur de la Reine des Cieux, notre Avocate, & de toute

la Cour Céleste. Ainsi soit-il.

L'on pourra renouveller virtuellement plusieurs fois le jour toutes ses

intentions par une seule élevation d'esprit en Dieu, principalement au

commencement de toutes les Heures Canoniales; de l'Office de Notre-Dame;

de la Méditation, des Litanies, & des autres Oraisons; particulierement

dans le tems de la Sainte Messe.

Et afin de parler encore interieurement à Notre-Seigneur; chaque Soeur

pourra dire dans son coeur. Seigneur mon Dieu, je prétends de

renouveller toutes les susd. loüanges, les remerciemens; & les demandes

que vous avez faites pour moi, & pour les autres, à toutes les paroles

que je dirai, que j'entendrai & que j'écrirai, à tous mes pas, & tous

mes soupirs, & respirations, & à tous les mouvemens interieurs &

exterieurs que je ferai tant que je vivrai.

Avis pour la Méditation.

Chapitre VI.

Comme nous devons avoir toutes un grand zéle de notre perfection, de la

gloire de Dieu & de sa très-sainte Mere, par la fuite de tous les vices:

par l'exercice des vertus; & par la parfaite observance de notre

Institut, des avis & des régles de notre Profession: & aussi d'estimer

comme une grande faveur celle d'être corrigées lorsque nous manquerons à

quelque chose, (quoique ce ne soit pas par malice) pour glorifier

d'avantage Notre-Seigneur par cette pénitence, en demandant encore

d'autres quelquefois pour la même fin, & pour nous exciter toujours à

une plus grande observance.

Ainsi il est convenable que nous embrassions avec une grande diligence

le moyen qui est le plus efficace pour nous aider à acquerir tout ce qui

est dit ci-dessus qui est la sainte Oraison, laquelle pour ce sujet est

si fort recommandée par Notre-Seigneur, qui dit en S. Luc 18. _Oportet

semper orare & nunquam deficere_, c'est-à-dire, il est necessaire de

toujours prier, & de ne jamais cesser.

Parce que l'Oraison, & principalement la mentale est comme une fournaise

ardente, qui par sa chaleur rend les hommes prompts à pratiquer toutes

sortes de bien, comme auparavant ils étoient paresseux par la froideur;

& de même que le fer embrasé perd sa roüilleure, & cede au marteau, de

maniere que l'artisan en fait ce qu'il veut, de même ceux qui par

l'exercise de la Meditation, tâchent de s'embraser dans l'amour de Dieu,

se dépoüillent par son moyen de la roüille des pechés, se revêtent de la

splendeur de toutes les vertus, laissent la dureté de leur propre

jugement, & de leur propre volonté, cedent aux autres, se laissent plier

par la sainte obéïssance, & reçoivent toutes les formes que veulent les

Supérieures.

D'où vient que comme nous sommes tenuës par l'obligation de notre

Institut, d'employer tous les jours deux heures à cet exercice si noble,

si fructueux, si méritoire, & si fort agréable à Dieu, il est nécessaire

que nous tâchions de le faire si bien que nous en tirions du fruit, &

qu'il nous maintienne dans une ferveur continuelle; afin qu'avec elle

nous avancions toujours à une plus grande perfection.

Et parce que les Novices dans la Méditation, du moins celles qui n'en

ont pas encore un grand usage ont besoin d'y être aidées

particulierement, on juge à propos que la Maîtresse des Novices fasse la

Méditation séparément avec elles, (comme il a été dit dans ses

instructions) afin que de point en point, elle leur enseigne ce qu'elles

doivent faire jusques à ce qu'elles ayent la pratique de toutes les

matieres, conformément aux régles de l'Oraison.

Et la Mere devra faire en sorte que cet ordre soit observé pour

décharger sa conscience, afin que les Novices ne demeurent pas

ignorantes par sa faute dans une chose de si grande importance, & à

laquelle elles sont obligées d'employer deux heures chaque jour.

