Je rêvais qu’après une course,
A genoux, dans un bois profond,
Je me penchais sur une source:
Des étoiles tremblaient au fond.
J’avais soif, et je voulus boire;
Une aile d’oiseau me frôla;
La source devint toute noire
Et l’oiseau me dit: «Pas cela!
«Respecte ces ondes sacrées.
Car cette eau qui coule à pleins bords
Est faite des larmes pleurées
Par le regret vivant des morts.
«N’apprends pas, avant qu’il soit l’heure,
Et que tes jours soient révolus,
Ce que cherche encore et que pleure
L’œil clos de ceux qui ne sont plus.
«Aime la vie! aime les voiles
Qu’elle tend de la terre aux cieux
Songe qu’en cette eau ces étoiles
Souffrent de n’être plus des yeux.»
* * * * *
Je m’éveillai. Les grandes herbes
Bruissaient sous les noisetiers...
Des filles aux hanches superbes
Passaient, graves, dans les sentiers.
Sous le faix des amours mortelles,
Elles passaient, les reins pliés;
Je me découvris devant elles
Et leur criai: Multipliez!...