L'ordre donc de l'Oraison sera, que toutes étant à genoux au Choeur, la

Mere Prieure (ou bien celle qui la representera) y donnera commencement

avec l'Antienne. _Veni sancte Spiritus, reple tuorum corda Fidelium, &

tui amoris in eis ignem accende._

[V] _Emitte Spiritum tuum & creabuntur._ [R]. _Et renovabis faciem

terræ_, avec l'Oraison, _Deus qui corda Fidelium &c._ Et comme la

Superieure commencera l'Antienne, ainsi elle dira encore l'Oraison. Puis

après la Soeur désignée par la Mere lira les points de la Méditation

d'une voix haute, claire & distincte.

Les points étant lûs chacune fera la préparation à l'Oraison.

Puis s'il y avoit quelque prélude à faire comme des dispositions de

lieu, ou demander quelque grace, qu'elles prétendent d'obtenir dans

cette Oraison, elles la feront brievement, & commençant la Méditation

par les points, elles discoureront sur ces points, ainsi qu'elles auront

apris aux régles de la Méditation, & comme le saint Esprit leur

suggerera, tâchant en tous les discours de s'exciter à diverses saintes

affections, & à en tirer plusieurs instructions, corrections & saints

propos, avec la demande de quelque grace pour elle, & pour le prochain,

ainsi qu'il est traité aux Régles de la Méditation, & comme il est dit

au second Chapitre de la seconde Partie des Constitutions.

L'Oraison étant finie, la Superieure, (ou une autre en sa place) la

terminera avec ces paroles: _Tu autem Domine miserere nobis_. Et elle

commencera l'antienne, _Sub tuum præsidium confugimus &c._ laquelle

étant finie elle dira le verset, _Ora pro nobis sancta Dei genitrix_.

[R] _Ut digni efficiamur promissionibus Christi_. Et conclura disant,

_Oremus. Concede nos famulas tuas quæsumus Domine Deus perpetuâ mentis &

corporis sanitate gaudere, &c._

Et parce que l'exercice de la Méditation est caché, & que la Mere ne

peut pas penetrer les coeurs des Soeurs pour voir comme elles s'en

acquittent: que les Soeurs pensent que Dieu les voit, & qu'il remarque

comme chacune s'y comporte; & qu'ainsi elles y demeurent avec une grande

humilité, prosternées aux pieds de sa Divine Majesté, s'imaginant que

durant cette heure là il n'y a que Dieu seul au monde, s'efforçant de

s'unir à lui autant qu'il leur sera possible par le moïen de cet

exercice.

Obstacles à la Méditation.

Et parce que ces exercices intérieurs peuvent mal aller ou par

ignorance, ou par sommeil, ou par lâcheté, ou par distractions, & à

cause du déréglement des passions, que chacune ôte d'elle-même ces

empêchemens autant qu'elle le pourra avec la faveur Divine.

Remedes contre l'ignorance.

Chapitre VII.

Pour ôter l'obstacle qui suit l'ignorance, il est nécessaire que chacune

tâche de bien étudier le traité de l'Oraison, & qu'elle prenne garde à

bien pratiquer toutes les régles de la Méditation, qui sont données pour

la faire en diverses matieres propres à méditer.

Il est convenable que l'on fasse souvent en commun des répétitions de ce

qui aura été médité, parce que faisant ainsi, l'une aidera l'autre.

Ce seroit encore un bon moyen pour recevoir de plus grande lumiere de

s'humilier quelquefois auprès de la Mere Prieure, lui rendant compte

comme elles se comportent à l'Oraison, lui découvrant quel progrès elles

y font, & quels sont leurs défauts; puisque par le moyen de telle

humiliation Notre-Seigneur leur conferera de plus grandes graces. Et

s'il y avoit quelque Religieuse si timide qu'elle n'eut pas la hardiesse

de se manifester à la Supérieure; la Mere fera ensorte qu'il y ait

quelque Religieuse bien experimentée, à laquelle elle puisse recourir

pour être aidée dans ses exercices spirituels.

Outre ceci la Superieure aura soin que celles qui ne possederoient pas

encore assez la pratique de l'Oraison (quoique Professes) soient

instruites par quelqu'une bien experimentée en cela, jusques à ce

qu'elles y soient bien dressées; & toutes doivent regarder comme une

grande faveur d'être aidées en ce saint exercice.

Remede contre le Sommeil.

Chapitre VIII.

Pour être aidée contre le sommeil, il convient de faire autant qu'il

sera possible, que les Soeurs reposent convenablement au tems ordonné.

Lorsque quelqu'une s'apercevra qu'une autre dormira, elle tâchera de

l'éveiller, & celle qui aura été éveillée fera effort sur elle-même,

afin de demeurer vigilante, se servant à cet effet de quelque remede,

tel cependant qu'il ne trouble point les autres; comme seroit de se

tenir sans être apuyée, étendre les bras, se serrer les mains, & choses

semblables.

Remede contre la lacheté dans le Service Divin.

Chapitre IX.

Pour s'aider contre la lâcheté, il sera bon de s'exciter à la ferveur

par diverses considerations; comme seroit de se souvenir souvent que

l'on est en presence de cette adorable Majesté, à l'aspect de laquelle

les puissances Angeliques tremblent.

Se representant entendre les Seraphins chanter à haute voix, _Sanctus,

Sanctus, Sanctus_, faisant en quelque façon de même, & comme à l'envi

prononcer ces paroles avec eux.

Et par une maniere de concevoir noble, haute & magnifique de la dignité;

& de l'excellence de l'Oraison, s'exciter à un désir ardent de la bien

faire à la gloire de la Divine Majesté qui daigne y assister.

Croire qu'elle nous regarde continuellement.

Penser aussi à l'excellence de la matiere qui nous est proposée, soit

qu'elle concerne la vie & la passion de notre Seigneur, ou de sa

très-sainte Mere.

Peser enfin l'importance de l'affaire que l'on traite avec Dieu, qui est

pour notre propre bien, & pour l'assistance de la Sainte Eglise, & de

tout le monde. Et avec combien de sollicitude les mondains traitent les

affaires qui les interessent, quoi qu'elles soient souvent frivoles,

passageres, & bien éloignés de ce que nous prétendons, qui est de

glorifier Dieu, & d'acquerir les biens éternels.

On pourra s'exciter à la ferveur avec d'autres & semblables

considerations.

Remedes contre les distractions.

Chapitre X.

Pour les distractions, outre que la ferveur dont nous avons parlé y

servira beaucoup, il est nécessaire de pratiquer quelque chose dans le

tems qui précede la méditation, & quelque autre dans le tems que l'on

médite.

Quant au tems qui la précede, telles que nous voulons être à l'Oraison,

telles aussi faut-il que nous soyons avant que de la faire, comme nous

en averti Cassien; & comme nous désirons d'être attentives à l'Oraison,

ainsi faut-il que durant le jour nous faisions ensorte d'être

recuëillies autant qu'il nous sera possible, & de marcher toujours en la

presence de Dieu; nous imaginant de le voir dans chacune de nos Soeurs,

& qu'il est toujours present en nous, agissant avec nous dans ce que

nous faisons: ce que dit St Paul étant une vérité de la Foy, que nous

vivons en Dieu, que nous nous mouvons en Dieu, & que nous sommes en

Dieu.

Et parce que nous ne pouvons pas toujours demeurer facilement dans cette

recollection, du moins que chacune se garantisse de ce qui lui peut

causer de la distraction dans ce tems. Prenant soin durant le jour

d'éloigner de soi tout ce qu'elle ne veut pas qui lui vienne dans

l'esprit au tems de la Méditation, ainsi que le conseille l'Abbé

Cassien.

Ne s'interressant point, ni ne se souvenant pas de ce qui ne la concerne

point.

Evitant non seulement les murmures, mais encore les paroles inutiles, &

ridicules, parce que le démon les represente toutes au tems de

l'Oraison.

Et beaucoup plus les paroles piquantes, & injurieuses, lesquelles la

détruise tout-à-fait.

Que l'on observe la régle de ne se point informer curieusement des

actions d'autruy, & de ne point raporter dans le Monastere [sans

permission] ce que l'on aura entendu aux Grilles, ou au Tour.

Que l'on ne parle pas en vain des choses du monde. Et que hors les tems

de la récréation les Soeurs ne s'arrêtent pas à faire ensemble de longs

discours inutiles mais qu'elles parlent toujours, à voix basse, ainsi

qu'il est bienséant à des Religieuses, de ce qui est seulement

nécessaire à leurs Offices, & de choses spirituelles & édifiantes.

Il sera encore très-utile contre les distractions d'avoir le sujet de la

méditation bien préparé, & distingué en divers points, auparavant que de

la commencer.

C'est pourquoi après les Matines une Soeur destinée à cela, lira d'une

voix haute le mistere, ou le point que l'on doit méditer à l'Oraison

suivante, & après Vêpres elle lira celui de l'Oraison du soir; quoique

chacune devra préparer ses points & les lire, afin de s'y mieux

disposer.

Et pour procéder encore avec ordre aux sujets: on pourra méditer durant

l'Avent les mistéres qui sont propres à ce tems, sçavoir, l'Incarnation

de Notre Seigneur, distinguez en diverses méditations.

La Vigile de Noël, le voyage de la bienheureuse Vierge à Bethléem.

Puis la Nativité de notre Seigneur, avec les mistéres de son enfance, &

les autres de sa vie jusques à la Septuagesime.

A la Septuagesime il faut commencer les mysteres de la Passion. Méditant

premierement tout ce qui arriva au Cenacle avec l'ordre des points qui

sont marqués au livre de la Meditation.

Et parce que les douleurs que Notre-Seigneur souffrit dans son corps, de

même la honte & le mépris; sa trés-sainte Mere les suporta, & souffrit

dans son coeur, il sera bon que le mystere qui aura été médité le matin

en ce qui concerne Notre-Seigneur, soit réïteré le soir, par raport à la

trés-sainte Vierge; d'où il arrivera encore, qu'avec une telle

répétition, la Passion s'imprimera plus aisément dans le coeur, & les

affections en seront plus vives & plus fortes.

La semaine de Pâques, il faut méditer le mistere de la Resurrection avec

les aparitions. Puis aprés les exercices du Paradis, & de là passer aux

autres mysteres de la vie de Notre-Seigneur inserés aux exercices, &

distingués en differens points.

Comme aussi les meditations sur les perfections divines, & sur les

Mysteres du sacré Rosaire.

De même pour ce qui concerne Notre-Dame, on pourra méditer le soir les

points, & les circonstances de sa sainte vie; ses vertus; & les mysteres

de ses solemnités au tems convenable.

Quoique la méditation du matin soit destinée pour la vie de Notre

Seigneur, & celle du soir pour la vie de sa très sainte Mere; cependant

il y a des matieres si communes à l'un & à l'autre, que l'on les pourra

suivre, soir & matin, jusques à ce qu'elles soient finies: comme le

mistere de l'Incarnation; ceux de l'enfance de Notre Seigneur, & du

sacré Rosaire de notre Dame.

De même quand il arrivera quelque solemnité de notre-Dame, on pourra les

méditer soir & matin, jusqu'à ce qu'elles soient finies.

Quant aux vertus elles pourront être méditées deux fois, l'une avec les

exemples de la vie de notre Seigneur, & l'autre par maniere de

répetition, avec les exemples que la Sainte Vierge nous en a donné dans

sa vie. Puis après au tems que l'on fait l'Oraison; il servira beaucoup

contre les distractions, de demander humblement à notre Seigneur, & à sa

très-sainte Mere la grace d'y être attentive; de se souvenir que l'on

est en leur presence; de tenir les sens recuëillis; & toute les fois que

l'on se trouvera distraite, de s'humilier de demander pardon, &

retourner toujours au point que l'on avoit quitté par distraction.

Remedes contre les passions déreglées.

Chapitre XI.

Comme il n'y a rien qui empêche davantage la méditation, & même qui la

détruise entierement que les passions déreglées; puisqu'il est

très-véritable que l'Oraison & la mortification sont comme des soeurs,

que l'une aide l'autre, & qu'elles sont les deux aîles avec lesquelles

l'ame s'éleve à la perfection: il est nécessaire que chacune s'adonne

toujours & sincerement à la mortification extérieure & intérieure;

mortifiant extérieurement ses sens; & les mouvemens de son corps, de

façon que les assujettissant à la raison, & à la prudence, elle

s'éloigne de tous excès; & intérieurement, en détruisant la racine de

toutes les mauvaises habitudes, & inclinations par des actes des vertus

contraires, moderant les passions; en faisant mourir l'amour propre & la

sensualité; la propre volonté, & le propre Jugement, par les moyens qui

ont été proposés dans la premiere partie des instructions; faisant qu'à

leur place succede l'amour de Dieu, & le zéle de sa gloire,

s'accoutumant à la chercher dans toutes choses; comme nous voyons, que

notre Seigneur & notre Epoux, pour nous procurer la gloire éternelle,

s'est si fort mortifié, que l'on peut bien dire de lui, _Propter te

mortificamur tota die_, c'est-à-dire, pour l'amour de vous je me suis

mortifié tout le jour. Et par la bouche du Prophete il dit de lui même.

_Ego autem sum vermis, & non homo._ C'est-à-dire. Je suis un vermisseau,

& non pas un homme.

Et comme nous sommes par la grace divine faites membres d'un tel Chef;

considerons souvent, que celle qui par la mortification lui donne de la

gloire, parvient à une grande paix interieure, & est toujours joyeuse à

cause de la bonne conscience, & procure de la joye & de la consolation à

tous ceux qui conversent avec elle; où au contraire, celles qui sont peu

mortifiées sont un poids fort pesant à Jesus-Christ leur Chef, à cause

de leur ingratitude, & ont des peines continuelles, & des remords de

conscience; car la mortification est semblable à l'ombre, laquelle fuit

ceux qui la cherchent, & suit ceux qui la fuyent.

Et parce que la parfaite mortification s'acquiert par le moyen de la

destruction des susd. passions, & des vices, & avec l'exercice des

vertus contraires, comme pour cet effet plusieurs instructions ont été

données pour le secours particulier de ce Monastere, aussi il est

nécessaire que chacune s'affectionne beaucoup à les lire souvent, les

préferant à plusieurs autres livres spirituels; & de plus à les méditer

conformément à sa nécessité, étant pour cet effet distinguez en divers

points. Parce que là elle trouvera des remedes très-abondans pour toutes

ses infirmités spirituelles, & des moyens fort efficaces pour

l'extirpation de tous les vices, & pour l'acquisition des vertus; toutes

les doivent étudier avec d'autant plus d'affection, qu'elles ont été

faites pour elles, & annexées à leur profession, afin de les conduire à

la perfection que l'institut demande. Puisqu'il contient des régles que

Dieu lui-même a données par le moyen des Supérieurs, afin que par de

telles Régles comme par autant d'échellons nous puissions monter au Ciel

notre patrie; où les peines suportées en cette vie, pour l'amour de

celui qui a tant souffert pour nous, finiront pour jamais; & où chacune

possedera une joye éternelle en Dieu d'autant plus grande qu'elle l'aura

plus aimé, & qu'elle se sera davantage peinée, & mortifiée pour son

amour.

Avis sur la maniere d'entendre fructueusement la Sainte Messe.

Chapitre XII.

La Sainte Messe étant la plus haute, & la plus précieuse action qui soit

dans la Ste Eglise, parce qu'en elle est offert à Dieu par les mains du

Prêtre, pour le salut du monde, le sacré Corps, & le précieux Sang de

son Fils unique sous les espèces du pain, & du vin; il est convenable

que chaque Soeur se dispose à l'entendre avec la plus grande dévotion

qu'il lui sera possible; s'excitant à une vive foi d'un si grand

mystere; à une grande charité, pensant que l'on y represente la Passion

que son cher Epoux a souffert avec tant d'amour; à une grande dévotion &

respect, y reconnoissant le Roy de gloire au milieu des Anges, lesquels

sont descendus du Ciel pour l'honorer.

Et quant à l'extérieur chacune y assistera avec modestie, & décence du

corps, avec le silence, & la récollection des sens convenable; faisant

attention autant qu'il sera possible de ne point faire de bruit.

Au son de la cloche, pour l'entrée du Prêtre à l'Autel, chacune pourra

se representer la sortie de notre Seigneur Jesus-Christ pour aller au

Mont de Calvaire avec la Croix sur ses épaules, afin de l'accompagner, &

de s'y crucifier avec lui.

A la Confession du Prêtre, toutes s'accuseront devant Dieu de leurs

défauts, lui demandant pardon, & détachant leurs coeurs de toutes

affections déreglées.

Durant le cours de la Messe; lorsque le Prêtre lira à voix haute,

chacune y sera attentive, s'excitant aux affections, & aux actes que les

paroles expriment. Par exemple. Au _Kyrie eleison_, il faudra demander

misericorde pour soi, & pour son prochain. Durant le _Gloria in

excelsis_, & la Préface, rendre gloire à Dieu de toutes ses oeuvres.

Lorsque l'on dira _Dominus vobiscum_; s'humilier, afin d'attirer notre

Seigneur en soi. Désirer d'obtenir les graces qui sont demandées par les

oraisons, pendant que le Prêtre les dira.

Durant l'Epître, s'imaginer entendre prêcher saint Jean-Baptiste, ou les

Apotres, tâchant d'en tirer divers instructions. Lorsque l'on dira le

Graduel, entre l'Epître & l'Evangile, désirer de croître en vertus.

Pendant l'Evangile, il faut se souvenir que notre Seigneur nous parle.

Au _Credo_ produire des actes de Foy, & désirer qu'elle soit dilatée par

tout le monde, & ainsi du reste.

Et parce que le sacrifice de la Messe fut institué. Premierement en

reconnoissance des divines perfections, & de l'empire que ce grand Dieu

a sur nous. En second lieu, en mémoire de la Passion de notre Seigneur

Jesus-Christ. Troisiémement, afin qu'elle fût un instrument par lequel

ses mérites, & ses satisfactions nous fusses apliquées. Quatriéme lieu,

pour l'expiation des pechés. Cinquiéme, pour le remercier de ses

bienfaits. Sixiéme, pour obtenir diverses graces.

Conformément à tout ceci; lorsque l'on sera arrivé à l'Offertoire tandis

que le Prêtre prépare la matiere du sacrifice, & qu'il dit les oraisons

secrettes, nous ferons l'offrande du même sacrifice, distinguée en trois

parties.

Premierement, nous l'offrirons à la très Sainte Trinité, à la loüange &

au honneur des trois divines Personnes; à la gloire des infinies

perfections de Dieu, & de l'empire qu'il a sur nous comme Souverain

Seigneur de toutes choses. A l'honneur & à la loüange du Verbe incarné,

de tous ses sens & puissances, & des actions qu'il a faites étant en ce

monde; en action de grace de tous les bienfaits accordés à sa

très-sacrée Humanité, & de ce qu'elle a fait, & souffert pour nous. En

mémoire, & en reconnoissance des bienfaits, & de la gloire dont il a

comblée sa très-sainte Mere, les Anges, & tous les Bienheureux.

2. Pour ce qui nous concerne, considerant l'agonie que notre Seigneur

souffrit au Jardin, chacune offrira ce sacrifice en action de grace de

tous les bienfaits corporels, & spirituels qu'elle a reçus. Pour

l'expiation de ses péchés, & pour la satisfaction des peines qui leur

sont dûës. Pour l'augmentation de la grace, & des vertus, singulierement

de celles dont elles ont plus besoin, & pour toutes les nécessités

corporelles & temporelles, selon la plus grande gloire de Dieu, & le

bien de l'ame.

3. Pour ce qui regarde le prochain, en nous rapellant la flagellation de

son sacré corps, nous l'offrirons pour la Sainte Eglise, & pour son

augmentation. Pour les justes afin qu'ils perseverent, & qu'ils

croissent en grace. Pour les pecheurs qui sont en peché mortel, afin

qu'ils se convertissent.

Envisageant son Chef couronné d'épines nous l'offrirons pour notre S.

Pere le Pape, pour tous les Prelats, & Ministres de la Sainte Eglise, &

spécialement pour notre Illustrissime Archevêque, & autres Peres

spirituels.

Voyant comme il a porté la Croix, & comme il a été dépoüillé, nous

offrirons ce sacrifice pour tous les Religieux, & Religieuses.

A la vûë de la playe de la main droite, nous l'offrirons pour tous les

Princes Chrêtiens, & Gouverneurs temporels, singulierement pour notre

Monarchie très Chrêtienne.

Considerant la playe de la main gauche, nous l'offrirons pour nos

parens, amis, bienfaiteurs, & ceux qui se sont recommandez à nos

prieres.

Considerant celle du pied droit, nous l'offrirons pour les affligés,

pauvres, infirmes, prisonniers, esclaves du Turc, & pour tous ceux qui

sont en quelque danger ou nécessité.

Considerant celle du pied gauche, nous l'offrirons pour l'extirpation de

tous schismes, héresies & infidelités.

Considerant la playe du sacré coté (au _Memento_ des Morts) nous

l'offrirons pour les ames du Purgatoire, & spécialement pour celles de

nos parens & bienfaiteurs, & pour ceux à qui nous avons obligation

particuliere.

A l'élevation de l'Hostie nous ferons une profonde adoration, nous

soumettant entierement à notre Seigneur, l'offrant pour toutes les

intentions ci-dessus spécifiées de loüanges, de remerciment, & de

demande, invitant tous les Bienheureux à faire de même avec nous, &

demandant les graces dont nous connoissons avoir plus besoin.

A l'élevation du Calice, nous ferons de même, priant que ce sang

précieux descende sur nous & sur notre prochain. Qu'il éteigne en nous

les désirs terrestres, & toutes les affections déreglées, qu'il nous

fasse produire toutes sortes de vertus.

Après l'élevation si quelqu'une ne se sent attirée à un sujet qui lui

soit plus profitable, elle pourra s'entretenir sur les sept paroles que

notre Seigneur prononça sur la Croix, demandant par le mérite de

chacune, quelque grace qui y soit conforme, pour elle, ou pour son

prochain.

A la Communion du Prêtre, nous nous exciterons au désir de communier, &

prierons notre Seigneur qu'il entre dans nous spirituellement, qu'il

nous communique sa grace, & ses saintes vertus. Et qu'à la resemblance

de son ancien sépulchre, notre coeur en soit un nouveau, par un

renouvellement de vie, qu'il soit taillé dans un rocher par l'humilité,

& la constance dans les bons propos; qu'il soit ferme avec la pierre des

saintes, & fermes resolutions, n'y laissant entrer aucune chose qui

puisse offenser ses yeux divins; qu'il soit scélé avec le seau de la

Charité, par laquelle nous entrons en Dieu, & Dieu en nous; & qu'il soit

entouré des gardes, par la garde du coeur, & des sens; afin que nous ne

perdions pas ce divin thrésor qui contient toute sorte de bien.

A la benediction du Prêtre; nous demanderons que les benédictions

célestes dont chacun a besoin, descendent sur nous, & sur nôtre

prochain.

Au dernier Evangile, _In principio_. Nous adorerons la très-sainte

Trinité, la priant qu'elle éclaire tout le monde, par la Prédication de

l'Evangile, envoyant des Prédicateurs par toute la terre.

Que chacun travaille à devenir enfant de Dieu; & que nous le portions

continuellement dans le coeur.

Avis sur la maniere de se bien confesser.

Chapitre XIII.

Le Sacrement de la Confession étant de si grande importance, & si

souvent fréquenté par les Religieuses, il est nécessaire que chacune

tâche de s'en aprocher de la meilleure façon qu'il lui sera possible

pour en tirer du fruit; & pour ce sujet il sera bon d'en donner quelques

avertissemens.

1. Qu'elles évitent d'avoir une conscience scrupuleuse, laquelle fait

des pechés où il n'y en a point, & détruit la devotion; comme aussi une

conscience large, qui ne fait de cas que de pechés considerables, ce qui

est une grande disposition à faire tomber l'ame dans le pechez mortel:

mais que chacune ait une conscience tendre qui ressente tous pechés

quelques petits qu'ils soient, avec déplaisir, & avec desir de s'en

corriger comme d'une chose qui déplait à son Epoux, & dont elle seroit

tres confuse s'il falloit qu'elle comparût dans cet état au Ciel parmi

les Bien-heureux.

Avis pour les religieuses de l'ordre de l'Annonciade celeste, fondé à Genes l'année de notre Salut 1604 R'imprimés en ladite Ville, & accomodés à la pratique de l'observance des Constitutions; pour l'instruction des exercices spirituels, à l'usage des Monasteres du même Ordre. · 第 1 / 3 段